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Les chansons de Graham Nash ont défini une génération et ont contribué à écrire l'histoire du rock avec des classiques comme « Carrie Anne », « On A Carousel », « Simple Man » ou « Our House ». De la British Invasion aux derniers frémissements de Woodstock, il a su apposer sa marque. Il raconte ici son enfance dans l'Angleterre d'après-guerre, ses débuts avec son groupe The Hollies, son histoire artistique et amoureuse avec Joni Mitchell quand ils produisaient tous deux leurs travaux les plus introspectifs et importants, sa rencontre avec Stephen Stills et David Crosby pour la formation du célèbre Crosby, Stills, Nash & Young et sa longue carrière de musicien et d'activiste politique. Nash a vécu une époque mythique et son autobiographie déborde d'anecdotes sur les Beatles, les Stones, Hendrix, Cass Elliot, Dylan et d'autres figures légendaires du rock. De Londres à Laurel Canyon et au-delà, Wild Tales est un retour sur une vie extraordinaire - avec ses hauts et ses bas, l'amour, le sexe, la jalousie, la politique, les drogues - et une période musicale essentielle.

 

 

En petit fan des musiciens qui font partie de C,S,N (Crosby, Stills et Nash --et accessoirement Young of course), je guettais la parution de ce livre. Et n'ayant pu aller au concert de nos joyeux papys musicos dernièrement, je profitais donc de la venue de Nash sur Paris pour la dédicace de son autobiographie pour me jeter dessus (sur le livre, pas Nash, bien que lors de la séance de dédicace, j'aurais pu), juste 3 jours après sa parution officielle (le 18 septembre). Je le lu d'une traite et goulûment en une semaine. J'y retrouvais des anecdotes connues, d'autres que je découvrais complètement (David Crosby a vraiment eu une vie de grand malade et parfois, souvent ici même, la réalité dépasse complètement tout ce qu'on peut imaginer) et encore d'autres que je redécouvrais.

 

 

Mon existence est devenue une course contre la montre. J'ai tant d'occupations qui me procurent du plaisir que, souvent, j'ai l'impression d'être un contrôleur de trafic aérien qui s'efforce d'accorder à chacune l'espace qui lui convient. Je suis constamment en train d'écrire. Si CSN ou CSNY n'enregistrent pas, alors je planche sur mes propres compos. C'est que les chansons, ça me rend dingue. Si j'en ai une à l'esprit et qu'elle n'a pas été enregistrée, il faut que je la sorte d'une manière ou d'une autre. Je ne peux pas me reposer tant qu'un fragment de parole ou de mélodie se trimballe dans ma tête. C'est comme des préliminaires quand on a envie de jouir; si on les fait pas, l'expérience est trop frustrante. Et même à plus de soixante-dix ans -- soixante-dix, bon sang de merde -- je suis encore capable d'avoir la trique pour une chanson (...).

(extrait, page 367. Je me base sur l'édition française)

 

 

Nash parle très librement de toute sa vie et toutes les expériences vécues, ce qui va de son enfance en Angleterre à son petit groupe de musique, Les Hollies à Crosby,Stills & Nash et bien sûr Crosby, Stills, Nash & Young sans oublier sa relation avec Joni Mitchell, le jour où il est devenu citoyen américain, la naissance de ses enfants, ses chansons et albums solos. Et bien sûr sa relation faite de hauts et de bas avec David Crosby et Stephen Stills, une sorte de mariage étrange, une configuration où l'on s'aime et se hait. Mais évidemment le ton familier du livre font qu'on s'y sent comme chez soi. Et c'est assez énorme, riche en cul et en drogue, une vie complètement rock qui n'a rien à envier à celle des Stones.

 

 

"Quelle chance d'avoir atterri là, malgré toutes les complications qu'il avait fallu endurer avant. Une fois de plus, c'était Crosby l'instigateur. Il savait qu'elle et moi, on s'entendrait à merveille, même s'il n'avait pas quitté le lit de Joan (*) depuis très longtemps. Croz s'en foutait. Il ne s'emmerdait pas avec ce genre de conneries. Il n'avait pas le sens du territoire et n'était pas jaloux ni possessif. De son point de vue, les femmes étaient faites pour être aimées de toutes les manières possibles, sans la moindre obligation. Les relations à long terme ne lui posaient aucun problème tant qu'on suivait ses règles à lui, ce qui signifiait que la monogamie était hors de question. Il faisait l'amour à qui il voulait, quand il voulait, où il voulait, de la manière qu'il voulait. Et il ne s'en cachait pas, vous étiez au courant de tout. De toute évidence, David avait aimé Joan, mais ils avaient déjà entamé leur rupture pendant l'enregistrement du premier album de Mitchell. Leur relation était devenue agitée, d'après Crosby. Bref, il savait que je serais un meilleur compagnon pour elle. L'échange qui s'ensuivit, qui signifiait "elle n'est plus ma nana, maintenant c'est la tienne", fut l'un des plus civilisés qui aient jamais existé.

 

Entre temps, David était tombé amoureux d'une magnifique jeune femme appelée Christine Hinton. Une fille de militaire très large d'esprit, elle avait fondé un fan-club de David Crosby avec son amie Debbie Donovan alors qu'elle avait quatorze ans, et l'une et l'autre --souvent ensemble--, elles avaient été les amantes de David. Lui, bien sûr, il les voulait toutes les deux. Il avait même envie que j'en profite aussi et, un soir que je dormais chez lui, il m'envoya Christine pour la nuit. Quelle femme merveilleuse. Rock'n'roll, hein ? Christine acceptait ses règles d'une relation complètement ouverte; et dans une certaine mesure, elle avait les mêmes envies que lui. Et d'une manière très particulière, ils étaient dévoués l'un à l'autre. Ces situations inextricables trouvent toujours une solution."

(extrait, p. 146)

 

 

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Graham Nash à la séance de dédicaces de samedi 26 septembre à Gibert Joseph, Paris.

 

 

Evidemment quand on connaît les chansons et les albums, il va sans dire que c'est encore meilleur (et on se doute que ce genre de livre s'adresse aux passionnés). Tout le processus créatif y est, de A à Z, paroles parfois à sens caché donné par Nash himself. Par exemple, "To the last whale", titre qui clôt le sublime "Wind on the water", collaboration Crosby/Nash dispose de premières paroles qui évoquaient en fait non pas les baleines comme la suite du morceau le fait, mais David Crosby himself, constamment sous le feu des projecteurs et des critiques acerbes ("over the years, you've been hunted..."), avant que Nash ne donne à cette chanson un virage plus écologique. D'ailleurs l'une des nombreuses qualités de cette passionnante biographie est que Nash parfois ne mâche pas ses mots sur ses compagnons (la lente descente aux enfers de Crosby vers la fin des 70's est plus qu'explicite ici et digne d'un thriller paranoïaque qu'on ne peut que s'étonner à nouveau en refermant le livre que "Croz" soit justement encore vivant) vu que les dissensions internes, colères et prises de bec (liées pas mal à la drogue et à la lutte d'égo) sont ici légions. Lui-même n'est d'ailleurs pas toujours blanc. Mais c'est également réjouissant en un sens (Neil Young aussi s'en prend dans la gueule et l'écornage du mythe du supposé "gentil" canadien bat joyeusement de l'aile. Quand à Stephen Stills, ses colères sont assez mémorables).

 

 

"Lorsqu'il termina la chanson, je secouai la tête. C'était absolument géniallissme. Je n'avais rien entendu de tel. Une "suite", en effet. Mis bout à bout, les fragments atteignaient sept minutes et demie et formaient une incroyable intensité. Les paroles étaient magnifiques, les mélodies inoubliables, avec d'innombrables couches de textures rythmiques. C'était superbe, simplement superbe. Je savais qu'on pourrait la chanter tous ensemble et que ce serait renversant. Tout était là -- la chanson d'ouverture de notre premier album -- et, à partir de cet instant, je sus qu'on était en train d'enregistrer un grand disque. Vous le pourriez, vous, arrêter votre platine après avoir entendu "Suite : Judy Blue Eyes" ? Ça m'étonnerait !

Il nous fallut environ onze heures pour caler ce morceau et le mettre sur bande; avec toutes ces parties différentes, c'était assez difficile à chanter jusqu'au bout. La longueur représentait déjà un défi en soi. Mais, en réécoutant l'enregistrement, je sus qu'on y était parvenus, surtout à la fin, lorsque tout explose en une libération anarchique. La séquence improvisée de braillements, de cris d'oiseaux et d'espagnol approximatif apporta la dernière touche à un chef-d'oeuvre audacieux.

Pendant qu'on se repassait l'enregistrement, Stephen resta de marbre. A la fin, il déclara : "Je ne suis pas sûr qu'on ait réussi.

_ Tu rigoles ou quoi ? m'écriai-je en bondissant presque de mon siège. C'est fantastique, la prise est géniale.

_ Je n'en suis pas si sûr, insista-t-il. J'aimerais la refaire."

Perfectionniste de merde.

On refit donc "Suite" dans sa totalité. Méticuleusement. Minutieusement. Infatigablement. Interminablement... pendant dix heures de plus. Ensuite, en réécoutant le tout, Stephen déclara : "Nan, la première prise était la meilleure."

Perfectionniste de merde.

Presque tous les morceaux qu'on enregistra se firent facilement, ces sessions étaient un vrai bonheur. Pour commencer, on était défoncé comme il fallait; on fumait un joint et on se sniffait un petit rail avant chaque session -- un rituel CSN (...)."

(A propos de "Suite : Judy Blue Eyes" - extraits pages 161 et 164)

 

 

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Mon livre dédicacé (à l'intérieur) et aussi mon cd de Wind on the water signé. La classe.

 

 

Bref, un livre plus que recommandé aux passionnés de zik, et surtout à ceux qui aiment la bande à Graham Nash.

 

 

(*) Le vrai nom de Joni Mitchell est Roberta Joan Anderson. Elle prit le nom de Mitchell après un très bref mariage avec Chuck Mitchell en 1965.