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A Hollywood, la ville des rêves, se télescopent les étoiles : Benjie, 13 ans et déjà star; son père, Sanford Weiss, auteur à succès et coach des célébrités; sa cliente, la belle Havana Segrand, qu’il aide à se réaliser en tant que femme et actrice. 
La capitale du Cinéma promet aussi le bonheur sur pellicule et papier glacé à ceux qui tentent de rejoindre les étoiles: Agatha, une jeune fille devenue, à peine débarquée, l’assistante d’Havana et le séduisant chauffeur de limousine avec lequel elle se lie, Jerome Fontana, qui aspire à la célébrité.
Mais alors, pourquoi dit-on qu’Hollywood est la ville des vices et des névroses, des incestes et des jalousies ? La ville des rêves fait revivre les fantômes et promet surtout le déchainement des pulsions et l’odeur du sang.

 

 

Voilà encore un Cronenberg après Cosmopolis qui ne réconciliera pas non plus ses anciens admirateurs avec le nouveau qui fit son apparition à partir d'A history of violence et ne cessa d'aplanir, arrondir son propre style "de la nouvelle chair" tout en conservant en bonne place ses thématiques essentielles. La preuve étant sur ce blog par exemple, la chronique du sous-estimé A dangerous method, faussement académique, vrai bouillonnement sous la glace, réussissant surtout à juguler la psychanalise (et j'en ai quand même bouffé pas mal en fac, merci les études...) sous couvert de vulgarisation là où Spider et sa lourdeur démonstrative se plantaient misérablement malgré toutes les bonnes intentions. Ce nouveau Cronenberg est à nouveau comme Cosmopolis auquel il peut faire office de frère, un véhicule pour un sacré casting de stars, et quelles stars ! Mia Wasikowska, Robert Pattinson, Julianne Moore, Sarah Gadon (une habituée maintenant du cinéaste et une actrice que j'apprécie), John Cusack, Olivia Williams... D'ailleurs comme son aîné, c'est aussi un film sur la déchéance de la société actuelle. Dans l'un, un multi-milliardaire vs le monde, ici, Hollywood vs le monde. Sauf que le film ne suit pas toujours, partagé entre foudroyances certaines et passages plats et caricaturaux un peu indignes de Cronenberg.

 

Evacuons tout de suite l'aspect "satire du monde des stars" parce qu'en plus d'être loin d'une originalité folle, il a déjà été mieux fait ailleurs. Rien qu'au début de l'année et dans une indifférence certaine sortait le très beau The canyons de Paul Schrader (dans mon top cinéma et je regrette de n'avoir pu en parler) ou plutôt Bret Easton Ellis, vu que ce dernier semblait littéralement prendre la place de Schrader pour l'une des meilleures adaptations de ses écrits. Dans ce film de Paul Easton Ellis (ou Bret Schrader), la mise en scène flottante à la steadycam portée par une musique minimaliste électronique passionnante et une photo lumineuse assuraient de porter les frêles et fragiles écrits de l'écrivain afin de donner corps à ces personnages ô combien tourmentés dans/par leur propre vacuité face au monde. D'élégance il n'en sera cure dans Maps to the stars. Si Cosmopolis se bornait avec un certain talent à prendre pour cadre une limousine et en limiter la perception extérieure pour mieux faciliter le dernier acte explosif, Maps to the stars se permet tout juste quelques petits travellings (dont le final en contreplongée), quelques plans bien cadrés et qui n'ont qu'une valeur iconique, souvent envers le personnage d'Agatha (Mia Wasikowska) ou les "apparitions" de fantômes dont on continuera de se demander jusqu'à la fin si ce sont effectivement bien des spectres ou les matérialisations malades d'esprits hautement schizophrènes en devenir.

 

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C'est que le dernier Crocro essaye plutôt de donner du corps qu'une vision à son film, assez ironique pour le cinéaste de la nouvelle chair quand on y pense. Le canadien a dorénavant fait sien le verbe comme chair et s'amuse à nouveau à le déconstruire en y adjoignant un travail sur le son. La logorrhée d'Eric Packer dans sa limousine était d'ordre abstrait et poétique, il fallait pointer le décalage avec le monde, s'y perdre pour mieux fatalement s'y retrouver. Ici les phrases assassines et insidieuses de Julianne Moore s'accompagneront de ses propres flatulences. On est dans le grotesque assumé et le grotesque a toujours joué du corps, logique en fin de compte. Et pourtant ces personnages ne peuvent que paraître fades vis à vis de ce qui a pu être déjà fait sur le même thème, comme dans la filmographie du cinéaste (et Moore a quand même un rôle pas facile certes, mais tellement artificiel face à une Lindsay Lohan concassée émotionnellement et physiquement --on voit que la Lohan a souffert, c'est inscrit sur son corps littéralement. La souffrance traumatique du personnage de Moore à côté passe presque pour un caprice de star). Déjà parce que leurs vies sont faussées et volontairement à côté de la plaque, mais surtout parce que face à la zone d'ombre, le contrepoint que constitue Agatha, ils ne sont rien. Là voilà la vraie fascination, la seule énigme du film, celle qui emporte l'adhésion en ce sens que son personnage toujours se dérobe de par ses actes et son décalage constant vis à vis de ce monde. Parce qu'Agatha ne joue pas, elle n'est pas une actrice, c'est une grande brûlée (là aussi au sens littéral) de la vie. Pas étonnant qu'on remarque son sourire face au maquillage qu'arbore Pattinson sur le tournage d'un simili Star Trek. Et le canadien de se marrer en plaquant sur ce moment un nouveau décalage avec un technicien venant voir la jeune femme et, la croyant elle aussi engagée sur le tournage, lui demande de repasser pour qu'on ajuste ses brûlures.

 

Il m'a semblé d'ailleurs que Cronenberg s'amusait d'ailleurs pas mal dans son coin sur ce film. Parfois c'est féroce et ça marche (le coup de l'oscar, il n'y avait que lui pour nous faire ça), parfois non. Le bonhomme se permet même de se faire un petit clin d'oeil comme s'il disait à ses anciens admirateurs, ceux qui ne se sont toujours pas habitués au nouveau lui, d'aller un peu se faire foutre, via l'image de ce chien, le même que dans eXistenZ, qui a à nouveau un rôle presqu'anodin et pourtant. Dans eXistenZ, il permettait le twist final, ici il n'est qu'un moyen d'affirmer au premier plan la folie grandissante de Benjie l'enfant star pourri-gâté, au second plan, un message pour ceux qui le suivent : l'ancien Cronenberg a été abattu, démerdez-vous à nouveau avec celui-ci. Triste.

 

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Triste et pourtant à quelques égards, Maps to the stars comporte des passages réjouissants. Le générique d'ailleurs, à nouveau comme pour Cosmopolis, livre l'une des clés de compréhension du film en mélangeant cartographie et noms d'acteurs. Maps to the stars c'est à la fois donc un plan et un tracé où les stars se substituent aux endroits à visiter et qu'on abordera non pas en ligne droite ou dans un fil rouge, mais comme le chauffeur Pattinson qui cumule plusieurs casquettes car il ne peut précisément faire ce qu'il voudrait dans l'immédiat, en zig-zaguant d'un point à un autre. D'où cet aspect désordonné associé à ces personnages tous faux. Dans ces conditions, les apparitions fantômatiques n'en deviennent que plus intriguantes, même si Cronenberg, ce petit malin, n'appuie jamais assez sur cet aspect, nous laissant dans le doute sur ce que c'est vraiment. Ce qui pourra frustrer pas mal de spectateurs. Une séquence d'hallucination "enflammée" ira là aussi dans ce sens, encore plus floue que toutes du fait du manque de moyen du cinéaste qui, parallèlement permet d'appuyer sur le trouble de ce qui a été vu. Ici le faux par son artificialité au milieu d'un monde lui-même tellement vain et artificiel permet justement d'encore plus jouer sur le décalage et c'est dans sa dernière demi-heure que j'ai plus qu'apprécié Maps to the stars.

Ce qui fait peu cela dit au regard de tout le film. Et même si le plan final m'a touché (d'ailleurs le poème d'Eluard qui scande en leitmotiv la vie d'Agatha n'est dit en entier qu'ici), on ne peut que rester un peu vaguement frustrés, avec un arrière goût d'amour dans la bouche qui n'a pas toujours été pleinement consommé.

Un petit Cronenberg. Pas mauvais mais tellement mineur au sein de sa longue filmo' qu'on peut visionner... The canyons à la place.