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Nico fut tout à la fois amante, égérie des plus grands : Bob Dylan, Brian Jones, Lou Reed, Jim Morrison et interprète de classiques incontestés du rock avec le Velvet Underground, « Femme Fatale », « All Tomorrow’s Parties » ou « I’ll Be Your Mirror ». Elle est aussi l’auteur d’albums incomparables dans lesquels elle a contribué à repousser, entre folk et avant-garde, les limites du rock et s’est révélée une poétesse inspirée, mêlant un lyrisme hérité du romantisme anglais et des expérimentations linguistiques à la Joyce. Née en 1938, enfant de la guerre et des ruines, Nico ne pouvait se contenter d’être un joli visage, une simple apparence. Pour Fellini d’abord, elle incarne la princesse des nuits décadentes de La dolce vita, avant de devenir “Pop Girl of ‘66?“, superstar warholienne et chanteuse du Velvet Underground. Modèle des films expérimentaux de Philippe Garrel, Nico, qui chantait dans les cathédrales gothiques comme dans les clubs les plus sordides, cette solitaire héroïne de tragédie, fascinée par la chute et l’autodestruction, dont la devise était Créer pour exister est décédée en 1988 à Ibiza.

 

L'histoire de Nico serait digne d'un film s'il était seulement au niveau de l'aura du personnage. Nico joua dans des films pourtant. Mais non pas basés sur elle-même mais à chaque fois un personnage... proche d'elle et auquel elle apporte une substance personnelle. C'est La dolce vita de Fellini où de second rôle, elle semble se fondre comme une pièce essentielle du décor en parlant sans fin plusieurs langues différentes devant un Marcello un peu sidéré et halluciné. C'est bien sûr les films de Garrel dans sa période la plus expérimentale, films encore peu disponibles voire pas du tout (Le berceau de cristal). C'est aussi le modèle glacé chez Warhol et les films de la Factory tout comme l'égérie du Velvet sur leur premier disque. C'est enfin une musique qui ne fait que réfléter une personnalité sombre, mélancolique et en marge du monde.

 

 

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"L'exil n'est pas moins temporel que spatial. Elle joue avec l'idée de redevenir blonde, mais se trouve "trop vieille, maintenant". Elle a beau dire qu'elle n'a "pas le temps de devenir un cliché", où qu'elle aille, on lui demande de réinterpréter les classiques du Velvet Underground, d'évoquer les ombres de Lou Reed, de Warhol, de Jim Morrison. A Berlin, où elle habite chez les parents de Lutz, David Bowie est en train d'enregistrer Low et "Heroes". Depuis des années, Nico écoute en boucle "Cygnet Committee". Dans l'espoir qu'il produise son prochain album, elle glisse un message sous la porte de l'appartement de Schöneberg qu'il partage avec Iggy Pop : "Je veux te voir." Le Thin White Duke lui fait répondre : "Je ne veux pas te voir." (p. 180)

 

De son vrai nom, Christa Päffgen, Nico aura un peu tout vécu. Les privations de la seconde guerre mondiale dans un Berlin en ruines. Le fait qu'elle fut violée à l'adolescence par un soldat américain noir et que celà aurait suffit à jamais à la rendre raciste (on n'a jamais retrouvé de preuve directe pouvant identifier le soldat en question par contre !). Les années d'errance et la difficulté de vivre de son art musical. Avoir un fils qu'on lui retire parce que son père, Alain Delon, ne daigne pas le reconnaître. Se shooter constamment à l'héroïne et faire en sorte que les lieux où s'en procurer deviennent les lieux de passages des concerts (ambiance). Serge Féray montre tout ça, les hauts, les bas et bien sûr un personnage qui n'était ni blanc, ni noir.

 

 

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"Original et simple. Il n'est pas question pour Nico de rivaliser avec les virtuoses du rock des années soixante. Elle se choisit un instrument encore vierge de tout karma rock, qu'elle va pouvoir s'approprier, marquer de son empreinte. En outre, l'harmonium, ceux qui ont vu Allemagne année zéro le savent bien, c'est le son, la musique même des ruines de Berlin (Ombra mai fu)." (p. 77)

 

Surtout, l'ouvrage s'avère essentiel pour qui s'intéresse à la chanteuse car il décortique avec précision ses textes, les sonorités, la façon de les chanter, les titres, les albums, la musique en somme, entièrement. Il montre aussi les liens complexes qui existaient entre Nico et ceux qui l'inspirent, ces proches comme ceux, plus éloignés. Une continuelle histoire d'amour-haine, de rapprochements et d'éloignements. On apprend par exemple que malgré son admiration pour Cale par exemple, avoir un album avec Brian Eno ne l'aurait pas gêné (ce dernier étant présent sur son album "The end" de 1974 toutefois). Elle voudrait composer un album avec Christian Vander, leader du groupe Magma, mais les deux se brouillent très vite. Admirant David Bowie elle cherche à le rencontrer plusieurs fois, ça sera non. Car Nico fascine autant qu'elle fait peur. Son univers glacé est de ceux dont on peut se perdre facilement. Nico, la femme qui méprisait sa propre beauté et semblait vouloir se détester du monde entier.

 

 

 

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Enfin bien sûr, et c'est également là le but d'un tel livre, donner envie d'écouter, de se réécouter, de redécouvrir l'oeuvre musicale de Nico. Probablement brève et chaotique sur deux décennies comparée à de nombreux autres artistes, mais intense, forte, noire comme la bile bien souvent. Une oeuvre que j'ai redécouvert en même temps que la lecture et que je vous propose également de ressentir depuis le post précédent et probablement encore d'autres à venir bientôt.