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Lukas, un jeune scientifique, participe à une expérience inédite dans le domaine de la recherche neurologique : entrer en communication avec l’esprit d’une femme plongée dans le coma à la suite d’un accident de voiture.Au début, il ne perçoit que des sons et des images confuses, avant de rencontrer la femme inconnue, qu’il nomme Aurora. Contrevenant aux règles du protocole de recherche, il cache sa découverte au reste de l’équipe scientifique. A chaque nouvelle connexion, Lukas plonge davantage dans l’univers fantasmatique d’Aurora, avec laquelle il développe une relation exclusive et fusionnelle, en marge du monde réel.

 

 

 

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Voilà le genre de petit film de SF qui ne pouvait que m'intéresser ! Loupé en salle en 2013, j'ai profité de sa sortie en DVD en octobre 2015 chez Rimini pour me jeter enfin dessus. Rien que ce pitch pouvait augurer de grandes choses. Et s'il est sûr que par certains aspects, Vanishing waves séduit, il est regrettable que le film n'arrive pourtant pas à nous émouvoir plus que ça, la faute non pas à ses idées (encore que le sujet et les références évoquées dans le film en lui-même ne sont pas nouveaux, on va y venir) mais à sa réalisatrice, ses acteurs et bien sûr son scénario, volontairement trop distant de ses personnages pour nous toucher au mieux.

Et rien n'est pire qu'une histoire d'amour (sur fond de SF) où l'amour ne se ressent hélas jamais un instant. De quoi vous torpiller d'emblée le film.

 

Dans les points noirs à évoquer d'emblée donc, cette histoire d'amour qui ne nous implique peu. Pour ce qu'elle comporte de non-dits impliqués dans le scénario d'une part. Le personnage féminin d'Aurora par exemple, ne parle pas une seule fois, sauf à la toute fin, préférant le reste du film jouer sur le ressenti (étrange scène de nourriture où nos deux convives testent un peu tout à tel point que la dimension onirique et décalée en prend une résonnance presque fascinante) ou une posture de séduction pour probablement garder cet inconnu qui lui offre un sursis dans le coma face à l'ombre fatalement grandissante de la mort (le soleil noir flou qu'on devine au loin comme une tumeur grandissante). Sauf que ce n'est pas parce qu'on est dans la tête de quelqu'un qu'on va forcément tout comprendre hein ! Préférer l'abstraction et le cérébral à un récit linéaire et narratif, ok, ça passe, si on ne s'en tient qu'aux décors et qu'on ne touche pas la trame principale. Mais sinon sur tout le long, c'est dur.

 

 

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Ensuite l'acteur principal qui joue le rôle de Lukas... Ma foi c'est simple, on aurait pris une moule sur son rocher en plan fixe, on aurait obtenu un résultat similaire. Sauf que la moule jouerait mieux (et ne parlons pas du rocher, fascinant d'immobilité dans un rôle pas facile au premier abord hein). Bon je suis vache là. Mais voilà, impossible de s'attacher à cette tête à claque de Lukas. Qu'il ait des problèmes de couple et préfère s'investir avec Aurora plutôt que sa compagne, ok, soit, c'est pas nouveau (et terriblement convenu qui plus est). Qu'il soit incapable d'échanger une ou deux paroles censées avec cette dernière, voire Aurora ou toute son équipe scientifique, là c'est plus problématique. Disons le clairement, le personnage n'a pas la profondeur qu'on était en droit d'attendre dans un sujet comme ça, certes aussi vaste et riche. Bref là on est encore dans le non-dit... mais de la part d'un personnage cette fois plutôt que de l'histoire en elle-même.

 

On pourrait aussi ajouter le non-dit de la réalisatrice qui ne cherche pas à expliquer son histoire, quitte à la laisser trop abstraite. Alors oui, je veux bien qu'on n'explique pas tout au spectateur, qu'on le laisse réfléchir par lui-même, que trop d'explication en devient lourd (coucou Nolan), qu'il faut trouver un juste milieu. Mais là, on atteint des extrêmes volontairement confus ou embrouillés. Et c'est dommage parce qu'il y a des trucs intéressants dans le film qui auraient mérités d'être soulevés et peuvent faire effectivement réfléchir.

 

 

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Il est indéniable qu'il y a un vrai travail de recherche pour inscrire à la fois cette histoire dans la science-fiction adulte, tout comme un certain réaliste qui vient s'y ajouter. Cela passe par l'ambiance, la musique, les décors, voire les références cinéphiliques, même si ces dernières finissent par plomber tout le film. On aura ainsi un clin d'oeil à 2001, tant visuel (une dalle creuse noire qui isole Lukas de toute lumière ou visibilité) que métaphysique (l'odyssée qu'effectue Lukas dans le maëlstrom cérébral d'Aurora peut s'apparenter à celle qu'effectue Bowman dans le film de Kubrick quand il quitte le Discovery et traverse les étoiles. En évidemment moins impressionnant mais l'effet est le même : être coupé de tout référent humain dans un premier temps afin d'y revenir pour mieux redéfinir justement l'Humain. C'est la chambre XVIème siècle pourtant ultra moderne où le cosmonaute Bowman atterrit. C'est cette maison de bois polygonale qui fait office de cerveau en compartiments chez Aurora. Bowman mange un dernier repas avant sa transformation finale. Lukas et Aurora tentent de goûter différentes choses pour voir si leurs sens sont encore intacts...).

 

Sans oublier The cell ou L'expérience interdite pour le thème en lui-même, voire un épisode d'Au dela du réel. Quand à la fin où l'on essaye de faire perler un peu d'émotion et où, après une séquence de course-poursuite nus dans la nuit qui aurait gagnée à être rallongée de 5 à 10mn (Les derniers jours du monde : 1 - Vanishing Point : 0) pour déboucher sur une séquence de dialogue qui essaye de refaire l'émotion à la Wenders (on trouve deux grand dialogues finals en forme de confessions/aveu aussi bien dans Paris Texas que Les ailes du désir)... Sans que l'étincelle ne se produise car jamais le film n'a voulu nous affleurer de flammèches sentimentales tout le long.

 

Pourtant comme je le disais, les décors et l'esthétique sont intéressantes (sans oublier les cadrages). Cette eau nappée de brume où la première rencontre entre Aurora et Lukas se produit qui est un peu comme le liquide amniotique. Cette maison représentant le cerveau (même couleur rose) ou l'intérieur d'Aurora (son intériorité, dira-t-on plutôt. Mon amie Potzina dans sa chronique --que je vous encourage à lire au passage-- évoquait Inception de Nolan mais je trouve que cela ne correspond pas forcément dans le sens où Nolan à l'ingénieuse idée de disposer d'autant de niveaux comme de sous-couches de la conscience là où Kristina Buozyte, la réalisatrice, n'appose qu'un seul monde horizontal qui semble voué à la stagnation et où tout se déroule, quitte à reconfigurer des éléments sans chercher à nouveau à trop vouloir donner une piste --des neurones qui s'éteignent les uns après les autres ? La perte des souvenirs ? Lesquels doivent s'affirmer à nouveau une utlime fois pour disparaître ? Dommage). La chambre d'expériences avec son monolite de 2001 creux, certes mais bien sûr ses murs qui forment une pièce anéchoïque (lire ici et ) propre à absorber tout son et ainsi avoir une lecture nette des pulsations émises par Lukas quand il plonge à chaque fois dans le monde d'Aurora. On pourrait aussi penser au passage que c'est l'effet de cette chambre (et j'espère que vous avez zieuté les liens fournis sinon à quoi ça sert que Ducros il se décarcasse hein ?) qui rend le Lukas comme ça, un peu casse-couille, froid et légèrement con. On pourrait aussi expliquer naturellement l'alternance entre un Lukas chevelu dans un monde irréel et un Lukas crâne chauve par le fait que l'image que son cerveau garde de lui (image résiduelle) est celle de quelqu'un qui a toujours eu des cheveux (et donc continue de se voir comme ça), ce qui n'est plus prouvé par son corps (merci la littérature SF et les jeux vidéos).

 

Mais en fait on pourrait creuser encore longtemps, il y a de quoi faire, c'est ce qui rend pour moi le film intéressant. Il est alors juste dommage que le film ne nous subjugue jamais ou nous sidère, sinon comme sur un 2001, un Solaris (Tarkovski version) ou Stalker, on aurait réfléchi de nous même et aurait progressé à un nouveau niveau de conscience subtilement distillé par le film alors que là, non. Là il faut juste essayer de se démerder si on veut apprécier le film. Et c'est dommage parce que comme je l'ai soulevé plus haut, Vanishing Waves a du potentiel. 

Mais jamais il ne s'en donnera les moyens, préférant couper tous ponts avec son spectateur d'emblée et laissant au final un léger goût amer.

 

 

Critique réalisée en partenariat avec Cinetrafic :

http://www.cinetrafic.fr/meilleur-film-amour

http://www.cinetrafic.fr/film-a-voir