Ils commençaient à prendre la poussière. Qui ça ils ? Eh bien tout simplement des films que mon amie Potzina du bric à brac m'avait offert avec délectation, joie, papillons qui volent et tout le tralàlà.gneee

 

Aussi me suis-je organisé ce wouik-end dernier une triple séance "spéciale potz" avec une partie des merveilles qu'elle m'avait joyeusement donné. Nous avons donc au programme un film méconnu (enfin, pas des fans du bonhomme) de ce sacré bon vieux Tim Burton ainsi que deux films tardifs du grand Alfred Hitchcock...

 

 

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pee wee

 

 

Pee Wee, un adulte qui ressemble à un enfant, s'apprête à passer une belle journée avec l'amour de sa vie : sa bicyclette. Mais cet objet vient d'être volé par le méchant Francis. Pee Wee part à la recherche de son amour perdu et nous entraîne dans des aventures de plus en plus burlesques.

 

Je ne l'avais plus revu depuis presque 20 ans celui-là. Je me souviens d'un film qui, gosse, m'avait bien bidonné. Aujourd'hui le constat est un peu sévère et si je ne devais virer qu'une chose... Ce serait Pee-Wee curieusement. Le film est amusant ça oui, certaines situations sont des plus absurdes en plus que Burton s'amuse gentiment d'ailleurs à se payer les studios Warner dans la dernière demi-heure. Mais Pee-Wee est tout bonnement insupportable. Hyper-actif, hyper rentré dans ses mimiques avec parfois des regards de psychopathe envoyé au spectateur comme s'il se tenait derrière son siège une hache à la main "tu l'aimes mon film hein ? DIS-LE QUE TU L'AIMES OU JE TE DECAPITE TA RACE !".

 

pee weebrrr

 

 

Coucou, je vais venir chez toi manger ton chien et violer tes parents. A moins que ce ne soit l'inverse.

 

Heureusement Burton s'amuse comme un petit fou et balance des idées en tout genre où l'on reconnaît sa patte inimitable. De la cuisine typique d'un inventeur fou à la maison elle-même, on sent sa patte. La scène de la grosse Marge qui préfigure les transformations des pauvres jeunes défunts de Beetlejuice ou le couloir du cauchemar avec ces damiers caractéristiques en font également plus que partie. Et puis la musique de Danny Elfman qui se teinte d'accents proches de la partition de fête d'un 8 et demi de Nino Rota, c'est que du bonheur. Et puis bon, avec le personnage de Simone (de beaux personnages de laissés pour compte comme souvent chez Burton), c'est presqu'une déclaration d'amour à la France (aussi clichée soit-elle) que Burton semble faire. Au final une séance plaisante malgré un Pee-Wee que je ne me rappelais plus être aussi casse-couilles (ou alors je deviens un vieux con).

 

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"Dis le que c'est la grosse Marge qui t'envoie !"

 

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Londres est terrorisé par une succession de meurtres dont l'auteur demeure inconnu. Des femmes meurent étranglées par une cravate que l'assassin laisse au cou de ses victimes...

 

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La richissime Miss Rainbird engage Blanche, une jeune voyante, et son ami George, pour retrouver son neveu Edward, dont elle veut faire son héritier. Nos enquêteurs en herbe retrouvent la trace d'Edward, dont la principale activité n'est autre que le kidnapping...

 

Frenzy (1972) a été un choc. Je ne m'attendais pas dans ses films tardifs à y voir encore autant d'énergie et surtout une aussi grande noirceur. On rit peu dans Frenzy, sauf d'une manière absurdement so british chez l'inspecteur de police confronté à son pire ennemi : sa femme qui tente de cuisiner comme les grands chefs français ! Ces passages permettent de respirer au sein d'une histoire pas très gaie où jusqu'à la dernière minute, tout semble s'acharner horriblement sur le personnage principal. On est certes un cran en dessous du malaise glacial qui s'empare du spectateur sur un film au sujet similaire sur un tueur en série, L'étrangleur de Rillington place de Richard Fleisher, sorti un an plus tôt.

 

Il n'empêche qu'ici, Hitch' nous délivre un meurtre presqu'en temps réel où rien ne nous est épargné. Si l'on retrouve un montage en fragmentation comme dans Psychose (remember la scène de la douche), ici, la durée de l'acte meurtrier en lui-même et le sadisme prolongé (l'assassin a sa victime en face de lui et retarde horriblement le moment fatidique) font mal et mettent très mal à l'aise. Pour donner une idée, bien que ce soit peu comparable j'ai trouvé ça presqu'aussi insoutenable que la scène de viol d'Irreversible. Petite nature moi ? Peut-être bien, mais ça montre que le père Alfred pouvait nous bousculer jusqu'à la fin vu qu'il s'agit de son avant-dernier film.

 

D'ailleurs avec ce film, il en a encore bien sous le capôt. J'en veux pour preuve cette ouverture à l'hélicoptère au dessus de la Tamise. Ou bien les plans-séquences liés aux scènes de meurtre : l'un fixe, juste après que Blaney soit allé voir Brenda et qu'il part dans une autre ruelle au moment où l'assistante de Brenda arrive et découvre --par suggestion car la caméra est génialement et pudiquement (comme si un meurtre c'était déjà trop) restée dehors-- son corps à l'étage avant que ne retentisse un cri; l'autre qui amorce la douloureuse fin d'un autre personnage féminin, caméra mobile qui s'échappe par la rue après qu'une phrase qu'on devine déclencheuse du rituel monstrueux n'ait été prononcée. Sans oublier cette scène où en amorçant un zoom, Hitch coupe le son pour n'en faire ressortir 2 secondes plus tard qu'une phrase et faire apparaître presque comme par magie un personnage derrière celui qui avait été zoomé. Ohlàlà des trucs de mise en scène comme ça, j'en mangerais tous les jours, quel bonheur, donnez m'en encore, j'en veux encore !

 

Enfin, pincez moi si je me trompe mais n'est-ce pas la première fois que nous avons un nu féminin intégral chez le réalisateur ? Certes, c'est la doublure d'Anna Massey (Babs) mais elle fait son petit effet. La doublure nue de Massey. Quoique Massey, je dis pas non alors, j'avais oublié qu'elle était aussi complètement craquante dans un certain Voyeur de Powell. Pas étonnant que Hitch l'ait engagé par la suite, il y a comme une sorte de lien souterrain qui circule là.

 

 

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Anna Massey chez Powell.

 

 

Après l'excellent Frenzy donc, passons à Complot de famille (1976). Eh bien là aussi une bonne surprise, contrairement à tout ce que j'avais pu en lire ailleurs. Alors oui, certes, Hitch est en mode pépère à la mise en scène (enfin on va pas chipoter il assure quand même le service minimum. De là à râler parce qu'il n'y a pas de prouesses techniques comme dans Frenzy, c'est un pas que je ne passerais pas étant donné que j'ai bien pris mon pied dessus, non mais) et le sujet est bien moins profond et noir que son prédécesseur. Il faut le voir comme une satire jubilatoire où notre bon gros Alfred met en scène 2 couples d'escrocs chacun en leur genre. Des couples d'ailleurs assez attachants à leur manière, même si on ne s'approcherait finalement pas trop d'Edward. En revanche Bruce Dern et Barbara Harris sont touchants en loosers magnifiques de la vie et l'on a même de plus en plus envie qu'il ne leur arrive rien au final, vu la perversité qu'emploient Karen Black et William Devanne. Bref un petit film sympathique et assumé comme tel qui ronronne tranquillement avec un clin d'oeil final finalement devenu testamentaire par la force des choses (Hitch devait encore réaliser un film après ça mais sa santé avait décliné de plus en plus les dernières années, ce ne fut donc pas possible).

 

 

Merci Potz' pour ces chouettes films qui ont égayé mon Wouik-end ! :)