Cette semaine risque d'être essentiellement axée livre et musique, je délaisse un peu le cinéma les aminches.

Et en tant que petit fan depuis longtemps de Tangerine Dream, j'ai voulu faire un billet en forme d'hommage à son leader, Edgar Froese qui nous a quitté il y a peu à 70 ans, le 20 janvier, d'une embolie pulmonaire alors qu'il était à Vienne. D'une certaine manière, même s'il est dur de ramener TD à un seul homme, on remarquait toutefois très vite que le groupe était l'expression unique de sa musique. D'abord parce que depuis sa création, Froese père (le fils Jérôme participera au groupe pendant un temps) était l'unique membre ne changeant pas, toujours là, pour maintenir les rênes du navire électronique. Ensuite parce que dans le processus de création il a toujours constamment été là du début à la fin.

 

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Difficile de décrire la musique sans tomber dans les clichés qu'on peut lire ici ou là quand d'autres arriveront à en parler mieux que moi. Sans doute faut-il plus se pencher sur TD en fonction de ses diverses périodes à travers près de 50 ans d'activité musicale (oui, oui) et donc d'une discographie immense et recelant autant de choses fantastiques que d'autres, largement plus plates (voire ne nous voilons pas la face, très mauvaises) pour peu qu'on s'intéresse à la musique électronique. Sauf que même ça reste un peu réducteur tant le groupe ("la chose" de Froese) est partie dans plusieurs directions musicales sous cette même bannière électronique.

 

Tangerine Dream c'est donc aussi de la musique ambiant et atmosphérique (première période, 1970 à 75, en incluant donc aussi quelques disques de la période Virgin comme Phaedra ou Rubycon), electronique et planante quand elle n'est pas minimaliste ou profondément emphatique, pleine de rythmes contrariés avec parfois de la guitare électrique (le génial et agressif Force majeure dont j'ai mis la pochette au-dessus), purement basée sur des rythmes froids et des boucles (les années 80 où le groupe pour moi décline méchamment et se fait plus commercial, abandonnant pas mal de vélléités artistiques)... sans oublier une masse de bandes originales fascinantes pour le cinéma (Aux frontières de l'aube (alias Near Dark), le Legend de Ridley Scott --dans sa version américaine, le reste de la planète ayant la B.O de Jerry Goldsmith au film de Scott !--, Le solitaire --Thief-- de Michael Mann ainsi que le mal aimé et toujours invisible The keep, sans oublier Sorcerer (coucou Friedkin), Risky Business (coucou Tom Cruise) et autres Firestarter (coucou Stephen King)), voire le jeu vidéo, le groupe ayant livré une partition pour GTA V.

Pour info, les 4/5èmes de la discographie du groupe sont chroniqués sur l'excellent site Guts of Darkness sur la fiche du groupe du plus récent au plus ancien.

 

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L'intérieur de la pochette du vinyle de Rubycon. Cliquez pour la voir en plus grand. Vous remarquez tout à droite ? :)

 

Dans ses premières années le groupe de Froese délivre une musique électronique étrange où l'aspect visuel est indissociable de ce qu'on entend. En témoigne des paysages sonores uniques, entre plannant et angoisse, des expériences à vivre où il faut même se placer dans un certain état d'esprit ouvert à tout (ce qui est un poil plus difficile devant un ordi qu'à l'époque avec le vinyle qui tourne, le coussin ou gros sofa en dessous, une atmosphère légèèèèèrement enfumée de pétard...). J'ai découvert le groupe moi-même grâce à un vinyle de papa (Rubycon donc) dont la pochette et l'intérieur me fascinaient. La musique n'était pas en reste et comme très jeune j'écoutais déjà autant les Doors que Vangelis, je me plongeais dans ce monde inquiétant avec un délicieux bonheur équivalent à celui qui vous prend quand vous lisez un livre de Lovecraft ou regardez un film inquiétant à une heure bien tardive (et sans être fatigué, té !). D'ailleurs les TD de la première époque s'écoutent très bien dans le noir, allongé sur le lit en fermant les yeux et se laissant emporter par cette étrange musique. Je vais même me risquer à dire une connerie mais je suis sûre que ça doit être très bien (sur certains disques disons) comme fond sonore pour forniquer comme des lapins (et les morceaux sont longs on a pas à se faire chier à changer de pistes).gneee

 

 

Tangerine Dream m'a accompagné une partie de ma vie, je l'ai redécouvert même à certains endroits et il y a fort à parier que la musique du groupe m'accompagnera encore pour un bon moment. De fortes chances donc d'en retrouver sur ce blog de temps en temps. So long Edgar, j'espère que dans ton ascension vers l'Ailleurs, tu as vu des aurores boréales sur fond de zik synthétique...