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Ava, 13 ans, est en vacances au bord de l'océan quand elle apprend qu'elle va perdre la vue plus vite que prévu. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava affronte le problème à sa manière. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite

 

Ava ayant été l'un de mes films préférés en salles, quelle joie ce fut de pouvoir le revoir tranquillement quelques mois plus tard grâce à l'excellent DVD d'Arte (sorti le 8 novembre 2017 dans toutes les bonnes crèmeries, euh magasins pourvoyeurs de culture). Pour autant et pour éviter toute redondance avec ma chronique amoureusement concoctée à chaud au sortir de la salle (et remplie d'amour ici sur le blog), plutôt qu'à nouveau de m'extasier sur le film (je le faisais très bien au moment de la sortie salle), je vais évoquer les retours négatifs qu'il a reçu et que j'ai pu lire ici et là sur plein d'autres chroniques. Chroniques souvent injustifiées pour ma part. Passe encore par exemple qu'on critique les acteurs, cela demeure du ressenti forcément subjectif.

 

En revanche des qualités indéniables, le film en a et là il faut être un peu aveugle pour ne pas les voir. Cela tombe bien c'est visiblement l'effet blasé qu'ont de nombreux spectateurs de cinéma de nos jours. Quand je lis que le film "donne une vision méprisante du peuple dès son ouverture sur la plage", pardon ? Les forces de l'ordre par exemple, toujours à cheval, toutes de noirs vêtues et rôdant continuellement dans la première partie du film, je veux bien mais là. L'ouverture est neutre et oui des vacanciers qui s'entassent sur le moindre coin de plage en période estivale avec plein de couches sociales représentées, ça existe, on appelle ça l'humanité. L'humanité en vacances je préciserais. Si vous connaissez des plages magnifiques où il n'y a personne, prévenez moi. Ou plutôt non, s'il y a personne c'est pas forcément bon signe. Prenez Amity Bay dans un petit film de requin signé d'un petit réalisateur américain peu connu. Et ben là dedans vous verrez... Bon j'arrête l'ironie.

 

 

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Je lis aussi "héroïne détestable" et "fin ouverte". La fin ouverte, bon c'est subjectif, ça plaît ou pas, moi je trouve ça osé, cela me ramène aux 400 coups de François Truffaut. C'est d'ailleurs le même procédé qui est utilisé avec un arrêt sur image. Là où Truffaut stoppait le film, le visage d'Antoine Doinel demeurait vague, inquiet. L'inverse ici avec Ava même si le sujet n'augure pas forcément quand on a vu le film d'une certitude heureuse. Or ici Ava affiche le plus beau sourire qui soit de toute le film. Une libération, un bonheur, l'image finale de l'amour et de la sérénité. Pas mal pour une héroïne détestable hein. Et si elle peut paraître détestable c'est précisément (un peu d'empathie) parce qu'elle est la plus lucide sur son statut, pas encore adulte mais forcée de le devenir à vitesse grand V face à une mère infantile, plus vraiment enfant mais encore un pied dedans.

 

Ou bien tiens, le fait "qu'on ne sache rien de Juan". Pas tout à fait car on va en apprendre plus sur lui plus tard dans le film dans la seconde partie justement. Mais dans le même temps c'est normal puisque le film se focalise sur AVA et ici le terme de focus, comme un appareil photo regroupe tout. A un moment du film, AVA recadre son champ de vision (photo ci-dessous) en fonction de ce qu'elle peut et veut voir. Plus tôt on la voyait peindre un cercle entouré de noir dans sa chambre représentant son champ de vision obscurci, noirci aux contours. Et bien là aussi ça raccorde avec le propos puisqu'on est focalisés sur Ava et comme elle notre champ sera limité par les mêmes infos qu'elle ingère.

 

Un autre détail intéressant qui me permet de rebondir sur de l'analyse technique et cinéphilique comme les deux précédents paragraphes, c'est quand je lis (avec semble-t-il un certain dédain perceptible à la lecture) que le film est "un bon petit travail de fin d'études avec beaux cadrages, beaux éclairages et c'est tout". Au sein de notre production cinématographique actuelle, moi ça me semble énorme. Non pas que je me contente de peu hein, mais qu'un tel soin (subtile dans le même temps) à l'image soit encore visible dans le cinéma français, ça fait plaisir. C'est peu mais déjà beaucoup. Attention je ne demande pas à des comédies de nous épater constamment dans la mise en scène (voire le thriller au cinéma cette année), mais j'aimerais voir un peu plus de rigueur le plus souvent et AVA a le mérite formellement si on y regarde bien d'être à des lieues d'un téléfilm de base.

 

 

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Car sur le plan formel revenons y à nouveau et restons dans le champ de l'analyse du film. Déjà c'est filmé en 35mm avec un grain accentué de la pellicule qui permet des couleurs superbes. Et le traitement des couleurs il a son importance dès l'ouverture avec ce grand chien noir qui se faufile entre les gens, seule tâche sombre comme une anomalie génétique sur la plage plus que colorée et la rétine du spectateur, animal passeur qui se dirige littéralement vers Ava, comme s'il l'avait choisie, qu'il était son animal totem. On notera aussi que les forces de l'ordre sont traitées comme des forces de l'ombre, avec un noir des plus prononcé qui là aussi les isole comme une menace inquiétante. Par la suite, de même que la cécité de Ava progresse, on remarquera que le champ des lumières se fait plus terne. Et comment ne pas faire attention lors du mariage gitan au fait que le centre de l'image soit net mais l'arrière plan ou les côtés de l'image sont plus flous. Tout se raccorde avec la vision et le ressenti d'Ava, quitte à laisser des spectateurs sur le carreau. c'est ce qu'on appelle le saut de foi, et moi sur ce film je l'ai eu. D'où que j'ai adoré.

 

Chronique en collaboration avec Cinetrafic où vous trouverez de sympathiques recommandations de cinéma comme un lien plus haut et celui-cihttp://www.cinetrafic.fr/film-2018