Il est rare que je me livre personnellement sur le blog mais cela arrive. Ce billet en fait donc partie et plutôt que de le classer dans la caétgorie très fourre-tout que constitue "gnurf", j'innaugure cette autre catégorie "Own life". Une manière de me décharger de la vie qui peut parfois être totalement pénible, donc en parlant de moi tout en essayant de faire en sorte que non. En quelque sorte, on pourrait presqu'y voir un retour aux sources puisque j'ai commencé sur la blogosphère voilà 9 ans avec un blog très personnel (qui existe encore mais est inhabité comme une vieille relique archéologique) au moment où ces derniers commençaient à éclore et ne faisaient pas encore partie de la vie courante comme aujourd'hui. gneee

 

A l'époque je parlais de tout et de rien, je faisais ma pipelette. Peut-être que je pouvais me le permettre en un sens. Et puis j'ai crée des blogs sur le cinoche (coucou), les dessins, la musique, les livres, d'autres blogs persos, sautant de plates-formes d'hébergement en plates-formes d'hébergements comme un hérisson bleu neurasthénique de jeux vidéos. Mes coups de coeurs, mes coups de gueule, passaient soit par mes dessins comme autant d'exutoires, soit par le biais de la culture, soit donc, de petites notes dans les blogs persos. De quoi parlais-je donc ? Du même sujet qui me tient à coeur et m'embête tout en reconnaissant qu'il me passionne sans doute : mon rapport avec mes congénères, ceux que j'estime, ceux que j'admire, ceux que j'abhorre. Aujourd'hui ça n'a pas tellement changé sauf que ça faisait un moment que je me taisais.

 

goingsanstexte

Are you going with me ? Dessin perso inspiré de la chanson de Pat Metheny, version sans texte.

 

Surtout, mon gros problème est que les choses me tiennent à coeur et que comme souvent, je n'ai pas le recul sur ces choses là, les coups de sang viennent facilement. Même si je ne crois qu'à moitié l'astrologie, il me semble que c'est un trait commun à de nombreux béliers : on estime les gens, quitte à les mettre sur un piédestal, comme une sorte de respect pour eux. Du coup on n'en finit plus de déchoir suite aux déceptions. Pourquoi un tel est comme ça ? Pourquoi a t-il changé à ce point ? Etions nous (étais-je) aveugle pour ne pas voir l'arriviste ou l'abruti derrière ? Et puis on est d'un naturel gentil et optimiste, résultat, les gens ne se gênent pas pour bien vous enfoncer par derrière. Plus le temps passe, plus j'ai l'impression de perdre foi en l'humanité. Je comprends de plus en plus Andréï Tarkovski quand il disait "le bien est passif, le mal est actif". Et cette maxime qu'il a fait sienne pour sa vie, je l'ai aussi reprise pour moi-même.

 

Il y a un site avec lequel j'ai grandi et forgé une bonne partie de mes goûts cinéphiles, musicaux et un peu littéraire, voyez-vous. Un site énorme, seulement géré par une seule personne, sans doute un brin élitiste mais drôle, original, et alors encore à l'époque ouvert. Du moins le pensais-je. Et puis j'ajoute la personne sur facebook. Je suis content... au début. Parce que je déchante quand je vois son cynisme, son pédantisme, l'aigritude et parfois la bêtise rance qui se cache derrière. Chose qu'elle ne dévoilait pas dans ses écrits, comme quoi entre l'artiste et l'homme, il y a toujours un monde comme on le voit. Et du coup, j'ai pu voir que dans ses écrits, j'étais alors de plus en plus en désaccord. A quel moment le changement s'est produit ? Etais-je trop aveugle pour ne pas voir que quelqu'un que je considérais comme mon mentor se donnait en fait un style pour masquer sa médiocrité sur d'autres domaines ? Cruelle désillusion. Bien sûr je suis encore son site à l'heure actuelle mais j'essaye de moins prendre position quand il parle sur facebook, je le laisse s'agiter avec ceux qui l'applaudissent sans prendre le temps d'y réfléchir.

 

 

 

 

 

C'est un peu la raison qui fait que je reste mélancolique au fond. J'essaye de ne pas me voiler la face sur le fait que oui, nos congénères sont ignobles, et oui, la bonté, l'humilité, le sens des valeurs et le respect d'autrui commence à complètement disparaître. Ou du moins cela en donne l'impression. Sans doute que je cuve un début de dépression mais j'ai l'impression que le peu de gens sensible et bons se rétrécit comme peau de chagrin. On le sait, avec le net, le monde s'est accéléré mais cela a aussi complètement modifié la donne dans les relations (il n'y a qu'a lire le récit d'un serial-dragueur interrogé par Ovidie sur son blog même --oui, oui, Ovidie, vous avez bien lus. Cette nouvelle génération qui aborde le porno comme référent ultime dans les relations amoureuses me fait craindre encore plus le futur. A croire qu'il n'y a plus d'éducation sexuelle, plus rien qui se transmet, seulement une image faussée qui va elle-même fausser les relations amoureuses par la suite, je ne sais pas).

 

J'ai de plus en plus l'impression que cette accélération, cette mondialisation à vitese grand V transforme les gens en quelque chose d'autre de plus en plus. Le temps est devenu un luxe, se cultiver aussi, quand on se cultive pas sur le pouce. Il en va aussi du respect des aînés, de la confiance qu'on peut placer en eux et l'inverse. Si c'était ça la fin du monde : un monde dénué et vidé de tous sentiments, qui se précipite dans sa chute par son propre capitalism/cannibalisme. La science-fiction n'avait fait que le prévoir, toujours en avance. Les paraboles qu'on peut trouver dans plusieurs livres ne manquent pas et nous pouvons hélas de plus en plus les appliquer à notre monde, avertissements qui sonnent de plus en plus dérisoires puisque comme tout va vite, il se trouve encore moins de monde pour en prendre conscience, lire ses livres et ainsi reléguer le message. Quelque chose s'est perdu en route.

 

 

junepalmer

Portrait personnel de June Palmer, pin-up des sixties. Crayon et pastel sur feuille grise/beige.

 

Les exemples de toute cette dégradation ne manque pas. Je peux en citer presque toutes les semaines avec effarement. Tenez, une fois un ami que j'invite à la maison. Plus tard, il veut que je fasse une transaction sur internet pour lui en passant sur un site, sauf qu'il aurait fallu que je demande à une tierce personne de se mêler à ça en plus ...Mais pourquoi ne le faisait-il pas lui-même ? C'est quoi l'embrouille ? J'ai été d'autant plus choqué qu'il trouvait ça naturel, ça ne lui venait pas à l'esprit une seconde que je puisse être outré par sa démarche, impersonnelle au possible. Je me suis senti blessé. Bien sûr il suffit d'un rien, bien sûr je suis sans doute vieux-jeu, mais quand même. Une autre fois, c'est l'attitude hypocrite d'un maître de mémoire qui agit sous couvert, voix rassurante de face, long couteau dans le dos. J'en ai rediscuté avec un ami au téléphone pas plus tard qu'hier. L'épisode m'était sorti de la tête à vrai dire, j'avais réussi à oublier le sinistre inidividu mais je n'étais pas surpris qu'il fasse pareil avec bien d'autres élèves de fac. Là encore c'est caractéristique de quelque chose à l'oeuvre qui ne se nomme pas mais vise à démolir les gens. Et on essaye presque de faire passer ça pour du naturel quand ce n'est pas totalement caché. Bullshit. Un autre moment c'est quelqu'un que vous appréciez et qui finalement diverge avec vous sur plusieurs points de vues plus que personnels et semble même vous donner l'impression de vous ignorer alors que vous parsemez des petits cailloux sur son chemin. Encore une autre fois c'est un jeune qui travaille en binôme avec vous mais finalement s'accapare votre domaine de réflexion. Evidemment vous laissez passer parce que vous avez bientôt fini le séminaire, le dossier, le travail, bref ce que vous faites, vous êtes à la croisée des chemins, plus soucieux d'essayer de voir l'avenir que de vous soucier du présent. Mais il n'empêche que vous avez quand même un pincement au coeur, vous avez l'impression désagréable de vous faire complètement flouer parce qu'avant qu'il n'arrive, vous y avez mis du vôtre. Et le pire, c'est que vous avez sûrement bien raison.

 

Face à tout ça, il n'existe pas de solutions, il faut travailler sur soi. Cela ne sert à rien de s'énerver en fait si ce n'est se fatiguer dans un engrenage qui ne cherche qu'a vous broyer sans trop se soucier de ce que vous pensez. Mais ce n'est pas facile. Prendre du recul implique de souvent se questionner, de se remettre quotidiennement en question sans non plus trop se prendre la tête. Ce texte est une manière comme une autre de le faire, quitte à pondre un exutoire. Au moins, ça c'est fait. Il faut surtout dégager les grandes lignes et ensuite ce qui peut servir. Est-ce que j'ai ma part de responsabilités dans ceci ? Non. Dois-je me soucier de cela ? Pas plus. Faut-il que je revienne sur tel ou tel site ? Peut-être mais pas maintenant. Tout cela... les relations avec les autres et comment elles impactent sur nous, c'est aussi en quelque sorte une addiction tout comme internet. Se contrôler donc et s'octroyer des portes de sorties, de repos, des ouvertures nécessaire pour rester la tête hors de l'eau. La culture sert à ça aussi. Pourquoi croyez-vous que je vais me forcer à voir des films, même si je n'en ai pas envie parfois ? gneee