Quand il y a moyen de voir des films à un festival, il ne faut pas me le dire deux fois. En attendant la prochaine cuvée de L'étrange festival, j'étais à Lyon la semaine dernière pour profiter en grande partie de la 9ème édition des Hallucinations collectives. Un petit festival de films qui, dans l'esprit, n'a rien à envier à son frangin parisien d'ailleurs. Car, Oyez, oyez, films étranges, décalés et déviants nous attendent à nouveau, pour le plus grand plaisir des cinéphiles curieux de tous sexes !

 

hallu1 ... Après un voyage de nuit en bus au péril de ma vie mon sommeil et ayant à peine rattrapé quelques heures, j'entame le jeudi 24 mars comme un ouf avec La fille qui en savait trop de Mario Bava, petit classique de 1963. Pour tous les amateurs de giallo, ce film en est le parfait ancêtre qui contient déjà en lui tous les ingrédients ne demandant ensuite qu'à éclore dans tant d'autres multiples productions. On retrouve une enquête un brin Hitchcockienne avec des meurtres en pagaille, un jeu de piste autour de ce que pourrait être l'assassin, de l'arme blanche (elles seront même utilisées à profusion chez Argento par la suite, quand on y pense), une héros ou héroïne débrouillard(e), des références en tous genres (rien que le titre ici est une référence à L'homme qui en savait trop du sieur Hitch), de l'humour (parfois très noir) et une musique qui sort de l'ordinaire, allant de la pop au rock lyrique le plus explosif en contrepoint de musiques plus ordinaires pour d'autres genres cinématographiques. Il ne manque plus que l'éternel assassin en cuir presque sadomaso (CUIR ! CUIR ! MOUSTACHE !), ganté et masqué, mais ça viendra.

 

 

 

hallu2 Je continuai la journée avec Miracle Mile, alias Appel d'urgence (Steve De Jarnatt - 1990), film paranoïaque qui commence comme une parfaite comédie romantique des années 80 avant d'obliquer après une demi-heure de film vers la course contre la montre vers la fin du monde. Depuis le temps que je voulais voir cette petite perle de série B de SF, j'ai franchement pas été déçu, croyez-moi.

 

Harry Washello, jeune joueur de trompette, rencontre la femme de sa vie dans le musée où il se rend quotidiennement : la frêle et célibataire Julie. Il lui fixe un rendez-vous et retourne chez lui pour faire un somme. Pas de chance, un pigeon ramasse une cigarette encore fumante et met le feu accidentellement au système électrique de l'immeuble. Harry se retrouve péniblement en retard et se rend au point de rendez-vous prévu : un petit snack. Le téléphone sonne dans une cabine téléphonique jouxtant le bar, Harry répond : un soldat affolé lui annonce la destruction totale de Los Angeles dans 50 minutes…

 

Sur un pitch basique, De Jarnatt (qui a mis près de 10 ans à tourner son film d'après son scénario) trace un trait direct vers le danger du nucléaire et embarque nos deux tourtereaux dans une fuite incertaine tout le long. Au début, captivés par la douce (et drôle) romance qui se dessine, on doute. C'est une journée typique des BGJDM, alias les Bonnes Grosses Journées De Merde, on entend un appel, on flaire le canular, ça nous arrive à tous. Mais là, plus le temps passe, plus on blémit, plus on se dit comme Harry, que oui, le monde est probablement en train de basculer. Alors la panique s'empare d'une poignée de personnes, puis de toute une ville (scène de l'embouteillage tendue comme un string --non, pas le mien), sur fond de musique électronique de Tangerine Dream entre constat désespéré et urgence toujours plus pressante (ah oui, fantastique bande originale mais bon, j'adore la musique de TD donc je suis peu objectif sur ce coup). L'une de mes 3,4 meilleures séances du festival.

 

 

 

hallu3 Plus proche de nous (2015), Southbound replonge avec malice dans le genre du film à sketch, ici avec une poignée de réalisateurs (Roxanne Benjamin + David Bruckner + Patrick Horvath + Radio Silence) tous concentrés chacun sur leur segment, le lien étant effectué par un personnage secondaire qui, d'abord en fond de l'histoire précédente, devient ensuite le moteur d'une autre histoire, avant de laisser sa place à un autre personnage secondaire qui amorcera l'histoire à venir, etc. Evidemment il y a donc comme chaque fois la dedans, du bon et du moins bon et chacun aura sa petite préférence pour une histoire ou une autre. Pour ma part, le segment de l'accident, sur un mode désespéré et implacable ou juste avant, l'histoire du groupe de rock de nanas paumé en plein désert m'étaient assez délectables.

 

Dans un désert américain, le long d’une route abandonnée, des voyageurs épuisés – deux hommes en fuite de leur passé, un groupe de rock au féminin en route vers son prochain concert, un homme perdu qui souhaite rentrer chez lui, un frère à la recherche d'une soeur depuis longtemps disparue et une famille en vacances – doivent affronter, au cours de cinq histoires cauchemardesques, leurs peurs les plus terribles et leurs plus sombres secrets.

 

 

 

hallu4A 21h30, le coup de grâce qui m'acheva et me plongea dans une mi-somnolence fatiguée de peu de dodo fut Le cabaret des filles perverses (alias Blue Rita lors de sa sortie en 1977), de Jess Franco. On suit un cabaret de filles qui se dénudent volontiers mais en coulisses, des hommes d'affaires ou de l'état sont capturés et encagé puis "subtilement" torturés avec une espèce de gouache verte dont on les peinturlure de loin pour qu'ils se tordent de désir et avouent tout, tout, tout : Où les oeufs de pâques de L'Elysée ont-ils été caché, qui détient le code du silo à missiles nucléaires, pourquoi les toilettes du 4è étage sont toujours bouchées, N'y avait-il vraiment pas de place sur le radeau de Rose à la fin de Titanic (ah merde je spoile, arrêtez de me barbouiller de gouache verte magique sur mes parties génitales les filles, merci)...

C'est un gros Gloubiboulga érotico-nanardesque (toute cette peinture verte gâchée, je te ferais des paysages moi, ahlàlà) où les méchants sont en fait les gentils à la fin et que les gentils sont en fait les méchants. Euh. Enfin un truc comme ça où entre deux baillements de ma part, on constate que Interpol, le FBI et les services secrets français sont invités à une big partouze trololol. Enfin bon, on reconnait à Franco un certain savoir-faire pour poser une ambiance mais c'est tout. Sinon pour s'endormir, c'est parfait.

 

 

 

hallu5 Cerise sur le milk-shake, un petit court-métrage animé image par image (avec de petites figurines) égaillera joyeusement cette journée. Signé Gerlando Infuso, il relate les tourments arrivant à la femme sous plusieurs époques dans l'univers très étendu du conte. Ainsi succombent sous l'adversité généralement du mâle macho ou de la perfide nature, Eve, l'épouse de Barbe Bleue ou une pauvre danseuses de cabaret. La fin, twist inattendu, remettra sous un autre angle savoureux d'humour la perspective du malheur qui guette la Femme depuis la nuit des temps, pointant la bêtise de l'homme directement (je n'en dis pas plus). Pas mal du tout.

 

La suite au prochain post ! :3