Bjork_Vulnicura_small

 

J'avais laissé Björk loin derrière moi depuis les déceptions Medulla (*) et Volta et la douche froide Biophilia. Je pensais même à vrai dire que vu son orientation artisticocontemporaine (pwët-pwët) avec son chéri Mathew Barney d'où elle se perdait dans des délires partagés qui les enfermaient un peu loin de nous tous dans leurs bulles, je pouvais tirer un trait sur la dame. C'était la fin d'une période que je refermais à contre-coeur, celle où une islandaise capitaine (n'oublions pas que Björk Gundmunsdottir --l'écriture n'est pas forcément correcte mais ces gens là emploient des lettres fort bizarres vous savez-- a un tatouage de boussole viking sur l'un des bras) qui avait toujours su naviguer avec exigeance en eaux troubles avait fini par couler dans les dernières tempêtes.

 

Vous savez, j'étais fan de Björk à une époque. Pas fan avec les 3 lettres en guillemets hein, fan au sens propre, le gars qui a la collectionnite aigüe de son idole, hein, un peu comme tous ces gens qui clâment leur amour pour Mylène Farmer ou Indochine, brrr. Y'a pas de quoi être fier je sais, je fais pas mieux dans ce cas c'est dire : Je prenais donc l'album de remix Telegram, j'avais même les remixes d'Hyperballad (un de mes nombreux morceaux préférés de l'islandaise), l'intégrale des clips en VHS (oui mossieur, VHS !), son livre tout blanc avec sa couverture en tissu dont on aurait presque pu croire que l'intégralité des dons était reversé aux mamies tricoteuses d'Islande, un best-of qui sert à pas grand chose, le concert à Cambridge de la fin des 90 en pleine tournée Homogenic... Ahhh Homogenic, j'avais découvert l'artiste avec ce disque, quel choc mais bon je crois que je me répète (**).

 

 

Et donc, c'est ça l'histoire de la vie, Björk ressurgit au moment où je l'attendais le moins. Pour penser les plaies douloureuses de sa rupture avec Barney, elle écrit et compose Vulnicura comme une catharsis. Un mal pour un bien puisque finalement celà lui permet de renouer avec une écriture des sentiments à fleur de peau qui a toujours été son fort après des albums plus abstraits mais aussi hélas plus intellectualisés (n'ayant pas le matériel technologique pour lancer les applications qui y étaient développés avec, je me demande si les bidules de Biophilia n'étaient pas là uniquement en fait pour masquer une certaine froideur et pauvreté d'écriture).

 

Il faut se rappeler de la joie qui prend comme un coup de poing dans la gueule dans It's oh so quiet (même si c'est une reprise), la mélancolie surréelle d'Isobel, les cinématographies de Play dead ou Joga, cet opéra lyrique de Bachelorette (serrement de coeur du Nio à l'époque), l'impression de voir les flocons tournoyer devant nous avec le court féérique Frosti (non, rien à voir avec les corn-flakes), la tendresse de You've been flirting again, les déprimes élégantes et feutrées de Pagan Poetry (pleurs du Nio à l'écoute de ce titre la première fois) sans oublier d'autres titres violently happy.

 

 

Et Vulnicura, miracle, est de cette trempe là. Une exposition à froid des sentiments, une tension en plus qui bourdonne parfois sur fond de colère froide qui s'apaise difficilement. Les trois premiers titres (Stonemilker, lionsong, history of touches) sont écrits chronologiquement avant le clash fatal, dates (9 month before... 5 months before...) livrées en sus dans le livret ! Les trois suivants, étalés après la séparation (black lake, family, notget). Les trois derniers, à part, hors du temps, comme une possible ouverture (l'accélération de Quicksand en dernière piste indiquerait même que Björk s'est remis en avant, à toute vitesse, gros beats furieux en poche). Inutile de dire que quand on arrive au coeur du disque, on pénètre comme dans un trou noir (qui peut aisément serrer le coeur et vous prendre les larmes d'assaut à la gorge).

 

Jamais autant, à mon impression, Björk ne s'était risqué avec les ruptures de tons et le silence, l'épure et l'ambiant avec un gros son de profondeur comme sur un history of touches (qui raconte crûment toutes les dernières fois, les derniers sursauts dans une lucidité plus qu'évidente "....every little fuck we had together is in a wondrous time lapse with us here at this moment") ou ce Black lake évocateur qui semble monter dans une course de battements de coeurs effraînés vers une impasse ou ce family et ces violons en plein milieu qui se désaccordent comme si le voile des illusions tombait définitivement avant le final planant, comme un cocon, comme si la famille était encore l'unique protection face aux aléas du coeur.

 

 

Et autant je n'appréciais guère les dernières pochettes de ses disques (par comparaison avec celles des premiers albums), autant même si Vulnicura n'est pas non plus d'une grande évidence de beauté, d'un coup pour moi directement au regard de la musique elle fait sens et je l'accepte. Cette plaie vaginale au niveau du thorax, mais c'est pour mieux t'y prendre ton coeur mon enfant. Et cette tenue noire de latex qui évoque le sadomasochisme comme l'attirance sexuelle sans oublier ce fond un peu jaunâtre et laiteux (je vous laisse deviner hein).

Grand disque qui retrouve une cohésion musique-visuelle comme ce fut si souvent le cas avec l'artiste par le passé. Reste à espérer que les clips seront au même niveau : Björk soudain me fait raviver des braises mal éteintes et rouvre le cabinet de ma curiosité insatiable, à elle de continuer cette fois pour apaiser nos soifs.

 

 

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(*) Encore que dans Medulla, il y a des choses pas piquées des vers qui me fascinent là où Volta --ORANGINA ROUGE EN POCHETTE, pardon c'était nerveux-- me fait doucement bailler.

(**) N'oublions pas que je suis devenu encore plus vieux, rabougri et ratatiné depuis peu.