Si l'exposition/rétrospective consacrée à Chris Marker s'est finie depuis peu au centre George Pompidou (elle continue actuellement en Suisse à ma grande surprise), mon parcours concernant ce cinéaste est loin d'être terminé. Après quelques oeuvres abordées de ci, de là, connues ou non, je n'ai pas trop écrit sur ce qui pourtant constitue l'intégralité de l'oeuvre de Marker, le court-métrage. Une forme où l'artiste a pu constamment s'épanouir et se renouveler, passant de la fiction au film militant sans oublier l'ovni, l'oeuvre à portée pédagogique ou le pur essai cinématographique. Panorama de quelques courts vus seul ou avec un ami sur ces quelques derniers mois.

 

 ● L'ambassade (1973)

 

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C'est un petit court étrange filmé en super-8 où Marker invite des amis et leur fait jouer un rôle au sein d'une petite histoire évidemment liée à l'Histoire. Au moment où il tourne ce court, vient d'avoir lieu le coup d'état du 11 septembre 1973 au Chili. Le cinéaste met alors en scène des "survivants" de ce coup d'état et comment ils arrivent à cohabiter et survivre, coupés de tout, dans une ambassade. A l'instar de La Jetée c'est une pafaite recréation à partir d'éléments réels que Marker mystifie à loisir, le dernier plan du film offrant alors un twist inattendu qui n'en finit pas de résonner à notre époque actuelle.

 

Slon Tango (1990)

Chat écoutant la musique (1990)

E-cli-pse (1999)

Des pauses à la Marker de quelques minutes. Dans l'un, un éléphants à la démarche chaloupée comme s'il effectuait une danse légèrement saoule, le Chris n'ayant plus qu'à filmer et mettre une petite musique par dessus, poésie de l'instant. Dans l'autre, un chat endormi sur un synthé, "écoutant" vaguement une musique à la Erik Satie. Quand on aime les animaux, difficile de ne pas être touché par ce genre de petit haïku aussi inutile que touchant qui doit d'ailleurs forcément se trouver sur youtube. Plus consistant car long d'une dizaine de minutes, E-cli-pse se propose de témoigner d'une curieuse espèce, les parisiens, alors affublés de lunettes pour voir l'eclipse de 1989, avant, pendant, après. Marker s'amuse, scrute, filme, délivre encore une fois un petit bijou de poésie à sa manière.

 

2084 (1984)

 

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Une commande de la CFDT pour les 100 ans du syndicalisme et Marker aux manettes qui décide de déplacer cela 100 ans alors dans le futur, arguant qu'il faut "parler moins de ce que le syndicalisme a fait que de tout ce qui lui reste à faire". Avec ses historiens du futur et son robot en cours de programmation se dressent alors trois hypothèses. Hypothèse grise (qui rime avec crise), hypothèse noire (là pas besoin de rime, vous avez deviné le truc) et hypothèse bleue, censée représenter une touche d'espoir. Car c'est qu'il est un peu amer ce Marker-ci et le constat n'est pas toujours des plus euphoriques. Néanmoins même si le Marker qui croyait en des lendemains d'ouvriers qui chantent est loin derrière après s'être cassé en deux sur Le fond de l'air est rouge, il termine sur une note apaisée avec son lot de métaphores bienheureuses ("le rôle des syndicats a été de jeter un pont entre une colère et un espoir"... c'est beau et un peu vain comme du Godard, ça, Chris). Une oeuvre courte mais passionnante et essentielle d'autant qu'ici se dessine le travail vidéo d'un Marker qui surgissait déjà par touches de Sans soleil et irriguera presque toute la forme de Level five.

 

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