Ou... Les chroniques de fond de tiroir (20).

Cela faisait un petit moment que je n'avais plus fait de mini-chroniques collant plus ou moins à l'actualité. Depuis le mois de mars tiens. Ah oui.

 

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play On débute avec Players ou les aventures de Richie (Justin Timberlake), surdoué du poker qui se fait poker, pardon, pincer à Princeton car les jeux sont interdits sur le campus. Et pour couronner le tout, Richie se fait arnaquer tout l'argent de ses études par Ben Affleck un-super-méchant-escroc-qu'on-ne-le-sait-pas-au-début-du-film-mais-qu'on-se-doute-qu'il-est-louche-malgré-qu'il-soit-beau-et-intelligent. Entre les deux, Gemma Arterton dans un pur rôle "sois belle, n'en fais pas trop et empoche l'argent pour payer tes impôts" (ça fait mal après Byzantium). Bon, quand à l'histoire ben c'est banal, inoffensif et un peu déjà vu. Le film se regarde tranquillement, plaisant sans plus, sans chercher à faire de vagues sur la politique des Etats-Unis ou le Costa Rica, étant dans une ambiance cool tout le long. On ne crains jamais pour Richie ou ses potes, d'ailleurs tout le monde s'en sort plus ou moins bien c'est cool. Et puis on oublie ça un peu très vite quelques jours plus tard. Même les parties en lignes ne sont pas détaillées et ne procurent pas un suspense latent comme dans Casino Royal avec Daniel Craig (de l'avis de mon popa qui a déjà joué au poker, le James Bond est des plus réalistes à ce stade). Bon, quand même on le savait avec Southland Tales ou The social Network par exemple mais il est bien le Justin. Très bien. Il lui faut juste des projets qui ont plus d'envergure.

 

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rush Oh tiens un film de ce cher Ron Howard. C'est généralement l'assurance d'un film de qualité et en soi, captivant. Et Rush ne déroge pas à la règle même pour ceux qui ne sont pas trop fanas de vrooom vrooom (comme moi quoi). Parce que le Ron, il sait emballer un biopic à l'ancienne avec une bonne écriture se focalisant moins sur les courses (y'en a quand même) que la rivalité présumée (et ici romancée pour la fiction) entre Niki Lauda (Daniel Brühl, acteur que j'adore) et James Hunt (Chris Hemsworth dans un rôle "pause" qui le change agréablement du costume de Thor). Et chose étonnante, le film tient. Il tient d'autant plus qu'il y a un vrai travail sonore (la musique de Hans Zimmer crée une sorte de transe électronique constamment rythmée et en progression. Contrairement à l'un de mes amis, plantigrade panda de son état, je ne suis pas fan du Zimmer. Mais là, cet aspect sonore, dans le film j'ai trippé. Ah oui) et des personnages un tant soit peu travaillés (tiens, coucou Olivia Wilde et Alexandra Maria Lara). Enfin la mise en scène d'Howard si elle ne révolutionne rien a le mérite d'être bien foutue. Du cinéma à l'ancienne sans caméra constamment à l'épaule avec un montage hystérique --sauf dans les scènes de course mais c'est normal avec une caméra justement sur un bolide, ça fait du bien. Et le bon accueil qu'on peut voir sur les forums et sites montrent que le public et les cinéphiles ne s'y sont pas trompés non plus.

 

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jimmy Bon. J'adore Desplechin alors que je n'ai vu qu'une partie réduite de sa filmographie. Mais je me souviens avoir eu un choc au visionnage de Rois et reine et un grand moment de bonheur avec Un conte de Noël. Voilà un cinéaste qui me convient. Intelligent, subtil, parlant du mental, des êtres, des choses avec des dialogues subtils et parfois décalés. Il y a de la vie dans ce cinéma, de l'exubérance de quelqu'un qui veut faire du cinéma comme on peut vivre sa vie et y trouver un sens.

Jimmy P est son premier film américain et l'occasion pour Desplechin de mettre en scène l'un de ses livres de chevet qu'il a toujours voulu tourner, Psychothérapie d'un indien des plaines de Georges Devereux. Mais voilà, à s'attaquer à ses idoles, on manque de trébucher. Desplechin d'ordinaire si bouillonnant (Rois et reine, ça fout vraiment la banane) se fait ici bien sage. Peur de n'être pas fidèle au matériau de base ? Pire, l'idée de filmer les rêves et de les expliciter dans le même temps alourdit considérablement le propos et le mystère qu'on pouvait y déceler. On le sait depuis les incursions Hitchcockienne, quitte à parler de psychanalyse, il ne faut pas tout dévoiler. Si le rêve concocté par Dali reste encore exubérant dans La maison du docteur Edwardes, le reste a pris un méchant coup de vieux. Et n'oublions pas l'explication finale de Psychose qui en tartine une couche de trop (excepté le plan final sur ce bon vieux Norman Bates, toujours aussi fascinant). Reste toutefois l'alliance magique qui se tisse entre Benicio Del Toro, profondément touchant, et Mathieu Amalric, formidablement humain. Ces deux là font de sublimes étincelles et c'est beau au sein d'un film un peu mou.

 

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blue2 De l'avis unanime de beaucoup, le dernier Woody est un grand crû. Oui, c'est vrai, c'est même l'un des meilleurs films de l'année (et pourtant je considère qu'on a été gâtés un peu partout. Et c'est pas fini). Avec sa science des dialogues portées à un haut niveau c'était pas difficile d'ailleurs d'atteindre le haut du panier. C'est le Woody dramaturge noir de Match Point et du Rêve de Cassandre a qui on a affaire là, avec, chose étonnante une ironie et un humour très noir qui rapprocherait plus le film de Crimes et délits (autre grand moment, l'ancêtre de Match Point). A nouveau une étude des classes sociales avec une acuité terrible où tout sonne juste (c'est d'autant plus intéressant que j'ai vu le film dans la foulée juste après La vie d'Adèle, j'y reviens plus bas), où les plans n'en font jamais trop, ne surlignent pas, où tout se concentre en 1h30 pour aller droit au but et montrer le terrible effondrement d'une femme. A ce niveau Cate Blanchett est hallucinante. Je ne suis pas fan de l'actrice en soi mais là, la performance est juste démentielle. Elle vampirise tout le film et délivre ni plus ni moins que la meilleure performance d'acteur de l'année (je ne parle pas de la dernière saison de Breaking Bad je l'ai pas vue, beh oui, chut). Je suis sérieux. C'en devient même presque gênant pour le reste du casting, pourtant très bon (Alec Baldwin après un rôle attachant dans To Rome with love prouve à nouveau qu'il va bien dans l'univers Allenien). Grand film et à ce rythme jusqu'à la fin de l'année, je pense qu'on commence à entrer dans la catégorie qui envoie du lourd (je vais voir Prisoners et Gravity sous peu là).

J'ai même envie de le revoir à nouveau.

A noter que Dasola en parle très bien. Et Filou en parle... heu, pas encore mais bientôt je pense.

 

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Bon, on respire un coup.

 

Allez.

 

C'est bon là ? gneee

 

Ok, on y retourne.

 

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adeleuh3 Hmmmprf, bon. Il faut toujours un peu voir ce qui a été primé, moi j'dis. Bon donc, La vie d'Adèle. Alors autant le dire, c'était mon premier Kechiche (mais oui, je n'avais rien vu de lui avant. J'aimerais bien voir Venus noire d'ailleurs, le sujet m'a toujours fasciné en soi), j'avais quasiment rien lu dessus (sauf une ou deux bricoles comme ça au passage. Très drôle d'ailleurs, je m'en lasse pas. One amazing piece of blog, it's true. Mais sinon j'avais réussi à éviter les cahiers, positifs et consorts en vrac), j'y allais donc vierge comme une page de cahier d'écolier. Enfin sans quadrillages quoi.

 

Et bon, si les trois heures ne m'ont pas ennuyé, je confesse ne pas avoir ressenti d'empathie du tout pour les personnages. Ben non, rien. Je sais pas moi. Sur la forme, il y a de bonnes choses mais comme disait quelqu'un ailleurs, ce n'est pas Kechiche qu'on doit remercier sur ce point, c'est les techniciens, le directeur photo en premier lieu et ses monteurs. Le style naturaliste (peu de musique quand elle n'est pas diégétique à la scène) n'a pas aidé non plus. Et pourtant il y a des réalisateurs que j'aime avec qui ça marche. Tiens Bresson... ah non on me chuchote à l'oreille que c'est pas vraiment naturaliste. Ben euh les frères Dardenne euh... bon je connais pas leur cinéma. Passons. Mais sans doute que cela participe de cette froideur que j'ai ressenti je pense. Les dialogues... Bon, comparé à Blue Jasmine dans la même journée, voilà il n'y a pas photo justement. Autant j'ai trouvé ceux de La vie d'Adèle plats (Plats, pas nuls hein. Un peu comme dans la vraie vie me dira-t-on, c'est pas faux sauf que même Woody s'en sort très loin devant), autant j'ai jubilé sur ceux de Blue Jasmine. Cela participe d'ailleurs de la description sociale du milieu et des frictions qui s'y produisent. Chez Woody elle profite d'une inversion où c'est la "bourgeoise" qui est obligée de cohabiter avec un monde qu'elle n'a plus connu, qu'elle n'a plus reconnu. Chez Kechiche elle s'affiche ouvertement entre les vies parallèles d'Emma et d'Adèle (Clémentine dans la BD de Julie Maroh), les rencontres avec les parents ou les amis et ce qui en ressort.

 

 

J'avoue avoir été un peu gêné par la classe moyenne décrite par Kechiche. Bien sûr cela existe des familles comme ça. Je me souviens qu'au lycée chez quelqu'un, alors que nous mangions en début d'aprem, son premier geste fut d'allumer la télé en fond sonore. Il y a du vécu je ne dis pas. Sauf que je suis aussi de classe moyenne et que comme d'autres, on ne reprend pas continuellement des spaghettis avec la télé allumée ou non (ironie, je suis un gros mangeur de pâtes). Ce que je repproche à Kechiche c'est d'avoir plus ou moins fait une généralisation sans avoir voulu nuancer un peu ou trouver le temps de nuancer (alors qu'il y avait matière à enlever la longueur de certains plans, encore qu'habitué après certains cinéastes, ça m'a pas gêné). Montrer Adèle chez d'autres amis, ça aurait été bien par exemple. Il y avait de ça dans la BD, plus de douceur et donc plus de tendresse pour les personnages, ce que je n'ai pas ressenti ici.

 

D'ailleurs, un point étonnant et que j'approuve est la fidélité d'une certaine manière à la BD de Julie Maroh, l'excellente Le bleu est une couleur chaude, dont c'est vraiment la honte que j'ai jamais pu trouver le temps d'en parler ici. Kechiche --mes lectures après coup-- déclarait avoir voulu s'écarter de la BD pour trouver son style. Sauf que, à 80% on retrouve l'état d'esprit de la BD et les situations de base. Quand Adèle croise Emma dans la rue, c'est presque repris quasiment tel quel, c'est fou. Attendez, je vous retrouve la planche.

Voilààà.

 

bleu

 

Le plan est plus affaire de travelling chez Kechiche cela dit. Avec même Adèle qui reste coincée dans la rue avec une voiture qui claxonne tellement c'est presque un choc. Bon c'est presque cliché mais passons. Et donc on retrouve des situations de la BD, des personnages (dont le dénommé Thomas, naturel dans la BD, qu'on dirait presque issu du film les beaux gosses dans le film. Ahem), la dispute et rupture avec ses amies... Donc cher Kechiche, pas mal pour un gars qui dit s'être écarté de la BD. Bon après la fin change, les ellipses changent, le propos même change mais dans l'état ça m'a sidéré d'être encore très fidèle à tout ça et c'était un bon point dans le même temps. Mais bon.

 

Lutte des classes comme je l'ai dit chez Kechiche avec ce que ça peut avoir de gonflant ou non si vous y êtes sensible ou pas (ce qui n'est d'ailleurs nullement mon cas), l'histoire d'une relation plus universelle chez Maroh et donc en ce sens, plus emphatique (même si je le répète, c'est très subjectif). C'est là que pour moi ça n'a pas pris. Loin de moi l'idée de vouloir comparer deux oeuvres qui diffèrent sur deux supports différents, en revanche, quel que soit le support, une même matière de base demeure et peut servir ou non à être réemployée dans le corps même du film. Dans la BD, les dialogues n'en font jamais assez, ne surlignent pas à mon sens les images qui ont, elles, une vraie primauté et une vraie sensibilité. Maroh amène son lecteur, quel que soit sa sexualité et ses choix à regarder cela en douceur, en prenant le temps pour bien sensibiliser et montrer une réflexion (qu'est-ce que l'identité sexuelle ? A quoi ça tient ?). Il y a un temps de lecture qui rejoint le temps des scènes. Et le sexe y est abordé non pas d'une manière forcément douce ni même en y mettant les formes mais de manière à montrer un vrai respect de l'autre et une vraie relation d'amour. Certes on pouvait faire le cynique et ne pas y adhérer mais on pouvait aussi reconnaître un vrai talent dans la "mise en scène" des situations et des cases.

 

bleu2

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bleu4

bleu5

... Bon je coupe là avant qu'on ne m'envoie des gens pour censurer, ahem.

 

Dans la BD, quand la jeune fille ressent du désir pour cette autre fille aux cheveux bleus, c'est montré par un jeu de substitution. On comprend bien sûr qu'à ce moment là elle se masturbe mais on comprend aussi que c'est cette fille "bleue" qui provoque cela en elle. Le tout d'une manière étonnament douce et lente avant qu'une "coupe" nous fasse mieux comprendre en une case la réalité de la chose. Les autres scènes de sexe témoigneront d'un vrai regard de mise en scène qui n'en fait jamais trop.

 

Du coup j'en viens aux scènes de sexe chez le Kechiche. Comme je l'ai dit plus haut, bien sûr on ne peut comparer. Mais voilà... C'est froid. J'ai jamais été ému ou touché, perso et ça m'attriste un peu. Tout le monde en parlait d'une telle manière auparavant, il y avait toute cette polémique (qui a fait beaucoup de mal au film selon Kechiche. Je suis d'accord avec lui, surtout qu'après avoir vu le film on est à cent lieues du style de polémique qui avait pu avoir cours sur un film comme Irréversible par exemple) et en fait, tout ça pour ça... Autant quand Adèle fait l'amour avec un garçon j'ai tiqué (on ne sait si c'est la première fois qu'elle fait l'amour avec un garçon --ça se pourrait bien vu qu'elle a 15 ans normalement-- mais ne pas mettre de capote dès la première fois alors qu'on est en position d'Andromaque --eh oui--, ah ouais, chapeau gneee  (*)) mais là, ben... rien. Je peux comprendre que des spectateurs masculins et hétéros de surcroît soient émus, je peux comprendre aussi que ça puisse faire remonter certains fantasmes là aussi purement masculins mais non, rien à faire, j'ai rien ressenti. A la limite j'ai trouvé ça parfois artificiel (**), surtout les râles orgasmiques qui m'ont sonné plus timorés et plaqués dans le film qu'autre chose...artificiels donc. Là je veux pas être méchant hein (j'ai essayé d'ailleurs d'être le plus objectif dans ma subjectivité depuis le début chers lecteurs) mais quand je suis allé en Suisse chez mon ami cinéphile Johell (hop un lien, attention blog pas pour les nenfants) et que j'ai vu le film porno de Radley Metzger, The opening of Misty Beethoven (1976), j'y ai trouvé bien plus de passion et de chaleur humaine, sans mauvais jeu de mot. Evidemment c'est un porno des années 70 donc, magie, il y a de l'humour, des gens qui sont contents de faire l'amour (hommes comme femmes), et surtout... une histoire (oui ça peut paraître hallucinant à notre époque. Mais c'était les années 70 hein). Autre exemple qui parlera plus car en raccord avec le sujet de l'amour entre deux femmes, Room in Rome (2010) de Julio Medem. Dans ce film, deux femmes qui ne se connaissent pas vont vivre une histoire d'amour le temps d'une nuit avant de se quitter le matin. L'enjeu était de sonner juste tout le long (aucune des deux actrices n'est lesbienne à ce que je sais) et de faire ressentir à la fois l'appréhension de ce début de relation, les doutes, les rires, les joies, les secrets à se partager, la peur de se quitter, le tout dans une unité de temps et de lieu (la nuit dans une chambre d'hotel que Medem a fait reconstruire entièrement de manière à y placer sa caméra et la faire naviguer en de multiples plan-séquences qui rapprochent le film du théâtre mais supprime tous les effets liés à la scène justement). Et Medem y réussit justement et pour moi, bien au delà de ce que propose le film de Kechiche.

Refermons la parenthèse car ce ne peut être pas forcément comparable après tout à ce stade ou alors que pour les scènes de sexe et non l'ensemble du film en lui-même. Car ce que la vie d'adèle manque pour moi, c'est de chaleur humaine, quelque chose qui fasse que je sois emporté totalement. Il y a des situations, des dialogues, des moments mais du coup, ça ne fonctionne pas toujours. Et c'est dommage parce que d'une certaine manière, en tout cas chez moi ça coupe l'élan que peut avoir le film sur moi.

 

Je suis donc sorti du film un peu ennuyé. Pas emmerdé non, mais ennuyé, ne sachant vraiment que penser car n'ayant strictement rien ressenti. Bien sûr ce n'est pas la première fois que ça m'arrive mais chez d'autres cinéastes, je pouvais me raccrocher à la mise en scène ou au jeu des acteurs, tandis qu'ici ben non. 

 

Du coup, après coup, je suis encore plus halluciné quand je vois d'une certaine manière un Jean-Philippe Tessé totalement exalté à propos du film (Les cahiers du cinéma n°693 --tiens je vais changer de typo pour le coup) :

 

"Plus tard, lors de la scène de rupture avec Emma, scène d'une intensité inouïe et véritable sommet émotionnel du film, il y a ce moment extraordinaire et déchirant où un voile invisible passe sur le visage d'Adèle, qui pourtant fait tous les efforts du monde pour retenir ses larmes et tenir bon dans la tempête tandis qu'elle tremble de tout son être, mais qui soudain s'effondre parce qu'elle réalise que tout est perdu. Et comme nous sommes absolument avec elle, la gifle qu'elle reçoit et qui la laisse un instant interdite comme on peut l'être devant l'impensable, nous fait l'effet d'une catastrophe".

 

Alors il faut savoir que l'instant de la gifle est très court et qu'il y a d'ailleurs dedans, un jump-cut godardien très rapide au montage, afin de lui donner plus de rapidité et d'imprévisibilité (à la gifle, pas Godard hein). Vous avez une chance sur deux de ne pas le remarquer. Quand au visage d'Adèle qui se décompose, j'ai presque envie de dire à Kechiche que c'est là qu'il aurait fallu cadrer son visage et uniquement que ça, quitte à faire un long plan qui reste dessus et uniquement dessus avec Emma en hors-champ. Un peu comme l'extrême gros plan culte d'Une passion de Bergman où Liv Ullman se décompose en direct tandis qu'elle parle (je vous le met en lien mais pas sûr que vous teniez le coup). D'ailleurs à propos de rupture, Bergman y va 100 fois plus fort à ce stade. Et si je loue la sincérité de Kechiche, c'est juste que cette scène n'a pas marché sur moi, ni la manière de le filmer, ni même la fameuse intensité. Je trouve les retrouvailles d'Emma et Adèle dans le bar plus juste. Là oui, il y a enfin du vécu, quelque chose qui sonne juste dans la musique du film, des dialogues et des plans et je comprends que ça puisse terrasser des spectateurs même si à ce stade pour moi, on approchait de la fin et donc ça n'a pas trop varié mon point de vue.

 

Dans son article, Tessé continue de sortir les superlatifs à tout va, c'en est presque gênant (Kechiche lui-même est très sobre dans son interview). On retrouve quelque chose de similaire bien que plus mesuré dans Positif mais aussi en couverture. Détail amusant, Gravity dans le même magasine à juste droit à un petit paragraphe plus loin. C'est tout. Alors que j'ai plus l'impression qu'on se souviendra du film de Cuarron dans 20 ans que de la vie d'adèle. Non pas pour les qualités et défauts inhérents aux deux films mais tout simplement parce que l'un propose un système de mise en scène immersif et impressionnant (l'espace comme champ du récit avec un grand E) tandis que l'autre fait état d'une histoire d'amour certes universelle mais qui est plus un sursaut dans le temps --je pense que les relations sexuelles entres femmes ou entre hommes seront bien plus acceptées et tolérées par les jeunes générations futures dans 20 ans et qu'on verra même bien plus d'histoire d'amour entre deux filles en film, sans doute filmées par des réalisateurs/trices encore plus perfectionnistes-- et l'évolution des moeurs (et où c'est le champ du récit qui devient l'espace avec un e plus petit). D'où mon avis sur le recul vis à vis du temps. Après je peux sans doute me tromper bien sûr, rien n'est joué, on connait la nature humaine.

Donc wait and see même si je pense ne pas me tromper de trop sur ce point et mettre pas mal de gens d'accord.

 

Voilà voilà, je pense que j'ai tout dit ou en l'état pas mal de choses.

Mais cette chronique est aussi la vôtre, n'hésitez pas à me dire si vous avez aimé le film ou détesté (ou rien ressenti comme moi) et pourquoi, rien de tel qu'un peu d'avis pour comprendre les ressentis qui nous entourent. Et sur ce, moins glamour, là je vais faire dodo.

 

 

 

(*) Après renseignement pris, le garçon dans le film est son petit copain dans la vie réelle à notre Adèle. Cela rajoute une sensation étrange de voyeurisme après coup non ? Je sais pas... En tout cas le détail de la capote continue de me gêner surtout à notre époque où l'on ne fait pas assez attention encore aux MST... :/

(**) D'ailleurs à de multiples reprises (trop même), il y a claquage de fesses et son obtenu en post-synchro et amplifié, laissant à nouveau ressortir l'artificialité de la chose ça fait très bizarre.