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Une bonne éternité que je n'avais revu Le seigneur des anneaux en version longue, et toute la trilogie siouplaît. Je me souviens qu'en salles, pour certains, les conditions de visionnages n'étaient pas au top (euphémisme). Ahhhh se voir Les deux tours dans la salle où j'avais aussi vu Equilibrium et où ce jour là les toilettes du cinoche étaient rénovées (et qu'on entend la perceuse par intermittence pendant la séance). Les deux tours, moi et un pote, on était pris en sandwichs entre deux connards : l'un derrière qui donnait des coups dans nos sièges, l'autre devant qui avait une grosse tête et bougeait tout le temps. Une séance de rêve quoi. Du coup je me souvenais essentiellement du film pour son lancer de nain, pratique où Aragorn excelle en cachette sans oser l'avouer à ses semblables. Plus tard j'avais vu les versions longues chez mon ex, fan comme toutes les nanas de Vigo Mortensen et sa grosse épéegneee

Catastrophe pour Le retour du roi. Déjà que j'avais du mal dans sa version courte mais là, la dernière demi-heure m'était à l'époque un vrai calvaire. Et voilà presque 10 ans et deux hobbits plus tard que j'y reviens pour constater avec une agréable surprise que les trois films en version longues enchaînés sur plusieurs soirs de suite, eh bien, j'ai beaucoup aimé et là, presque pas une once de gras, un spectacle total à peine gâché par une narration parfois mal gérée sur Le retour du roi (on coupe pas son montage en pleine bataille, sacrilèèèèèèège) et des ralentis qui, sur trois films vus presque à la suite s'avèrent assez pénible. Mais j'ai été vraiment étonné au final de la cohérence de tout l'ensemble qui, avec le recul du temps, tient finalement bien la route et cela fait des liens parfois assez intéressants avec les films du hobbit sortis récemment. Donc quand Frodon et la communauté passe tout près des troll pétrifiés que Bilbo bien des années plus tôt à combattu dans un autre film pourtant plus récent, un sourire réjoui s'est dessiné sur mon visage. Il ne m'a plus quitté sur l'ensemble des trois films car ma cinéphilie et moi-même avons évolués et le regard que j'ai vu sur les films a pris une direction intéressante.

 

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Ce qui m'a frappé cette fois-ci c'est en premier lieu l'attention que porte Peter Jackson sur Frodon. C'est la vision de quelqu'un qui contemple un malade atteint d'une grave maladie qui s'avère atteindre son apogée dans Le retour du roi. Dès lors que Frodon se fait harponner par l'épée du seigneur des Nazguls, il contracte cet abandon de la vie et cette mélancolie mortelle. La seconde piqûre, plus vicieuse, de l'araignée géante manquera à nouveau de le faire passer de vie à trépas mais le mal était fait déjà. Plus contemplatif que les précédents volets (ce qui contrebalance la volonté de rythme de la bataille finale pour la terre du milieu), Le retour du roi s'attarde à montrer le regard de Frodon sur les lieux, ce même regard qui avait failli l'envoyer à la noyade dans les marécages des deux tours (une de mes séquences préférées au passage), ce regard de quelqu'un qui sait qu'il va mourir et cherche à capter une dernière fois la beauté du monde qui l'entoure. Les signes de renaissances sont là, ambigus mais Jackson dans un cas soit ne s'y attarde pas trop (l'arbre qui commence à refleurir à Minas Tirith), soit choisit de laisser la scène tranquillement venir. Or quand Frodon regarde cette tête décapité, le passage du temps se fait sentir de deux manières. Figé dans le passé, c'est la mort, la tête décapité. Pris dans le présent, ce sont ces fleurs dont on voit la blancheur à la brève lueur du soleil.

 

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D'autres indices peuvent entériner cette vision. A un Pippin qui l'interroge sur la mort, Gandalf le blanc choisit de répondre humblement en se basant, on s'en doute, sur sa propre expérience de mort et de renaissance. Depuis sa transformation en Gandalf le blanc, le magicien était devenu plus abstrait, plus fort mais aussi paradoxalement moins humain (entre le papy joyeux qui s'amuse à faire péter des feux d'artifices à Hobbitbourg et celui qui reste impassible, toujours sérieux et pète-sec devant un Denethor, y'a un monde en effet). Or ce dialogue simple et un brin mystique lui redonne soudain un peu d'humanité. De quoi parle Gandalf ? Du cycle de la renaissance, que la mort n'est qu'un commencement, qu'après les ténèbres le monde se drappe d'un halo blanc...

Des paroles qui me sont revenues en tête d'un coup quand Frodon et Sam, sur la montagne du destin, épuisés, encerclés par la lave sur un rocher, évoquent la dernière chose qu'ils voudraient faire, que Frodon avoue qu'ils ne reviendraient pas et remercie Sam d'avoir toujours été à ses côtés. Juste après se situe l'unique fondu au noir des trois films. Oui, vous avez bien lu, "l'unique" (il ouvre en fait la courte séquence du "sauvetage des hobbits" et la referme en intervenant une seconde fois après) fondu au noir de la trilogie (je ne prends pas en compte ceux du prologue de La communauté de l'anneau, ils appartiennent au domaine du flashback). Il est lent et progressif et fait place juste après à deux plans très court d'un Frodon et Sam emmenés par les aigles. Mais les plans sont comme flous ou brouillés par l'émotion. Le second montre la tête de Frodon qui flotte, le paysage rocailleux et volcanique défilant en dessous de lui. Le hobbit entrouvre un peu les yeux et les referme. Sans doute pense-t-il qu'il agonise, que cela n'est qu'une douce vision où il espère être sauvé.

 

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Et si justement à l'instar de la théorie développée sur la dernière partie de Minority Report, Frodon rêvait ? Après ce (double) fondu au noir, un fondu au blanc se mettra en place d'où émergera le visage d'un Frodon encore endormi mais baigné de blancheur. Ben voyons, rappelez-vous ce que disait le bon vieux docteur Gandalf... Là aussi la mise en scène intrigue : la dernière fois qu'un effet de luminosité aussi puissant était mis en place c'était pour démontrer la puissance inhumaine de Galadriel dans La communauté de l'anneau pour aussitôt inverser cette blancheur avec des teintes de gris. Alors quoi ? Ne pouvant être sauvé et au vu de son état, le hobbit peut-être se rassure que d'une certaine manière, il survivra. Sans doute ira-t-il dans une certaine forme de purgatoire, une autre version d'Hobbitbourg (encore plus belle, on dirait une peinture, j'y viens plus bas) où son état le mettra de côté des autres, incapables de pouvoir ressentir comme eux le souffle de la vie puisqu'elle l'aura quittée. Après un certain temps, il sera emmené au paradis et pourra jouir pleinement de sa mort avec d'autres créatures mythiques qui n'ont plus rien à faire en terre du milieu, les elfes. Et tel des passeurs qui traversent le styx pour se rendre aux enfers et ne jamais en revenir, Frodon et d'autres prennent le bateau pour un au delà qu'on peine à imaginer. Le chemin de la mort donc car qui peut vraiment se la figurer tant qu'on ne l'a pas connu nous-même ?


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Le retour du roi à gauche. Port de mer au soleil couchant (1639) de Claude Gellée, dit Le Lorrain à droite.

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Le retour du roi à gauche. Regulus (1828-1837) de J.M.W. Turner à droite.

 

La scène, à l'instar du film, est très visuelle, très esthétique et l'apport inspiratif des grands maîtres de la peinture se fait sentir sur Peter Jackson et toute l'équipe du film. D'une manière générale les trois films sont traversés d'éclairs de fulgurences esthétiques qui renvoient constamment avec un lyrisme exacerbé à la peinture, souvent romantique et ancrées dans l'imaginaire collectif. Ce qui fait aussi qu'on ne le remarque peut-être pas forcément du premier coup. Néanmoins des liens peuvent se créer, se trouver.

 

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La porte de la montagne du destin à gauche. Expulsion, lune et lueur de feu (1828) de Thomas Cole à droite.

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Hobbitbourg dans Le retour du roi à gauche. Holywells Park Ipswich de Thomas Gainsborough à droite.

 

Enfin évidemment le souffle lyrique qui parcourt l'oeuvre et s'impose de lui-même dans les trois films. Mais c'est aussi parfois quand il n'y a aucune action que l'oeuvre devient la plus belle, quand elle place hors-champ le récit pour mettre en avant ce qui est parfois plus mis le côté dans ces fresques monumentales : la poésie des dialogues, les actes humains et leurs répercussions qui se déplacent lentement sur un plan devenu soudain plus perceptible qu'on ne le croyait. La séquence d'allumage des feux qui parcourt plusieurs paysages me donne à ce titre toujours autant de frissons : il ne s'y passe rien d'autre que la lumière visible d'un brasier mais de celle-ci partiront alors tout l'espoir du genre humain par delà les nuages et montagnes.

 

 

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Bonus : les toiles en plus grand (parce que oui, j'vous vois venir avec vos loupes sur l'écran et la flegme de chercher sur google imagegneee).

 

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