Déjà la rentrée. 2016 file à une vitesse, c'est fou.

Et non, je n'ai pas disparu, accaparé par la sortie de Pokemon GO (tandis que Potzina, là c'est moins sûr. Reviens Potzi, tu nous manques. :-) ).

 

Je remercie mon ordinateur qui, en me lâchant en juillet (avec une régularité d'horloger suisse inquiétante : il m'avait déjà laissé, un peu mort, en juillet 2014 ! La chaleur, ce serial killer de ptits vieux avait-elle pris pour cible mon outil de travail préféré ?) m'a aussi pas mal privé de net et donc de mon blog. D'où ce retour aux affaires un brin en retard.

 

Et bon bref, je m'aperçois avec le recul qu'en 2015, j'avais complètement zappé la rubrique "Pêches musicales" qui avait d'ailleurs été raccourcis de deoubles mois en trimestres puis semestres jusqu'à disparaître donc en 2015. Reviendra-t-elle ? Rien n'est sûr. Mais je propose néanmoins une petite alternative avec ce semi bilan musical qui revient en partie sur mes écoutes personnelles de 2016. De fortes chances que des albums évoqués ici dégagent complètement à la fin de l'année lors du traditionnel top final. Cela évidemment ne représente qu'une partie de ce que j'écoute. J'ai découvert pas mal de trucs géniaux des années, voires décenies précédentes, voire quelques trucs de 2015 à retardement. Mais en 2016 et comparé à 2015 et surtout 2014, j'ai pas mal ralenti la marche.

 

La considération financière est à prendre ne compte bien sûr mais aussi la perte de certains de nos héros, dont pour moi David Bowie qui a mis un frein à certaines écoutes. Ainsi même si j'évoquais à nouveau Keith Jarrett en mars avec mon graal musical enfin presque atteint d'une certaine manière, il a fallu mai et juin pour que je recommence à évoquer des disques de 2016. Les concerts chroniqués de Keith datent des années 70 d'ailleurs. Car pendant 3,4 mois, je suis resté prostré j'ai réécouté la quasi intégralité ou presque des disques du Thin white duke que j'avais, c'est à dire beaucoup. Même encore aujourd'hui je n'arrive pas à y croire, je pense à un très mauvais coup de pub et qu'il va rejaillir dans un an ou deux comme ces dernières années, de la retraite où il s'était planqué. Il faut se repasser le choc que fut la disparition par exemple de Michael Jackson : un an après, on y croyait encore. Moins mais quand même.

C'est dire comme nos idoles ne sont pas censées mourir, et pourtant...

 

Mais je digresse, je digresse. Bref j'ai quand même écouté une poignée d'albums dernièrement, évoqué certains ici, du coup je n'y reviendrais pas. Donc, petite sélection déjà, maigre, certes, de 2016 :

 

2016 - 1 2016 - 2

2016 - 3 2016 - 4

 

2016 - 5 2016 - 6

2016 - 8 julianna_redux

 

 

Bon donc là dedans j'ai déjà parlé des disques de David Bowie, Melanie de Biasio ou Graham Nash, passons à autre chose.

Passons à Bat for lashes par exemple.

J'avais laissé Natasha Khan après un excellent album et une tournée chaleureuse (bien qu'un peu courte). Entre-temps elle nous a tissé un incroyable album de pop psychedelique expérimentale, Sexwitch, malheureusement tiré à un nombre presque confidentiel d'exemplaire sur disque et donc disponible plus qu'en mp3... Et nous revient sous Bat for Lashes avec The bride, concept album autour d'une jeune fiancée dont le futur mari va mourir lors d'un accident de voiture peu avant le mariage. Ambiance.

Sauf que la musique n'est jamais triste, doucement mélancolique. Sombre oui, mais pas triste. L'orientation prise par Natasha de travailler un album sans rythmique puissante et identifiable la majeure partie du temps donnent une oeuvre vaporeuse et insidieuse, probablement plus dur d'accès qu'à ses précédents travaux mais qui, à force d'écoutes répétées et travaillées au corps, installent une oeuvre à redécouvrir constamment. En somme, même un peu plus faible que les autres disques de la dame, un bon album toutefois.

 

batforlashesrobemariee

 

 

Le John Carpenter tout comme le Radiohead (avant-dernière image) sont bons. Tous deux en terrains connus mais on ne leur repprochera pas de ne pas utiliser pleinement leur savoir-faire. Ainsi Big John nous livre un Lost Themes II assez proche du premier et c'est pour ça qu'on l'aime. Tout comme la bande à Thom Yorke qui nous livre une sorte de petit frère à In Rainbows (on oublie King of limbs, oui). Pas trop de prise de risque donc mais quand même du bon, du solide, que demande le peuple (de l'innovation ? Quand il y en a, il ne la reconnaît pas et on finit par redécouvrir des albums magistraux quelques années plus tard comme souvent) ?

 

Ah, le dernier SWANS.

Pour faire court, "The glowing man" (et sa pochette de bras stylisé en signe un brin abstrait rouge sur fond sepia/kraft) est du même acabit que les albums l'ayant précédé. Bref, si vous aviez aimé les The seer et To be kind (et sa délicieuse pochette "baby"), vous êtes en terrain connu. Pour les autres, fuyez, malheureux (*mode Gandalf*).

Hrrm. Bon, oui c'était court. Et puis ça veut tout dire et dire n'importe quoi au fond.

Bon, en fait, The glowing man est peut-être le plus lumineux de tous. Le plus facile d'approche (si tant que les morceaux-transes autour d'une poignée de notes et étirés généralement sur 15 à 30mn ne vous fait pas peur), même. The seer était le plus sombre (et probablement pour ça que je l'ai adoré d'emblée), là où To be kind s'avérait un monolithe plus impénétrable, plus "taillé en un bloc" (ce qui fait que beaucoup de critiques n'y voyant pas plus loin que le bout de leurs oreilles l'ont très vite hué, c'est rigolo) où l'on était obligé d'écouter presque tout afin de dégager une unité globale là où juste avant, une chanson pouvait sans mal être écoutée indépendamment. C'est la faiblesse mais aussi la force de To be kind. The glowing man poursuit la démarche de rock expérimental aux confins du folk, du metal, du hard-rock des Swans tout en approchant une forme de sérénité nouvelle. C'est pour le coup difficile à expliquer mais c'est à nouveau une totale réussite de mon point de vue. Cathartique, gargantuesque, sans fin, mais quand on y arrive justement à la fin, on est bien, on est fier. Et peu de disques vous procurent ce sentiment d'un voyage arpenté presque avec les mollets. Des mollets dans les oreilles.

 

julianna_barwick_portrait

 

 

Et puis je voulais parler du dernier Keren Ann qui revient après une longue absence mais en fait non. Parce que de ce que j'en ai entendu, c'est un bel album, beau, doux... et euh... je me suis un peu fait chier pour la première fois. Ah ben oui, pardon. Là où tout le reste de sa discographie m'enchante (Je considère La disparition comme un grand disque et Nolita comme son chef d'oeuvre), ben là, ...ça passe pas. Et j'en suis le premier désolé. Ah mais merde, c'est bien fait mais, je ne suis plus happé. Que se passe-t-il ? Un manque de magie. Il faudra que je le réécoute, ça m'embête (pas de le réécouter hein, de ne rien ressentir).

 

Du coup on met Keren de côté et on s'écoute Julianna Barwick (cf photo de la new-yorkaise).

Je l'avais déjà évoqué en 2013 avec son précédent disque, si organique, enregistré en Islande pour obtenir des voix si féériques. Elle continue sur sa lancée de pop-ambient (ou plutôt à ce stade ambiant-pop, c'est à dire majoritairement atmosphérique avec un peu de refrains pour faire un minimum bonne mesure). Et là, voilà, magie, c'est beau, éthéré, planant, c'est le bruit du vent et de la poussière qui danse là, dehors, ou devant vos yeux, comme ces minces filaments de lumière qu'on voit parfois au moment de "l'heure verte" quand le soleil atteint le point ultime du crépuscule où que la lumière est voilée par les nuages mais perce en quelques atolls. Voilà.

La pochette est moins belle et directement rêveuse que pour l'album précédent, oui. Mais ici avec Will, elle symbolise bien la musique : entre installation contemporaine et renvoi en miroir de notre âme avec ce petit chaos au centre qui fait qu'on ne sait pas si le miroir est fissuré ou qu'une toile s'y est tissée. Une musique ambiant qui fascine d'emblée. De la première piste avec sa voix en répétition qui énonce "the sea" et finit par former une espèce de boucle où bruisse presque le bruit de vagues (vocales) à la dernière, où le synthé agressif fait craindre le pire avant que tout finisse par s'harmoniser. J'adore tout particulièrement la piste 2, Nebula (et sans doute la proposerais-je ici prochainement) qui sinue avec le synthé et une basse profonde et nous guide génialement dans ses replis. Ou la 3è chanson avec un piano modifié, poussiéreux et lointain qu'on jurerait presque issu du Ambiant 2 de Brian Eno et Harold Budd. Bref, c'est sublime, fantastique, magique, brillant. L'un des meilleurs disques de l'année (mais je reste souvent plus subjectif qu'objectif quand je parle de choses qui me touchent).