Continuons l'exploration de l'univers d'Agnès Varda avec bien d'autres courts...

 

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  • L'opéra-mouffe (1958).

 

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Un bien bel étrange objet que cet opéra-mouffe dans un noir et blanc à découper au couteau sur une musique d'un Delerue qu'on croirait un peu sous acide. En 1958, Agnès Varda est enceinte de Rosalie et s'interroge sur son corps, la vie qu'elle porte en elle, ce mystère et le besoin d'avoir un enfant quand on ne peux que remarquer la pauvreté des gens autour de soi, justement rue Mouffetard où les marchés et la nourriture ont une certaine importance. Mais d'un autre côté, la Agnès est pleine d'espoir, elle n'abandonne pas. En résulte donc un ovni filmique à la frontière de l'abstrait.

 

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Agnès filme donc tout, cela pourrait être cérébral, ça devient pourtant un étrange magma de plans et séquences classés dans plusieurs petits chapitres "la rue", "le bonheur", "les amoureux"... Il n'y a pas de reliant, on revoit les amoureux à plusieurs moments, d'autres personnes ici et là... Comme si la vie formait un courant propice aux rencontres de têtes connues et inconnues. On voit une femme enceinte anonyme (Agnès ?) pourtant filmée avec une pudeur touchante de profil. Le ventre gonflé de près avec les stires pourraient presque faire penser à une image délavée de Mars et ses canaux. Puis à une image de ventre gonflé qui se contracte pour imiter l'acte de naissance, la cinéaste met une image de potiron gonflé qu'on ouvre pour y voir les fèves et la chair juteuse. Séparé en deux parties distinctes, la "coque" alors vidée peut faire penser aussi bien à un utérus qu'à des trompes de Fallope avec à son bout les ovaires où là aussi on trouvera des petites graines. Dans un cas comme dans l'autre, ce qui ensemencera la vie aussi bien végétale qu'humaine.

 

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On le voit, la Agnès tente de mettre la main sur quelque chose d'organique qui est plus qu'un ressenti personnel (plus loin d'autres images étranges y feront écho comme un poussin dans un bocal) mais elle ne se borne pas qu'à ça puisqu'elle va enregistrer le monde autour d'elle, la rue, les personnages âgées, les commérages, les passants, les devantures, les enfants qui jouent avec un masque ou pas. Pas de son, juste la musique qui plane sur des images inconsciemment très fortes, toujours chargées d'un certain sens. Un vrai petit bijou.

 

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  • Réponses de femmes : notre corps, notre sexe (1975).

 

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D'une commande pour une émission de télé, la Varda (qu'on voit furtivement se mettre "en scène" comme une signature) livre ce petit manifeste qui remet les pendules à l'heure sur le rapport qu'entretiennent les femmes vis à vis de leur corps et l'image souvent complètement faussée qu'en donne la publicité et la société, ce qui a souvent un impact aussi bien sur elles que leurs compagnons masculins. Même si le ton est un peu raide (on sent qu'il y a un texte récité mais sans doute afin de coordonner au mieux le groupe de courageuses volontaires qui défilent devant la caméra, parfois dénudées pour illustrer au mieux ce qui est dit), l'ensemble s'avère toujours aussi essentiel à l'époque actuelle (où les mentalités et la publicité n'ont d'ailleurs pas tellement évoluées que ça).

 

 

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Et puis ça file très vite, c'est toujours très fin, voire drôle (quand la Varda filme une rangée d'hommes barbus et souvent vieillis qui tirent la gueule sans bruit pour symboliser par la caricature la "domination paternaliste masculine", le gag est imparable), c'est sérieux tout en ne se prenant non plus pas trop au sérieux. Pour l'anecdote et comme le rappelle la cinéaste en présentation du court, à l'époque deux plans avaient fait un tolé et déclenché la censure et l'ire d'Antenne 2. Dans l'un, une femme enceinte, heureuse et riante avec son ventre rebondi tout mignon et touchant. Dans l'autre, une femme qui est voilée d'un côté (le côté "cache ton corps de la société") nue de l'autre avec un téléphone ou autre objet (le côté "déshabille toi pour mieux vendre"). A l'époque actuelle, on voit ça, on sourit et on se dit que la connerie n'a décidément pas d'âge.

Plans que je vous livre d'ailleurs pour finir cette chronique en beauté.

 

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