Vendredi est une journée fort chargée puisqu'elle concentre l'essentiel de mes séances. Avec le recul je me dis que j'aurais pu être encore mieux organisé pour avoir plus de séances les jours précédents mais bon, je saurais pour la prochaine fois. Cela commence dès 10h avec un film turque (le producteur nous félicitera d'avoir eu le courage de nous être déplacé le matin pour un film plutôt dur d'accès --ah bon ?-- à la fin de la séance et répondra à nos questions), d'autant plus intéressant qu'il est fait par une femme et traite de sujets sensiblement plus tabous encore chez eux que chez nous.

 

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La tour de guet (Pelin Esmer - 2012 - sortie chez nous le 11 septembre 2013)

 

L'affiche française donne encore moins envie que l'affiche turc curieusement...

 

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... même si celle-ci s'avère un peu mieux.

 

Hanté par un accident tragique, Nihat accepte un emploi de gardien dans une tour de guet d'où il peut observer l'immensité de la forêt. Seher est hôtesse dans une gare routière rurale de la même région. Une série d'événements réunit ces deux êtres isolés, au passé trouble. Contraints à s’entendre, ils forment un couple qui, malgré son déséquilibre, réveille en eux la compassion et apaisera peut-être leur chagrin.

 

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Voilà effectivement un film abrupt, atmosphérique et dont la relative froideur est plus liée au fait de tourner d'une façon documentaire et sans musique (le bât qui blesse) qu'à son histoire, plutôt simple et bien menée, dotée de beaux moments et d'une belle sensibilité qui révèle un vrai regard sur les hommes et les femmes en Turquie dans une région éloignée (on est plus en Anatolie et aux frontières qu'à la capitale) qu'autre chose. Une histoire universelle au fond puisque liée à l'histoire actuelle des femmes (je ne vais pas spoiler). Mais le regard porté sur cet homme bourru et rongé par le chagrin n'en est pas moins important. En fait les deux comédiens, fabuleux, se révèlent véritablement à la caméra, on sent là chez la réalisatrice quelqu'un qui aime ses personnages (très belle scène où Seher contemple son corps rebondi sous une douche de fortune après un accouchement assez brutal où la caméra s'attarde sur ce nu recroqueveillé dans un cadre composé comme une peinture avant de suivre en un fugace plan le parcours de la main de l'actrice, rapide sur la chair, entre les gouttes).

 

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Surtout le film révèle la beauté et le talent indéniable d'une toute jeune actrice, Nilay Erdonmez dont ce n'est que le second film, mais le premier vrai rôle. Plus touchante que son homologue masculin mais toute aussi juste, l'actrice donne véritablement de sa personne. Comme le producteur du film le racontait juste après la séance, la jeune fille a dû manger des pâtes pendant deux mois afin d'avoir un ventre plus rebondi pour similer le fait qu'elle est enceinte ! Du trucage maison qui passe remarquablement bien à l'écran (et sans doute moins cher qu'une prothèse à mettre). Autre anecdote, le bébé qu'on voit dans le film est un vrai bébé, l'équipe réduite n'ayant pas les moyens d'en reconstituer un à l'ordinateur comme pour les fils de l'homme (oui, oui, lors de la scène d'accouchement dans le film de Cuaron, c'est un bébé entièrement virtuel --c'est assez hallucinant). Ce qui rend certaines scènes (l'accouchement, le bain), plus crues et véridiques. Le producteur racontait en souriant que la réalisatrice paniquait justement pour les scènes où il fallait gérer le bébé, de peur qu'il pleure et hurle à chaque fois. En fait, miracle, le mouflet s'est révélé très calme et adorant l'eau (oui, oui c'est bien un vrai bébé hein). Et puis il y a la fin assez abrupte du film qui gêne un peu. A l'origine une autre fin, plus mélodramatique, courageuse et émouvante avait été tournée mais l'équipe (je ne vais pas spoiler non plus), par peur des réactions en Turquie l'a coupée pour déboucher donc sur les 10 dernières minutes du film, laissant une impression plus ouverte laissée au spectateur. Espérons que cette fin se retrouve sur le DVD.

 

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Plus j'y repense plus le film vieillit bien dans ma tête et je me dis que je le prendrais avec plaisir en DVD car au fond, c'est une belle surprise.

 

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Baikonur (Veit Helmer - 2011 - sortie chez nous le 25 septembre 2013)

 

"Tout ce qui tombe du ciel, tu peux le garder". Ceci est la loi non écrite des steppes kazakhes.
Quand l’astronaute Julie Mahé s’écrase avec sa capsule spatiale au beau milieu des steppes kazakhes, l’opérateur de radio Iskander (appelé “Gagarin”) la trouve inconsciente. Désespérément frappé par l’amour, il convainc Julie, devenue amnésique, qu’ils sont fiancés.
Mais même le plus romantique des mensonges ne peut demeurer secret pour toujours

 

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Baikonur, c'est l'un de mes nombreux coups de coeur du festival (avec Scarlet Road et La tour de guet) sans que je ne puisse l'expliquer vraiment. Ou plutôt si en fait, pour les raisons qui font que certains s'y ennuiront jovialement et que moi je n'ai eu aucun problème. C'est en fait un film d'ambiance, planant, atmosphérique où il ne se passe pas grand chose, plus proche de Moon ou Code 46 dans l'esprit (parce que sinon ça n'a rien à voir) que de films plus rythmés qu'on peut voir sur nos écrans généralement. C'est une rêverie à mi-chemin entre histoire romantique, désir de conquête spatiale, documentaire (les images d'archives, les images de Baikonur) et drame utopique. Là encore et plus que le film précédent (bon, ce n'est pas la même chose non plus), pas d'effets spéciaux dans l'ensemble. Les lancements de fusées sont bien réels (l'équipe a eu l'autorisation d'en filmer 2), les deux cosmonautes qu'on voit à côté de Julie Mahé (jouée par Marie de Villepin, la fille de qui vous savez) pour un court plan (cf photo) sont de vrais cosmonautes et pas des acteurs, le prêtre qui vient les "baptiser" avant le départ est un vrai prêtre (je ne savais pas qu'on baptisait les cosmonautes russes avant qu'ils s'élancent vers les étoiles, tiens), de même que la centrifugeuse du film est bien l'une des deux centrifugeuses existantes dans le monde (il y en a une en amérique, l'autre en Russie) et que même l'actrice l'a essayée pour les besoins du rôle.

 

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C'est donc une belle rêverie atypique portée par certaines images vraiment très belles (quand "Gagarin" regarde les étoiles à travers le toit de sa hutte, le plan avec les timbres authentiques collés sous la combinaison sur la poitrine de Julie --très belle image graphique que le dessineux en moi ne peut qu'apprécier il faut dire, Gagarine et son amie de dos regardant une fusée décoller au loin tel des ombres chinoises où la lumière viendrait du réacteur de la fusée entre eux-deux --beau cadrage) et la musique de Goran Bregovic. Un petit film poétique a apprécier tel quel. Apparemment il existe déjà un DVD allemand du film édité par Arte avec langues anglaise et allemande et sous-titres anglais, mais pas français. Bon j'attendrais que ça sorte chez nous.

 

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Brasserie romantique (Joël Vanhoebrouck - 2012 - sortie chez nous en... Ah ben en fait on sait pas encore. :/ )

 

La Brasserie Romantique est un établissement renommé. Il est dirigé par Pascaline et son frère, Angelo, en est le Chef. Ce soir, c'est la Saint-Valentin et le restaurant affiche complet. Chaque couple qui a réservé une table espère que l'amour sera au rendez-vous. Durant cette soirée si particulière, rien ne se passe pourtant comme prévu. Pour les clients dans la salle, côté scène, comme en cuisine, dans les coulisses. Les couples se forment ou se séparent et les masques tombent.

 

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Le "romantique" du titre est un piège car l'on est plus devant un drame acerbe et ironique sur le couple (les couples) à la Bergman (impossible de ne pas penser à certaines scènes de L'heure du loup ou Scènes de la vie conjugale (surtout)) qu'un doux film un brin fleur bleue. C'est donc à la fois désarmant, cynique et parfois même réjouissant tant la peinture au vitriol atteint par moment le talent du regretté maître suédois à travers des comédiens au poil près et des répliques crûes et vachardes qui font justement mouche. L'inspiration envers l'homme de Färo exsude même un peu trop car la mécanique finit parfois de se prendre les pieds dans le tapis de sa propre mise en scène là où Ingmar laissait toujours quelque chose de fluide. La force du film, ce sont ses multiples personnages, tous différents, tous portant une vérité, des espoirs et (beaucoup) des désillusions. Mais c'est aussi sa faiblesse puisqu'on s'attache à certains personnages selon nos goûts et pas à d'autres et que le fait de scinder le film en chapitres (entrée, plat, dessert) comme autant d'actes d'une pièce de théâtre le casse aussi souvent que l'on passe d'une scenette à une autre. Cela ne respire pas, l'aspect "scène" se voit trop, on en arriverait même à chercher une trappe hors-cadre où quelqu'un soufflerait les répliques. Du coup j'aurais voulu être plus emporté que ça, moi qui adore le suédois (ici c'est des flamands mais vous m'aurez compris). En l'état c'est quand même regardable, la mise en scène est bien menée, les comédiens plus que convaincants (mention spéciale au "double rôle" de Walter qui fait son petit effet au miroir. Là aussi je n'en dis pas plus), la peinture du couple aussi tétanisante que peut l'être en filigranne le portrait de flamands paumés mais il manque un énième grain de folie pour que le tout décolle complètement, dommage. Pour les curieux, un Blu-ray existe déjà au passage en import.

 

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Alice Lantins a 38 ans. Elle est belle, ambitieuse et fait preuve d’une impeccable conscience professionnelle au point d’en oublier sa vie privée. Bref, elle a tout pour devenir la prochaine rédactrice en chef du magazine « Rebelle », tout sauf son image de femme coincée. Mais lorsque le jeune et charmant Balthazar, à peine 20 ans, va croiser le chemin d’Alice, le regard de ses collègues va inexplicablement changer. Réalisant qu'elle détient la clef de sa promotion, Alice va feindre la comédie d’une improbable idylle.

 

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Adorateur de Pierre Niney depuis Comme des frères (dont j'ai jamais eu le temps de parler alors que j'ai déjà vu le film 3 fois et que je l'ai en blu-ray), j'avais loupé la sortie du film en salle, encore plus retardataire que Filou pour le coup. Il faut dire que je manquais singulièrement de temps mais que l'affiche avec son roulage de pelle bien frontal me laissait craindre un film manquant singulièrement de subtilité, y allant à gros sabots. C'est vrai qu'elle est pas top cette affiche, au contraire du générique d'ouverture du film, brillant, qui mélange une esthétique de magasine féminins dans le fond (parodie des mises en pages de Glamour ou Cosmopolitain) avec les titres de l'équipe technique du film. Si vous vous rappelez le "passage IKEA" de Fight Club, vous aurez une idée mais pour le plaisir j'ai réussi à vous trouver une vidéo (joie, bonheur, alléluia, Pierre Niney !).

 

 

 

Et puis la musique est très sympa, très proche dans l'esprit de ce qu'on avait avec le talentueux groupe français Rhesus qui chantait en anglais et splitta après deux excellents albums de pop-rock enjouée. Voilà mon dilemme, mon esprit un brin prude (l'affiche quoi, on pouvait faire 10 fois mieux) face à mon esprit ouvert (chouette un sujet qui traite des "cougars" sur fond de comédie) qui fait que je retardais un peu mon visionnage avec le fils Niney. Bon, mes craintes se dissipèrent par la suite et même si j'avais espéré encore mieux que prévu (j'aurais aimé rire à certains gags mais non, j'ai juste souri), le film se regarde bien.

Mais voilà j'aurais aimé être plus emporté, j'avoue. L'alchimie entre Virginie Effira et Niney fonctionne très bien mais de la première, la passion n'effleure vraiment qu'à la fin quand elle regrette le fait de l'avoir un peu utilisé comme un objet (la scène de l'amphithéâtre est très bien) et devient enfin sincère. Je crois que c'est le personnage qui m'a un peu embêté, pour avoir connu aussi des personnes comme ça malheureusement. Quand au second, j'ai été un peu lassé de son jeu j'avoue. La sauce commence à ne plus prendre, surtout qu'après J'aime regarder les filles et Comme des frères, on a encore le même rôle de personnage joué (avec talent attention) par l'ami Pierre. Je crains qu'il ne se laisse enfermer à force dans les mêmes rôles de gentil naïf lunaire et rêveur, ce serait dommage à la longue de finalement se réduire à un style cliché de film en film. Allez Pierre, un film policier où tu tiendrais un bon ptit rôle, tu peux le faire.

 

 

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Et puis le film est doté d'une mise en scène classique mais efficace (le plan où l'on suit les flèches et l'ipod sur le banc) et de moments assez sympathiques et parfois justes (la scène d'amour. Allez les mecs, qui ne l'a pas fait à la manière Niney surtout au même âge que lui, hmm ?) et égratine pas mal la presse féminine souvent plus formatée qu'autre chose (horoscope dans chacune, dossier sexo/perdre-du-poids-réveille-ton-désir-sinon-t'as-vu-on-a-150-pages-qui-parlent-de-fringues-ah-oui-on-a-aussi-deux-pages-sur-Lea-seydoux-et-un-paragraphe-sur-la-censure-en-chine-hoho) et où la seule différence serait la variation de la mise en page et des articles (et encore, parfois les rédacteurs se retrouvent d'un magasine à un autre, normal, faut bien faire des piges si on veut vivre). Parce que même si les personnages du milieux ressemblent à des clichés, je peux toutefois certifier après des stages et des renseignements glanés chez des amis, que c'est malheureusement parfois comme ça. Pas aussi poussé mais quand même (et c'est pas les seuls "clichés-hélas-vrais" qu'on peut avoir dans la presse et l'édition mais bon c'est pas le moment et l'endroit pour une diatribe même si c'est pas l'envie qui manque).

 

Peut-être que tout ce cynisme et arrivisme poussé chez les personnages a aussi joué dans le fait d'avoir vu une bonne comédie sans plus, d'autant que l'histoire n'a rien de révolutionnaire (les cougars ont toujours existé de tous temps. Avant que le terme ne devienne plus courant on évoquait plus à mot caché les MILF (= mother i would like to fuck pour ceux qui ne connaissent pas) depuis déjà l'apparition du web à la fin des 90's --et encore aujourd'hui. Et avant, on en parlait moins, c'est tout, c'était juste pas aussi exposé par la technologie mais les exemples et récits confirment que le fait n'est pas nouveau (*)). Les conditions de visionnages ont aussi joué un rôle : dernier film du jour, cinéma en plein air sur la plage. Vous croyiez que l'air marin allait me faire échapper à mon allergie. En fait non ça a été pire et comme la nuit il fait plus frais, rester dans un fauteuil sans une couverture et sans bouger, on attrape facilement la mort. C'est donc avec le nez et la gorge pris et des tremblements partout que je suis rentré à l'hotel pour tenter de survivre encore un peu. Cela dit, je redonnerais une chance au film avec plaisir en DVD ou blu-ray prochainement.

 

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Au retour une absurdité comme je les aime en photo, clic-clac.

 

 

 

 

 

 

(*) Pour les intéresés, lisez la vie privée de Catherine II de Russie, assez croustillante à ce sujet. Et sinon perso, je recommende La comtesse de Julie Delpy que j'avais beaucoup aimé même si ce n'est pas le sujet principal du film.