Comme je l'avais dit en dessous, si on veut me voir, il faut se lever tôt et rôder du côté du centre Pompidou. Or si je multiplie les visionnages, je n'avais pu encore voir l'expo concoctée par le lieu. Située au sous-sol, elle est gratuite, ce qui me fait réprimer une pensée arrivée très tôt et marquée par une bonne expérience des expositions : gratuité = on s'est pas foulés. Mais non je suis sans doute cynique.

Même pas.

Carton rouge Pompidou, votre expo Marker est aussi petite qu'elle est misérable et donc toute aussi méprisante pour le spectateur, qu'il connaisse ou non l'oeuvre de Marker que le cinéaste décédé.

Je ne pense pas qu'il se retournerais dans sa tombe car le secret faisait partie de sa vie, de son vivant et encore aujourd'hui, quasiment aucune photo de Chris Marker n'était visible à part 2,3 bricoles. Mais quand même, là à ce stade, soit vous avez été intimidés par la stature immense du réalisateur, soit vous avez fait manque d'un sérieux manque d'imagination (une erreur quand on se confronte à la foisonnante filmographie du monsieur où seulement 1/3, non 1/4 de sa production est éditée en DVD --sorties récentes chez Arte et Tamasa comprises).

On arrive au sous-sol de Pompidou, que voit-on ?

 

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Un (gros) extrait du mural regroupant plusieurs couvertures de la revue "petite planète" dont s'occupa Marker dans les années 50. Cliquez pour une image plus grande.

Un mur recouvert de couvertures de la revue Petite planète (introuvables aujourd'hui dans le marché. Sur le net là je sais pas. Gardez-m'en de côté si c'est faisable alors), good. Une installation Zapping zone (avec un petit chat surélevé à l'entrée pour rappeler Sans Soleil) qui perd tout son sens du fait que le samedi au sous-sol il y a l'atelier enfant qui devient immensément bruyant (avec même des cohortes de gosses qui jouaient au ballon dans l'installation de Marker, sérieux...) avec 2,3 collages inédits de photos du bonhomme, 3 pauvre ordinateurs qui mènent à Immemory (toujours pris les ordinateurs du coup tu m'étonnes), un écran à visionner avec 3 pauvres chaises et casques (pris aussi toujours du coup) et un endroit un peu abandonné qui sert pour les rencontres et colloques quand il y en a. Tristes rencontres en vérité : au moment où je sortais d'une séance de Chats perchés, des gens de la revue Vertigo étaient là, filmés pour... je sais pas moi, le néant, le vide, mais certainement pas la postérité. Le désert Chris, le désert.

 

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Coucou chat.

 

Je suis ressorti du lieu dépité, déçu, un peu la rage. Je demandais pas quelque chose d'aussi important que la géniale expo Miles Davis de la cité de la musique (ce que j'ai vu de mieux ces dernières années en termes d'expos) ou bien l'expo titanic vue récemment, non. Pas plus que je ne voulais une expo basique avec photos du Chris enfant, puis ado, etc... Cela aurait été insultant pour un homme qui a plus laissé parler les images du monde que de sa personne. Mais voilà, j'aurais avoir plus d'images de cette planète Marker, des films, de cette correspondance qu'elle nourrit un peu partout et qui n'en finit pas de s'étendre. Au Japon, on dédie tout un bar à Tokyo au film La jetée (il s'appelle pareil d'ailleurs ce bar). En France, on a l'expo riquiqui à Pompidou, super. Encore heureux que le centre se rattrape bien côté visionnages. Alors oui Marker, c'est plutôt quelque chose qui se voit dans l'ensemble mais quand même, c'était pas difficile d'évoquer tout l'univers (ouais j'y vais carrément) du bonhomme.

 

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Des collages totalement inédits du bonhomme. Brillants, décalés et drôles comme ce qu'on voit chez lui généralement.

 

Si on a bien consacré tout un livre a reprendre en photographies La jetée (je trouve ça assez inutile vu que ça n'apporte rien au film en lui-même perso d'autant plus qu'on y perd le son et la fameuse scène animée), pourquoi n'avoir pas aménagé un stand, voire un couloir en noir et blanc là-dessus (il y a de la place au sous-sol de Pompidou quand même) ? Pourquoi n'avoir pas contacté Mr Chat pour un graffiti du chat jaune qui aurait servi d'emblème avec photos du film et recontextualisation ? Pourquoi le chat de Marker n'est-il accolé sur le sol qu'a quelques endroits (avec la bulle "continuer le voyage ?" ouais non, plus envie là) alors qu'il sert de logo sur le programme et qu'il aurait servi aussi dans l'expo ? Pourquoi d'ailleurs n'avoir pas repris les illustrations de Chris dans la revue Poptronics ? Pourquoi aucune photos des passagers du métro alors que le livre est vendu à plus de 90 euros dans la boutique Pompidou (tu la sens bien la douleur aux muscles du rectum ami lecteur hein) ? Pourquoi non plus aucune photos de la série Coréennes ? Pourquoi pas d'extraits des romans Le coeur net ou le dépays ? Bien sûr ce n'est pas réédité mais n'importe qui peut en trouver (j'étais avec Johell quand il est venu à Paris et qu'il trouva un exemplaire du Coeur net chez des boutiquiers des quais de seine) encore en cherchant bien. Pourquoi pas d'images ou de textes des films non édités encore (Si j'avais 4 dromadaires par exemple) ? Pourquoi ? POURQUOI ?

 

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"on leur laisse Guillaume-en-Egypte dessiné au sol et 3 ordinateurs avec Immemory car sinon on a rien à dire mais t'inquiète, ils y verront que du feu"

 

La débâcle ami lecteur, la débâcle.

Celui qui ne connait pas Marker n'apprend rien. Celui qui connait le cinéaste n'apprend rien non plus. Heureusement qu'il y a les visionnages de l'oeuvre de Marker mais ça faisait longtemps que j'avais pas vu un aussi glorieux epic fail en forme de fist intégral dans un centre pourtant tout aussi glorieux.