les_ennemis_de_la_vie_ordinaire

 

 

L'un boit, l'autre sniffe, le troisième fornique à corps perdu. Les autres ne sont pas en reste. Tous sont addicts et se trouvent embarqués dans une thérapie de groupe d'un nouveau genre. Ils y trouveront ce qui n'était pas prévu : la polyaddiction. Ça secoue. Mais pas seulement : car ces ennemis de la vie ordinaire vont aussi découvrir dans le groupe l'entraide, l'amitié, et l'amour, le bel amour... (...) Abstinents, s'abstenir.

 

 

Après ma précédente lecture, Les ennemis de la vie ordinaire fut une fantastique bouffée d'air frais. Immorale, drôle, douce, amère et surtout jouissive : parce que l'auteure (j'avais lu qu'on pouvait mettre autrice. Je préfère auteure avec un petit "e" à la fin. C'est plus joli non ?) s'amuse clairement (à tel point qu'elle joue avec le degré méta du roman dans un mode d'appel au lecteur qui est plutôt l'apanage de nombreux films contemporains) et nous le donne à ressentir. Ensuite elle tisse sa toile et fait monter la sauce lentement comme dans une chouette intrigue policière qui a le bon goût d'aller jusqu'au bout de son intrigue. Enfin dans ce conte, elle les aime clairement ses personnages, tous autant qu'ils sont et ça c'est ce qu'il y a de plus beau dans un roman généralement : ce don de l'écrit, ce sacrifice de soi pour faire exister des créatures de papier, des êtres sortis de notre imagination, nous les y attacher de sorte qu'on ne les juge jamais (et Marienské non plus d'ailleurs), quitte à écarter ce qu'on pouvait penser le personnage principal, leur guide contre les addictions, Clarisse, la psychothérapeute qui croyait pouvoir les guérir, bien naïvement. C'est ce qu'on appelle un dommage collatéral mais pardon mes bons amis, je spoile un peu.

 

Mais ici devant le plaisir pris à cette lecture que j'ai dévoré à vitesse grand V, difficile de ne pas déflorer un peu de l'histoire (il faut vous donner envie, I'm here for that). Ce sera sex and drugs and rock'n' roll avec un style très crû qui ne s'embarrasse pas à verser quand il faut ce qu'il faut avec les personnages (cf, les parties de fesses de Damien dont aucun détail ne nous est épargné, on vire joyeusement dans le registre porno et croyez-moi ça fait du bien cette audace mêlée à un humour et une tendresse qui ne faillit jamais). D'ailleurs comptons les troupes, qu'avons nous là ? Jean-Charles, un curé sniffeur de rails de coke et ressemblant étrangement au pape François. Pablo, accro au sport et éternel briseur de membres (les siens), notoirement banquier. Mariette, jeunette à peine pubère qui se met toutes les substances dans le bras. Gunther, accro au poker, flambeur de casino, de n'importe quel jeu (même en ligne). Damien, accro du cul et du déguisement qui saupoudrera le tout quand il ne tente pas d'assurer les cours à la Sorbonne (mais difficile de se concentrer quand le magnétoscope qui vous sert de cerveau rembobine toujours sur les mêmes scènes de jambes en l'air). Mylène, acheteuse compulsive, un peu trop même. Et Elisabeth, qui s'est quasiment noyée dans la bouteille.

 

Voyez-vous chers decteurs (contraction Nio de docteurs+lecteurs), la fine équipe qu'on à là. Pris séparément, nos addicts sont déjà de la dynamite à eux seuls. Pris ensemble, un groupe va se former, voire s'entraîder, créer une bande à part, une team et ça va péter. Quitte à aller jusqu'au bout et Héléna Marienské n'a pas peur d'y aller. C'est fou, c'est couillu, il y a même de sacrés scènes d'anthologie et je me mords les doigts de ne pas pouvoir vous en dire plus. Sachez donc, tout en gardant un semblant de suspens, qu'ils vont tous à leur manière prendre une revenche sur la vie. Comment ? Vont-ils guérir ? Que va-t-il se passer ensuite ? Mais où-est-donc-or-ni-car ? Chut, chut.

 

Je vous laisse aux bons soins des ennemis de la vie ordinaire, un traitement forcément peu orthodoxe, mais tellement bon.

Merde, serais-je devenu addict moi aussi ? J'en ai peur. Bravo Marienské, j'ai grave envie maintenant de me pencher sur d'autres de vos livres. Allez, tope-là.

 

 

 

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"Il n'a pas le temps de revêtir sa soutane que la porte de la sacristie s'ouvre d'un coup, tellement sec que ladite porte vient battre à la volée contre le mur de la pièce. Six hommes en civil envahissent les lieux, gueulards et surplombants. Blaise se replie sur le lit, queue basse et couinements d'effroi, Jean-Charles ouvre la fenêtre pour s'extraire subrepticement de la pièce. Deux musclés immobilisent le curé, un troisième ferme la fenêtre, un quatrième, la porte.

_ On s'assied, petit pape, suggère un moustachu renfrogné en désignant le lit de sa matraque. On s'assied, et on répond aux questions.

_ Si vous voulez, mon fils.

_ Plus vite que ça, confesse-toi.

_ Que puis-je pour vous, mon enfant ?

_ On arrête les mon fils ou les mon enfant, l'abbé.

_ Bien. Vous êtes ?

_ Inspecteur Cransac.

_ Puis-je revêtir ma soutane ?

_ Oui. Cachez ce sexe que je ne saurez voir.

L'inspecteur a des Lettres. L'inspecteur a de l'humour. L'inspecteur a peu de patience :

_ On se presse, siouplaît.

_ C'est à quel sujet ?

_ Tu te fous de moi, l'abbé.

_ Aucunement.

_ Au sujet de beaucoup de sujets. Usage de stupéfiants, dégradation d'objets du culte, détournements de fonds. De gros fonds.

_ Vous exagérez, monsieur Cransac.

_ Inspecteur.

_ Vous exagérez beaucoup, monsieur l'inspecteur.

_ Vous niez ?

_ Tout. Je nie tout. Je peux tout vous expliquer. Je n'ai jamais agi que pour le bien de notre Seigneur Tout-Puissant.

_ Au poste."

(p.196)