"Ils vont venir te chercher Potzina..."

La nuit des blogueurs morts-vivants de Georges Robert Romerot.

 

 

Impossible d'échapper au thème du nouveau Ciné-club de Potzina, qui me tendait les bras ouverts. Mais voilà, à ce stade, trop de choix peut tuer le choix. J'avais opté au départ pour un post garanti rempli de John Carpenter (je m'en étais d'ailleurs revu pas mal depuis le début de l'année) avant d'obliquer sur des films qui n'avaient rien à voir. Pour finalement en dernier recours me réorienter sur les films de Zombies de George A.Romero.

Ce revisionnage me permet d'ailleurs d'une certaine manière de faire une mise à jour vis à vis de mes précédentes chroniques zombifiques, étant donné que j'ai déjà à une époque chroniqué presque tous les films de la première saga de zombies de Romero (on passera sur les derniers par contre, diarrée euh diary of the dead qui se révèlent assez consternants). Mais du temps a passé, j'ai vieilli (bon sang, ces chroniques de zombies ont presque 10 ans !), mes goûts s'ils n'ont pas changé totalement, se sont un peu plus affinés. Et puis ça me permet également de poser la question de savoir si ces films sont encore justement d'actualité en ces temps de found-footage horrifique et de jeunes filles constamment possédées par le Malin (qui ferait mieux d'investir d'autres types de sujets et films s'il l'était vraiment, malin).

 

 

========

 

zombie1

 

 

La nuit des morts-vivants (1968).

 

"C'est un genre (note de Nio : le fantastique) que j'ai toujours aimé. Gamin déjà, je dévorais les E.C Comics, toutes ces bandes dessinées macabres. A la même époque, j'ai découvert les productions Val Lewton, de La féline à Vaudou, grâce à leur ressortie en salles. Les productions universal aussi, avec tous les monstres classiques, Frankenstein, Dracula, La Momie et les autres. Ces films, je les ai vus dans un vieux cinéma en compagnie d'une bande de copains. Avec dans un autre registre, Les contes d'Hoffmann de Michael Powell, c'est probablement The Thing d'Howard Hawks qui m'a fait la plus grande impression. Comme on dit maintenant, il m'a littéralement scotché ! A ce point que j'ai emprunté à un oncle, une caméra 8mm dans le but de tourner quelques courts-métrages J'étais mordu pour de bon. Pour longtemps."

George Romero sur La nuit des morts-vivants, extrait du Hors-série Mad Movies lui étant consacré.

 

Evidemment, Romero n'a pas inventé le film de zombies, on s'en doute. Le genre lui était déjà prééxistant avec quelques incursions devenues cultes comme White zombie de Victor Halperin en 1932 (Potzina en parle d'ailleurs très bien ici), Revolt of the zombies du même réalisateur en 1936, et l'excellent (oui, j'aime beaucoup ce film) Vaudou de Tourneur en 1943. Même Edward D. Wood Jr s'y met avec le sympathique nanar Night of the ghouls en 1959. Bref, s'il ne fait pas spécialement peur et sert plus à instaurer une ambiance inquiétante liée au folklore haïtien du vaudou auquel il appartient; le zombie n'est quand même pas une monstruosité rare dans le paysage cinématographique. Mal-aimé face aux vampires et autres créatures de Frankenstein, certes, mais bel et bien là, en toile de fond.

 

En revanche, ce que Romero va apporter à la créature et qui va dorénavant perdurer dans ce domaine, c'est une réactualisation dépoussièrée et nettement plus agressive du mort-vivant (qui de fait, devient cannibale), cette fois, hors de tout contexte de légende, nimbé d'un mystère qui ne fait que renforcer la peur provoquée (Origine nucléaire ? Astéroïde contaminé revenu de l'espace --ce qui est l'une des pistes explicatives laissées en très petites miettes dans ce premier film-- ? Malédiction d'un grand méchant sataniste ?) face à une armée qui déferle dorénavant au ralenti sur le monde, mais inaltérable, instoppable. Dorénavant les morts pourchassent les vivants afin de purifier la surface de la Terre !

 

L'avis du Nio en 2015 : Après tout ce temps, j'ai encore du mal avec ce film où, si je vois bien la critique pertinente déjà là de la société bien bourgeoise de l'Amérique face à une menace inconnue, c'est la mise en scène mi-documentaire, mi-nouvelle vague du film et les choix musicaux toujours aussi étranges aujourd'hui qui me font toujours un peu sortir du film. Je ne conteste pas l'importance du film mais je ne ressens pas du coup qu'il s'adresse à moi. Ses saillies noir et blanc qui font des clins d'oeils aux films muets et expressionnistes en font même plutôt un objet étrange qui s'adresse aux cinéphiles tout en essayant de partir vers quelque chose de neuf pour le grand public (d'où pour moi, décrochage)... Alors qu'il aurait fallu pour cela probablement faire totalement table rase des influences (ce que le zombie 2.0 et son concept font ici). Mais après, ce n'est que mon avis évidemment.

 

Où il était question de Stephen King et de sociologie de l'Amérique dans ma chronique du film, 9 ans auparavant.

 

 

=========

 

 

zombie2

Ah la merveilleuse affiche peinte par les pieds pour René "les-bons-tuyaux" Château...

 

 

Zombie (Dawn of the dead) - 1978.

 

"Déjà tout gosse, je lisais des bandes dessinées où les gens se bouffaient entre eux ! J'ai grandi avec elles. Alors bon, les scènes de cannibalisme ne provoquent pas plus de remords que de dégoût en moi. Je crois même que je cultive une certaine sympathie vis-à-vis d'elles; elles me font rire. D'une certaine manière, mes films de zombies s'apparentent au M*A*S*H* de Robert Altman, une comédie très sanglante, hilarante, jusqu'au moment où le scénario arrive à une scène d'opération chirurgicale où le sang gicle de partout. C'est très dur à encaisser, car ces séquences ramènent le spectateur à sa propre vulnérabilité, à sa mortalité. M*A*S*H* n'est pas que pure frivolité..."

George Romero sur Zombie, extrait du Hors-série Mad Movies lui étant consacré.

 

Après 1968, le film de Romero va provoquer une secousse telle que les avatars et fausses suites s'enchaînent de réalisateurs divers. Romero ne revient au genre horrifique lui-même que 10 ans après La nuit..., à la fois parce qu'il n'avait pas les financements adéquats (Romero et son équipe avait d'ailleurs perdu les droits du film de 1968, tombé dans le domaine public d'emblée suite à une erreur de copyright. Et ce n'est pas sur les films après qu'il put gagner aussi célébrité et monnaie), mais aussi l'idée de base nécessaire à nouveau qui puisse enchâsser le film d'horreur banal dans la satire corrosive de l'Amérique chère à son réalisateur.

 

C'est la visite d'un complexe commercial énorme et neuf qui va littéralement lui fournir l'étincelle d'où tout va pouvoir exploser. Surtout quand celui qui lui fait la visite, lui vante la promo du lieu, susceptible de durer longtemps avec des gens dedans en cas de siège. Il n'en faut pas plus pour le cinéaste pour dresser un état des lieux d'une société alors gagnée par une frénésie sans fin de consommation dans des multiplexes énormes et à l'époque typiques de l'Amérique, poussant comme de petits champignons (atomiques ?). Ce genre d'endroits a évidemment fini par gagner l'Europe et la France par la suite mais si l'on se remet dans le contexte, l'idée est brillante.

 

Elle l'est d'autant plus aujourd'hui où les gens se zombifient face au virtuel que ce soit chez eux, ou à l'extérieur avec leurs téléphones portables et tablettes éternellement reliées. Romero ne fait ici que les enfermer dans un cadre bien donné, chose que l'on peut aussi avoir au XXIème siècle (imaginez une promo ou vente hyper rapide de soldes qui tournerait mal. La fin du Virgin des Champs Elysées à Paris avec ses acheteurs presques zombifiés se précipitant en masse peut en faire partie). Le cinéaste ici utilise l'endroit comme un lieu de salut qui finit par devenir un piège fatal à ceux qui l'occupent, utilisant avec brio toutes les situations que ce genre d'endroit peut livrer (ah le coup des vitres à refermer avec des clés pour attirer les zombies dans un lieu et ensuite aller tranquillement à un autre étage sans qu'ils aient eu le temps de nous rattraper).

 

L'avis du Nio en 2015 : J'adore ce film ! Enfin, sa version Argento (cf chro' en lien dessous). La musique des Goblins démonte, le constat n'a guère changé, il y a, chose surprenante après le premier film, une vraie volonté de manier satire, humour noir, film d'action et horreur. Un cocktail qui en impose au travers de plusieurs scènes anthologiques (l'ouverture avec la chaîne de télé par exemple qui fait bien ressortir la question morale sous-tendue par ces morts-vivants chez les présentateurs du plateau : arriverait-on à tirer dans la tête de celui qui était encore il y a quelques jours, notre papa, notre copine ou notre frère et n'est plus maintenant qu'une masse informe dont l'unique pulsion est de vous bouffer ? Dur non ?).

 

 

Où l'on a une chro tellement remplie qu'il n'y a franchement rien de plus à en dire. Bon, les images ne marchent plus depuis le temps.

 

 

==========

 

zombie3

Et à nouveau une affiche qui dégoûterait de voir le film. Ah il fut pas gâté le pauvre Romero, hein.

 

 

Le jour des morts-vivants (1985).

 

"Je n'ai pris conscience que tardivement de l'importance de Bub dans le film. Et c'est grâce à Howard Sherman, un acteur formidable qui a énormément apporté au rôle. Bub m'a finalement offert la possibilité de concrétiser un projet que je n'avais pu mener à terme à l'époque : ma propre version de Frankenstein. Bub, c'est la créature de Mary Shelley, à quelques détails près. Ce n'est pas uniquement par dérision que les autres protagonistes du film surnomment le Dr. Logan, "Frankenstein". D'ailleurs, pour mieux cerner la personnalité et la démarche de Bub, Howard Sherman et moi parlions souvent de Boris Karloff, l'une de nos références."

George Romero sur Le jour des morts-vivants, extrait du Hors-série Mad Movies lui étant consacré.

 

Ce troisième volet, un brin mal-aimé face aux deux précédents (il ne s'impose pas plus en classique qu'après Zombie et sa version Argento-montage-approved, il ralentit singulièrement la vitesse. Mais ce qu'il perd en action, il le gagne en théories fascinantes sur l'humain et le zombie) monte d'un palier littéral dans le gore. Cette fois, le budget un peu plus important (façon de parler) permet à Savini sur les maquillages de s'en donner à coeur joie encore plus que sur son prédécesseur.

 

Et si Romero doit revoir pas mal de ses ambitions à la baisse, il a le loisir d'imposer l'évolution de sa saga tant sur le plan chronologique (cette fois, les morts dominent presque littéralement la planète) que zombifique avec le personnage de Bub, zombie un peu plus évolué que la normale qui préfigure le leader mort de Land of the dead. Lequel calque tout à la fois son jeu de zombie en perpétuel (re)découverte du monde qui l'entoure tant sur le jeu d'un Karloff, que de la fille en bas-âge de Romero, souvent sur le plateau ! Et le cinéaste d'inverser la donne sur des personnages humains qu'on se prend à détester et des zombies qu'on commence de plus en plus prendre en pitié...

 

L'avis non vintage de Nio 2015 : Un autre volet qu'au fond on aurait tort de passer. Musique de John Harrisson (futur réalisateur de la mini-série DUNE par la suite) aux accents de John Carpenter, ambiance étrangement planantes, zombies renouvelés et plus passionnant dans leurs approche presque scientifique via le personnage du dr. Logan... Moins fort que les autres films mais pas mal au fond.

 

Et un avis d'époque en 2006 encore plus précis et technique.

 

==========

 

zombie4

 

 

Land of the dead (2005).

 

Dernier volet avant que Romero ne nous fasse n'importe quoi (les personnages de diary of the dead sont des jeunes crétins têtes à claques sur fond de found footage et vidéo, toutefois c'est logique vu l'époque actuelle !), Land of the dead opère une évolution toujours dans la continuité de la saga, rendant ses zombies encore plus "intelligents" (ce qui est relatif toutefois) dans un contexte sécuritaire que les attentats du 11 septembre 2001 ne rendent que plus compréhensible. Sans changer ses thèmes et sa description d'une Amerique toujours plus au bord du précipice, Romero dispose ici toutefois de comédiens connus au contraire des précédents films, plus riches en inconnus dont on ne pouvait du coup prédire totalement si au final ils allaient y passer ou non.

 

Cette fois, le message est clair et en mettant Dennis Hopper en grand méchant capitaliste, maître du Haut-château (au sens propre pourra-t-on dire), il enfonce le clou d'une caricature toujours plus acerbe de la politique d'un pays dorénavant rongé par la paranoïa sécuritaire. Hopper dont le jeu était alors calqué sur Donald Rumsfeld ! Tout est dit dès lors et l'on ne peut que se réjouir de plus en plus de voir les humains finir par finalement tomber dans le piège des zombies non pas par leur dangerosité mais finalement leur propre bêtise. C'est l'ironie finale de l'histoire en somme sur un canevas connu (on ferait mieux de s'entraîder au lieu de se détruire).

 

Last avis by Nio 2015 : ...Et en plus ça s'assume comme une très bonne série B fort sympathique en plus.