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Le détective Yoshioka enquête sur plusieurs meurtres qui semblent liés entre eux. Chaque victime est découverte noyée, le corps rempli d’eau salée, cette même eau qui menace d’engloutir des quartiers désaffectés des alentours de Tokyo au prochain tremblement de terre. Tourmenté par le stress et par la crise que traverse son couple, Yoshioka découvre sur les lieux des crimes des objets familiers qui le poussent à s’interroger sur sa propre culpabilité : se pourrait-il qu’il soit le meurtrier ?

 

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Une nouvelle réussite de plus au crédit de cet étrange cinéaste adepte d'une horreur un brin cérébrale, à ranger non loin de son célèbre KaïroComme dans ce dernier, la thématique de la culpabilité, de la perte des repères humains, la solitude et l'oubli, la dégénerescence de la ville qui mène à son apocalypse ainsi que les fantômes se retrouvent encore une fois de plus liés. Dans Kaïro, l'ordinateur était la porte qui permettait à ces terrifiants revenants de venir dans le monde des vivants, ici la jonction est effectuée par le biais des miroirs (un des protagonnistes affirme avoir remarqué l'inquiétante "femme en rouge" au moment où celle-ci la remarquait aussi) mais aussi par ces séïsmes annonciateurs de la fin qui se mêlent toujours aux meurtres, agissants comme des détonnateurs chez les futurs assassins. Le miroir a aussi son importance en ce sens qu'il ne fait que révéler la culpabilité des "assassins" où leur meurtre renvoie au sort de cette inquiétante femme en rouge, fantôme des plus inquiétants, voire dangereuse, mais aussi finalement personnage très mélancolique et humain. On pourra sans doute reprocher au cinéaste d'avoir humanisé un peu trop sa revenante mais comme le réalisateur le souligne lui-même à la première japonaise du film (cf bonus dvd 2 de l'HK vidéo), un fantôme a été un être humain aussi auparavant.

 

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Dans Kaïro, les fantômes empruntaient à la peinture de Bacon en plus d'avoir une démarche saccadée/décentrée qui les éloignaient sensiblement du monde réel. De la lenteur de leur démarche et de leur aspect flouté naissait l'irréalité de la situation, en faisant des calques superposés au monde réel (expression que je reprend du calque papier comme de celui apposé sur photoshop en plusieurs couches). Rétribution suit un chemin similaire et parallèle en ce sens que la démarche est conservée : même sensation de ralenti, d'effacement devant un monde moderne qui va trop vite mais, la fantôme n'est plus floue et son apparition se joue par le miroir et la lumière (et ce n'est pas un simple gadjet téléphoné quand on sait le rôle de la lumière chez Kurosawa : Lumière hypnotique du briquet du tueur de Cure, lumière éclairante, semi-espoir --car elles restent venimeuses et dangereuses-- des méduses de Jellyfish (Bright futuretout comme les lieux sombres et sans lumière et cerclés de scotch rouge de Kaïro...) sans oublier un effet de vent faisant lentement voler les cheveux de celle-ci. Et la démarche qui peut être tout aussi lente que rapide, le fantôme ne se déplaçant pas toujours comme un humain, flottant littéralement, volant même à chaque tremblement de terre vers sa prochaine victime à hanter (captures suivantes).

 

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Ce qui me surprend dorénavant c'est l'aspect "peintre" du réalisateur. Comme ce ciel qui se charge brusquement, à la frontière de la réalité et d'un autre monde et amplifiant non seulement le versant fantastique comme celui du réalisme (Il faut faire attention à la mise en scène parfois très subtile du cinéaste notamment dans la fin où le réalisateur par quelques plans autour de Yoshioka --quand il serre dans ses bras sa petite amie-- arrive à nous faire douter : Et si l'inspecteur n'était il pas tout simplement en plein délire schizophrène ?) La scène est superbe et permet sans trop l'appuyer de comprendre le sort du pauvre Yoshioka : empêché par des barreaux qui le retiennent de tomber de l'immeuble, on peut aussi y voir l'image d'un homme bloqué (le champ de vision est littéralement barré par ces barres de fer semblablent à celles d'une prison) en proie à sa culpabilité (d'où la peur de la prison par les barreaux mais aussi le rôle des miroirs avec cette image finale de lui-même brisée en capture 2 à la fin du film quand il retrouve la lucidité par le pardon du fantôme mais n'est pas pour autant tiré d'affaire) comme sa peur de quelque chose que finalement il cherche à comprendre. 



Il sera bien le seul d'ailleurs mais celà aura des conséquences encore plus grandes sur la fin où le cinéaste, avec une justesse de moyen ne montre finalement qu'un homme abandonné qui s'est finalement auto-détruit lui-même (pas envie de trop spoiler) depuis un bon moment et est condamné à chercher la repentance ailleurs (beaux plans où celui-ci erre dans des rues vides qui pourraient faire penser à celles de Kaïro--en moins chaotique-- mais aussi nous donner à penser que ce fantôme de femme en rouge à largement contaminé une bonne partie de la population. Après tout, le psychiatre l'avouait lui-même, il était dépassé par les fantômes que voyaient ses patients de plus en plus et perdait pied...), d'où le plan final désabusé de sa petite amie hurlant de douleur (plan qui est expliqué un peu dans la fin alternative commentée dans les bonus), très beau.

 

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Les rares choses que le réalisateur révèle en bonus ou interview ne sont d'ailleurs pas de trop pour comprendre encore mieux ce puzzle où tout est finalement lié (le motif de l'eau salée, l'oubli, les séïsmes, les bâtiments désaffectés...) et sujet à de nombreuses explications et points de vues subjectifs. Mais l'on peut aussi apprécier le film et se faire son avis par soi-même tout seul, on y trouvera forcément à redire tellement le film est complexe et fascinant. Sans doute pas un chef d'oeuvre mais un grand film toutefois.