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Je l'ai repérée un matin après une longue marche dans le froid hivernal. Elle gisait là dans un vallon paisible, à peine perturbée par les autres créatures, ne demandant qu'à accueillir un nouveau visiteur. Elle avait fière allure cette gigantesque coquille repliée en spirale qui plus est. Pour un peu, on aurait dit l'ancienne demeure d'un gigantesque escargot mais la comparaison était toute autre, sa symétrie, sa forme, ses couleurs, tout rappelait effectivement l'ancienne petite créature à carapace de la Terre tout en rappelant incongrument qu'elle venait d'Ailleurs.

Du grand vide interstellaire probablement.

La face externe de la coque portait les marques d'un froid bien plus important que celui que pouvaient vivre des organismes à carbone fixés sur un monde. Les stries surtout, et les nombreuses traces de chocs, petits cratères démontrant le passage de multiples météores qu'on ne connaissait que trop bien, se voyaient de part en part, impossibles à ignorer en y voyant de plus près.

 

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Pendant un temps je suis resté pensif sur la l'énorme structure. Mon regard semblait perdu sur ces spirales qui ornaient toute la coque de l'imposant édifice. Un tracé circulaire et partant de l'extérieur pour revenir en variations lentement vers l'intérieur, comme un repli vers les origines. Ou bien partir du centre, du big band originel et se déployer en un tracé sinueux qui rappelle une voix lactée tourbillonnante. Le regard en était comme apaisé, happé dans un temps inédit car peu ressenti.

Ma rêverie fut interrompue par le bruissement de plus en plus important du feuillage, signe qu'un vent plus fort, annonciateur de la tempête se levait. Sans plus réfléchir, j'ai gravi l'échancrure qui servait d'ouverture à cet autre monde pour y trouver un abri pour la fin de la journée puis la nuit. Mais une fois dedans, je sû que l'endroit m'accueillait à bras ouvert. Une impression indéfinissable qui prenait source jusqu'au plus profond de mon être.

Dehors les feuilles voltigeaient de plus en plus pour ne former que d'imperturbables sillons sepia dans l'espace du paysage.

Alors fatalement, l'orage retentit de toute sa splendeur alors que les goutelettes atteignaient le sol.

 

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Ce qui devait n'être qu'un abri d'une nuit se mua lentement en véritable habitat.

La première soirée permit de partir explorer les tréfonds de la structure. Architecture recourbée où l'on montait pour descendre.

Pourtant, après plus d'une cinquantaine de mètres dans une semi pénombre, éclairé d'à peine une petite lampe de poche que j'emmenai toujours dans mes voyages, je ne continuai plus. Je laissait ainsi le mystère vivre du fait du peu d'informations que mes pauvres sens limités analysaient. Je sentis un léger courant d'air venant de cette même pénombre, me faisant penser que le fond n'en était probablement pas un et que dans ce cas, une sortie providentielle pourrait toujours servir. A moins que cette sortie ne débouche sur un autre ailleurs, encore plus différents que celui que mes pieds foullèrent il y a peu ? Et si ce léger souffle sur mon visage n'était que le fruit d'une hallucination liée à l'immense fatigue engendrée ces derniers jours ? S'il y avait vraiment un fond recourbé là-bas, dans la pénombre la plus totale, où le conduit finit sur la naissance de la spirale elle-même ?

En observant de plus près au faisceau de ma torche les parois m'entourant, je remarquai des indications, des signes primaires, des représentations dessinées de plusieurs types. Certaines étaient de nature humaine, d'autres non. Sans doute la signature des précédents locataires du lieu ?

 

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Je finis par revenir sur mes pas afin de me préparer un petit repas grâce au réchaud électromagnétique que m'avait laissé mon père. La lampe à plasma et sa batterie naturellement biorechargeable grâce à l'énergie collectée en journée lors de marches prolongées m'offraient lumière et chaleur naturelle. Ne restait plus dès lors qu'à délimiter la zone et se préparer prochainement à un peu de bricolage maison. Ou pas. 

Avec des feutres-peintures de différentes couleurs je traçai des courbes de repérages qui allèrent se fixer dans l'air pour développer une pâte à plusieurs niveaux. Puis je pris la bombe de mousse gonflable qui, en séchant, fournirait une matière où il n'y avait plus dès lors qu'à sculpter à sa guise pour obtenir un peu tout et n'importe quoi. Je collectais plusieurs bivalves accrochées à la paroi en rapprochant la lampe à plasma, ces derniers pouvaient tout aussi bien faire office de décorations comme monnaie d'échange avec les rares autochtones du coin. Certains, aussi plats que les os des seiches terriennes pouvaient, durci et étirés, même servir de papier naturel pour dessiner et écrire. C'est dire comme la richesse naturelle du lieu pouvait plus que me servir.

 

 

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Peut-être bien était-ce elle qui m'avait trouvé au fond ?

Probablement était-ce sa volonté la plus profonde ? D'une voix en ricochet dans la vase de mon inconscient elle aurait lancé "viens, prends moi, habite moi, viens te fondre en moi."

Depuis, j'y avais ajouté tout ce que le confort moderne pouvait y apposer. Une lucarne creusée au laser me faisait office d'oeil sur l'extérieur, sans pourtant défigurer le schéma naturel de la gigantesque coquille recourbée. PAr un petit fil, j'y faisais passer les connexions que je pouvais tisser avec mes congénères tous aussi éloignés que je pouvais l'être de mon point de départ. Mon lit était fait de cocons sécrétés par des poches biologiques, probables résidus millénaires du gigantesque être flasque et visqueux qui nichait là et que les anciens locataires n'avaient pas jugé utile de retirer non plus. Un lichen doux et résistant accueillait les pieds nus et ça non plus, je ne l'enlevais pas. Mieux, je le cultivais dorénavant en parfait jardinier d'intérieur.

 

Le seul truc était de protéger constamment mes livres d'une espèce de bave qui s'écoulait de temps en temps du plafond. 

Mais bon, on peut pas tout avoir.