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Un jour, Brian fait la connaissance d'Elmer, mystérieuse petite créature qui transforme le jeune homme en junkie en manque de sensations fortes. Il faut dire qu'Elmer secrète une espèce de jus, qui, injecté à la base du cou directement sur le cerveau, métamorphose les facultés de celui-ci et permet à son possesseur de voir ses perceptions du monde grandement modifiées. Il y a un prix à payer pour cela en échange : nourrir Elmer en cerveaux humains...

 

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Elmer le remue-méninge est kitsch et réjouissant et ce n'est nullement péjoratif. Je pense même que ces deux mots décrivent bien ce petit film d'horreur de Frank Henenlotter qui fit sensation à sa sortie. Avec un petit budget le cinéaste fait des merveilles et signe un film tout aussi dérangeant et crû que bardé d'un certain humour noir. En effet, pour peu qu'on accepte les effets spéciaux (certaines lumières, la créature en elle-même) et le côté jusqu'au boutiste du film, on pourra y prendre un certain plaisir. Henenlotter désamorçant de lui-même certains aspects trop sombre par des séquences souvent frappadingue. Ainsi d'une fellation qui se termine mal (il fallait oser la finir avec la créature revenant dans le pantalon avec un morceau de chair de la pauvre fille qui vient de se faire dévorer de l'intérieur !) ou bien du héros complètement en manque tandis que la créature entonne joyeusement un chant sur la misère du monde avec pour seul objectif  de se foutre de lui.

 

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Le plus intéressant est la relation complexe d'Elmer sur son hôte. Si au début les deux semblent dépendants l'un de l'autre, on voit clairement que le héros commence malheureusement à perdre pied et ne plus rien contrôler, inconscient des meurtres qui se produisent malgré sa volonté. Et plus le film d'avancer, plus il va clairement taper là où ça fait mal parce qu'on ne peut s'empêcher de plaindre le pauvre Brian et surtout sa copine qui s'interroge sur leur relation sans qu'il ne puisse le lui dire. En effet, Elmer l'en empêche soit physiquement (une scène au restaurant où sous ses vêtements, Elmer mord le garçon pour l'empêcher de parler alors que la soirée devait reconsolider leur couple), soit mentalement : en donnant ses doses à Brian, Elmer efface aussi de sa mémoire les scènes violentes qui se déroulent au même moment quand la créature déchiquette littéralement le crâne de ses victimes. Jennifer Lowry amène la touche d'émotion du film, en étant la seule qui tente de comprendre la vérité même si cela la dépasse. De même que Brian est en manque, la jeune fille est en manque de... Brian. Dans ses 20 dernières minutes (et sa fin assez "ouverte"), le film atteint le niveau de crûdité et de noirceur nihiliste des premiers Cronenberg. Assurément culte.

 

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Juillet 1979, pendant les vacances d’été dans une maison en Bretagne. A l’occasion de l’anniversaire de la grand-mère, oncles, tantes, cousins et cousines sont réunis le temps d’un week-end animé tandis qu'on craint la chute d'un satellite sur la terre bretonne, le "skylab"...

 

Un super-film de casting, un super-film plaisant surtout, qui s'attache sous la comédie à décrire presque les us et coutûmes d'une grande réunion de famille en Bretagne en 1979 avec tout ce que ça comporte de moments attachants comme de moments casse-pieds. Visiblement il y a une importante part de vécu puisque ma mère qui le visionnait avec moi n'arrêtait pas de dire durant tout le film "C'est tout à fait ça", "Ah c'est vraiment ça". Il faut dire que dans les années 70, elle était adolescente donc un peu plus âgée d'une bonne dizaines d'années que la petite Albertine du film, héroïne qui, le temps d'un voyage en Eurostar, se remémore ses souvenirs de cette époque. Mais même en ayant pas vécu cette période, inutile de dire qu'on reconnaîtra sûrement au détour d'une tablée de chaises des moments que l'on a nous aussi vécus et qui ressortent assez bien. Un repas de famille qui s'éternise, un premier amour, une boum, les dessins animés attablés à plusieurs...

 

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"Prends ça, sale bourgeoise !gneee

 

Dans tout ça la Delpy saupoudre des moments assez salés (le running-gag de la pluie, la plage de nudistes, la boum punk, Valérie Bonneton en obsédée du cul, Vincent Lacoste... un personnage salé à lui tout seul il faut dire --ceux ayant vu et adoré Les beaux gosses me comprendront) qui amplifient le charme certain du film. Cela aurait presque été parfait si la cinéaste ne voulait rajouter des moments un peu plus graves qui se placent trop en décalage avec le ton général de la comédie (l'épisode Denis Ménochet, la parlotte politique qui empiète rapidement sur près de 10-15 minutes de film quand même pour montrer quoi ? Que les gauchistes prévoient avec leurs dons de médiums le gouvernement Mitterrand à venir et que les gens de droite sont des méchants qui n'y comprennent rien, ben voyons...). Cela dit, Le Skylab est suffisamment drôle, élégant et original pour marquer des bons points chez le spectateur.

 

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En 2131, les bioroïds - clones créées pour réfréner les passions humaines - vivent en harmonie avec leurs créateurs dans la belle cité d'Olympus.
A l'aube d'une nouvelle menace, le commandant Deunan est mandaté pour empêcher un génocide bioroïd. Mais cette guerrière d'élite se révèle être la pièce maîtresse d'un puzzle dont elle ignore encore les règles et les conséquences : la survie des deux espèces.

 

Quand je ressors d'un film en ayant eu l'impression de n'avoir rien vu, là c'est mauvais signe. Le fait est que j'ai trop attendu pour voir Appleseed. Si j'avais vu le film en 2005 avec encore le manga de Masamune Shirow en tête et des étoiles plein les yeux, j'aurais sans doute plus marché oui. Entre-temps j'avais acquis la bande originale collector avec ses deux disques et même un DVD avec un extrait du film qui me faisait baver en cachette. Même qu'il y avait de bonnes choses dans cette B.O au milieu de trucs pas terribles mais je ne m'en faisais pas, un jour je verrais Appleseed et là ça sera formidable.

Et donc je l'ai vu. Et en fait c'est tout sauf formidable malheureusement.

 

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Parce que le temps a fait son oeuvre et que la 3D et plus encore, la technique du cell-shading, c'est ce qui vieillit le plus vite quand il n'est pas contrôlé adroitement (il y a des jeux vidéos où ça passe très bien : si je prend l'exemple d'un Jet-Set Radio sur Dreamcast c'est parce que pour moi il y a derrière la volonté d'unifier tout un univers avec des codes propres aux comics et à l'univers des graffitis Donc quelque chose qui va jouer volontairement --et avec un bonheur palpable-- sur la notion de représentation de toute cette culture intertextuelle). Et donc que du coup une chevelure pas détaillée comme celle de Deunan ou Hitomi, ça donne une espèce de poulpe sur la tête comme ce que porte Athéna. Ah pardon, c'est ses cheveux, ah autant pour moi. Parce que la 3D à nouveau c'est bien pour détailler des bâtiments mais alors autant détailler tout ce qu'on voit à l'image parce que parfois y'a des zones vides et franchement moches. Parce que la musique est utilisée n'importe comment ou inaudible. Le chouette morceau r'n'b-techno de Basement Jaxx (featuring Lisa Kekaula. Ke qui cé ? Oui moi non plus je sais pas trop en fait) que j'aime à m'écouter sur la B.O, séparée du film, utilisé ici sur l'ouverture quand la sublime ville d'Olympus apparaît ridiculise en fait complètement la solennité du moment. J'aurais vu des djeunz faire des kikoolol en bas de l'écran que ça m'aurait pas surpris. Parce qu'on a Ryuchi Sakamoto pour un morceau expérimental assez pénible... et qu'on l'entend même pas dans le film. Bon, vous me direz, ça c'est plutôt bien. Il est loin le temps de Furyo ou Les ailes d'Honneamise. Parce qu'il y a un titre bourrin fabuleux de Paul Oakenfold qui passe complètement à la trappe dans le film.

 

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Parce que le film simplifie aisément le manga de Shirow. Si on ne l'a pas lu on pourra trouver que le film ne s'attarde qu'à peine sur les problèmes des bioroïdes qui ressentent quand même des choses eux aussi. Hitomi pas plus que son ami, qu'on devine "petit ami", ne sont approfondis, et donc son sort comme celui des autres ne nous touchent même pas. Si on a lu le manga de Shirow on trouvera aberrant que toute la complexité des décisions de l'ordinateur énorme qu'est Gaïa soit ici en fait un simple problème posé par ces vils salauds d'humains qui trouvent que oui, faut arrêter de polluer la terre, mieux vaut tous disparaître. Epic fail. Quand aux pépins de pomme du titre qui trouvent leur profond sens dans le final du tome 2 du manga chez Glénat (tomes 1 et 2 sont pour ainsi dire inséparables puisque formant une seule et même histoire principale) dans une scène incroyable qui en prend des consonnances presques métaphysiques (nature --et donc corps biologiques-- : 1 - mécanique : 0 ), ici ils servent juste de métaphore (pas forcément bien évidente d'ailleurs) sur la croissance des bioroïdes et leur fonction reproductrice (à semer comme des graines ou non) quand on ne les voit pas juste une seconde ou deux dans le pendantif de Deunan (un mac guffin bien caché par un twist médiocre).

 

 

Que sauver au final d'Appleseed ? Une introduction qui permet d'espérer du grandiose avant le long dégonflage de baudruche, des scènes d'actions explosives (ils ont quand même raté le final avec les droïdes araignées géant vu que dans le noir, j'ai pas vu grand chose) mais décidément trop courtes, de jolis plans par moments, une héroïne attachante. Et puis c'est tout. La réflexion propre aux oeuvres de Shirow, elle, elle est passée aux oubliettes, une erreur que n'avait pourtant pas fait Mamori Oshii en adaptant Ghost in the Shell. Sauf qu'Oshii à la différence d'Aramaki est un auteur avec ses propres thèmatique et qu'il a pu habilement les fondre au sein du déjà passionnant matériau que lui offrait Shirow.