Un peu absent ces derniers temps, je reprends les commandes du blog avec déjà des chroniques plus courtes, histoire de se remettre dans le bain avant des choses plus conséquentes...

 

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zero Sans surprise, le nouveau film de la réalisatrice de Démineurs avec son complice scénariste Mark Boal s'avère une nouvelle fois un grand cru. Cette fois, peu d'action si ce n'est une dernière demi-heure magistrale, froide, clinique et précise ainsi que quelques soubresaults dûs aux divers attentats qui parsèment le film. Ces rares moments sont à l'image de tout le long-métrage, sec, nets, sans fioritures. Mais surtout assez bien reconstitués, un peu comme l'enquête qui gouverne tout le film. Un carton nous invite toutefois à réfléchir en ouverture (de même que pour l'ouverture de son précédent film, souvenez-vous) en indiquant que le film n'est pas spécifiquement la réalité mais se base sur une reconstitution minutieuse des faits. Soit plus de 10 ans de traque du plus grand terroriste que l'Amérique ait connu condensés en prèsde 2h30. Un exercice casse-gueule mais qui ici se trouve parfaitement équilibré et agencé autour de la figure principale d'une Jessica Chastain qui trouve à nouveau ici après Tree of life, un rôle d'envergure en incarnant cette femme qui se déshumanise petit à petit au fil du film, jusqu'aux dernières minutes terriblement bouleversantes. Et de même que Demineurs pouvait être aussi bien vu comme un film de guerre que l'histoire d'un homme addict à l'action pure qui peut perdre tout repère, on peut voir Zero dark thirty comme son autre face, un diptyque passionnant où cette fois le personnage change de sexe mais pas spécialement de trajectoire au sein d'un film qui semble parfois reprendre parfois les lignes de son prédécesseur (Au cours du film, un attentat rejoue une scène de tension similaire à Demineurs). Sur le fond comme la forme, rien à redire, le film se payant même le luxe de rester ambigü sur plusieurs points quand on y réfléchit bien. Grand film malgré quelques longueurs à mon sens.

Retrouvez cette chronique sur sa fiche Cinetrafic à Zero Dark Thirty.

 

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band Band slam (ou College rock stars dans son édition française avec une jaquette qui ne donne pas envie, merci M6) est une agréable petite surprise. Pour résumer très simplement, c'est l'histoire d'un jeune garçon mal dans sa peau mais doté d'une grosse culture rock qui écrit chaque jour à David Bowie dont il est un grand fan, pour raconter ses désillusions quotidiennes. Un jour, il change une nouvelle fois de collège et là curieusement tout va s'enchaîner. Il est notamment remarqué par une nana qui cherche à monter un groupe de rock pour la finale de fin d'année où défilent de petits groupes amateurs plus ou moins doués. Et de petit groupe garage, notre cher Will va commencer à échaffauder une bande à la Arcade Fire (ou plutôt Bruce Springsteen et son E-Street band) avec tous les membres. Evidemment vous vous doutez que tout ne va pas se passer aussi facilement. Bref, si le film n'échappe pas à quelques travers scénaristiques propres au genres du film ado/rock band (je n'appelle pas ça une comédie musicale mais même si je sais que le genre existe et qu'il est très répendu aux states, le nom m'échappe), il sait néanmoins captiver en rebondissant sur les archétypes qu'il propose (l'ado à lunette boutonneux, le batteur ténébreux et cheveux mi-longs façon Trent Reznor dans le Nine inch nails des 90's, la fille supposément garce...) et en ne s'attardant pas sur eux mais sur l'idée de cohésion du groupe. Une chouette surprise qui comporte en plus un peu de Nick Drake, David Bowie et Velvet Underground dans sa B.O, comment refuser ? Merci à Johell pour la découverte.

Chronique à retrouver aussi sur Cinetrafic à sa fiche College Rock Stars.

 

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deathtrap Une curiosité assez jouissive ce Deathtrap, alias Piège mortel (1982) de l'ami Sidney Lumet. En fait, contrairement aux titres plus connus du cinéaste comme Network, Un après midi de chien, 12 hommes en colère ou Serpico, je n'avais jamais eu connaissance de ce petit film construit comme une pièce de théâtre en plusieurs actes dans un même lieu et avec un nombre réduit d'acteurs (5 à tout casser). Et pour cause puisqu'apparemment le film se base sur une pièce d'Ira Levin (Rosemary's baby) où dans une sorte de huis-clos, tout ce petit monde va s'évertuer à faire tomber les masques pour littéralement s'entretuer. Si Michael Caine assure avec charisme le rôle peu évident de maître de jeu vieillissant avec des répliques ironiques souvent assez drôles, j'ai apprécié aussi un Christopher Reeve déroutant et ambigü qui porte pas mal la seconde partie en jeune loup aux dents (très) longues. Enfin Dyan Cannon dans un rôle d'épouse naïve et malade est assez géniale aussi. Tous jouent leur partition très rodée et le film marche assez bien dans sa volonté de placer un retournement constant (un auteur vieillissant et éprouvé par la critique qui repère par exemple un de ses étudiants de séminaire qui curieusement aurait fait une pièce plus prometteuse et meilleure que ce dernier, notre auteur qui se demande du coup s'il ne pourrait pas récupérer le manuscrit et éliminer le jeune homme au passage en cachette sous les yeux horrifiés de son épouse, vous voyez le genre et en fait, tout ne se déroulera pas comme prévu bien sûr mais le film vous emmenera sur des pistes que vous n'aviez pas forcément prévues). Evidemment on peut sentir venir la fin au milieu du film (et effectivement ma prédiction s'est révélée juste) mais qu'importe, Piège mortel divertit vraiment et donne même envie de le revoir prochainement.

Chronique à retrouver sur Cinetrafic à la fiche Piège mortel.

 

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Resident_Evil_Retribution_Affiche_Fran_aise Je n'avais pas spécialement apprécié le précédent Resident Evil, afterlife. Avec le recul j'y vois maintenant un nanar (et encore) mais j'avais eu l'impression détestable lors du premier visionnage d'y voir un gros n'importe quoi sans queue ni tête qui se foutait ouvertement de la gueule du spectateur. Le nouveau Resident Evil, retribution est aussi parfois sans queue ni tête (à la fin du film on en est quasiment au même stade que l'épisode précédent, fin du monde, siège, se battre pour sauver la race humaine, bla bla...) mais bonne nouvelle, l'ensemble s'avère largement plus appréciable. On a l'impression quasiment d'assister à un gros best-of finalement très sympathique des autres volets (coucou la reine rouge, coucou Michelle Rodriguez) en voyageant autour du monde (coucou Moscou, coucou la banlieue américaine) avec des idées sympathiques (Alice qui retrouve une vie de famille... en fait un leurre) enchâssées tout autour. Et puis la photographie s'avère plus colorée que le volet grisâtre et un peu  (euh, beaucoup même) moche de la dernière fois. On passe donc un bon moment, ce qui dans la franchise Resident evil s'avère assez incroyable pour être souligné. Bon, pour ma part je n'irais pas jusqu'à prendre le DVD ou le blu-ray (encore un petit effort mr Anderson) mais on se rapproche dans la bonne voie de ce qu'on pourrait demander d'un film qui ne se prend pas la tête et assure généreusement d'aller jusqu'au bout de ses contradictions.

Retrouvez cette chronique sur la page Resident Evil: Retribution chez Cinetrafic.

 

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xtro Bon huhu, alors lançons le débat, X-tro film misogyne ou pas ? gneee

C'est vrai que les femmes dans ce film passent un sale moment, sans doute bien plus que les hommes (encore que la première victime de l'extraterrestre est ce conducteur qui va s'en prendre --littéralement-- plein la gueule) et sans doute que ça participe amplement en grande partie au climat malsain de ce film, série B de SF aussi dérangeante et aussi forte qu'un Chromosome 3 (alias The brood, oooh la vieille chronique) de David Cronenberg. Entre cette jeune fille qui se fait dès le début inséminer par un extraterrestre (c'est pas un viol mais c'est filmé comme si c'en était un d'où malaise) et finira par accoucher d'un "homme" adulte (qui n'en est plus un et vient pourtant récupérer son gamin après avoir été enlevé mystérieusement dans une grande lumière blanche 3 ans plus tôt) et Maryam d'Abo, future James Bond girl de Tuer n'est pas jouer qui va se faire assommer dans un ascenseur pour finir par servir de... Hum, bon, je me tais. Pour couronner le tout, la mise en scène aborde une lumière crue et souvent coupante, des cadrages et situations parfois choc et des effets spéciaux assez bien foutus pour un petit film de SF de 1983. Enfin, même si les actes de la créature extra-terrestre qu'est devenu le père sont plus que discutable, la mise en scène n'en fait jamais un être immonde mais quelqu'un qui cherche à survivre dans un environnement qu'il a oublié et qui l'a oublié (sa femme vit dorénavant avec un photographe possessif et jaloux) et veut avant tout récupérer son fils tout en cherchant à se faire pardonner son absence de sa femme dont on sent qu'il a encore un reste de sentiments. Tout en restant ambigü donc, Xtro fascine et ne démérite pas son statut de perle culte.

Le film engendrera deux suites plus dispensables et plus faibles mais regardables (je me souviens de la fin du 2 après tout ce temps).

Chronique aussi à retrouver sur la fiche Xtro de Cinetrafic.

 

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bellamy_affiche Je m'attendais à un petit film pépère, ronflant et sans vie, j'ai eu avec surprise, un petit peu plus que ça de la part du regretté Chabrol. Alors oui comme j'ai pu le lire un peu partout, il ne s'y passe pas grand chose et l'on devine à l'avance l'intrigue policière en question, d'autant plus qu'à part Depardieu et Cornillac, le reste du casting joue comme ses pieds le plus souvent (mention spéciale à Gamblin à la fête du slip et la sublime Vahina Giocante qui ne sert pas à grand chose). Mais je pense qu'effectivement là n'est pas spécifiquement le but du film (ce que Chabrol surligne à la fin en citant W. H. Auden). Et la fin m'a par là-même rappelé tous les échanges entre Depardieu et son frère qui se superposent à l'histoire du SDF qui voulait mourir. Beaucoup de dialogues entre les deux frères semblent ainsi éclairer leur rapport malgré le fait qu'il est évident que Depardieu ne semble pas comprendre au premier abord que l'enquête sur laquelle il est, peut agir en résonnance sur Clovis Cornillac et qu'en quelque sorte l'histoire est en train de se répéter. A un moment, le commissaire Bellamy résume à son frère et sa femme (Marie Bunel) son enquête : "c'est l'histoire d'un type qui veut tuer un type qui veut crever". A ce moment Cornillac, passablement ivre répond "tu veux m'aider à mourir ?". La femme du commissaire recentre alors l'histoire dans son cadre policier "mais non, il parle d'autre chose, il parle pas de toi".
Et pourtant (SPOILERS EN BLANC, surlignez... ou pas)...

 

Pourtant mis sous cet éclairage et sa fin désespérée, Bellamy est avant tout non pas un film policier mais l'histoire de deux frères qui s'ignorent. Peut-être même l'histoire de l'un, au bout du rouleau qui va rendre une dernière visite à son aîné parce qu'il sait qu'il va se tuer sous peu et que, s'il agit en connard face à son frère c'est non seulement pour se mettre au même niveau mais agir une dernière fois en défi pour quelqu'un qu'il a tout autant admiré que détesté. Par respect pourrait-on dire. Dans cette vision, la lucidité de Bellamy est tout autant de se douter inconsciemment de ça que de jouer le jeu tout en ayant par moment des gestes touchants comme s'il comprenait presque son frère --lui passer les clés de la mercedes. Les séquences entre la femme du commissaire et le frangin participent à cette confusion mentale même si à mon sens c'est comme agiter un linge rouge devant le taureau, trop facile, surtout venant du père Chabrol. Et en même temps l'adultère est bien possible mais le personnage de Marie Bunel étant plus tolérante et ouverte que le commissaire, on pourrait y voir sans doute aussi de la pitié. Bref, encore un Chabrol faussement simple qui possède plusieurs niveaux.

 

 

"J'aimerais être comme toi, avoir le dernier mot" disait Clovis Cornillac. Ce qu'il eut avec son dernier geste dans une scène finale qui répond à l'ouverture.
Depardieu répondait, haineux, à ce moment : "ça s'apprend pas ça, tu auras le dernier mot quand tu casseras ta pipe". Tout est là.

Pas un grand Chabrol mais un beau film porté d'agréables touches d'humanisme.

 

Retrouvez cette chronique sur sa fiche Cinetrafic à Bellamy.