Pour sa seconde session du Ciné-club de Potzina, mon amie blogueuse Potz a cette fois choisi l'amour. Un thème que j'aurais bien volontiers validé et emporté de flots lyriques et enfiévrés il y a quelques années mais aujourd'hui les braises se sont un peu éteintes et les films romantiques (même si je demeure coeur d'artichaut sous la carapace) me sont devenus un peu insupportables par moments. Surtout à l'approche de la St Valentin qui est tout sauf sympathique quand on est célibataire endurci.

 

 

Alors, histoire de jouer le jeu et prendre les devants, je me suis armé de toutes les armes technologiques de pointe que nous fournit la société de consommation pour survivre à ça. Tout y est passé, intégrale de David Bowie, musique punk et énervée accompagnée de relents alcoolisés, humour so british et finalement poignée de films évoquant l'amour mais allant plus loin que la bête considération de base. Bref du coup je livre non plus une chronique mais TROIS chroniques coup sur coup pour le ciné-club de Potz en thématique amoureuse me semble adéquat. On ne m'y reprendra plus attention.

 

Et on commence avec...

 

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L'Amour est un crime parfait des Larrieu bros'.

 

Professeur de littérature à l’université de Lausanne, Marc a la réputation de collectionner les aventures amoureuses avec ses étudiantes. Quelques jours après la disparition de la plus brillante d’entre elles qui était sa dernière conquête, il rencontre Anna qui cherche à en savoir plus sur sa belle-fille disparue...

 

Les Larrieu et moi c'est quitte ou double. Soit ça passe, soit non. Un coup je vois Un homme, un vrai et je trouve ça excellent, je me marre et d'un autre côté je visionne Peindre ou faire l'amour et je me fais chier comme une moule morte (restons dans un thématique crûe vu que comme vous allez le voir, le vrai sujet du film c'est du nu, du cul, du nu, du cul et un peu d'enquête policière, mais point trop non plus heingneee) échouée sur le rivage. Quid des Derniers jours du monde ? J'avais adoré. Pour moi l'un des meilleurs films français des années 2000. Bref Les Larrieu et moi ça dépend mais j'ai souvent plus envie de les défendre qu'autre chose au vu de leurs projets farfelus qui détonnent régulièrement dans le cinéma français et traitent constamment des relations amoureuses avec un côté décalé et pimenté de sexe qui le rend paradoxalement plus réaliste et moins prude que ce qu'on peut voir chez nous.

 

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Oh ben le début du film commence très bien je dirais.

 

Que raconte L'amour est un crime parfait et son superbe titre Hitchcockien, inspiré du roman Incidences de Philippe Djian ? En fait pas grand chose et c'est le gros défaut du film sur le papier puisqu'en fait, enquête policière vaguement trouble et pas toujours très consistante mise à part, il faut plutôt voir au délà des apparences, ou plutôt de l'aspect opaque et transparent, à l'image du très beau générique d'ouverture (cf captures suivantes). Ce n'est pas ici le fond qui prime mais la forme. On se fiche bien en fait de savoir si Marc est coupable ou non de la disparition de la jeune Barbara qui se livre à un chouette strip-tease avec lui avant de faire crac-crac puisque le film nous donne la réponse dès le début et insistera presqu'un peu lourdement via certains plans par la suite. Non, le plus intéressant c'est de voir comment cet homme perd pied et commence à devenir littéralement paramoïaque et schizophrène. Les Larrieu usent d'élipses, de fondus au blanc (la scène avec le policier quand Amalric pisse le sang), de flashback, pour retranscrire l'errance étrange du personnage de Mark dans des décors souvent sublimes et une très belle mise en scène.

 

 

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Et comme l'indique le titre, il y a bien une histoire d'amour perdue au milieu des nombreuses histoires de cul de Mark avec ses étudiantes. Le personnage a en plus une relation fusionnelle un brin incestueuse avec sa soeur, Marianne (Karine Viard) et même si les Larrieu chargent un peu la mûle de ce côté là, c'est pour permettre au film de livrer de beaux moments. Ainsi de ce monologue final avec Anna (Maïwenn) où il racontera le traumatisme enfoui dont il fut victime avec Marianne. Toutes les scènes avec Viard sont d'ailleurs assez réussies et on se délecte au fond de leurs rapports faussements froids là où l'un ne cheche qu'à se faire remarquer de l'autre au fond. La relation de Mark avec Anne, belle-mère de la jeune Barbara qui a disparue est au fond là aussi dotée de beaux moments et même si je ne suis pas un admirateur de Maïwenn, force m'est de constater qu'elle s'en sort bien, comme le reste du casting d'ailleurs (mention spéciale aux fesses de Sara Forestier). En somme il n'y a peut-être pas une histoire d'amour mais des histoires d'amour, enfouies sous plusieurs niveaux.

 

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Le fêtichisme c'est mignon. D'un côté un chausson rouge (non non pas de clin d'oeil à Powell et Pressburger), de l'autre Viard super bien sapée. La Suisse, c'est chaud.

 

Il y a quand même un gros hic et je peux comprendre que le film ait déçu pas mal de gens là où finalement je l'aime bien (même si je trouve que Les Larrieu ont fait mieux). En cherchant à tout prix à faire un film engourdi et hypnotique (excellente B.O d'ailleurs au passage), les frangins finissent par mettre trop de distance dans leur bel objet léché et tuent toute empathie qu'on peut avoir pour les personnages en dépit de nombreuses pointes d'humour en la personne de Richard (Denis Podalydès). On sent que les réalisateurs se marrent même tout seuls dans leur coin (le film vu en 3D que regardent Marianne et Richard c'est en fait Les derniers jours du monde.... des mêmes frères !) et aimeraient emporter le spectateur avec eux mais non. Le film est beau mais manque singulièrement de rythme et même d'audace et ne décolle vraiment que dans sa seconde partie quand Mark commence à ressentir des maux de têtes inquiétants et qu'il continue de s'enfermer dans sa culpabilité jusqu'à perdre véritablement pied. A ce stade je suppose que le film a sans doute perdu la moitié de ses spectateurs.

 

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Cela dit comme souvent chez Les Larrieu il y a à boire et à manger. Et un casting presque intégralement nu à nouveau. Amalric à nouveau à poil pour ces dames (qui auraient sans doute préféré Michael Fassbender) et Viard en nuisette, Marion Duval qui donne de sa personne au début dans le rôle de Barbara (LA révélation du film et un nouveau coup de foudre), Maïwenn nue... Enfin non en fait. Tous les plans où on pourrait la reconnaître, si son corps est dans le plus simple appareil, on ne verra curieusement jamais sa tête. J'ai pensé pour le coup qu'il y avait une doublure, eh ben oui. Donc la doublure à oualpé de Maïwenn n'est autre que Brigitte Lo Cicéro qui interprétait la femme du "rêve crocodile" de L'exercice de l'état. Comme quoi, on en apprend des choses, la fameuse scène du film de Pierre Schoeller m'est directement venu à l'esprit du coup. Si ça se trouve, les Larrieu font exprès pour jouer là aussi sur les apparences et démontrer que le personnage de Anna n'est pas ce qu'il est mais je pense que là je réfléchis trop.

 

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Un bel exemple de plan où en fait c'est Maïwenn mais en fait ben non. Vous me suivez ?

 

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Marion Duval c'est aussi une chouette BD jeunesse je précise.

 

brigitte lo cicero

 

Et histoire de vous rafraîchir les idées, cette fameuse scène de L'exercice de l'état, là voilà.

 

 

Au final donc, j'ai plutôt bien apprécié le film. Il a ses qualités et en dépit de certaines incohérences et du scénario et du montage qui auraient pu être poussés plus loin (et ne comptons pas les inexactitudes géographiques sinon on ne s'en sort pas), cet étrange objet s'avère des plus intéressants et somme toute assez regardable. Les Larrieu ont fait mieux et referont probablement mieux je n'en doute pas.

 

Chronique à venir : L'écureuil rouge de Julio Medem.

 

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Pour ouvrir vers d'autres horizons...

 

► A noter que Filou fait une double chronique pour ou contre du film sur son blog.