**note, vous remarquerez beaucoup de liens, ils mènent en fait à beaucoup de vidéos Youtube pour que vous vous fassiez une idée à votre guise. Si je commençais à tout mettre dans le même message, je pense que la lecture en serait considérablement entravée...**

 

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Pat Metheny fut l'une de mes grosses découvertes de l'année 2012 sans en être vraiment une (je le mentionne rapidement dans le top 2012 car je savais que j'allais y revenir). Je connaissais en fait un morceau du monsieur que j'écoutais alors souvent en boucle (Are you going with me ? sublime de mélancolie), échaudé par la peur de découvrir le reste de tout son univers et craignant que la guitare-synthé ne se résume alors qu'à un cliché sur une discographie assez massive. Ce n'est que lors d'un premier voyage chez mon tonton en 2011 que j'ai véritablement découvert Pat Metheny, le diable d'homme en ayant une bonne poignée en disques. Par la suite, lentement et à mon rythme (c'est à dire lentement et en savourant), je me suis plongé dans la discographie du surdoué Metheny, acquérant certains albums souvent essentiels. Mais par quoi, par où commencer Metheny ? Chaque disque fut un point d'entrée vers de nouvelles choses, parfois des prolongements d'autres avec toujours ce style inimitable qu'on reconnaît au bout de quelques morceaux. J'aurais pu vous parler d'un Secret story tellement riche et beau qu'il fait presque figure de best-of mais non, je vais obliquer vers une surprise originale tout à fait digne de l'ouverture d'esprit de ce grand musicien (apparemment il produirait même la chanteuse Noa à ses heures perdues !) : sa collaboration avec la chanteuse Anna Maria Jopek.

 

 

upojenie

 

L'album s'intitule Upojenie, ce qui signifie littéralement Extase en polonais.

Un titre bien choisi (curieusement pas la meilleure chanson de l'album) puisqu'il qualifie tout aussi bien la musique de ce disque que celle de Metheny, et sans doute celle de Jopek que je compte bien explorer plus en avant au cours de l'année. Nous avons donc là un disque bien rempli de près de 14 chansons et trois titres bonus (17 chansons donc) où Anna Maria chante d'une belle voix suave et douce en polonais, comme accordée à la guitare d'un Metheny qui sait se retenir afin de mettre en valeur la beauté d'une telle alliance.

Le disque est d'une telle douceur que le ravissement est total de bout en bout ce qui ne veut pas dire que tout sera forcément calme, attention. En témoigne par exemple l'excellente ballade Tam, gdzie nie siega wzrok (Follow me), qui donne une sacrée pêche avec sa guitare et les bidouillages du Pat tandis qu'Anna s'occupe de la voix principale, parfois secondée au refrain d'une voix masculine qu'on jurerait chanter en russe. L'ensemble procure une chanson à la fois folk et pop avec un soupçon de mystique.

Plus tôt, le calme ne faisait qu'augurer une progression qui si elle n'annonce pas la tempête, délivre un joyeux chaos organisé de sons et de couleurs.  Les deux compères se mettent d'ailleurs d'accord pour reprendre le déjà culte Are you going with me ? de Metheny en y ajoutant des paroles (totalement inventées par Jopek pour l'occasion) tandis que le morceau débute et s'organise totalement d'une autre manière que son original (si vous l'avez écoutez plus tôt ce que je vous conseille). Ici on entre dans l'électro low-fi avec une flûte tournoyante presque new-âge mais le background sonore au synthé nous renseigne d'une manière originale qu'il s'agit bien du même morceau. D'ailleurs comme son aîné, il monte lentement par la suite, zigzaguant entre passages instrumentaux et choeurs spectraux et irréels. Vers 4 mn Metheny reprend les rênes de sa guitare qu'on reconnaît entre mille mais décide de jouer non seulement des notes plus basses que le morceaux d'origine (plus aigü) et en improvisant totalement et le rythme et la partition ! Ce qui fait qu'au final on obtient deux versions d'un même morceau, finalement aussi intéressantes et indispensables l'une que l'autre si vous aimez le bonhomme.

 

A noter qu'on retrouvera d'autres reprises de Metheny vues sous l'angle de la collaboration Metheny/Jopek, là aussi triatées toutes en finesse. Citons donc Mania Mienia (So may it secretly begin) à se damner, Zupelnie Inna Ja (Always and forever) qui ici prend une consonnance plus proche d'un jazz lascif à la Madeleine Peyroux (ce qui ne me déplaît pas au contraire), Letter from home (où l'un des amis d'Anna reprend un morceau de Metheny, seul sur son piano dans une initmité aussi déchirante que ne l'était le morceau original), et autres Farmer's trust.

 

Les autres morceaux de cette collaboration, plus originaux et apaisés réservent aussi leurs lots de beaux moments. On se croirait par moment dans quelque chose qui se rapproche des morceaux les plus rassurants qu'a pu produire Yoko Kanno (si vous ne la connaissez pas, je me ferais une joie d'y revenir aussi), ce qui met la barre très haut. Je m'étonne d'ailleurs que la Kanno qui emploie des chanteurs et chanteuses de toutes nationnalités n'ait pas encore fait appel à Anna Maria Jopek. Mention spéciale aux passages où la chanteuse se retrouve juste avec le guitariste, véritables toiles intimistes qui vous réchaufferaient le coeur d'un mort (pistes 1,3,10,13...) quand le guitariste ne joue pas seul avec un bassiste proche de la chanteuse sur Polskie Drogi, merveilleux moment à deux "voix" musicales.

 

Normalement si vous avez écouté toutes les chansons, je peux vous quitter ici le coeur vibrant de joie tandis que vos oreilles vibrent encore de ces doux nectars... gneee