Holà !

Qué tal, amigos ?

 

Désolé si j'ai peu été là ces derniers temps, telle une puce sur un chien on peut dire que j'ai sacrément la bougeotte. D'ailleurs je n'étais même pas sagement devant mon ordinateur la semaine dernière. Je n'étais à vrai dire même pas en France... mais à Barcelone. Ah Barcelone, quelle ville ! Et quasiment toute la semaine, la température avoisinait les 20 à 22°, avec un ciel bleu et pas mal de soleil (sauf un jour où il a plu des trombes pas possible. On peut pas tout avoir non plus). Autant vous dire que le retour en France, à Paris, dans un climat en dessous de 10° et avec des pluies quasi-incessantes avait de quoi casser le moral après plusieurs jours de rêve. Hiver, ô mon bel hiver, QUAND FOUTRAS TU DONC LE CAMP ? (*)

De Barcelone, que connaissais-je avant ma visite ? Gaudi ? On va dire que c'est un bon début tellement la ville capitalise parfois à fond sur ce trésor de patrimoine (qui était bien moins reconnu de son vivant, pour ne pas dire hué parfois sur ses créations). J'avais vu au ciné, Vicky Christina Barcelona mais le film m'avait laissé un souvenir pâteux (au contraire de la bande originale que j'achetais dans la foulée de mon visionnage !). Par contre je me souvenais encore bien d'un Profession Reporter qui entra directement dans mes films cultes. Dans toute une partie du film, Jack Nicholson se promène dans Barcelone, visite une maison de Gaudi, y fera la rencontre de Maria Schneider (qu'est-ce que j'ai pu l'aimer celle-là plus jeune), discutera avec cette dernière et ferons un bout de chemin ensemble. Je mets une capture du film où les deux sont sur le toit de la Casa Mila, alias La pedrera, reconnaissable à ses cheminées bariolées qui semblent émerger comme des tours hors du sol.

 

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Ce toit j'y étais ! Ces mosaïques fragmentées parfois pleines de couleurs signées Jujol, l'assitant de Gaudi, je les ai vues, touchées, frôlées. J'ai repensé un moment à Sol Bianca, mini série d'animation japonaise qui mixe remarquablement toutes les constantes de l'Art Nouveau (Gaudi pour l'Espagne, Guimard et Mucha pour la France, Horta pour la Belgique...) en toile de fond de son histoire SF (où justement cet Art Nouveau symbolise un certain âge d'or perdu de la pureté --L'expension spatiale de La Terre vers l'Espace en somme. L'Histoire nous apprends que si l'Art Nouveau n'a pas toujours disparu radicalement, il s'est le plus souvent fondu dans l'art Déco, plus carré, malléable et adapté à l'habitat là où auparavant il se démarquait en mettant en valeurs des formes courbes issues de la nature et non d'un idéal humain. Là où l'Art Deco ramène la préoccupation humaine et matérielle au centre du débat justement).

 

Mais ici je n'étais pas en pleine Science-fiction (au terme de monde imaginaire qui soit hein), j'y étais vraiment. Paradoxalement, la vision était parfois trop forte et puissante en comparaison de ce que j'avais pu rêver ou imaginé par le passé que j'ai souvent plus brandi l'appareil photo comme une interface entre le décor et moi, au lieu de le vivre pleinement comme j'aurais pu le faire de mes doigts frôlant ces murs comme ils carresseraient le corps d'une femme aimée. Mais je n'ai pas de regret parce qu'en comparaison avec la majorité de touristes présents (et qui m'ont plusieurs fois gâché une bonne photo d'ailleurs en se positionnant n'importe où n'importe quand), je n'avais pas de perches à selfies, je n'avais pas à mettre mon égo constamment sur chacune des oeuvres, au risque de faire passer le souvenir et sa représentation derrière la représentation de soi à un moment donné dans un lieu donné (et donc exit justement ce qui aurait pu résulter du souvenir). J'ai même pu faire des croquis quand je prenais le temps de savourer l'air... et me taper un coup de soleil pour être juste resté 30 mn au park Guëll à croquer des vieilles pierres en contrejour. Bordel, c'est quoi ce foutu temps ?

 

 

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La casa Batlló, alias "la maison des dents".

 

Peut-être que je suis un vieux con réac' mais j'avoue ne pas comprendre pourquoi aller dans un lieu touristique et ne pas du tout en profiter. Et juste faire des photos de soi pour épater les copains ou la famille. Mais bon, je me laisse déborder, vous avez raison, ce n'est pas le sujet. Cela dit si j'en parle c'est parce que je n'avais jamais vu autant de perches à selfies à ce jour sur une place qui fleure bon l'Histoire. Bon, bon, j'arrête de vous embêter avec mes considérations morales et esthétiques, j'étais venu vous parler un peu de mes vacances (ah merde, on me fera reconnaître qu'avec ce post c'est moi qui me met en avant... Sans doute que je fais du "selfie textuel", putaaaaaaaaaaaaaaaaain. *pendez-moi, snirf*).

 

Aller à la Casa Batlló (et ce à peine quelques heures après mon arrivée à Barcelone. Si, si en mode warrior, histoire d'avoir déjà les pieds et les chaussures qui fument dès le premier jour), c'était comme réaliser un vieux rêve. La maison est aussi surprenante vue de l'extérieur que de l'intérieur. De dehors, comme on le voit sur une des photos juste avant, ses ouvertures s'entrouvrent comme autant de bouches démesurées, les balcons forment comme des masques vénitiens ou des orbites privés de crâne. Quand au toit, les tuiles évoquent la peau d'un quelconque reptile. Et je ne vous parle pas de l'intérieur, tout aussi organique, on y resterait des heures (mais j'y reviendrais un jour, tout comme pour Venise).

 

C'est que Gaudi crée ici la maison parfaite de contes de fées.

Hansel et Gretel et leur maison de sucrerie géante ? Pfff, c'est trop dépassé, fieu. La maison à papattes de Baba Yaga ? So cliché, darling.

Quand il en commence la construction en 1904, l'architecte catalan savait-il qu'il créait là, une maison aussi vivante que peut l'être un être humain ? Aussi moderniste et impressionnante que peut l'être la perfection naturelle du végétal et du minéral quand ils sont crées ? Ce qui est sûr c'est que l'oeuvre peut perturber dès le départ. Voire sérieusement inquiéter (et pas que sur son créateur d'ailleurs). Et qu'on peut mettre du temps à l'aimer. Elle a ceci de fascinant de ne pas vouloir tout de suite plaire au regard. Ce n'est pas comme les maison de Horta qui, avec leurs courbes s'inscrivent dans une beauté naturelle et artistique liée au mouvement et à l'axe lié aux formes que nous offre la nature. Chez Gaudi, c'est l'animalité qui va primer ici (j'ai évoqué des bouches, des orbites, de la peau et des écailles) pour former quelque chose de Cronenbergien. De l'architecture Cronenbergienne !

On va chercher ça loin, très loin. Mes tapas n'étaient pourtant pas parfumés au cannabis.

 

 

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Casa Mila, alias La pedrera.

 

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La statue de Christophe Colomb au crépuscule.

 

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La Sagrada Familia, éternellement en travaux/construction. -_-

 

 

Après ça, la Pedrera (Casa Mila) peut toute de suite sembler plus "normale". Basique, dirons-nous. Ce qu'elle a d'organique, elle le destine à sa façade, et à ses toits à nouveau, d'où émergent de multiples cheminées, bien plus que pour la Casa Batlló. Si Gaudi était un médecin fasciné par le corps humain, on pourrait donc remarquer chez lui une récurrence à s'occuper du dos, voire des fesses. Normal chez un homme, me direz-vous, tous obsédés qu'ils sont (incluons gaiement hétéros et homos dans le même panier, hopla pas de chichis). Sauf qu'à cette époque, l'architecte se tourne de plus en plus vers l'épure et l'austérité, préoccupé par la foi. La pedrera d'ailleurs, suite à une brouille avec les propriétaires du lieu, sera sa dernière création pour le domaine publique. Après ça, il va consacrer le restant de sa vie à La Sagrada Familia, son grand oeuvre, inachevée quand il disparaît et pas vraiment finie encore à l'heure actuelle. Le gigantesque immeuble d'appartement va-t-il donc réfléter les considérations de plus en plus spirituelles d'Antonio ?

 

Au regard de la Casa Batlló, on pourrait le penser. En fait tout ici est plutôt apaisé. Et ce qu'elle garde en structures plus sages se ressent à d'autres niveaux, plus intériorisés. L'extérieur, même en volutes est ainsi moins exubérant que pour la Casa Batlló mais la cour intérieure et ses motifs muraux ne trompent pas sur le créateur. De même, le toit en terrasse fait partie de cet extérieur qui est comme une seconde peau là où l'intérieur délivre des appartements pour la bourgeoisie dignes du début du XXème siècle (on se croirait parfois dans un tableau ou une aquarelle de Carl Larsson) où la lumière éclaire magistralement le tout. Outre les cheminées, l'autre innovation fabuleuse est "l'espai Gaudi", espace faisant office de grenier sous le toit et supporté par une voûte de près de 270 arcs... qui peuvent faire penser à la cage thoracique d'un immense animal marin de type cétacé... où la brique plate remplace les os.

 

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Que dire encore ? Je suis allé au Parc Guëll, passage obligé pour tout Gaudiphile qui se respecte. Malheureusement la partie du parc dont l'architecte s'est occupé est dorénavant payante avec des billets le plus souvent disponibles que sur le net la veille. Si nous avions pris nos dispositions pour la Sagrada Familia à l'avance, là nous étions pris au dépourvu. La Sagrada Familia fut une visite déconcertante et comme souvent incroyable. Je garde encore une foule pas possible de clichés en réserve et ceux de la Sagrada en font partie. Croyez moi j'en ai pour plusieurs jours à tout trier et il ne serait pas étonnant que je garde des clichés sous le coude pour, qui sait, un voyage perso en photos sur ce blog ?

 

Puis le retour, un brin pénible, déprimant. Retrouver les habitudes terriennes, loin du paradis, loin de l'internet. Et tout ce qui s'y rapporte... De ces voyages on aimerait presque vivre dans le pays, se forger une nouvelle identité (en espérant ne pas subir ce qui arrive à Locke/Robertson dans Profession reporter). Moi ce soleil, les gens, Gaudi... Franchement ça ne me gênerait pas. La chaleur pendant l'été par contre j'y arriverais pas. Mais ça, c'est une autre histoire.

 

Et vous, êtes-vous déjà allés à Barcelone ? Aveez-vous été ébloui également ?

 

 

 

 

 

(*) Au moment où j'écris là, il tombe de la grêle. o_O