Suite et fin de notre parcours de cinéphile combattant dans le sud. :)

 

hallu12 La veille, j'avais pu avoir une soirée bien arrosée. Aussi, se lever pour reprendre les séances, ce samedi 26 mars n'est pas une mince affaire. Encore heureux que la séance de Men & Chicken n'est qu'à 14h. Prévu pour le 4 mai en salles, le nouveau film de Anders Thomas Jensen, réalisateur des cultes (paraît-il, j'ai rien vu) Bouchers verts et Les pommes d'Adam s'avère une délicieuse comédie noire (dans son propos si on gratte le vernis derrière le slapstick et l'absurde de circonstance, c'est effectivement pas très drôle) tournant aussi bien autour de la génétique que d'une histoire de famille.

 

Dans le premier cas, la critique est à peine voilée des expérimentations animales (mention spéciale à la cigogne à pattes d'homme et bec de lièvre). Dans le second cas, l'histoire de famille parvient à partir de l'absurde et du grivois (Mads Mikkelsen est génial en masturbateur compulsif avec sa moustache de bourru) pour finalement émouvoir, donnant un sens encore plus profond à ce qu'il pourrait n'être qu'un simple portrait de l'humain. La famille, faut décidément la supporter !



A la mort de leur père, Elias et Gabriel découvrent qu’ils ont été adoptés et que leur père biologique, Evelio Thanatos, est un généticien qui travaille dans le plus grand secret sur une île mystérieuse. Malgré leur relation houleuse, ils décident de partir ensemble à sa rencontre. Arrivés sur cette île éloignée de la civilisation, ils vont découvrir une fratrie étrange et des origines inquiétantes. 
Il devient évident que, décidément, on ne choisit pas sa famille.

 

 

 

hallu13 Oh làlà, quelle surprise ! Je n'avais plus revu Créatures célestes depuis plus de 15 ans. A l'époque, il était passé sur Canal+ et donc le paternel me l'avait enregistré sur une même cassette vidéo avec Forgotten silver, son génial "documentaire". Le second m'avait d'ailleurs bien plus ému que le premier. J'avais bien aimé C.C pourtant mais à part quelques passages (notamment les effets spéciaux en images de synthèses qui signaient la création du studio Weta en plus de livrer une carte de visite parfaite), je ne me souvenais plus guère du film, c'est donc une belle redécouverte que ce drame intimiste tiré d'une histoire vraie.

 

L'amitié irrépressible et passionnée de deux jeunes filles, que rien ne pourra altérer. Pas même leur entourage, inquiet de leur relation qui les coupe du monde..

 

Quand il tourne son film en 1994 (il ne sortira que deux ans plus tard chez nous), inspiré donc d'une véritable histoire s'étant bien déroulée en Nouvelle-Zélande en 1954, Peter Jackson surprend littéralement en changeant de registre. Souvenez-vous qu'il venait juste d'achever sa trilogie "trash" avec juste avant, le frappadingue Bad taste, le délicieusement crade The feebles, et le sanguignolant à souhait Braindead. Trois films que, selon moi, on devrait voir au moins une fois dans sa vie (pas forcément à la suite quand même), à moins d'être peu réceptif aux gerbes de sang (ce que je peux comprendre aisément, je regarde moins de films d'horreur que dans ma jeunesse) ou à l'humour très noir (The feebles c'est vraiment une expérience hein...Digne des ovnis d'Alejandro Jodorowski je dirais).

 

Et voilà donc qu'il adapte le drame Parker-Hulme (où l'une des deux jeunes filles tuera sa mère qui faisait obstacle à leur relation) en se plaçant très subtilement du point de vue des deux jeunes filles, arborant le refus de la réalité à travers de sublimes visions oniriques qui ne font que renforcer l'aspect fortement fusionnel de leur amitié... Sans que celle-ci ne bascule forcément dans une relation lesbienne. Ainsi Pauline Parker sortira avec un garçon sans qu'on sache au fond si c'est par pur bravade envers sa mère ou par simple curiosité. Jackson laisse intelligemment le spectateur faire son choix, se concentrant sur le drame qui en découlera, lequel n'apparaît toutefois que dans les 10 dernières minutes, nous faisant bien comprendre que ce n'est pas l'acte et sa réalisation qui sont le plus important mais l'a-côté, cette relation de profonde amitié à décrypter, à découvrir. Quelque chose qui tient du coup de foudre sans basculer dans l'aspect charnel. L'attirance pure, au délà des idées et du ressenti. Un peu comme le cinéphile qui s'enflamme au cinéma devant Vertigo.

 

Et si Créatures célestes, tourné donc en même temps que Forgotten silver, était l'oméga d'un diptyque secret sur le cinéma, la face cachée là où son frère en est l'Alpha, plus à découvert, plus facile d'accès. Après tout, la figure de Jean Guérin en noir et blanc incarnant un Orson Wells tour à tour diabolique et craint puis adoré par Pauline (qui avoue toutefois le trouver moche physiquement !) après une séance du troisième homme qui se répercute en ricochet dans la psychée de nos spectatrices préférées, n'est-ce pas là une déclaration d'amour au cinéma dans ce qu'elle a de plus simple (la figuration) et donc de plus direct ? N'oublions pas les films que se fait Pauline en rêvant de châteaux et de royaumes perdus loin d'une réalité toujours plus odieuse pour elle. Enfin comme cadeau de cinéma, Créatures célestes révéla les talentueuses Kate Winslet et Melanie Lynskey. Et même si la seconde n'a pas toujours eu la carrière qu'elle aurait pu avoir, gageons que Créatures céleste la révélait déjà en très grande actrice.

 

 

 

green-room-poster Green Room est l'un de mes coups de coeurs du festival. Et dire que j'ai Blue Ruin du même Jeremy Saulnier qui m'attends sur l'étagère à DVD, je vais remédier à ça très vite moi, dudieu ! Sur un pitch basique (cf en dessous), le réalisateur délivre une petite série B de survival sans prétention qui aggrippe son spectateur au siège. Le suspens, fils, le suspens.

 

Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. Alors qu’ils retournent en backstage après leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais déterminés à éliminer tout témoin gênant

 

Dès le début, c'est tendu et ça ne reculera ensuite devant rien. Mise en scène carrée à la Carpenter (on pense d'ailleurs à Assault dans le genre siège), sombre, et avec un casting en grande classe. Il faut voir Patrick Stewart, bien glaçant en chef des néonazis. Et une nouvelle fois, après Knight of cups, je n'ai pas reconnu Imogen Poots, actrice qui jusqu'ici me fait constamment craquer. On ajoute que ça va droit au but, que c'est concis au possible (1h30) et que ça fait du bien. Il sort le 27 avril en salles, ne le loupez pas (même si vous bavez comme moi sur Captain America : Civil war).

 

 

 

hallu14 Lettres d'un homme mort est une sacrée curiosité pour le coup. Issu de la carte blanche de Lucille Hadzihalilovic, voilà un film qui nous vient d'un passé où l'URSS comme on l'appelait, pouvait nous délivrer d'oeuvres incroyablement stylisées et souvent dotées d'un fond métaphysique qui rebuterait aujourd'hui pas mal de spectateurs peu en phase avec un cinéma plus contemplatif et lent. Surtout que c'est pas la joie comme vous allez vous en rendre compte au vu du synopsis.

 

Quelques personnages dont un ancien prix Nobel de sciences se retrouvent dans un sous-sol delabré. Ils lisent en pedalant pour activer une dynamo qui leur donne de la lumiere et tentent de réfléchir à leur vie sans qu'aucune solution concrète ne leur vienne. Il s'agit du personnel d'un musée, bloqué a la suite d'une explosion atomique. Le prix Nobel ecrit a son fils Eric qu'il a cherche en vain dans la ville devastee sans savoir si ce dernier est encore vivant ou pas.

 

Ambiance, donc.

Le film date de 1986 et anticipe probablement d'une certaine manière (tourné avant, sorti peu après), l'explosion du réacteur de la centrale nucléaire de Prypiat (la catastrophe eut lieu le 26 avril 1986). Surtout, il est signé de Constantin Lopouchanski qui le réalise et le co-écrit avec Vyacheslav Rybakov et l'un des frères Strougatski. Les frères Strougatski qui avaient vu leur Pique-nique au bord du chemin adapté par Andréï Tarkovski en 1979 avec le film Stalker. Stalker où Lopouchanski était assistant de production. Tout est donc lié d'une certaine manière même si le réalisateur n'a pas d'aussi hautes considérations sur la vie et l'art. Tout au plus en ressort-il une imagerie sepia liée à des décors en dégradations où l'homme stagne comme il peut pour survivre, dont on peut toutefois remarquer l'influence évidente (c'est même étonnemment flagrant sur la scène de la bibliothèque immergée qui sortirait presque d'un passage flottant à la stalker).

 

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On se demande constamment ils ont pu tourner tout ça. Un certain hypnotisme naît de cette vision et de cette pensée typiquement russe où l'on s'interroge entre deux pédalages et où une ampule qui s'éteint ne signifie pas moins que la fin. C'est évidemment un peu plombant et ça a toutes les chances de gâcher votre journée face à une oeuvre ouverte où le peu d'espoir entretenu reste finalement ambigü à chaque fois. Mais les images sont bluffantes, constamment sépia, avec quelques passages bleutés ou bien en couleurs réelles (par exemple le moment précis de la catastrophe, comme si les couleurs avaient désertées le monde en même temps que l'espérance) avec un souci du détail qui vous achèvera certainement (même les chiens ont des masques à gaz..). Les petits bonheurs deviennent donc rares et il faut les cultiver à la lumière (déclinante) d'un monde déjà en décomposition (très belle scène "du sapin" de Noël) semble nous dire le film en avertissement à notre propre future fin. Vu comme ça, je le comprends tout à fait. Un étrange et remarquable ofni.