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Visionnage en blu-ray sorti chez nous avec une jaquette horrible :

 

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Et non le bandeau rouge ne peut se retirer. Et quand on voit la mention des cahiers, on rigole. 

A tel point qu'on peut voir des contrefaçons maison sur le net :

 

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Ce que les hommes lui font la nuit, 
Elle ne s’en souvient pas quand le jour se lève...
Une jeune étudiante qui a besoin d’argent multiplie les petits boulots. Suite à une petite annonce, elle intègre un étrange réseau de beautés endormies. Elle s’endort. Elle se réveille. Et c’est comme si rien ne s’était passé...

 

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C'est avec en tête son étrange réputation censément sulfureuse que j'ai vu le film. Avec beaucoup de curiosité aussi. Je suis content de constater que quand Les cahiers titrent "l'évènement érotique de l'année", ces gens là continuent de regarder parfois certains films à tort et à travers, c'est assez comique. Car l'érotisme dans Sleeping beauty n'est certainement pas en fait ce qui est le plus palpable et susceptible de mettre en émoi ses spectateurs et spectatrices. J'irais même jusqu'à dire qu'il s'agit là d'un érotisme caché, de façade qui, au fond ne sert qu'a aborder d'autres choses (comme la vieillesse, la solitude, l'abandon qui donnent naissance aux plus belles scènes du film, quand des personnages s'ouvrent et se confessent ou explorent leur mal-être).

 

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Il y a pourtant des corps nus dans Sleeping beauty. C'est même flagrant, on ne voit que ça par moment mais il sert plus à travailler des thèmes et des êtres plutôt que le désir proprement dit. A l'instar de Julio Medem, la cinéaste Julia Leigh veut témoigner de quelque chose sans pour autant atteindre son talent. Sleeping beauty choisit de prendre des partis pris qui peuvent très bien se retourner contre lui là où un Room in Rome débute par quelque chose d'accessible en plans-séquences élégants avant de devenir plus profond dans son propos, voire onirique (la superbe scène de la baignoire et cette image d'un corps sans vie en sang et percé d'une flèche --symbolique--) et il est certain qu'avec ça, le film va diviser d'emblée ses spectateurs. Dans sa réalisation, Sleeping beauty mêle plans-fixes et plans-séquence en travelling, tous très lents pour obtenir quelque chose d'hypnotique. Ajouté à cela des décors souvent en clair-obscurs et quelques non-dits et vous obtenez une ambiance qui se veut proche de celle qu'on peut ressentir parfois chez David Lynch. 

 

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Personnellement j'ai lentement adhéré au fil du film pour être conquis à la fin. Et pourtant, le personnage joué par Emily Browning m'était un peu exaspérante dès le départ. Isolée dans une vie pénible entre petits boulots inutiles, colocs débiles, cours survolés en fac, on comprend évidemment que le personnage de Lucy s'est bâti une carapace qui lui permet de prendre une certaine distance avec la vie, voire le spectateur du même coup hélas. Les seuls moments où le bouclier se fissure, c'est avec son ami mourant Birdmann, le seul avec qui elle entretient une relation disons "chaste" et pure". Parce qu'avec ses autres relations, c'est généralement purement sexuel et très crû et si les scènes en question ne sont pas filmés et restent de l'équivoque, il n'empêche que j'ai du mal à être empathique avec une jeune fille qui se veut moderne et libérée mais qui finalement n'arrive pas à vivre et prendre du recul sur sa vie sentimentale et traiter les êtres en tant qu'humains plutôt qu'objets quitte à s'en mordre les doigts (le final abrupt est révélateur et je me demande si au fond la réalisatrice ne "punit" pas un peu le personnage pour son manque d'humanité. J'ai eu l'impression que la fin était un peu morale, ce qui dans le même temps est pourtant logique si on le prend comme un conte --sleeping beauty, c'est la belle au bois dormant un peu).

En revanche donc les scènes avec Birdmann (Ewen Leslie) sont fascinantes : on a là deux êtres blessés et sans doute peut-on supposer qu'il y a eu quelque chose entre eux par le passé. Ils ne peuvent se quitter vraiment donc ils ont un semblant de vie commune où respirer tous deux même si c'est un bonheur de courte durée. Les scènes avec les vieillards contemplant ce corps immobile peuvent tout autant amuser (le vieillard impuissant qui espère vainement une dernière fois avoir une érection auprès de ce corps sans défense) que toucher (le petit vieux très digne qui souhaite juste s'endormir près d'elle). Derrière ça, un même manque d'amour à l'image de ce que peut ressentir la jeune fille. Le message sur l'incommunicabilité des êtres ou la solitude et le mal-être urbain ne sont pas nouveau évidemment (depuis Antonioni, on a même pas spécialement eu de surprises terrassantes) mais ici, sans renouveler ce qui a déjà précédé, il arrive une nouvelle fois à nous agripper par tout son dispositif de mise en scène.

Sleeping beauty n'est pas tant un film érotique qu'un drame en forme de conte sur le manque d'humanité qui n'en finit plus de déboulonner les rouages de notre société.