Agnès de ci, de là Varda (2011).

 

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Merveilleuse petite Varda. Plus l'âge la guette (85 ans actuellement), plus son cinéma a abandonné des atours par trop cérébraux ou froid mais aussi impeccablement stylisés (ahh les couleurs et compositions du Bonheur) pour aller à l'instinct tailler dans le vif et continuer un chemin en s'amusant de tout. Un point commun avec Alain Resnais même si du côté des réalisations récentes du réalisateur d'Hiroshima mon amour, je suis plus circonspect. Avec Agnès de ci, de là Varda, la réalisatrice part d'une commande d'Arte pour courir le monde d'un point à un autre sur plus d'un an, accumulant des impressions personnelles, des ressentis, des touches d'humour, des anecdotes, des clins d'oeils avec un pont constant entre le cinéma, l'Art contemporain, la peinture moderne, les gens qui l'entourent. Le tout sans se poser de barrière et sous la forme très libre du documentaire "itinérant".

 

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A. Varda avec Chris Marker, représenté par son chat orange, Guillaume-en-Egypte.

B. Le fantastique atelier bien vivant du regretté Marker.

 

On saute avec bonheur de Pierrick Sorin aux expositions-patates d'Agnès à une vente d'objets ayant appartenus à Bergman à Stockholm à l'atelier hallucinant de Chris Marker. Avec toujours ces rencontres formidables et pleines de vies qui nous éclairent sur tel ou tel artiste. Outre les vidéos qu'il avait posté sur Youtube, on était sans vraies nouvelles récentes de Marker depuis un Chats perchés décortiquant avec une rare acuité la france des années 2000. La vision de cet atelier et surtout la voix de Marker, son avatar virtuel de Second life nous renseignaient grâce à Varda qu'à près de 90 ans le bonhomme avait encore une belle vitalité et une intelligence intacte. Un fouillis presque agencé qu'on pourrait rapprocher de certaines installations que la Varda filme avec le sourire. Finalement tout n'est que création dès lors qu'on commence à disposer de quelques objets hors de leur fonction première.

 

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Plus loin Varda filme un couple improbable, un français et une suédoise qui se sont rencontré sur un festival de cinéma pour finalement, avec le coup de foudre et une reprise de contact un an après, comprendre qu'ils étaient faits l'un pour l'autre. C'est simple, sincère, magique. Tout aussi touchant, cette journaliste qui a perdu tous ses cheveux alors, qu'ironie du sort, elle avait participé avec son homme à un projet filmique tournant autour de la chevelure des femmes auparavant. Varda qui devait se prêter à l'interview décide de filmer cette femme et de se mettre dans un premier temps à sa place de journaliste. Inversion des rôles d'autant plus spontanée que la jeune femme ne dit pas non à se laisser filmer et raconter sa vie et aussi comment le regard des autres sur elle a changé. Alors Varda propose de la filmer telle qu'elle dans la rue, les gens qui vont la voir, qui lui parlent et finalement l'acceptent. Puis on croise d'autres femmes ayant aussi des problèmes de ce genre, des rencontres se créent.

On se doute qu'il y a un peu d'organisation, de montage derrière mais en l'état on comprend aussi que Varda ne fait juste que mettre un peu de colle et d'agraffes sur des moments qui tiennent tout seuls et avaient juste besoin d'être rapprochés, d'être lancés sur une autre voie pour montrer en cet instant une femme qui s'épanouit et s'accepte avec sa nouvelle condition sous le regard d'une autre femme, cinéaste de son état. C'est beau, ça tue, ça vaut presque tous les moments de certains films sortis cette année qui confondent simplicité, intimité et humanisme mais se vautrent les pieds dans le plat en en faisant trop ou pas assez. Grande Varda.