Et voilà ! De retour d'une semaine du NIFFF, content mais fourbu. C'est qu'il y avait des films à voir au Neuchâtel International Fantastic Film Festival. Des films anciens dans le cadre d'une rétrospective ou masterclasse, des films inédits ou nouveaux, des curiosités étranges... le tout sous un soleil de plomb qui a atteint de belles températures. Je ne sais ce qu'il en a été en France du 8 au 14 juillet (enfin si, je me souviens lundi 8 d'être parti de Paris sous une pluie de sueur dégoulinant à grosses gouttes de mon corps. Nio, la limace visqueuse et liquide ne supportant pas la chaleur, oui oui c'est moi) mais en Suisse, il fait beau et chaud. Toujours beau et chaud. Pas une goutte de pluie. Et ce ne fut pas toujours le réconfort des salles obscures qui aida à surmonter la température étant donné que certaines salles n'étaient pas climatisées. Seule solution valable : toujours avoir sur soi une bouteille d'eau ou de coca bien fraîche.

 

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Le "temple du bas" et sa salle de cinéma dans la chappelle d'une ancienne église. La chaire (à droite) est restée, mais heureusement elle n'est pas triste et je n'ai pas lu tous les livres.

 

Pour ce qui était ma première édition du NIFFF (et je l'espère, pas la dernière), je trouve que le bilan était assez bon. De belles surprises, parfois de très bonnes choses, parfois du passable et puis de belles rencontres en tous genres avec des personnes souvent sympathiques et chaleureuses. Au passage d'ailleurs, je ne m'étonne plus de trouver de jolies bénévoles dans les festivals mais mes yeux pleurent encore de bonheur. Dans un endroit où nous, cinéphiles, mangions, l'une des serveuses ressemblait étrangement à l'actrice rousse Jessica Chastain, actrice qui me fascine complètement. Je pense que vous comprenez alors mon bonheur. Mais bon, foin de paroles, tentons de faire court face à la difficile tâche de résumer près d'une intense semaine de visionnage de films et pour cela, je vais livrer donc mon planning de cette semaine avec quelques lignes sur les films vus et, chose nouvelle sur ce blog, une note sur les films sur 6 qui définit sans doute mieux mon appréciation.

 

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The rambler (Calvin Reeder - 2013)

 

Mardi 9 juillet.

 


14h45 - Entretien avec un vampire (Neil Jordan - 1994) - Bon, je l'ai déjà vu plein de fois mais je ne dis pas non à ce qui est devenu un classique et de la littérature, et donc du cinéma. Chose bizarre, je commence "mon" festival par un film de Neil Jordan, je le terminerais par un autre film du même réalisateur, encore une histoire de vampires. Décidément ! - 4/6.

 

17h45 - Mars et Avril (Martin Villeneuve - 2012). Un film de science-fiction québecois qui se dote d'une belle rêverie spatiale dans des décors signés Schuiten (le génial dessinateur des Cités obscures qui collabora plusieurs fois pour le cinéma. Sa patte est plus que reconnaissable dans Mr Nobody ou Taxandria). Pourtant passé le très beau générique qui résume l'idée principale du film et quelques belles images érotiques pourtant déjà vues ailleurs (le corps féminin comme paysage, on voit les effets dans La femme des sables ou plus proche de nous et d'une manière plus concrète, dans Electroma), le film s'enlise complètement par manque de rythme, d'ambition (alors que les idées ne manquent pas mais foisonnent trop et n'apportent aucune constance à un fil rouge trop éparpillé) et bien justement de chair : que l'on traite de la frustration du désir avec le personnage de Jacob, ou de celle, sentimentale, d'Arthur vis à vis d'une même femme que tous deux aiment, le film manque singulièrement de passion et d'audace. Les personnages eux-mêmes n'inspirent rien, n'intéressent guère. La film finit par ne devenir qu'une belle illustration de ses effets spéciaux (le sol de mars, le vaisseau spatial) dans une fin métaphorique qui achève de dégonfler tout l'ensemble. Dommage car j'y croyais à la base. - 2/6.

 

19h45 - ALIEN (Ridley Scott - 1979). Le film était non pas une copie mais le blu-ray du director's cut. Cela ne m'a pas gêné et il est intéressant de voir la version voulue à la base par le réalisateur pour comparer avec Prometheus (*) et les déclarations que Ripley livra sur les deux films à plus de trente ans d'écart, que l'on peut se lire à la fois dans le guide officiel sur Alien de Ian Nathan (magnifique objet traduit et édité chez nous chez Huginn & Muninn, le parfait cadeau de noël) pour l'un, dans le recueil Prometheus l'univers du film de Mark Salisbury pour l'autre, pour s'apercevoir que la vision du réalisateur n'a que peu variée d'un film à l'autre (**). Ainsi cette vision de Brett et Dallas dans des cocons, faisant que l'Alien n'était pas censé avoir de reine par la suite, gérant un cycle de vie autonome qui le rapproche du coup bien plus de l'arme biologique évoluée vue dans Prometheus que de la créature vivant dans une communauté organisée telle que James Cameron nous la décrira magistralement et génialement dans le film de 1986. Plein de petits détails qui ont leur importance dans la director's cut aussi et permettent de livrer une nouvelle vision de ce classique indémodable qu'est Alien. Toujours un régal pour les yeux et les oreilles. - 6/6 mais je suis de parti-pris pour le coup c'est vrai : j'adore Alien, c'est l'un de mes films préférés, ad vitam eternam.

 

22h15 - Man on the roof (ou Un flic sur le toit - Bo Widerberg - 1976). Cela commence avec un meurtre violent qui secoue pas mal le spectateur. S'ensuit une enquête qui devient assez soporifique pendant une bonne heure. Derrick en Suède en quelque sorte. Avec un gros inspecteur à tête de mérou impassible et son adjoint à moustaches, plus jeune. Et une scène de décrottage de marmot en couche-culotte à changer par le jeune inspecteur plutôt qu'une scène de fesse avec sa charmante jeune femme (par contre on verra très bien son braquemart qui pend dans la lumière du matin pendant qu'il transporte le petit crotteux. Une scène si glamour qui nous change de Bergman. Euuuuh, merci la Suède). Et pis quand notre tête commence à tomber par terre parce que disons-le franchement, on se fait un peu chier, on a droit à 45 dernières minutes sèches, concises, brut de décoffrage où l'action prend le pas sur la banale enquête. Ah tu voulais un tueur embusqué sur les toits de Stockholm qui dézingue du poulet à coup de gros calibre ? Tu l'auras. Avec même un hélicoptère qui se fait shooter et s'écrase en plein centre-ville et les tireurs embusqués des forces spéciales qui n'arrivent pas à avoir le forcené. En gros ce qu'on attend du cinéma français d'action actuel et qu'Olivier Marchal n'arrive toujours pas à nous mettre. On veut des hélicos qui explosent au ralenti Olivier, quoi, c'est pas compliqué, allez fais péter le budget, fais nous du Renny Harlin frenchy, quoi. - 4,5/6.

 

00h45 - The rambler (Calvin Reeder - 2013). Tu n'es pas fatigué ? Cela tombe bien, voilà déjà une des grosses bizarreries du festival. Un digne héritier de David Lynch, partagé entre fulgurances contemplatives, horrifiques et inquiétantes (certains passages m'ont bien terrorrisé) et un humour parfois douteux (le running-gag du grand-père Dr.Frankenstein amateur qui fais une machine à visionner les rêves des gens et leur fait exploser la tête à chaque fois moi ça me fait marrer pourtant gneee) et une mise en scène qui vire parfois au clip. Et pourtant en dehors de ses parti-pris radicaux et un peu fatiguants et de certaines longueurs, le film demeure fascinant. Preuve s'il en est que le bidule est parfaitement réfléchi, les hallucinations bizarroïdes que subi le personnage joué par Dermot Mulroney cessent une fois qu'il arrive chez son frère, sain d'esprit et équilibré. La mise en scène à ce moment devient normale... presque banale. Le personnage finit par s'ennuyer et finit finalement par repartir sur les routes, avec ses démons intérieurs, quitte à revivre des moments décalés où la mise en scène redevient perturbée. Un film qui divise assurément. Pour ma part j'ai adoré. - 5/6.

 

 

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Mars et Avril (Martin Villeneuve - 2012)

 

 Mercredi 10 juillet

 

 

14h30 - La planète des singes (Franklin J.Schaffner - 1968). Au risque de vous surprendre une nouvelle fois, je n'avais jamais vu ce classique. Beh oui, je suis plein de surprises, envers et contre tout. Bon, rien à dire, ça reste un bon film qui n'a pas trop pris une ride et reste assez passionnant pour toute la réflexion entre ce qui peut distinguer l'homme de l'animal et la question de savoir si l'animal, si c'était l'homme, aurait-il les mêmes droits que les autres espèces animales. Certaines séquences marquent encore pour leur violence psychologique (l'homme qui s'est fait trépanner, le sort réservé à un autre des membres de l'expédition...) que physique (quoique la séquence de la chasse dans les épis de maïs, ça fait son petit effet) d'ailleurs. Et la musique de Jerry Goldsmith reste toujours aussi incroyable après tout ce temps. -5/6.

 

17h - EEGA (S.S. Rajamouli + J.V.V. Sathyanarayana - 2012). Une superproduction bollywood où un homme assassiné revient d'entre les morts, réincarné en mouche pour se venger de son meurtrier. Sur le papier, on croirait un nanar de série B, c'est mal connaître le pays qui nous a déjà livré un film comme Endhiran (Terminator version Bollywood pour faire simple). Non seulement les effets spéciaux sont bien foutus mais en plus le film est drôle et doté d'un suspense constant. On finit par s'inquiéter par notre petite mouche teigneuse et coriace et on veut à tout prix qu'elle réussisse. Le délire est assumé jusqu'au bout, que du bonheur. Curieusement, ce sont plus les amateurs de Bollywood qui risquent de moyennement apprécier tant le film limite les chansons (juste une ou deux quand le héros est encore humain, après, c'est des refrains rituels sur fond de techno, très courts qui rythment les (més)aventures de notre petite mouche) pour se concentrer sur une action non-stop et un rythme soutenu. L'un des meilleurs films du festival pour moi. - 6/6.

 

20h - How to use guys with secret tips (Wonsuk Lee - 2013). Après l'Inde, direction la Corée du sud avec cette charmante petite comédie qui, paraît-il, a battu les records du box-office là-bas (de fortes chances que ça sorte en DVD chez nous, d'ailleurs). Un titre façon jeu vidéo, vous vous attendez à une histoire racontant le devenir de quelques ados sevrés aux consoles Sony, Sega, Nintendo ou Microsoft ? Perdu. Plutôt le devenir d'une jeune femme coincée au stade d'assistante-réalisatrice depuis plusieurs années alors qu'une carrière prometteuse s'ouvrait à elle. Mais la société majoritairement masculine du milieu est impitoyable et lui ferme toutes ses portes. Jusqu'au jour où elle tombe sur un vendeur de VHS qui lui vend une K7 spéciale lui expliquant tous les trucs pour utiliser les hommes et arriver à ses fins. Bon, ça a le mérite d'être un peu drôle et de critiquer un peu effectivement un milieu où l'on voit peu de femme. Puis ça bascule dans une romance tordue mais pleine de bons sentiments à la louche. Bien mais convenu. - 4/6.

 

22h45 - Le jour où la terre s'arrêta (Robert Wise - 1951). J'aime bien pratiquer le grand écart. Après l'Inde et la Corée du Sud, revoilà l'Amérique... des fifties. Un film dont je ne me lasse pas, et que j'ai déjà vu plusieurs fois. Là, plutôt qu'une copie 35mm, c'était un blu-ray, bah, pas grave. Quand au film, ça reste passionnant, intelligent, bien mené, et si le film prend de belles rides qui n'empêche nullement sa révision, le propos lui, reste toujours aussi universel et d'actualité. - 6/6.

 

 00h45 - Pour une poignée de dollars (Sergio Leone - 1964). Encore un classique, en copie cette fois. Et ça a du bon de le revoir car mis à part une fusillade au début, je ne m'en souvenais plus. Bon, rien à dire, même si c'est le film le plus faible de la "trilogie des dollars", c'est quand même bien sympa. Par contre quand on connait bien Le garde du corps d'Akira Kurosawa, c'est un recopiage presque quasiment plan par plan du film culte du japonais qui s'avère lui, plus impressionnant et noir. Bref, bien mais Leone va faire mieux et plus fort juste après. - 4/6.

 

 

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EEGA (S.S. Rajamouli + J.V.V. Sathyanarayana - 2012).

 

 

Suite au prochain post....

 

 

 

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(*) Je met pas de lien, j'en ai parlé suffisamment sur mon blog, ça suffit hein.

(**) Et ça m'arrange puisque ça conforte grandement tout ce que j'ai pu écrire dans ma monstrueuse chronique du film.