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Jakob, un jeune flic un peu timide, mène une vie terne dans sa petite ville de province du Brandebourg. Un soir, il croise la route d’un travesti charismatique ivre de vengeance qui, armé d’un katana japonais, cultive un goût prononcé pour la décapitation. Troublé, Jakob cherche alors autant à l’arrêter qu’à l’accompagner dans son odyssée meurtrière

 

Curieux et fascinant petit film décalé que nous avons là (mais après tout ce blog n'est pas finalement composé que de découvertes un brin déviantes ? Mais si, mais si). Loupé alors lors de sa sortie dans l'Héxagone, j'ai profité qu'il soit au programme de la dernière opération DVDtrafic de Cinetrafic et édité par Blaq out depuis le 17 novembre 2015 dans une très belle édition DVD qui ouvre avec le cultissime Enfant miroir de Philip Ridley (une bien chouette chronique de mon amie Potzina par ici au passage) la collection Blaq market dédiée me semble-t-il à toutes ces oeuvres dérangées du bocal qui n'en finissent plus de nous imprégner la rétine après toutes ces années, quitte hélas à se faire oublier du grand public le plus souvent.

 

Il est encore trop tôt pour savoir si Der samurai deviendra un film culte cela dit. En revanche le film a de bien belles qualités qui en font une oeuvre sur le fil du rasoir, pas toujours réussie entièrement mais assurément à voir et sa courte durée en fait un objet plus qu'appréciable après les longues fresques dont le cinéma contemporain nous a abreuvé ces dernières années, oubliant parfois que la concision pouvait être de mise pour marquer aussi durablement les esprits. Or Der samurai prend directement le parti pris de foncer dès les premières minutes pour cultiver ambiguïté et radicalité tout le long.

 

 

Ambiguïté à travers le duo complémentaire et opposé que forment Jakob et le travesti. Si le premier évoque bien sûr par son statut d'appartenance à la loi, un certain ordre (social comme moral : Jakob a une vie plus que morne. Célibataire et pas très sûr de son attirance pour les hommes et les femmes. Il est sur la frontière mais n'ose la franchir, parce qu'il a peur de l'inconnu tout comme il sait que son statut dans la société le porte garant d'une certaine --fausse-- stabilité (le policier est censé garantir la sécurité du citoyen). Et c'est aussi parce qu'il pense appartenir à un corps social prestigieux qu'il ne se résout pas à dépasser l'inconnu justement), l'homme au sabre est bel et bien là pour mettre le bordel. Quitte bien sûr à s'amuser avec le jeune Jakob qui le "poursuit". Car comme on le découvre au long de ce qui devient un jeu de massacre assez jubilatoire, le second semble vouloir attirer et séduire son chasseur, étant bien plus au courant de lui de ses propres goûts sexuels, quitte évidemment à le faire basculer dans les ténèbres.

 

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Radicalité parce que le film essaye d'aller jusqu'aux bout de ses parti-pris (même si on pourrait regretter que ça n'aille pas plus loin encore mais c'est pur chipotage). En résulte une poursuite qui épouse le gore en reprenant un peu des codes du giallo qui avait déjà génialement mis en place le code de travestissement dans le jeu qui s'opérait entre victimes et tueurs dans les années 60-70 (c'était d'ailleurs une constante délicieuse dans les films de Dario Argento). Ici les genres deviennent flous : qui est le poursuivant, le poursuivi ? Le chasseur et la proie ? Sur une photographie soignée qui fait ressortir la douceur de l'ocre et du jaune et les gerbes rouge du sang qui jaillit (non vraiment c'est un régal ces couleurs), le film pousse tout cela dans une confrontation finale qui ne peut qu'être animale et crûe.

 

 

On pourra regretter la métaphore animale trop appuyée par instants de même qu'un plan vaguement pornographique vers la fin, et dans le même instant, cela souligne bien pour moi le retour à la pulsion bestiale ainsi qu'au sacrifice ou don de soi qu'on peut trouver dans une relation d'amour-haine. On se bat avec les armes qu'on a, un sabre peut changer de main, comme un corps et quand le sabre se tient prêt et levé, ainsi peut-il en être du sexe, sabre de chair qui ne trouve de repos que dans un foureau.

 

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Quand aux motivations plus psychologiques de l'un ou l'autre des personnages, il faudra faire avec. Si Jakob est clair et opaque comme de l'eau de roche (entrave du corps social ai-je cité, on peut aussi noter qu'il garde sa vieille maman malade. Pas de quoi développer une vie sentimentale hélas à ce stade). On ne peut que deviner celles du travesti. C'est une faiblesse comme une force puisque cela nourrit d'un autre côté son charisme étrange.

 

Alors si on se laisse happer par ce qui est un conte étrange qui peut même limite s'apparenter à un manifeste gay pour la liberté de choix sexuel (le travesti liquide d'ailleurs dans une scène ceux qui se moquent autant de lui que ceux qui pourraient faire obstacle à sa "relation" avec Jakob --la jeune fille en voiture et la réplique de notre sabreur à Jakob qui voit trop tard la tête décapitée "....ça n'aurait pas marché."), par un duo d'acteurs à la fois beau et légèrement inquiétant sans oublier sa très bonne musique, on pourra être tout à fait séduit par cet ovni sanglant mais néanmoins intriguant et finalement attachant. Une bonne découverte pour ma part.

 

 

Chronique en partenariat avec Cinetrafic. Retrouvez y des listes de conseils de films :

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