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Une vie c'est sacré. Ce n'est pas forcément ce que je me disais plus jeune, mais c'est que je me suis de plus en plus mis à penser en vieillissant à propos de mes congénères humains. Bien sûr il y a toujours eu et il y aura toujours des emmerdeurs, des gens qu'on ne peut décemment pas sacquer, il est vrai. Et il y a aussi les autres. Il y a tellement de richesse en l'humain que je me surprends à découvrir toujours de nouvelles petites choses, même les plus infimes, même dans mes mauvais jours. Mais si ces gens n'ont aucune considération pour la vie, même la leur (au détriment de celle d'autrui), alors ils ont déjà perdu. Ils ont baissé les bras.

 

Ce n'est pas une question de rhétorique (genre j'ai raison, tu as tort, ces conneries de dualités élevées bêtement dans les débats), nous n'en sommes même plus là, c'est juste une considération. Une considération basique, vis à vis de notre vie, nos vies, d'y trouver un sens (pour ceux qui ne l'ont pas forcément encore trouvé). C'est une quête secrète. Personnelle. Intime. Voire collective. Et je ne comprends pas ce besoin impérieux de vouloir nous l'écourter. Comme on dit, après tout, si nous n'avons pas choisi notre naissance, laissons-nous libres dans le choix de... Hmm, vous savez. Bla bla, ajoutez ici un peu de métaphysique pour la considération, le tout sans basculer dans la panique. La panique, je laisse ce fond de commerce aux médias et politiciens. Après tout, n'est-ce pas là leur discours depuis un sacré bon moment ? Pas de raison dès lors que ça change.

 

 

 

 

Peur ? Non. Je traverse tout ça comme un rêve éveillé, contrairement à janvier, cela ne m'atteint pas si frontalement que ça. Insidieusement peut-être plus. Inquiet ? Oui. Amer ? Oh que oui. A la bêtise d'une idéologie détournée et faussée par des gens n'ayant visiblement pas lu le coran (qui citait d'ailleurs "Et sauf en droit, ne tuez point la vie qu'Allah a rendu sacrée". Où est le droit dans le fait de massacrer des innocents ? Au nom de quelle justice dès lors ?), je voudrais opposer la présence réconfortante de l'Art, cette transcendance qui nous élève au delà de l'humain. Je me rappelle l'anecdote selon quoi peu après la chute des Twin Towers, Art Spiegelman n'a trouvé la force de continuer à vivre qu'en se renfermant dans la lecture de vieilles bandes dessinées du début du XXème siècle (expérience relatée dans le cathartique A l'ombre des tours mortes aux éditions Casterman).

 

Je me rappelle moi-même une expérience proche du syndrôme de Stendhal en contemplant une peinture de Jesus Christ blessé (à moins que ce ne soit une représentation du martyre de Saint Sébastien ? La mémoire me fait défaut, pas les impressions laissées) dans le musée d'Art d'Amiens il y a de ça bien dix ans maintenant. Ce n'était pas quelque chose d'aussi comparable, intense et extravagant que dans le film que Dario Argento consacra au sujet. Mais l'espace d'une bonne dizaine de minutes, je perdis toute notion de temps, de lieu, de pensées, comme si tout avait été aspiré par un trou lointain, au delà de l'oeuvre picturale. On connait tous plus ou moins le pouvoir de l'Art, mais ces gens, y ont-ils déjà été confrontés ? Celà j'en doute fort quand je vois les traitements infligés aussi bien à l'Histoire qu'à l'être humain. C'est une notion qui leur est étrangère, de même que celui de respect de la personne humaine, sauf quand elle ne peut que servir leur plan, d'où un "respect" de serviteur à maître, vassal-kamikaze à entité souveraine plannifiant les missions.

 

 

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Je viens de passer un week-end avec une personne formidable, rempli de musique et de films (le week-end, pas la personne, bien que cela soit possible mais je doute que le sujet survive à un tel traitement) quand toute cette merde est arrivée. Une merde totale, je ne vois pas d'autre mot pour notifier tout ça, le reste du vocabulaire les honorerait encore plus dans leurs pathétiques actions probablement. Et je crois que tout ça a permis plus de recul et le fait d'être en retrait, déconnectés, nous a permis de tenir bon. Et puis je pense qu'on avait tout bonnement pas prévu cela comme la majeure partie du pays et qu'on a en quelque sorte fait acte de résistance en décidant de continuer notre week-end sur sa lancée comme il aurait dû continuer. De même que l'humour semble la politesse du désespoir, la culture nous a semblé la forteresse de l'humain, dans ses valeurs, son intelligence et son âme.

 

Cela évidemment n'empêchait pas les oeuvres visionnées d'acquérir soudainement un écho profond face à l'actualité. Comment dès lors ne pas être interloqué par la réplique acerbe de Ripley dans Aliens à Burke : "Vous savez, Burke, je crois que vous êtes pire que ces créatures. Elles au moins, elles n'essaient pas de se tuer pour le plus gros paquet de fric." Ou bien dans Le seigneur des anneaux, la communauté de l'anneau (version longue) revu également ces jours là, Gandalf qui dit à Elrond quelque chose du genre "Il y a encore de l'espoir chez les hommes" et Elrond de répondre, amer, "Cette race a déjà commencé à s'éteindre".

Franchement j'aimerais garder de l'espoir en l'humain, oui j'aimerais. 

Mais là j'ai du mal.

 

 

Bon allez un peu de Desproges bien grinçant pour se faire du bien.