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Hector qui a rencontré Truquette au Louvre le 14 juillet, n'a qu'une préoccupation: séduire cette fille qui l'obsède. Le meilleur moyen c’est encore de foncer l’emmener voir la mer et Pator ne saurait lui donner tort, surtout si elle est accompagnée de sa copine Charlotte...

Flanqués de l’inévitable Bertier, les voilà partis, empruntant les petites routes de France dont les caisses sont vides. Car c'est la crise ! Il faut remettre la France au boulot et, en plein été, le gouvernement décide d’avancer la rentrée d'un mois. Un chamboule-tout et quelques liasses de billets plus tard, le groupe se disloque à l’image d’une France coupée en deux, entre juillettistes et aoûtiens jaloux. Mais rouler en sens inverse du travail n’effraie pas le trio restant, bien décidé à retrouver la fille du 14 juillet et à vivre un été débraillé...

 

 

"On m'a beaucoup dit que je faisais des "films de copains", avec beaucoup d'improvisation. Or il n'y a rien de plus faux. C'est écrit à la virgule près. Comme le plan de travail est très lourd, je ne pars jamais en tournage sans un découpage précis, avec un repérage des décors, un plan au sol pour la position de la caméra, parce que sinon je sais que je vais perdre énormément de temps. Ensuite, au tournage, tout va vite, ce qui n'empêche pas d'avoir des idées. Ça laisse peu d'espace à l'improvisation car l'idée est parfois l'ennemi de la pensée : une bonne idée de tournage peut aller à l'encontre de ce que dit le scénario. En revanche, la discussion avec les comédiens est très importante, mais en amont. C'est à ce moment-là qu'ils peuvent proposer des choses."

(Antonin Peretjatko lors d'un entretien spécial pour l'édition DVD du film chez Shellac - mars 2013, le DVD étant sorti le 2 janvier de cette année).

 

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Millimétré au poil pour un maximum d'effets sans qu'on ne le sente jamais tant l'ensemble est enlevé d'une fantastique énergie de petit bolide, voilà ce qu'est en effet La fille du 14 juillet. Le plaisir parle de lui-même puisqu'au dela du simple film comique français, il m'a semblé pourtant bien qu'on avait quelque chose de bien au dessus de ce qu'on avait l'habitude de voir en salles de ce côté là. Sans doute parce que Peretjako ne se soucie pas d'écrire une énième comédie basique sur le couple et ses déchirements, pas plus qu'il ne s'embarasse de quelque chose que beaucoup semblent avoir oublié en chemin : la poésie, le décalage et l'originalité d'un propos simple mais efficace. Ici, ce sera donc en toile de fond, la crise économique et toutes les conséquences possibles qu'on peut y trouver. Un thème que le réalisateur a plus que planché puisqu'il était déjà au centre des préoccupations de ses courts-métrages Paris monopole (2010) ou Les secrets de l'invisible (2011). Une impression ressentie au visionnage et confirmée par le réalisateur quand il dit d'ailleurs que ce film s'inscrit bien dans la lignée de ses précédents travaux.

 

"Ce film s'inscrit dans le prolongement de mes courts, il a été conçu dans le même esprit, mais avec un montage financier spécifique, et un autre type d'histoire. Les courts sont vraiment faits pour durer entre 15 et 20 minutes, je n'ai jamais tenté de faire "un petit long". J'ai toujours considéré les courts comme des "vrais" films; pendant que le long se mettait en place, j'ai fait d'autres films, à la fois pour ne pas perdre la main, mais surtout parce que je ne peux pas m'empêcher de tourner. Je n'ai jamais bradé la qualité du travail sur ces réalisations sous prétexte quece n'était pas des longs métrages de fiction. Comme dirait Lapalisse, je considère tous les films comme des Films."

(Antonin Peretjatko)

 

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Un cinéaste qui fait s'enfuir son personnage en De Lorean dans son film ne peut être qu'un homme bien.

 

Le passage du court au long est toutefois pas qu'une mince affaire. Louons Peretjatko car il s'en sort avec les honneurs, le film pouvant donner l'impression de s'essoufler certes dans ses dernières 20 minutes mais conserve tout le long une vitesse de croisière où la structure lui permet de n'être pas une simple suite de sketchs, mais une vraie histoire avec ses flashbacks (au bar des jeunes, au musée...), beaucoup d'idées en stock qui font souvent mouche (le récidiviste abattu dans le dos --un clin d'oeil amusé à A bout de souffle, les gens qui jouent comme des gosses aux échecs sur le damier du sol d'un bar, le running-gag de la guillotine, le coup de la soupe...) et ses personnages plus qu'attachants. Citons en premier lieu "Truquette", jouée par l'admirable (adorable) Vimala Pons pour qui on se damnerait effectivement pour l'emmener à la plage ou n'importe où. Et puis Grégoire Tachnakian, l'aventureux Hector, romantique en quête de sa promise; Vincent Macaigne en désabusé classe, Marie-Lorna Vaconsin en bonne amie.

 

Il a du Godard, du Rozier, voire du Tati dans ce film qui sait se faire burlesque, absurde et par moments touchant (le discours du docteur Placenta face aux diapositives, le final) et en profite même pour se moquer de l'époque contemporaine (l'ouverture présentant un défilé du 14 juillet sous deux présidents... en accéléré). Laissons une dernière fois la parole au créateur sur ce point : "Il me semble plus efficace de faire réfléchir le spectateur par l'humour et le rire que de le faire en faisant du cinéma militant, en prêchant des convertis. Sans le discours qu'il y a derrière, pour moi le gag ne vaut rien. Par exemple si on met une pièce de zéro euro après le plan de François Hollande au garde à vous devant le drapeau européen, le montage crée un sens, alors le gag de la pièce de zéro euro sort de l'anecdotique et dit quelque chose sur l'Europe".

 

Sorti parmi les films de l'année dernière et pourtant loupé pour beaucoup lors de sa séance en salle, le DVD de Shellac (leur page facebook, c'est par ici), ses bonus et son livret passionnant en font un rattrapage assez impératif. Ne loupez pas cette excellente comédie plus que recommandée !

 

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> Chronique aussi à retrouver sur Cinetrafic à la fiche du film.