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Chicago, début des années 70. 
Il y a Camille, alias Max, écrivaine en herbe en quête du grand amour, qui ne cesse de rebattre les oreilles de ses condisciples avec son célibat, particulièrement celles de Kia, sa colocataire. Il y a Kia, enseignante, qui sort depuis trois mois avec Evy, infirmière récemment divorcée. Il y a Evy qui habite chez sa mère tout en essayant de se débarrasser une bonne fois pour toutes de son ex-mari. Il y a Daria, la tombeuse de la ville, qui brise en moyenne un cœur par semaine. C’est facile : elle travaille dans un bar de filles. Enfin il y a Ely, assistante vétérinaire, dont la copine habite dans une autre ville, qui vit avec Daria. Est-ce que Daria et Ely couchent ensemble ? Non. Mais tout le monde le croit.

 

Superbe film culte.

A sa sortie en 1994, c'est pas peu dire qu'il faisait alors office de pionnier dans la représentation des lesbiennes au cinéma. Rose Troche, future créatrice par la suite de The L word (autre oeuvre culte d'ailleurs), réalisait là une petite bombe qui se révèle un fantastique feel good movie de part les valeurs de respect et d'amour de sa prochaine véhiculées sous une mise en scène 16mm gonflée et doté d'un écrin noir et blanc granuleux du plus bel effet.

 

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A la base de ce projet choral aussi bien à l'écran que derrière la caméra il y a cette anecdote racontée par la réalisatrice (et qui figure également dans le film en mettant en voix deux visions de la chose) d'un film hétéro vu avec Guinevere Turner (qui co-écrit le scénario avec Troche, le produit aussi et joue "Max" !) où la lesbienne du film était, visiblement, un ramassis de cliché qui l'avait beaucoup énervé. D'où le projet Go Fish, petite production qui se voulait à la base entièrement tournée en militantisme par des femmes. Il y eut finalement quelques mecs dans l'équipe cela dit au final mais l'intention d'un projet féminin demeure de bout en bout pour délivrer le résultat que l'on sait.

 

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Ce qu'il y a de beau et qui émeut encore depuis c'est cette façon de filmer, documentaire (presque clippesque) mais au plus près des choses, presqu'à fleur de peau. Derrière toutes ces femmes qui se croisent et se recroisent il y a l'histoire de Max et Ely, une douce romance qui arrive, naturelle et pourtant imprévisible tant ces femmes qui n'ont rien en commun, ni de goût ni de tempérament, apprennent alors à mieux se connaître avec les gaffes et imprévues qui peuvent arriver. Et ça marche. Le tout souvent commenté à part par plusieurs filles, un peu comme une mise en abîme ou bien dans le théâtre grec quand des choristes scandent les dythirambes alors que l'acteur principal déclame ses vers.

 

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Militant sans jamais forcer le discours, le film a le mérite de montrer clairement les difficultés à s'aimer entre êtres du même sexe quand les difficultés viennent aussi bien des autres, que de ses proches et de sa famille (une des filles est dénoncée à la famille par son propre frère !), voire de son propre camp (cette scène où des lesbiennes jugent une des filles --sans violence heureusement-- et ne comprennent pas que cette dernière puisse aussi avoir eu envie un jour d'aller avec un mec) !

 

Le film a aussi l'immense mérite d'éviter patiemment tous les clichés (voire les démonter) pour aborder les choses d'une manière franche mais souvent avec beaucoup de bienveillance. Si je vous dis que c'est l'un des meilleurs films que j'ai vu à la fin juillet (oui je sais je suis un tantinet un peu long à la détente), vous me croyez ? :)

Bref, merci à Outplay pour avoir sorti ce super film depuis le 24 juin !

 

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