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Après avoir erré pendant des années dans une ville en ruine à la recherche de nourriture, un frère et une soeur se réfugient dans un des derniers bâtiments encore debout. À l’intérieur, ils trouvent un homme qui va leur faire une dangereuse proposition pour survivre au monde extérieur.

 

Premier film d'Emiliano Rocha Minter, We are the flesh (Tenemos la carne en mexicain) se veut une expérience extrême à même d'abolir l'esthétique, la violence, et la crûdité sexuelle au sein d'une même oeuvre pour les réunir toutes en une même fusion. Las ! Le film est à moitié raté parce que visuellement c'est une belle claque. On va y revenir mais évoquons tout de suite ce qui gêne là dedans.

Il me faudrait évoquer une certaine tendance ibérique (mexicaine ?) à proposer des films qui à chaque fois mêlent sexe et violence pour finalement ne rien proposer que ça avec aucun propos derrière. C'était le cas de courts-métrages vus dernièrement à L'étrange festival édition 2017, c'était le cas d'un film comme La région sauvage (sorti là aussi cette année et qui s'en tirait un peu mieux heureusement par ses visions semi-hentaï, semi-Lovecraftiennes même si au final on restait avec l'impression du ballon qui se dégonfle d'un coup en fin de film). Et c'est pleinement ici le cas, hélas.

 

 

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Pourtant le postulat de départ est intéressant. Mais la surenchère dans la provoc inutile nous fait remarquer très vite que le réalisateur n'a pas grand chose à dire, aucune dramaturgie à proposer, aucun constat si ce n'est de la banalité. On ne comprend pas plus l'emprise de ce clochard barbu vivant là sur les deux jeunes que leur besoin de rester à tout prix (pendant toute la moitié du film je me suis demandé pourquoi ils se barraient pas ces cons). Oui il a de la bouffe, on ne sait pas comment il s'en procure mais au vu de la tournure que prend le film en multipliant les plans foutraques et scènes supposées choquer le bourgeois (lequel n'en aurait rien à foutre de voir ce film en plus à la base hoho), on va vite deviner comment. Et ça ne loupe pas. Multiplier le trash pour briser les tabous ? Montrer des organes sexuels en plan frontal ? Et des actes de copulation dont on ne sait si c'est simulé ou pas ? Beh ça fatigue à la longue hein.

Et on ne parlera pas de la fin qu'on sentait venir étant donné que le réal veut se montrer un petit malin et finalement on la voit venir. Evidemment j'ai envie de dire. C'est ballot.

 

Et pourtant alors que le film aurait pu m'énerver jusqu'au bout et que j'arrête le visionnage en plein dedans (ça m'est déjà arrivé oui même si c'est rare), j'ai continué à regarder. Bizarre non ? Pour deux raisons très simples qui font que je reste partagé sur le film au final. Visuellement si le début ne paye pas de mine, au fur et à mesure que l'antre du clodo céleste raspoutinien est redécorrée de bout en bout (les deux jeunes le font avec lui), on assiste à une tentative esthétique de créer un film sensoriel sur plusieurs plans. Les couleurs prennent une teinte rougeâtre comme si le décor nous projetait à l'intérieur d'un ventre Cronenbergien. Quand le film ne choisit pas d'opposer à ce rouge charnel le bleu de la nuit, des reflets sur la peau, qu'il joue sur des filtres de couleurs, qu'il montre une scène crûe sous une lumière orangée et crépusculaire de fin de jour... 

 

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La seconde raison c'est que la surenchère de scènes "crûes" et provoc associées à l'hyper-esthétique du film dans sa seconde partie fait que l'on a l'impression d'assister à une hallucination étrange faite de corps de toutes sortes. Cela en devient presqu'un happening (d'ailleurs le final "orgiaque" l'est en ce sens) d'art contemporain qui n'a pour seul but que d'exacerber visuellement votre vision pour lui ouvrir les fameuses portes de la perception si chères à Timothy Leary. Et en celà l'expérience s'est révélée complètement fascinante.

 

Alors je reste partagé. Moralement le film est assez détestable en plus d'être vain et inutile. Sur le plan de sa mise en scène et de son esthétique c'est beau et assez brillant. Pas un grand film ni même un bon film mais je suis agréablement surpris parce que j'avais peur de le détester méchamment et ce n'est pas le cas.

 

En tout cas merci à Blaq Out qui l'édite en DVDet Blu-ray dans une très belle édition (où l'on a d'ailleurs en bonus des courts-métrages du réal) depuis le 17 octobre 2017 et merci à Cinetrafic et aux opérations DVDtrafic pour cet envoi.

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