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Affiche française. Les autres sont pas mal non plus :

 

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(ma préférée ci-dessus)

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Bon celle-là, elle spoile pas mal...

 

Dans un futur proche, une espèce extraterrestre hostile, les doryphores, ont attaqué la Terre. Sans l’héroïsme de Mazer Rackham (Ben Kingsley), le commandant de la Flotte Internationale, le combat aurait été perdu.


Depuis, le très respecté colonel Graff (Harrison Ford) et les forces militaires terriennes entraînent les meilleurs jeunes esprits pour former des officiers émérites et découvrir dans leurs rangs celui qui pourra contrer la prochaine attaque.


Ender Wiggin (Asa Butterfield), un garçon timide mais doté d’une exceptionnelle intelligence tactique, est sélectionné pour rejoindre l’élite.
A l’académie, Ender apprend rapidement à maîtriser des manœuvres militaires de plus en plus difficiles où son sens de la stratégie fait merveille.
Graff ne tarde pas à le considérer comme le meilleur élément et le plus grand espoir de l’humanité pour pouvoir commander la Flotte lors d’une bataille homérique qui décidera du sort de la Terre.

 

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"Dragon, indiquaient les formulaires. Il n'y avait pas d'armée du dragon.

_ Je n'ai jamais entendu parler de l'Armée du Dragon, releva Ender.

_ C'est parce qu'il n'y a plus d'Armée du Dragon depuis 4 ans. Nous avons renoncé au nom parce qu'il provoquait des superstitions. Aucune Armée du Dragon, dans toute l'histoire de l'école, n'a pu gagner plus d'une bataille sur trois. C'est certainement une plaisanterie.

_ Pourquoi la reconstituez-vous maintenant ?

_ Nous avions un stock d'uniformes inutilisés."

(La Stratégie Ender - Orson Scott Card, ed J'ai Lu, page. 187)

 

 

 

Dire que c'était le film que j'attendais le plus de l'année est un euphémisme.

Dire que j'ai été un peu déçu tient aussi de l'euphémisme.

Bon, relativisons quand même tout ça, ce n'est pas la grosse déception non plus et au vu de nombreuses chroniques négatives, je me suis surpris à trouver ça pas mal sur plusieurs points même si j'ai un peu tiqué à plusieurs reprises. A ma décharge j'avais relu le fabuleux roman de Card en juillet en plein NIFFF avec même ma dédicace de l'auteur grâce à un membre du staff d'enfer que je ne remercierais jamais assez. Mais dans l'ensemble c'est toutefois assez moyen pour qui a lu le roman et encore plus pour ceux qui en avaient presque fait un de leurs livres de chevet (....ben moi par exemple). En l'état dans l'esprit c'est assez fidèle au livre avec chose surprenante, une bonne part de dialogues repris tels quels et souvent savoureux (cf citation plus haut). Paradoxalement même en étant fidèle, le film s'écarte de l'oeuvre de base en voulant aller trop vite sans prendre le temps, la nécessité de nous faire sentir cet univers, de nous attacher aux personnages, d'expliciter deux-trois points de détails qui prennent une plus grande importance dans le livre, quitte à parfois faire dans l'ellipse ou l'incohérence pour le spectateur qui ne connaît pas cet univers. Aucune explication sur le Stratégos, L'Hégémon ou L'Ansible (une technologie qui permet de faire passer les communications en vitesse supraluminique volée, on l'apprend dans le livre, aux doryphore et permet un petit plus avantageux pour l'humanité. Dans le film on explique guère à quoi elle sert, le spectateur n'ayant visiblement pas à s'étonner qu'Ender puisse envoyer des mails à sa soeur Valentine des milliards d'années lumières de la Terre, magie !). On passe vite fait le fait qu'une des bases avancées (nommée Eros dans le livre --ça a son importance puisque c'est de là et à distance qu'Ender guidera les opérations finales selon le fait que quand il en arrive à comprendre et aimer un ennemi, il le détruit complètement) est une planète sans nom reprise aux Doryphores (on évoque plutôt un gigantesque caillou façon Pluton dans le roman) avec ses galeries creusées et obliques qui, à la description dans la lecture, révèlent une brève sensation inquiétante. Dans le film Ender à sa chambre, façon décor Giger, on entend des petits bruits mais c'est tout. L'illustration filmique est plus que plate.

 

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La salle de bataille en apesanteur, morceau de bravoure du roman ici génialement retranscrit.

 

De même on ne ressentira jamais assez la méfiance d'Ender face aux adultes, ni même sa peur de Peter, véritable maniaque psychotique en puissance dans le roman (qui s'amuse à disséquer des animaux vivants quand il est en vacances) qui ici mute juste en grand frère un brin dangereusement cinglé. On ne comprendra pas plus son attachement à Valentine, sa soeur adorée (Abigail Breslin). Le film semble user continuellement de raccourcis, trop pressé de dire l'essentiel en deux heures (ou trop peur d'avoir des longueurs ou du vide) alors qu'ici, 20 à 30 minutes de plus auraient suffi.

 

Suffi à dépeindre la complexité et toute l'ironie du personnage de Graff (Harrisson Ford) qui ressort de ses rapports avec Anderson. Ici le premier fait son travail avec bonhommie presque tandis que la seconde (normalement on pense plus à un homme dans le roman) ici jouée par Viola Davis fait presque dans la baby-sitter (la même douceur et inquiétude que Valentine, c'est quelque chose !). Tout le côté mystérieux (car souvent hors-champ à l'intrigue dans le roman, ce qui ici était assez dur à intégrer avouons-le) et comploteur des militaires et la finalité du pourquoi l'utilisation d'enfants plutôt que d'adultes envoyés à la guerre est esquissée d'un coup, à peine dévoilée dans le final du film (qui n'en prend pas forcément plus d'impact émotionnel).

 

Suffi à montrer comment le respect et l'amitié d'un groupe d'enfants peut naître envers ce surdoué marginal qu'est Ender. Dès le début le film ne souligne pas sa supériorité sur d'autres enfants, le mettant au même niveau que les autres à part deux faits d'armes du livres ici heureusement remis (le combat avec Stilson au début, avec Bonzo à la moitié qui eux conservent heureusement leur force). Soit, pourquoi pas mais encore aurait-il fallu dans ce cas là avoir un traitement scénaristique qui montre comment progressivement il évolue, il se dégage de la masse puisqu'il est appelé à devenir le choix final des militaires dans cette guerre formique. Or ici, Ender joue dès le départ sur le même échiquier que les autres : il fait connaissance avec Bean et Alai dans la navette qui l'emporte dès le début. Copain, copain quoi, pas de problème, super. Des bidules de ce genre le film ne se gène pas pour en balancer plein, aplatissant un livre pourtant parfait à adapter dans son intrigue purement cinématographique. Ainsi Bean donc qui est là dès le début (alors qu'il sera l'un des derniers à se lier avec Ender même si celui-ci le raille ouvertement en raison de sa petite taille et que leurs rapports sont plutôt ambigüs au début). Ainsi Bernard qui était pourtant une personne méprisant ouvertement Ender et participant dans le livre à aider Bonzo. Le même Bernard pourtant écarté qu'on retrouve dans le "djish" d'Ender à la fin au profit de la disparition de Shen, pièce aussi essentielle que Bean, Petra, Dink et Alai dans le roman (et témoignant d'une espèce de micro-ethnie de plusieurs peuples, races et nationalité unies dans un même combat).

 

Suffi à montrer l'évolution des batailles, d'Ender qui gagne en expérience progressivement. Si on le met au même niveau que les autres, dans la salle de combat en apesanteur il se révèle d'un coup supra-doué. Bon, faudrait savoir quoi. Dans la formation d'Ender, quelques années s'écoulent qui le voient gagner en stratégie implacable ce qu'il perd d'humanité. Ici le film saute d'ellipses en ellipses (ce n'est même pas indiqué pour les spectateurs qui n'ont pas lu le roman), évacue plusieurs batailles dans la salle en apesanteur pour n'en garder qu'une, celle où les "étoiles" (de gros blocs où s'aggriper ou se cacher) bloquent tout le champ de vision. Les passages du jeu vidéo auquel s'adonne Ender dès qu'il le peut sont sautés pour ne garder que l'épreuve du "verre du géant" (alors que mis bout à bout, chacune des épreuves constituait un chemin de croix intéressant à mettre en parallèle avec ce qu'il subissait dans le monde réel). De même les simulations finales sont évacuées pour n'en garder que trois dont évidemment une où Ender perd et celle, finale, "d'examen". Sauf que dans le roman, on comprend qu'Ender en perd bien plus, que la victoire n'est jamais totale, qu'il en perd le sommeil, qu'il est constamment en zone rouge, prêt à craquer littéralement, sombrer dans la folie. Et le film n'évoque jamais cette noirceur, se réduisant pour plus de facilités à un film de SF tout public parce que sénor vous savez, on a pas le temps et puis faut simplifier hein sinon justement on se perd en explication et donc on a pas le temps et donc faut simplifier  hein justement car sinon on.... ETERNAL LOOP. Misère.

 

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"Et donc tu feras ce qu'on te dit trouffion.

_ Mais msieur Han Solo ça va être dur, vous avez que des rôles de gentil, difficile de croire que vous êtes un peu méchant".

 

 

Bon après je donne l'impression de taper dessus à tout bout de champ et cela est un peu le cas mais comme je le disais j'ai vu quand même quelques points positifs au film (j'arrête de citer les incohérences même si le coup de l'oeuf doryphore trouvé sur le poste avancé-même me reste en travers de la gorge). Par exemple les scènes de batailles dans l'immense salle en apesanteur, passages terriblement casse-gueule dans le roman ici merveilleusement bien recrées. Un design de toute beauté en cela par une formation avec des artistes du cirque du soleil qui aidèrent les jeunes acteurs pour toutes les figures dans le vide. Les costumes des divers équipes sont sublimes et assez fidèles à l'idée qu'on s'en fait et si l'on déplore de ne voir ces même équipes qui s'affrontent qu'hélas bien trop furtivement (ici on a l'équipe débutante, l'équipe de la salamandre et l'équipe du dragon puis c'est tout. Quid de celle du rat ?), on peut entrapercevoir leur diversité dans un rapide plan qui dévoile bien d'autres logos de forces en présence (pas remarqué lors du premier visionnage, il a fallu que je revois le film une seconde fois avec une amie pour m'en rendre compte, c'est dire). Les designs de la station, des vaisseaux terriens comme doryphores sont superbes. Le design des tablettes tactiles de travail/mails/jeux est à se damner.

 

Toutefois au final, on peut se demander pourquoi le film ne sort que maintenant. Le livre existe déjà depuis 1985 et s'il était novateur à l'époque et que le temps lui a donné ses lettres de noblesses au sein des lecteurs passionnés de SF (je l'avais lu une première fois à la fin des 90's pour le relire 14 à 15 ans plus tard cette année !), la littérature et surtout le cinéma de SF ne l'ont pas attendu. S'il était sorti au début des années 90's avec un scénario qui ne facilitait pas à une certaine paresse et un réalisateur d'envergure (quand on voit Minority report ou A.I, on se dit que Spielberg, pressenti un temps pour réaliser Robopocalypse truc là, le film d'invasion doryphore remplacé par des robots et qu'il a abandonné, aurait été le candidat idéal pour ça. Voire Cameron où l'intensité des batailles d'un Aliens sorti dans ces mêmes années 80 aurait fait merveille au sein du scénario de La stratégie Ender). Bref à notre époque, le film ne surprend plus, n'étonne plus, n'innove plus, ne marque plus là où la force du livre reste inégalée. C'est ce qui s'appelle arriver après la bataille. On aurait pu avoir un chef d'oeuvre, on a un film mignon et bâclé. Je suis un peu dur mais le film est proportionnel à la frustration qu'il m'a donné.

Cela aurait pu être tellement grand c'est juste tellement moyen.