A nouveau plus par manque de temps et que je veux parler de films différents et dont on ne parle pas forcément le plus que j'en profite pour parcourir et les films qui font l'actualité au cinoche et en dtv que de récentes découvertes dans des mini-chros plus rapides à produire et à lire que le reste de ce que je livre d'habitude. Ce qui ne change pas spécialement la qualité, haute ou basse de certains films, je précise.

 

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film1Chaque nouveau Fincher est un évènement en soi, ce dernier ne déroge pas à la règle. Curieusement personne ne le cite (sans doute parce qu'on relie plus ou moins consciemment le réalisateur à son pays et par extension au genre du thriller auquel il est resté assez fidèle) alors je le fais, j'y trouve beaucoup de Bergman dans ce film. C'est le Bergman des batailles corrosives entre couples qui surgit au détour d'un Scènes de la vie conjugale mais sur un mode américain. En adaptant (assez fidèlement à ce que j'ai compris) Les apparences de Gillian Flynn, Fincher analyse et dissèque le couple pour en revenir au message pas si nouveau qu'à deux ben oui, ça peut être l'enfer.

 

La forme en revanche en est jouissive puisque le film se découpe en 3 parties bien distinctes jouant tour à tour du point de vue (et par là-même de l'empathie que pouvait avoir le spectateur avec l'un et l'autre des personnages qui finalement se valent bien au fond) et du genre filmique habituel au sein d'un même film. Il y a presque 2,3 films à l'intérieur de Gone Girl : drame policier au début (a-t-il tué ? Est-il coupable ?), thriller paranoïaque satyrique et ironique au milieu (qui s'éloigne de ce qu'on pouvait penser au premier abord et retourne les situations des deux côtés), satire absurde tant de la vie de couple et de la bêtise des médias à la fin. Médias souvent épinglés d'une manière où d'une autre chez le bonhomme, d'un point de vue tant narratif en un détail (ces fausses infos trafiquées dans The game) que sur l'ensemble d'un film (Zodiac et les conséquences qui rebondissaient sur les personnages sur plusieurs décennies en fond, à tel point qu'un certain journaliste joué par Robert Downey Jr en était menacé de mort à un moment, The social network qui porte sur tout le réseau facebook et ses à-côtés, créateurs comme utilisateurs, les premiers devenant eux-même utilisateurs par le biais de l'image de Zuckerberg dans l'épilogue), que ce soit pour une simple analyse ou une charge personnelle... Comme l'est au final Gone Girl (au passage une analyse fort passionnante de fincher et sa relation au journalisme ici).

 

Ailleurs (et c'était presque inévitable), le film a déchaîné certaines féministes (mais alors que pensent-elles du dernier Jodorowsky, La danza de la realidad, quand il est sorti ? Sans doute trop mainstream et pas assez grand public je suppose. Et que dire de l'oeuvre de Jodo aussi bien littéraire (livre et BDs) que cinématographique dans son ensemble ? Il y a là de quoi se pencher plus profondément que pour un Fincher il me semble) là où d'autres voix féministes ou non se sont faites entendre, homme comme femme. Pour avoir déjà travaillé sur les gender studies et les études féministes en fac il y a déjà de celà plusieurs années, j'abonde plus perso, au texte d'Ariane Nicolas mais libre à vous de choisir ce qui irait le mieux pour le film selon votre sensibilité.

Sinon en soi personnellement, c'est l'un des meilleurs films, complexe, beau, stylé et intéressants que j'ai vu cette année. On pourra toujours en fan de film policier en deviner une bonne partie de l'intrigue, ça ne changera rien au fait que l'histoire prend d'autres voies et creuse d'autres directions, passionnantes et qui amène à réfléchir et interroger le film. Ce que je ferais probablement à nouveau quand je l'aurais en DVD ou Blu'.

 

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film2On est jamais si bien servi que par soi-même. C'est ce qu'à dû se dire Julien Neel, déjà auteur de la BD de base qui passe donc de lui-même derrière la caméra pour adapter son petit monde.

 

C'est donc très fidèle à l'excellente BD que je regrette d'avoir souvent plus survolé, épaté par les couleurs, les cases, la sensibilité et l'humour de son auteur, debout dans les rayonnages des Cnafs, que de les avoir achetées et lues entièrement (rassurez-vous, c'est comme Les nombrils, je rattrape mon retard là. Tiens, Les nombrils dont un projet de film est en cours. Si ça peut rattraper l'horreur Benoît Brisefer qui se profile --Après Les Schtroumpfs, le cercueil de Peyo doit commencer à tourner sur lui-même en mode "infiny"-- je dis pas non). On reconnaît donc l'univers fantaisiste et choupinou de la jeune Lou, ses réflexions, idées, ce garçon qu'elle guette, sa meilleure amie et ses nouvelles potesses (Sur ce point le film opère un raccourci cela dit pas trop gênant vu que le personnage de la gothique, Marie-Emilie n'arrive que dans les tomes ultérieurs au premier. Il y a donc un écart qui témoigne de la volonté d'adapter non pas un tome mais tout un univers). La jeune Lola Lasseron est épatante, on est content de voir que l'achimie entre Kyan Khojandi et Ludivine Sagnier fonctionne à plein, Nathalie Baye est méconnaissable en grand-mère acâriatre... Dans la salle, petits et grands (j'avais un papy à côté de moi, c'est dire) souriaient et même riaient ouvertement à plusieurs moments. Un vrai bon feel-good movie en somme. Et c'est choupi comme tout.

 

Si on voulait pousser l'analyse plus loin, on dirait (et ça se voit nettement) que tout le film est une certaine réalité vue et recolorisée par le prisme de Lou et ses propres illusions et rêves persos. Il y a un plan très intéressant en ce sens vers la fin du film quand Lou évoque "l'âge flou" et que l'héroïne sur un pont contemple une autoroute qui nous est floutée et qui, pour la première fois, en dehors du flou, nous semble une vraie autoroute avec de vraies voitures (pas celles du film, aussi décalées que lui donc), pas réinventées. Un peu comme si Lou vers la fin, en abordant un autre point de vue grandissait et donc perdait un peu de cette fantaisie qui nous était devenue si chère. Sinon c'est bien chouette et tout choupi mais je crois que je commence à radoter.

 

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Revoilà Sin city.Presque 10 ans après le premier volet. N'y avait-il pas péremption pour le coup ?

 

On l'a beaucoup écrit et dit mais oui la surprise ne marche plus. Esthétiquement par contre, c'est encore plus beau que le premier, voire même trop beau. La forme l'emporte sur le fond d'autant plus que les histoires proposées ici sont dans l'ensemble bien faibles (Inviter Joseph Gordon Levitt pour juste "ça"... Mouais...). Mais le film se regarde dans l'ensemble oui. On retrouve ses chouchous (tiens d'ailleurs après un rôle de prêtre dans le premier film, on retrouve Miller ici dans un court caméo. Ami-e spectateur-trice, l'auras-tu repéré ?) et la confirmation qu'Eva Green aime les rôles de dangereuse cinglée. elle y est ici nue la majeure partie du temps pour ceux qui pestaient contre le fait que dans la "suite" (qui se déroule en même temps et juste après, vous m'suivez hein) de 300, elle était de tous les plans mais habillée. Ah ben si chers cochonnous (cochonneuses ? (*)), régalez-vous.

 

Bref ça se regarde honorablement mais ça ne marquera pas les esprits, ça ne figurera pas plus dans un quelconque classement cinéma. La faute à un Robert Rodriguez en roue libre depuis quelques années et qui semble n'en avoir plus rien à foutre du cinéma. Là, outre les histoires en sous-régime du film, c'est tout juste si les plans et cadrages tiennent. Bon, bon, bon.

Donc bien mais pas top donc.

Mais bien.

Mais un peu vite oublié hein, dommage.

 

 

 

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 Félix Herngren adapte Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson avec une rare fidélité. Dans certains cas vous me direz, être trop fidèle pose parfois problème au film qui est tiré d'une oeuvre. Parfois on en vient même à regretter que l'adaptation ne prenne pas plus de liberté, qu'elle ne soit pas plus personnelle.

 

Mais pour avoir lu le livre et quand on voit tout ce qui s'y déroule, Herngren a fait les bons choix. Le personnage traversant autant de dates historiques que Forrest Gump (dont il peut effectivement être un cousin lointain, humour décalé et noir en plus), le roman promettait d'être inadaptable au vu de tous les détails, ou alors en une mini-série TV. Mais quand bien même, aurait-elle eu les effets spéciaux nécessaires (oui parce que ça pète et explose partout là-dedans) ? J'en doute.

 

Donc le film va vite, aidé par une voix-off pas désagréable et des ellipses bien senties du fait que le cinéaste comme dans le roman, n'oublie pas ces personnages. Il les aime et tient à faire ressortir toute l'absurdité de leur situation. Le film s'appréciant déjà bien au visionnage (pas une once de gras, sans doute que ça traîne un poil vers la fin mais sinon, chapeau), il s'apprécie encore mieux quand on voit dans le making-off (du zone 2 studio canal edition exclusive Cnaf) que le comédien était grimé 8h par jour en petit vieux centenaire sous des températures parfois horrible (le tournage en Thaïlande --Bali dans le film-- a visiblement été un calvaire).

 

C'est fin, drôle, vivant et recommandé.

 

 

 

 

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C'est sans doute l'un des meilleurs films de l'année et personne ne l'aura vu ou alors très peu. Il faut dire que pour l'instant il n'est sorti qu'en divers festivals et qu'on pouvait s'interroger avec un peu d'inquiétude sur une future hypothétique sortie salle, mais pas de panique, il sortira bien... début 2015 (tout comme Il est difficile d'être un dieu, claque de L'étrange Festival lui aussi). J'espère que d'ici là, vous vous rappellerez des conseils de tonton Nio.

 

Déjà réalisateur du fascinant Myth of the american sleepover (le mythe des soirées pyjamas -- en vente dans tous les bons magasins spécialisés, DVD zone 2 chez Metropolitan filmexport, plus d'excuses), David Robert Mitchell signe ici un film d'épouvante placé sous l'égide du grand John Carpenter (cinémascope et musique synthétique ou ambiant à l'appui). Le film a en plus le mérite de refuser tout cynisme facile (et ça fait un bien fou) au profit de personnages de jeunes toujours sincères et justes placés face à une menace latente non seulement indescriptible mais inévitable et visiblement impossible à éliminer.

 

Vous vous rappelez le côté indestructible du terminator la première fois que vous l'avez vu ? Ou bien le T-1000 dans Terminator 2 au premier visionnage ? Cette sensation que rien ne peut les arrêter avant finalement qu'on trouve une solution dans un final grandiose. Ici c'est pareil mais pas de robot, juste une chose organique et presque visible qui suinte, inhumaine et visible uniquement par sa "proie", qui ne connait pas le répit, qui avance constamment. La seule chose à faire étant alors de gagner du temps, toujours du temps... Mais l'humain n'est pas une machine et il s'érode facilement... Pas de final grandiose non plus mais la mélancolie d'un temps où dorénavant pointent en filigranne la difficulté de l'âge adulte et des responsabilités.

 

A rapprocher du sublime Morse (let the right one in --l'original) pour son traitement tout en douceur du fantastique et de la terreur tout en osant parfois certaines décharges d'adrénaline osées.

Très fortement recommandé.

 

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Terminons sur deux oeuvres qu'on qualifiera d'extrêmes et que j'ai pu voir en vidéo avec grand bonheur. Le premier est le "mythique" (c'est Tarantino qui le dit) Thriller, alias They call her one eye, de Bo Arne Vibenius où l'on entrechoquerait Bergman avec Peckinpah (quand vous connaissez le cinéma assez enragé de ces deux là, ça vous donne une idée). Le film (invisible chez nous) existerait en plusieurs versions apparemment (Joël, Antoine, corrigez moi si je me trompe) : l'une, raccourcie et censurée, l'autre, intégrale mais dotée d'inserts pornos par le producteur contre la volonté de son réalisateur et cela sans doute pour surfer sur le charme incendiaire de la belle Christina Lindberg qui avait alors tourné dans plusieurs films érotiques.

Ayant vu la version intégrale et avec les inserts, j'avoue que cela ne m'a pas gêné plus que ça. En soi, le propos est moralement très douteux puisque sous couvert d'appuyer le calvaire de la jeune héroïne, les plans frôlent une certaine gratuité qui en rajoute pas mal. Mais pris dans le genre du film de vengeance du rape and revenge pour moi ça passe et appuie donc sur le malaise poisseux du film (bon, je suis sans doute un peu tordu, soit). La violence sèche du film jusqu'au boutisme, ces ralentis et l'évolution de la jeune femme qui va lentement devenir une sorte d'ange de la mort stylisée face à ce qu'on pourrait appeler une putain de figure du patriarcat (et je reste poli quand on voit le salopard du film) marquent encore aujourd'hui et font qu'on ne peut pas forcément mettre le film entre toutes les mains (surtout pas celles de votre petit frère donc). Culte, oui totalement.

 

 

Et puis le 3è film de Berserk l'âge d'or. Sorti en petits lots par dybex qui semble n'en avoir rien à foutre de réapprovisionner les magasins en France (j'ai réussi a me procurer le blu-ray grâce à l'ami Johell qui l'a pris en suisse), le film clôt donc l'un des cycles les plus passionnants et violent du manga, celui de l'âge d'or qui marque l'ascension puis la chute de Griffith et sa troupe de mercenaires au sein de la noblesse de cet étrange Moyen-âge, pas si éloigné du nôtre, juste plus marqué dans la violence de la dark fantasy. J'ai déjà parlé à plusieurs reprises du manga et de ses adaptations film sur le blog (hop, exemple), je n'y reviens pas plus si ce n'est pour dire que ce 3ème film reprend grosso modo les tomes 9 à 13 (inclus). Inutile de préciser que si vous n'avez pas vu les 2 premiers films, vous n'y comprendrez rien, comme tout se suit et forme un tout des plus cohérents, il faut donc effectivement avoir vu ce qui précède obligatoirement.

Les deux autres films le précédant étaient certifiés pour les plus de 16 ans, là il y a une interdiction aux moins de 18 ans et je peux vous dire qu'elle est assez légitime. La fin du cycle de L'âge d'or se terminant d'une façon assez dantesque dans une orgie incroyable de sang, au moins sur ce point le film est plus que fidèle à l'oeuvre papier. On notera quelques raccourcis plus (la fin abrupte qui impose au spectateur de rester jusqu'après le générique de fin afin d'avoir un court épilogue bienvenu mais qui n'apporte pas grand chose) ou moins (le tome 11 était dédié tout entier à la figure du mal qu'est Wyald, il disparaît complètement ici) gênant mais dans l'ensemble, c'est assez incroyable. Nettement pas pour les enfants non plus, attention.

 

 

 

 

 

 

 

 

(*) Non mais sérieusement, je ne peux pas traiter mes rares lectrices de truies, même par politesse, voyez-vous hein, on pourrait mal le prendre et c'est compréhensible.gneee