Chroniques visuelles

Chroniques de dvd, films et autres...

jeudi 3 décembre 2009

Brainstorm

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Dans un centre de recherche, des scientifiques menés par le docteur Lilian Reynolds (Louise Fletcher) et le docteur Brace (Christopher Walken) achèvent de mettre au point un travail de plus de 10 ans, une machine capable de transférer les émotions et sensations physiques et mentales d'une personne vers une autre. Ce bijou technologique avancé permettrait une avancée radicale dans la communication. Les militaires (qui ont financé en partie les recherches) et la C.I.A y voient plutôt quelque chose d'intéressant pour leurs propres projets personnels....

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capture 1/

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Capture 2/


Curieux film hybride que celui-ci. Fruit du visionnaire des effets spéciaux Douglas Trumbull (la porte des étoiles dans 2001, c'est lui...) qui attendit près de 10 ans après "Silent Running", son premier film en 1971, Brainstorm (1983) est une possibilité d'explorer à la fois par le média cinéma dans la forme (les changements d'échelles entre deux formats, on va y venir) comme le fond (on raconte l'histoire d'un procédé révolutionnaire en avance sur son temps avec tout ce que le cinéma peut justement permettre d'effets visuels pour retranscrire ça) les procédés technologiques où Trumbull s'est fait une sacrée renommée.

En 1981, alors qu'il n'a pas encore finalisé les effets spéciaux de Blade Runner (Ridley Scott - 1982), Trumbull se lance dans l'aventure. En tant que spécialiste des effets de lumière à l'écran, c'est un visionnaire. En tant que cinéaste c'est une autre histoire tellement l'on sent que ses préoccupations n'ont pas tellement à voir avec l'histoire à l'écran. Brainstorm présente une idée qui n'a pu que passionner Trumbull, une sorte de casque qui retransmettrait et enregistrerait les sensations, émotions et sentiments d'une personne à une autre. Pour ce faire, il va d'abord choisir d'utiliser deux formats différents. Ce que l'on perçoit comme la réalité est filmé en 35 mm au format 1.66 (avec des bandes de chaque côté de l'écran - capture 1), ce qui est perçu comme de la sensation en vue subjective par le biais du casque l'est en 70 mm en 2.20. Une sorte d'amplication de la réalité qui parfois peut-être vue comme à travers un énorme fish-eye.

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(capture 3/ Une application au simulateur possible...)

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(capture 4/ ...et ce que ça donne)


Avec cette idée intéressante, le cinéaste choisit d'appliquer une certaine distanciation. La réalité filmée va alors prendre des allures de documentaire froid là où les vues subjectives ouvrent d'autres perspectives, mais ces dernières ne prennent pas la majeure partie du film, ce qui fait qu'on a souvent bien du mal à s'attacher aux protagonistes, qu'on s'intéresse plus à la conception du casque en vue de sa commercialisation : Trumbull anticipe la réalité virtuelle et l'imagerie de science-fiction moderne et le casque lourd avec les vis et boulons, typiquement associé à la SF telle qu'on la connait (regardez Star Wars ou Alien, les détails ressortent autant sur les vaisseaux que l'habitat et le design) se transforme par la suite en une sorte de casque presque similaire à celui qu'on met à nos ipods et walkmans.

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(capture 5/ Qui a dit "cinéma dynamique" du Futuroscope ?)

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(capture 6/ Non mais arrêtez avec le futuroscope euh)

Comme si ce n'était pas si compliqué comme ça, Trumbull et son scénariste Bruce Joel Rubin (L'échelle de Jacob) vont essayer de tirer au maximum parti de leur idée d'appareil et de toutes les conséquences qui peuvent en découler, surtout si il tombe en de mauvaises mains. Il y aura donc 3 trames, histoires à l'intérieur de Brainstorm : une histoire d'amour, un thriller et une vision métaphysique et fantastique. Histoire d'amour car c'est par le biais de ses émotions et souvenirs réenregistrés que Brace convainc sa femme (Natalie Wood) de ne pas l'abandonner et ressoude son couple (si seulement on pouvait avoir un truc comme ça dans la réalité). Thriller dès lors que l'invention échappe aux scientifiques suite à la mort de Lilian Reynolds et que Brace essaye de la récupérer ou du moins d'y accéder à distance. Métaphysique et fantastique car la mort de Lilian a été enregistrée sur la bande, ce qui permet un aperçu de l'au-délà... Avec risques et périls pour celui qui s'y mettrait. Des changements de registres, de ton, de formats, il faut être bien accroché avec le film. Le spectateur risque peut-être de décrocher bien vite avant d'arriver aux 10 dernières minutes, mystiques, en trip clin d'oeil à 2001.

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Dans le flot des bulles de souvenirs de Lilian.

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Vers l'infini....

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...Et au délà.



Entamé en 1981, Brainstorm ne sortira qu'en 1983, en celà empêché par les producteurs suite à la mort accidentelle de Natalie Wood pendant le tournage (noyade). Contre vents et marées, Trumbull tient bon et réussit à finir le film et à le sortir. Malgré des critiques intéressantes, le film fait un épouvantable flop (un peu injustifié). Il est vrai que le spectateur n'est pas si impliqué que ça envers les personnages, peu aidé par des acteurs qui ne sont parfois pas au top (bon sang Cliff Robertson devient de plus en plus un acteur incroyablement plat et terne dans n'importe quel film où il passe. Dans "Obsession" de De Palma (1975), c'était limite mais heureusement on avait Geneviève Bujold) et que le film en VHS n'eut ni son format respecté, ni le son (mono pour le 35 mm, stéréo pour le 70 mm). Le dvd permet de revoir cet étrange et intéressant film en faisant une nouvelle erreur de plus. Si cette fois les passages de formats sont respectés (prévoyez toutefois un grand écran), il n'en est pas de même pour le son. En français, tout est en mono. En V.O, c'est en 2.0 dolby surround (mais que les passages en 70 mn par contre. Le mono s'avère moyen et trop fort en comparaison du coup). Mais depuis le temps, on aurait pu espérer un passage en 5.1 ou DTS... et ben non. T'as fait un film maudit comme Cimino ou Antonioni, tu l'as dans l'os mon pauvre Douglas.

Est-il utile de préciser qu'après tous les problèmes rencontrés, Trumbull, définitivement dégoûté, arrête de travailler pour le cinéma pour se focaliser sur les procédés Showscan et Imax utilisés dans les parcs d'attraction et cinémas spéciaux. Une manière de pousser encore plus loin là où l'industrie hollywoodienne l'avait coupé de ses ailes. Mais une perte pour les effets spéciaux du cinéma tellement nombre de films où il impose sa griffe n'ont pratiquement pas pris une ride sur le plan technique (2001, Rencontres du 3e type, Blade Runner, j'en passe....).

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vendredi 13 novembre 2009

Les mondes de Fellini (4)

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Croquis de Fellini lui-même pour le personnage de Gelsomina.


La Strada (1954) est le troisième film d'une trilogie d'une possible rédemption humaine dont j'avais évoqué les deux autres volets plus bas, Il Bidone (1955) et Les nuits de Cabiria (1957). Rétrospectivement et à la hauteur de ce nouveau visionnage, je lui préfère Les nuits de Cabiria (pour le personnage terriblement attachant de Cabiria et l'interprétation encore plus poussée qu'en livre Giulietta Massina) et Il Bidone (toute la dernière demi-heure face à la jeune fille atteinte de polio atteint en plein coeur, et puis la scène finale du désert, oh my god...), ce qui ne veut pas dire qu'il faille bouder son plaisir devant le spectacle de haute volée qu'est La Strada, drame fabuleusement poignant dont bon nombre de films n'arrivent à la cheville.

La Strada raconte l'histoire d'artistes forains itinérants (ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Fellini filme les clowns, il leur consacrera même un film doux-amer en 1970. Sans compter les maquillages et personnages exacerbés dans le grotesque qui, chez lui, tiennent une majeure partie de sa filmographie) et le drame qui les lie. Dès le début, on comprend que Zampano (Anthony Quinn, très bon), brute épaisse achète Gelsomina (Giulietta Massina) afin d'en faire une partenaire de choix pour l'accompagner sur la route, un moyen aussi de se mettre bien plus en valeur (Gelsomina avec sa petite figure replette et rebondie, plaît aux enfants) et gagner un nouveau public. Avec le temps, la jeune fille un peu simple d'esprit idéalise Zampano et essaye de lui faire comprendre sa rudesse, quitte à s'enfuir; mais rien n'y fait. L'homme reste un monstre d'égoïsme, plus préoccupé par sa situation et ses besoins (il abandonne un temps Gelsomina pour aller dans un coin plus tranquille avec une prostituée pour faire ce que l'on sait).

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Illustration de Manara pour son vieux compère et ami, Fellini. smileycoeur


Puis un beau jour, les deux protagonistes vont trouver sur leur route, le fou (Richard Basehart, que l'on retrouvera dans Il Bidone aussi), rêveur farceur, la tête dans les nuages, frondeur qui aime à jouer avec le feu. Ce dernier se retrouvera à provoquer de plus en plus Zampano pour son propre plaisir de se marrer de la grosse brute, ce qui amuse beaucoup Gelsomina, mais se terminera très mal pour lui... L'histoire est tracée : seulement 3 personnages, un canevas serré avec 3 angles différents : une brute (le corps - Zampano), un fou (l'esprit - Le fou), une innocente naïve (l'âme - Gelsomina) et de nombreuses interprétations souvent paradoxales : "Ainsi Zampano se libère de ses chaînes mais réduit Gelsomina à l'esclavage". (Federico Fellini - Chris Wiegand, éditions Taschen). C'est surtout un film concis et étouffant où les incursions poétiques et oniriques de Fellini ne se sont pas encore pleinement développées, laissant souvent peu de temps au spectateur pour respirer. Si ça se trouve, c'est l'un des films les plus tristes au monde avec Le tombeau des Lucioles d'Isao Takahata ? ironique

Le film obtient une juste reconnaissance internationale pour Fellini en plus d'obtenir un immense succès un peu partout (Lion d'argent au festival de Venise plus oscar du meilleur film étranger à Hollywood) sans compter la musique de Nino Rota, thème identifiable du film (qui a son importance dans celui-ci puisque dès lors qu'une jeune fille le fredonne, elle permet à Zampano de reconnaître un thème associé à Gelsomina, être plus cher à son coeur qu'il ne l'aurait cru).




"De tous les personnages forgés par le Maestro, Gelsomina reste, aujourd'hui encore, le préféré du public. La performance de Giulietta Massina fut si éblouissante que les producteurs exigèrent une suite. Les fabricants de poupées et de bonbons voulurent acheter les droits d'exploitation du personnage et il fut même question de créer un dessin animé. Mais Fellini opposa un refus intraitable à tous ces projets."
(Federico Fellini - Chris Wiegand - Editions Taschen)



Dommage. Une poupée Gelsomina m'aurait bien fait marrer...
Sinon, grand film, un de plus pour le Maestro. (et merci d'avoir voté pour le sondage en dessous !)

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samedi 31 octobre 2009

Les mondes de Fellini (2)

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Suite des chroniques Felliniennes avec cette fois tout un post sur "Amarcord" (1973) de Fellini. Le mot en lui-même est un néologisme de Fellini griffonné à la hâte sur une serviette de restaurant, qui évoque l'expression "Io mi Ricordo", Je me souviens. Et effectivement, Amarcord, tout comme Fellini Roma (1972) est un film de souvenirs mais à la différence de ce dernier qui oscillait entre passé des années 30/40 et la capitale italienne des années 70 (avec la superbe séquence finale des bikers dans la nuit noire), Amarcord est tout entièrement tourné vers un kaléïdoscope de souvenirs des années 30 dans la petite ville de Rimini, la ville natale du réalisateur qui n'hésite pas pour le coup à reconstruire des parties en studio afin que cela soit conforme au plus près avec ses souvenirs d'enfance.


"Une chose est sûre : je ne viens jamais volontiers à Rimini. Je le dis très sincèrement. C'est comme un blocage. J'y ai encore de la famille : ma mère, ma soeur. Peur de mes sentiments ? C'est plutôt que j'ai l'impression que chaque retour est le ressassement satisfait et masochiste de mes souvenirs : une opération spectaculaire, littéraire. Bien sûr ça a son charme. Un charme somnolent. Et trouble. Le fait que je ne parviens pas à considérer Rimini avec objectivité. Ce n'est qu'une dimension de ma mémoire. D'ailleurs, chaque fois que je suis à Rimini je suis pris à parti par des fantasmes que je croyais rangés, classés une fois pour toutes."
"Federico Fellini" par Angel Quintana, éditions Le Monde/Cahiers du cinéma
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a/ Petites plaisanteries de l'enfance...

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b/... Et coups tordus à chaque fois. ironique

Pour se faire, il va travailler en étroite collaboration avec Tonino Guerra, scénariste et poète ayant déjà beaucoup travaillé dans les années 60 avec Antonioni ou Francesco Rosi (et plus tard Tarkovski en 1983 pour "Nostalgia"). Mais le cinéaste va aussi beaucoup puiser dans ses souvenirs du passé, ce qu'amorçait déjà Fellini-Roma où le jeune garçon pouvait se voir comme un alter-égo du cinéaste arrivant à la capitale, souvenirs qu'il va projeter et sur la ville et ses protagonistes et le personnage du jeune Titta qui n'est ici plus l'alter-égo du cinéaste mais l'évocation d'un camarade de classe avec qui il fit les 400 coups, Luigi Banzi.

Amarcord est la chronique d'une année (du printemps à l'hiver avec le vol des aigrettes --ou vesses de loup-- qui marquent à chaque fois le renouveau du cycle, ouverture comme fermeture du film) d'une petite ville des années 30 en plein fascisme. On suit progressivement un jeune garçon, Titta, les membres de sa famille (son petit frère, son père aux idéaux différents, son grand-père obsédé sexuel, son oncle frimeur et fasciste, un autre oncle (Téo) enfermé en hôpital psychiatrique, sa mère très possessive), une foule de personnages bigarrés et haut en couleurs (un avocat s'improvisant narrateur, la "gradisca" --bombe sexuelle de la ville, la buraliste à la poitrine généreuse...) et surtout ses copains avec leurs jeux et blagues (images a/ et b/)...

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c/ La statue et ses fesses généreuses.

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d/ La chevauchée des Walkyries... Euh des bicyclettes.

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e/ Passage à confess' et masturbation collective.

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f/ La vaine rêverie de Ciccio.

...Tout comme leurs fantasmes et leur obsession des femmes (c/, d/, e/). Il faut dire que dans l'univers cloisonné et oppressant d'une petite ville sous contrôle fasciste avec surveillance tant de certaines personnes comme de l'église n'offre pas beaucoup d'échappatoire à ces vies mornes d'adolescents guettant avidemment et rêvant de nombreuses femmes pour s'échapper. Tout y passe d'ailleurs, venant d'eux comme des différents personnages, séquences d'onanisme collectif (e), légendes rapportées (d'où vient le surnom de la "gradisca", la séquence façon "contes des milles et une nuits"...) rêve de mariage (f) en pleine célébration fasciste.

Ces derniers sont parfois tournés en ridicule d'ailleurs. Non pas que Fellini propose une quelconque critique de ces années-là mais bien parce que le souvenir travaillé est celui d'un adolescent qui n'a que faire de tout ça, plus préoccupé par les femmes et qui, comme si Fellini lui-même se souvenait et de fait, grossissait le trait (Fellini a été dessinateur et caricaturiste d'ailleurs) en ramenant tout sur la pellicule, exacerbe ces hommes et femmes dans un creset étrange et non dénué d'humour. Il faut d'ailleurs voir la tête de Mussolini en fleurs bénir l'union en rêve du jeune Ciccio avec Aldina ou bien ce fasciste qui, lors de la procession parle face caméra et annonce son admiration du duce en disant en des termes... "élogieux" dira-t-on (g/ seconde image) ! D'ailleurs pour prendre à parti le spectateur mais aussi travailler un certain recul (bénéfique sur cette période troublée), le réalisateur et sa caméra n'hésitent pas à faire intervenir des gens pour parler en face du spectateur, le plus naturellement du monde, comme si, au délà de l'écran, certains savaient que "ce n'est qu'un film, ce monde des années 30 n'est pas si réel". Ainsi en est-il de l'avocat narrateur et pontifiant (qui se fait ridiculiser ou que la caméra abandonne volontiers dès qu'il radote et se perd dans les détails), comme de Biscein, l'idiot rigolo de la ville, ou cette anonyme qui, sortant d'un film de Fred Astair, nous déclare le plus normalement du monde ce qu'elle en a pensé ! (g/ première image)

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g/ Prise à parti du spectateur par un peu n'importe qui. ironique

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h/ Poésie de l'instant (1) : Le grand Rex.

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i/ Poésie de l'instant (2) : L'hiver.

Mais Amarcord n'est pas qu'une vaste rigolade, c'est surtout un portrait (grossi et esquissé certes) de tout une petite ville qui propose parfois de belles échappées poétiques, que ce soit un évenement collectif (tout le monde part en bateau --sauf les profs qui, sûrs de leur savoir, préfèrent rester à terre et sortir un télescope pour tenter de voir le navire de loin !-- pour pouvoir apercevoir, même frôler, ne serait-ce que quelques instants, le paquebot "Le Grand Rex") ou quelque chose de plus intime (la silhouette de la Gradisca aperçue de loin au détour des grandes allées de neige, le paon domestiqué du comte qui sort sous la neige...) avec des moments plus mélancoliques. Ainsi au milieu du récit, la séquence de l'oncle Téo s'étire volontairement, devient hypnotique, de même que celle de la traversée de la mer pour apercevoir le navire symbole de l'illusion fasciste. Fellini nous place dans une attente volontaire, comme les personnages, à l'attente d'un évenement tout simple qui en devient presqu'ici l'évenement de toute une vie.

Amarcord est d'ailleurs un film-évenement, presqu'un film fleuve. Et quand le film se termine, on se surprend à se dire "quoi, déjà ?" et être déçu de quitter si tôt tous ces personnages virulents. Le film dure près de 2h mais on en reprendrait bien une heure de plus. L'oscar reçu en 1974 du meilleur film étranger est complètement justifié par cette chronique drôle et touchante. Un film qui respire comme la vie, un film immense.

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vendredi 30 octobre 2009

Les mondes de Fellini (1)

Par un étrange coup du sort, et pas spécialement au fait qu'il y aurait par la suite une grande rétrospective organisée en l'honneur du Maestro vers la fin de l'année (ressortie en salle de la Dolce Vita, de 8 1/2 en dvd, la cinémathèque française qui repasse tous ses films jusqu'en début décembre --tiens, j'ai mon billet, faudrait que j'y aille), j'avais auparavant bien commencé mon voyage en terres Felliniennes depuis quelques mois, ne me décourageant pas de trouver monts, merveilles et parfois ce que l'on peut bien appeler d'énormes ratages ("la voce della luna", son dernier film en 1990 est médiocrement nul à mes yeux, j'en suis désolé).

Car Fellini, c'est clairement un monde à part au même titre que les films de Bresson, Antonioni, Tarkovski, Malick ou Bergman : on y rentre pas sans y perdre une part de soi, on décide dès lors d'accepter ou non, de rentrer dans l'univers que se confectionne (et enrichit au prix de multiples incursions de personnages qui peuvent tourner à la caricature et au grotesque) le réalisateur-dessinateur. Dessinateur, Fellini l'a été à ses débuts quand, sous le régime fasciste, il dessinait des planches de bds et des portraits humoristiques de plusieurs personnalités. Un pan énorme du cinéma du réalisateur est d'ailleurs consacré à l'Italie des années 30, véritables déclarations d'amour envers un pays qui en a connu des vertes et des pas mûres dans Fellini-Roma (1972) et surtout Amarcord (1973).

C'est par des traits si vite esquissés sur le papier qu'il arrive pourtant à livrer des personnages à la limite de la rupture, qui, sur la pellicule, s'emplissent d'une rare profondeur. Evidemment, tout n'est pourtant pas réussi mais dans l'ensemble, ça fonctionne assez bien, pour peu qu'on accepte de rentrer dans les diverses périodes (strates serait plus juste, rapport aux reliefs romains découverts dans le chantier de métro dans Fellini-Roma) qui composent son oeuvre. La première (1950 avec "les feux du music-hall" jusqu'a "La dolce Vita" en 1960) se rattache plus ou moins au néoréalisme italien même si le maestro, tout comme Antonioni à la même période, s'en dégage subrepticement pour aller vers une réflexion sur l'existencialisme par la vision de personnages en lutte avec la société ou contre celle-ci, sans jamais apposer une morale sur ceux-ci ou celle-ci. La seconde période (1962 avec "8 et demi" et le sketch "la tentation du docteur Antonio" dans le film à plusieurs "Boccace 70" jusqu'a 1980 avec "la cité des femmes") est plus proche du souvenir, de l'onirisme, du fantasme et des rêves avant un repli nostalgique et vindicatif (aigri ?) dans sa dernière période de sa vie, quand il constate avec amertume la victoire de la télévision (surtout italienne. N'oublions pas l'emprise du "Cavaliere", malheuresement encore plus que palpable de nos jours) sur le cinéma. La période que j'aime le moins, tellement on sent le vieux cinéaste fatigué et ayant perdu tout espoir ou presque face à un monde qu'il ne comprend plus.

Je vous propose dans cette première partie d'aborder quelques films qui ont comme point communs, la présence de sa femme et actrice, Giulietta Massina, notamment dans des oeuvres à la frontière, voire la fin de la première période. smileycoeur

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Juliette des esprits (gauche), Il Bidone (droite).


Juliette des esprits (1965).

On peut très clairement voir ce film comme le pendant féminin à 8 1/2 avec une Giulietta Massina remplaçant un Marcello Mastroianni, une actrice chère à notre coeur depuis La Strada (1954) et qu'on avait perdu de vue depuis Les nuits de Cabiria (Qui n'a pas été ému par son personnage de Gelsomina dans La strada, hein ? :) ). Ici, comme dans la Dolce Vita, le récit semble naviguer au grès de nombreuses péripéties dont le fil rouge serait Juliette (le beau livre chez Taschen évoque une intéressante comparaison avec les strips de bande dessinée qui façonnèrent l'imagination et l'admiration de Fellini le cinéaste comme le dessinateur et caricaturiste qu'il fut en évoquant l'idée des pages que l'on tourne, pour sauter d'une histoire à une autre). Après 8 1/2, c'est aussi un monde de rêves et de fantasmes intérieurs qui se déploient à l'écran. Juliette mène une petite vie bourgeoise et apparemment bien ordonnée jusqu'au jour où elle entend son mari prononcer le nom d'une autre femme dans son sommeil. Même si elle en doute, elle commence à comprendre que ce dernier entretient une liaison avec une autre femme. Pour Juliette, l'échappatoire sera dès lors de délier ses liens qui la lient (la morale et les conventions --de religion, de sexe, d'ordre-- y jouent un grand rôle, presqu'un traumatisme --l'image de la fillette (Juliette enfant) qui devait jouer une martyre brûlée aux flammes lors de la pièce de théâtre de son école revient constamment--) à son mari et de trouver une nouvelle liberté, accompagnée par les esprits veillant sur elle jusqu'au bout.

Le film se révèle assez beau et parsemé de visions bien Fellinienne (dont une courte reprise du tableau de peinture d'Ophélia se noyant !) mais quelque chose empêche d'y adhérer franchement. D'abord la lenteur des situations qui semble combler une impression de vide, ensuite, les tourments de cette petite bourgeoise qui ne nous sont pas forcément donné au mieux à voir. De nos jours, on aimerait même une révolte du personnage féminin plutôt qu'une sorte d'échappatoire vers le rêve. Un Fellini interessant donc mais qui aurait mérité un bien meilleur traitement je pense. Entre visions oniriques de toute beauté et discours un peu cul-cul sur la libération des femmes (qui aurait pour ma part, put être largement mieux traité), on reste un peu entre le fromage et le dessert, le cul entre deux chaises si vous (pardonnez la vulgarité chers lecteurs) me passez l'expression.

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Il Bidone (1955)

Réalisé un an après La Strada et dès lors qu'on s'attendait à revoir Giulietta Massina, elle devient un second rôle (mais quel second rôle !), ce qui ne gâche nullement le plaisir de ce film issu du "cycle de la rédemption".


"La trilogie formée par "La Strada" (1954), "Il Bidone" (1955) et "Les nuits de Cabiria" (1957) inscrit Fellini au coeur des débats qui traversent le cinéma européen (...) et propose une réflexion sur la façon dont le primat des valeurs matérielles a engendré un certain vide intérieur et nourrit l'indifférence dans les relations humaines. Dans ces trois films, le réalisateur est hanté par la description d'une possible rédemption dans un monde dénué d'amour. Fellini articule ses trois récits autour d'êtres faibles en pleine crise morale qui apparaissent rapidement comme les spectres d'une humanité errante à une époque de forte tension spirituelle."
"Federico Fellini" par Angel Quintana, éditions Le Monde/Cahiers du cinéma.


Le film suit l'histoire de 3 escrocs, arnaqueurs aux prétentions sociales élevées qui dépouillent les plus pauvres à coups de combines variées, uniquement pour, eux-même survivre. Mais ce cycle semble sans fin et l'on pourrait craindre que rien ne pourrait changer nos 3 bonhommes, pourtant il n'en est rien. Si Roberto reste corrompu jusqu'a la moëlle, "Picasso" (Richard Basehart) et Augusto (Broderick Crawford) ont de plus en plus conscience de leurs actes au fil du film. Le premier parce qu'il agit uniquement par amour pour sa femme et sa fille qu'il ne veut pas perdre et que cette dernière (Giulietta Masina) finit par prendre conscience de ses duperies. Le second, qui fait office de père (au sens de modèle paternel) pour les autres, parce qu'il redécouvre sa fille abandonnée et prend conscience que celui qu'il a floué au fond, c'est bien lui. Les 3 personnages féminins (Iris, compagne de Picasso, la fille de Augusto, l'enfant handicapée) font d'ailleurs office de double négatifs des 3 escrocs et chacune de leurs apparitions sont presque des moments de grâce au sein du film (notamment la fin avec Silviana la jeune fille handicapée qui a la polio. J'ai presque failli pleurer tellement le film sonne juste, que Fellini n'en rajoute pas une couche avec la musique, que les deux acteurs en présence sont clairement très bons). Quand à la fin, un peu brutale, elle reste des plus impressionnantes et permet au film d'accéder au sommet.


"Le calvaire d'Augusto, filmé avec austérité, est celui d'un homme qui crie dans le désert. Impressionné par la force dramatique de la scène, François Truffaut écrit dans son compte rendu du festival de Venise : "Je resterais volontiers des heures à regarder mourir Broderick Crawford."
("Federico Fellini" par Angel Quintana, editions Le Monde/Cahiers du cinéma).

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(Les nuits de Cabiria, photos tirée du livre consacré à Fellini, chez Taschen. J'aime beaucoup l'affiche du film à droite qui retranscrit bien la générosité et l'énergie de Cabiria smileycoeur)


Les nuits de Cabiria (1957)

 

" "Les nuits de Cabiria" est l'histoire d'une femme qui veut être aimée. Cabiria (Giulietta Massina) peut être vue comme un personnage lunaire mais, contrairement à Gelsomina, ce n'est pas une victime sans défense. C'est une prostituée qui ne ressent aucune culpabilité et qui entend avoir une vie normale. Dans une des scènes clés du film, elle assiste à un numéro de magie dans un théâtre de variété lorsque le magicien lui demande de venir sur scène et l'hypnotise. Elle raconte alors au public ses désirs de nouvelle vie, son envie de se marier, d'avoir des enfants et une maison. Au réveil, aucun de ses désirs ne se réalise, anéantis par la réalité."
("Federico Fellini" par Angel Quintana, editions Le Monde/Cahiers du cinéma)


Cabiria est un personnage profondément dynamique et enjoué qui avance dans un monde sans amour, un monde corrompu et pétri par le mal mais là encore, comme dans Il Bidone, la force du réalisateur est de ne jamais pointer de morale ni d'accuser ouvertement tel ou tel personnage. Ainsi en est-il d'Oscar, personnage qu'on dirait ému par la révélation de Cabiria lors de la sortie hors du music-hall avec l'hypnotiseur. Pourtant, cet Oscar, aussi timide et réservé soit-il, se révélera un salaud de plus, puisqu'on verra vers la fin qu'il cherchera, comme au début du film, à être avec Cabiria, uniquement pour la voler. Mais un salaud reste un humain à la base et contrairement au début où Cabiria avait presque fini noyée, celui-ci aura de profond remords lors du passage à l'acte et renoncera à tuer la jeune prostituée (on échappe aussi à l'eternel sordide que bien des cinéastes complaisants n'hésitent pas à vouloir nous montrer, sans finesse. Ouf, merci Fellini) avant de s'enfuir avec l'argent.

Pour ce film, Fellini et Pasolini, à l'aide pour le scénario, n'hésitèrent pas à enquêter dans les bas-fonds de Rome parmi les prostituées et l'on sent une certaine touche Pasolinienne dans le traitement de la langue et l'argot employé par les prostituées. C'est aussi un film qui, après Il Bidone, remet une nouvelle fois en cause la religion, plus précisément à travers la manière dont l'église l'emploie à l'heure actuelle. Ainsi, si les 3 arnaqueurs (bidonneurs) du film précédents se déguisaient en prêtres pour flouer les paysans les plus pauvres, ici l'on assiste à une procession religieuse finalement vécue comme un simple rituel au grand désespoir de Cabiria, la seule à sans doute encore avoir véritablement la foi et espérer changer sa vie. Avec ce film, les autorités religieuses commencent à lâcher Fellini dont elles pouvaient encore (comme nombre de films italiens de l'époque) financer les oeuvres auparavant, sentant le cinéaste critiquer de plus en plus ouvertement le rôle de l'église et ses méthodes, s'apparentant plus à un spectacle son et lumière pour rameuter à elle de plus en plus de fidèles. Et ça se vérifiera effectivement dans La Dolce Vita juste après où dans l'ouverture du film, on hésite pas a transporter la statue du Christ en hélicoptère ! smileuh

Un Grand film, assurément, aussi bon que Il Bidone et La Strada.

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mardi 8 septembre 2009

The Witches (Nicholas Roeg - 1990)

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"Pendant des semaines ils cherchèrent. Ils cherchèrent à des kilomètres alentours. La région entière fut ratissée. Mais jamais on ne trouva le corps d'Erica..."

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"Puis, 6 mois après sa disparition, je fus invitée à un goûter chez ses parents. J'étais la meilleure amie d'Erica quand le drame se produisit. Sa mère avait préparé des biscuits et quand son père entra dans le salon, il s'arrêta net devant nous. C'était comme si il avait vu un fantôme..."


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Avec le temps passant, la Erica du tableau grandit, change de place, effectue diverses actions. La mélancolie et l'âge s'emparent lentement d'elle...


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Méfiez-vous des sorcières....

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mercredi 25 mars 2009

Manhattan

"Rhapsody in blue" de Gershwin à télécharger (format m4a - itunes) et écouter avec la chronique.


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Isaac, humoriste à la télé new-yorkaise, sa vie, ses amours dans une déclaration émouvante de Woody Allen à sa ville favorite. Partagé entre son métier de   scénariste télé pour émission idiote,   sa vie avec une ravissante lycéenne, qu'il pense trop jeune pour lui,   et sa mésentente avec son ex-femme qui compte publier un   livre sur leur vie conjugale passée, Isaac Davis mène une vie des plus tumultueuses… Un jour, il rencontre   Mary, critique snob et suffisante dont il tombe lentement amoureux…

Remercions le cinéma pour nous offrir des moments aussi magiques. Mais aussi les cinémas de quartier parisien puisque lundi soir, j'étais à l'Action Ecole pour réaliser l'un de mes rêves, me voir Manhattan sur grand écran, enfin ! Evidemment, je l'avais déjà vu dans de nombreuses conditions dont une première fois mémorable en VHS à une heure tardive grâce à un prof d'anglais passionné, mais comme on dit tous, rien ne vaut le passage en salles. Une légende qui a la vie dure, surtout si comme lundi soir, on est en face d'une copie de qualité très moyenne, au son qui baisse et devient presqu'inaudible avec de nombreuses taches sur la pellicule qui laissent accuser son âge. Mais ce n'était décidement pas ça qui allait rabaisser ce mythe dont la magie restait encore pleinement vivace, 30 ans après.

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Tourné en 1979 donc, cette ressortie n'est pas innocente même si elle s'effectue un peu en cachette, à la dérobée me semble-t-il hélas (dépêchez vous de voir --et revoir-- le film si vous en avez l'occasion). Je feuillette peu la presse cinéma actuelle mais je doute d'avoir vu une quelconque publicité pour le film, ce qui se vérifiai au vu du public de la salle. Une dizaine de personne seulement mais de tous âges et tous bords, ouf. La cinéphilie vaincra !

Trève de bêtises, penchons nous sur le film et surtout, au délà des histoires de couples de l'élève Allen sous influence du maître Bergmanien (dont le New-Yorkais n'hésite pas à dire que c'est son réalisateur préféré --ce qu'on peut comprendre. Personnellement j'adore le regretté suédois aussi), c'est surtout l'occasion de voir une fascinante construction de mythe à l'oeuvre. Mythe d'une ville que le cinéaste capture dans une nostalgie rétro de 3 belles manières : d'abord le noir et blanc du directeur de la photographie Gordon Willis, tout simplement fabuleux, à la fois tranché et net (les séquences dans le planétarium, inoubliables) qui laisse passer une belle teinte de gris légers.

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Ensuite des plans presque documentaires au sein de la fiction d'une ville continuellement bourdonnante de vie : bien sûr l'introduction avec la voix-off d'Allen mais aussi bien d'autres où même les personnages du film deviennent intégrés eux-mêmes, j'en veux par exemple cette image mythique où Isaac et Mary (Diane Keaton) sont sur le banc et attendent les premières lueurs de l'aube, le tout porté (comme pour les nombreuses séquences dites "documentaires") par la musique de Gershwin.

Enfin, la musique de Gershwin bien justement qui ancre le film au délà de la référence temporelle actuelle (1979) pour l'inscrire bien au délà, favorisant son entrée dans l'intemporel.

  • "D'autres films "nostalgia" dans cette période, réactualisaient et relançaient des musiques plus anciennes et oubliées, parfois sans grand souci de l'exactitude historique. L'arnaque (1973), comédie sociale réalisée par George Roy Hill et située dans le Chicago des années vingt, fait entendre, avec les ragtimes de Scott Joplin que le film rendit mondialement populaire, une musique antérieure d'une vingtaine d'années à l'époque de l'action. (...) Quelques années plus tard, en 1979, dans Manhattan, Woody Allen faisait arranger de même certains titres de Gershwin et les superposait, dans un anachronisme volontaire et nostalgique, à son New York contemporain (bien que ce dernier fut traité dans un noir et blanc stylisé et confiné dans certains quartiers "chics" chers au cinéaste)..." (Michel Chion - "La musique au cinéma")

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Alors oui bien sûr, on ne peut s'empêcher comme le théoricien et compositeur Michel Chion de constater avec le recul que Woody nous emmène en fait dans ses petits coin (le restaurant "Elaine's" au début du film où le cinéaste allait réellement pendant un bon moment) préférés mais celà n'enlève rien au plaisir du film, de cette joyeuse association d'une musique issue des années 20 (1924 pour "Rhapsody in blue") et d'un monde contemporain. Je pense même que celà fonctionne d'autant inonsciemment sans doute car Gershwin était New-Yorkais d'une part, juif d'autre part. 2 points communs de plus avec le sieur Allen et son film qui est du coup, plus qu'un film, plus qu'une déclaration d'amour enflammé à sa ville...

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En fait, à l'image du couple d'amoureux du de l'introduction du film, le film nous met en état transi : comme Woody, on tombe amoureux de Manhattan, on veut y aller, se retrouver dans le film même si celà est impossible. C'est un peu ça la magie du cinéma, non ?

Un jour j'irais à New-York avec toi...

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dimanche 12 octobre 2008

Le mêtier des armes

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Italie - 1526. Le destin de Jean de Medicis, capitaine de l'armée Pontificale de 28 ans chargé de stopper l'avancée Allemande des troupes du général Frundsberg qui marche en direction de Rome pour la détruire.....

C'est ce qu'on appelle être touché par la grâce. J'avais vaguement entendu parler d'Ermanno Olmi, cinéaste peu prolifique mais véritable maître, hélas trop peu connu en comparaison de Fellini et autres Antonioni mais je ne m'attendais pas à trouver là un descendant Italien de Tarkovski, l'égal d'un Malick européen, la surprise n'en est que plus troublante. Olmi filme parcimonieusement avec un montage digne d'un Bresson et une science de la narration hautement complexe mais nullement académique ou chiante. D'ailleurs le film surprend dès le départ car Olmi choisit de nous mettre en condition sans nullement avoir pitié de nous ou nous prendre pour des neuneus-visuels. Ainsi le film commence par les personnages se présentant brièvement à chaque fois dans un décor different et nous exposant avec acuité la situation politique et historique du pays. Et d'une part avec la langue de l'époque, hautement soutenue et distinguée; d'autre part, dans une reconstitution hallucinante de réalisme tant dans les costumes que décors.

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Là bas en 2001, le film a d'ailleurs remporté nombreux David (l'équivalent Italien des oscars) notamment pour les costumes et décors, c'est dire. Et comme si celà ne suffisait pas, Olmi soigne aussi l'image avec un rare soin, construisant à plusieurs reprises de véritables cadres-peintures qui rendent hommage non seulement à la Renaissance, mais amplifient encore plus la portée sociale qu'on pouvait alors voir dans les peintures de Vermeer, Van Eyck, Rembrandt, Bosch et bien d'autres. Tout en oubliant nullement la dimension humaine restituée à sa vraie échelle : les batailles ont à peine une centaine d'Hommes et pour éviter de nous embrouiller, on a même droit à une carte des régions, aussi digne que la gravure d'un Malick au début du Nouveau Monde ou plus près encore de nous, des tracés aventureux d'un Indiana Jones, rendant toujours aussi clair et passionnant le récit de la chute d'un Homme au moment où la technologie humaine fait un nouveau bond de plus.

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La technologie qui évolue prodigieusement et justifie le mêtier dangereux et sans répit de Jean, c'est donc bien évidemment les armes, notamment l'emploi des premiers canons légers facilement transportables avec leurs grosses roues. Olmi en profite justement pour s'attarder à un moment à la construction puis l'emploi sur une cible artificielle d'un boulet de canon. Plus tard en une courte séquence où un blessé gît agonisant, on pourra rapidement voir l'effet sanglant et destructeur de ces nouvelles armes (on voit un bout de moignon ensanglanté digne des plus beaux films gores. Efficace, net, precis) qui vont changer radicalement ce siècle et achever la vie de Jean de Medicis : Si la première partie s'attarde sur sa dure vie de stragtège guerrier délaissant malgré lui épouse et maîtresse (le personnage féminin le plus beau et complexe de ce film qui tente même de le rejoindre sur le champ de bataille uniquement par Amour dans un monde et un temps où les sentiments et la Foi occupaient une place des plus importantes : loin de nourrir du remord, Jean pense néanmoins mélancoliquement à son épouse et sa fille loin de lui, au coin du feu dans une composition digne d'un grand peintre) pour remplir sa dure mission de croyant (à noter que "la foi" n'est nullement tournée en ridicule ici, ni même bêtement appuyée par des effets grossiers d'Ayatollahs Hollywoodiens post-11.09.2001. Ici la foi est plus qu'une croyance, un mode de vie de l'Homme, ce qui rejoint la conception profondément humaniste qu'en nourrissait Andréï Tarkovski dans la majeure partie de son oeuvre), la seconde partie traite de l'agonie des 5,6 derniers jours que va vivre le jeune homme, mortellement blessé par un boulet de canon.

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Plus fort que du Vermeer...

C'est dans cette seconde partie que l'oeuvre prend un envol profondément romantique et métaphysique. Jean, sur son lit de mort repense à sa vie, son épouse, le décor environnant, le bal/soirée où il rencontra sa maîtresse qui fut séduite par sa loyauté et sa bravoure lors d'un tournoi de lances tandis que des médecins s'affairent vainement autour de lui pour le sauver. A quoi pense un homme dans les derniers instants ? A t-il vécu pleinement sa vie ? Au spectateur de trouver, Olmi lui filme un vent surréel faisant partir les convives tandis qu'un voile de vêtement féminin plane, cachant dans une alcôve une histoire d'amour sans suite. Etonnamment, la reconstitution n'est pas qu'historique, elle est aussi sociale et plus que de beaux costumes et des décors formidablement réalistes, on peut voir une étonnante reconstitution des comportements et moeurs de l'époque. La séduction, la galanterie, la bravoure, les mariages d'intérêts de familles, la noblesse, l'Amour, tout est traité avec une modernité, une intelligence et une finesse qui laissent rêveur. On est loin des dialogues abrutis des Visiteurs, ce qui n'empêche pas Olmi de dresser un constat noir des bassesses inévitables de l'Homme. Si la barbarie montrée à de rares moments s'avère moins excessive qu'un Verhoeven de La chair et le sang (ce n'est d'ailleurs pas ce qui interesse Olmi, il se situe sur un autre plan d'intérêt), on constate avec une certaine aciduité que l'Homme n'a guère changé après tous ces siècles.

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On peut légitimement parler de Chef d'oeuvre d'un réalisateur injustement trop méconnu de nos jours.

 

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samedi 26 juillet 2008

Rois et Reines

kingandqueen  Si vous avez regardés un peu mon "bilan" très nimportenawak, vous avez donc dû voir que j'ai plus qu'apprécié le film de Desplechin. Je suis en général très regardant sur nos propres films, considérant qu'après la "révolution" de la Nouvelle Vague, quelque chose à été pris en compte, cette très large politique des auteurs qui, en grande partie, a émergée du giron de la revue des Cahiers du cinéma. Desplechin n'y échappe pas, ancien chroniqueur au même titre d'ailleurs qu'Assayas et Téchiné et si on veut remonter encore plus loin, les indispensables parrains que sont Truffaut, Godard et toute la bande de cette fin des années 50 qui ne demandait qu'a exploser à l'écran, ce qu'elle fit pour le bien et le mal du cinéma français, changé à vie.

Desplechin est donc un auteur au sens propre et son film (son cinéma) s'avère donc plus que riche, de cette richesse dont on fait les grands vins, les grandes fresques, les bons jeux vidéos cultes ou les films qui 40 ans plus tard ne prennent nullement une ride. Dois-je donc désigner ce film comme un chef d'oeuvre au vu de l'éloge sur laquelle je m'engage ? Certes non. Mais par là même, je tenais à vous faire part de ma joie. Joie en grande partie dû donc à la richesse du film, son style alerte, sa narration, les astuces dont Desplechin peut se servir, et surtout son intelligence. On ne le dit jamais assez, donc je vais le faire radicalement et d'une manière certes assez extrêmiste : en général, le cinéma Français est stupide. Parce que depuis 1959 et Les 400 coups (*) + A bout de souffle sans oublier avant celà des génies épars et trop isolés (Renoir, Bresson, Cocteau...), le cinéma français n'avance pas. N'avance plus. Ne reste donc qu'une poignée d'auteurs, de vrais auteurs (**), des grands, des rieurs, des gouailleurs, des gens qui ont le sens des mots, ces mots bien français, ce vocabulaire dont même les américains nous envient. A votre avis, quel est le meilleur moment de cet incroyable nanar (***) qu'est Matrix Reloaded ? Pas les cascades et affrontements dont le gamer (et j'en suis un) sait horriblement bien que c'est pompé sur un bon vieux Tekken ou Street Fighter des familles (****), non. Tout bonnement ce passage surréaliste au possible où dans un Américain très bon pour un frenchy, notre Lambert Wilson adoré se lance dans une tirade de jurons en français tellement grotesque qu'elle en devient passionnante.

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Rois et Reine donc, est un vrai film. Un vrai film Français, de cette intelligence et de cette subtilité dont on peut en être fier. Et non, ce n'est pas un film français au sens où les autres films français courbent l'échine et ne donnent plus qu'une soupe, toujours la même au spectateur (pour les non-convaincus, lisez le rapport de Pascale Ferran). Résultat, le cinéma français s'enlise et va de plus en plus mal, mais là, je conviens que je schématise. Revenons au film de Desplechin pour ce qui ne devait être au départ qu'une chro de fond de tiroir ne deviennent en fait une véritable chronique, emporté par ma décision de défendre ce film, bec et ongles. Donc, un film doué de plusieurs niveaux de richesse. Déjà dans son histoire qui entrecroise une femme (une Reine) et plusieurs des hommes qui gravitent autour d'elle (les Rois) : enfant, ancien amant, père, nouvel homme dans sa vie. Le ton est donné, par ces qualificatifs de noblesse, chacun des personnages est amené à avoir une certaine profondeur qui les place nettement au dessus de la foulée (comprendre : ce à quoi nous ont habitués les films français de ces 20 dernières années). Desplechin ose, au point de laisser le spectateur sur la route (dans ces raccords très brusques au montage, on est surpris par le ton dès le départ avant de s'y habituer par la suite). Notre cinéaste veut évoquer un rêve ? Il place des images d'archives pour illustrer celà en plein dans le film avec une brusquerie réjouissante. Un poème de Yeats se rattache à la situation présente ? Il sera dit par la bouche même d' Amalric avec même un sous-titrage en dessous pour montrer le sens et le jeu de mot provoqué.

Et encore plein de choses d'une créativité, d'une subtilité et d'une inventivité au service du film que je n'ai vu que jusqu'alors dans le cinéma français que..... dans le cadre de La Nouvelle Vague. Et peut-être aussi dans Dans Paris ou d'Honoré hélas ne tente que recréer servilement à notre époque tout ce que La Nouvelle Vague a déjà livré voilà plus de 40 ans (n'hésitant pas a reprendre des idées et cadrages issus de chez Truffaut et Godard), ne faisant marcher le film que par petits bouts en plus d'un début franchement détestable (j'avais envie de donner une bonne paire de claque à Duris). Rois et Reine va largement (et heuresement) beaucoup plus loin en ce sens que contrairement au film d'Honoré, il y a un respect du public qui consiste à prendre ce dernier pour quelqu'un d'intelligent. Une démarche assez proche du cinéma de Truffaut au fond, je cite :

  • "La critique est catastrophique, tout comme l'accueil public (*****). Pensant sauver le film, Truffaut décide de retirer toutes les copies et de le raccourcir de 15 minutes. Cette autocensure, étonnante de la part d'un auteur, témoigne d'une humilité sincère : "L'idée de faire perdre de l'argent à autrui m'est insupportable. J'aime assez mon travail pour le croire interessant, pas assez pour le croire indispensable ou irréprochable." (Extrait du livre : François Truffaut par Cyril Neyrat aux éditions Le monde/Cahiers du cinéma.)

  En cette phrase, Truffaut rejoint Sartre et l'idée que "Tout homme qui se croit indispensable est un salaud". Desplechin ne se croit pas indispensable mais il veut faire accepter ses idées et il le fait avec une sincérité énorme qui manque à bien d'autres films ou auteurs d'aujourd'hui (dont Honoré pour moi). Donc, Rois et Reine n'est nullement nombriliste, bien au contraire et si l'oeuvre peut paraître hermétique, c'est parce qu'elle rayonne de l'intérieur et que les rayons sont tout bonnement dardés sur notre rétine. Accepter ces rayons, c'est accepter humblement ce que nous propose ce fou de Desplechin.

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Ensuite, l'autre raison de voir ce film, ce sont les acteurs. Si Emmanuel Devos peut légitimement faire grincer des dents (bon, ok, elle n'est pas aidée non plus par le rôle mais quand même ... Niveau jeu d'acteur, c'est guindé, peu naturel, elle se force presque. Et sa voix ! Autant la voix de souris de Mariel Hemingway dans Manhattan ne me gênait nullement et entretenait un charme supplémentaire, autant là.... ça bloquait....), on est content de trouver dans un second rôle Catherine Deneuve mais surtout, l'énorme, le géant, Mathieu Amalric, qui casse tout sur la barraque et emporte le film vers les sommets. Amalric, disons le franchement est formidable dans ce rôle de macho non dénué d'humour et de cervelle, volontairement provocateur (j'étais plié de rire en l'entendant parler des femmes devant une Deneuve-psychiatre atterée), enjoué, montagne d'énergie à la fois régressive et bigrement intelligente (le monologue quasi-final de l'épilogue entre Amalric et le fils est un morceau de bravoure à lui tout seul), un modèle clairement. Un grand, très grand acteur. Quand je le vois bouger, je pense au débridé Klaus Kinski dont le jeu hypertrophié pouvait paraître grotesque mais qui faisait partie de la vie même de l'acteur. Amalric est pareil : quand il joue, il vit, sa présence illumine l'écran.

Oui, je lui dresse un pont en or, je lui déclare mon amour enfiévré mais croyez-moi, cet acteur est immense. Les autres à côté de lui s'effacent. Déjà grand dans un rôle secondaire chez Spielberg (je me demandais qui était cet acteur que je trouvais très bon dans Munich) où il éclipsait sans mal Attal et Kassovitz, le film de Desplechin lui permet de faire éclater son talent avec un naturel incroyable. D'ailleurs, Amalric est le grand méchant du prochain James Bond avec Daniel Craig. Je ne vous cache pas que j'irais rien que pour Amalric, c'est dire. Quand à Desplechin, je regrette d'ailleurs d'avoir loupé son "Conte de Noël" terriblement réjouissant où l'on retrouvait Amalric et Deneuve. Bref, un acteur et un cinéaste à suivre de très près.

Et dire que je voulais faire de mini-chroniques rapides par manque de temps et d'un mal de tête assez prononcé (je ne supporte pas la chaleur alors avec ce temps je suis gâté, d'où des migraines et le fait que le blog soit un petit peu vide en ce moment, désolé) et voilà ce que j'obtiens. Tss, tss, je suis pas sérieux.


(*) Il faudra bien que j'en parle de celui-là un jour ici. Et message pour Benoît, moi je lui met 5/5 aux 400 coups hein ! :)

(**) ... Pialat, Audiard, Blier, Assayas, Kahn, Ferran, Desplechin....

(***) ... si, si Matrix Reloaded ne brille pas spécialement pour moi par ses qualités narratives mais son degré comique hautement prononcé. C'est très drôle Matrix Reloaded hein. D'ailleurs toute la trilogie Matrix peut être vue au second degré, je vous assure. Rigolade garantie. Spécialement sur Matrix Revolutions.

(****) Disponibles sur de bonnes vieilles consoles à pixels que sont la mégadrive, la playstation 1... Si vous ne voyez pas le parallèle entre le film et les jeux vidéos de combat, je vais vous aider, il n'est pas dans les prises mais dans les mouvements de caméra qui restituent pleinement "l'aire de combat" comme dans un jeu vidéo. C'est tout particulièrement flagrant dans Matrix reloaded pour le combat sur le camion : la caméra tournoie légerement en un mouvement de spiral qui nous présente "l'arène" comme dans certains jeux de combats. Quand j'ai vu ça, j'ai hurlé.... d'énervement.

(*****) Passage tiré du livre à propos des "Deux anglaises et le continent", superbe Truffaut très Bergmanien dans sa seconde partie où le cinéaste se fait une joie de ne rien nous épargner tout en gardant le délicieux climat romantique imbibant la première partie du film. Surprenant Truffaut que j'ai vu il y a quelques jours et grandement aimé.

Prochains films français que je chroniquerais ici : 2 films de François Truffaut tiens. Et pas des moindres.... A suivre donc.

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samedi 15 mars 2008

Code 46

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William est envoyé à Shanghaï pour enquêter sur une affaire de fraude dans la succursale locale de la compagnie d'assurance pour laquelle il travaille. Maria, l'une des employées, est suspectée de falsifier les "papelles" (sorte de condensé de pièce d'identité, d'assurance et de carte visa) et d'ainsi permettre aux habitants des sub-cultures de pénétrer illégalement dans les villes industrialisées. Pour faciliter son enquête, on injecte un virus empathique à William qui lui donne la possibilité de lire les sentiments de ses interlocuteurs. Contre toute attente, William tombe amoureux de celle qu'il est chargé de démasquer....

Un film de science-fiction mi histoire d'amour, mi-enquête policière, mi-drame se positionnant dans la lignée d'Antonioni et Wong-Kar Waï mais dont le design racé et élegant le nommerait lointain cousin de Blade Runner(*) et Minority Report, ça existe ? Oui, et ce film, même si il n'atteint pas l'excellence de ses 2 grands-frères en est une belle preuve (et un bon film qui plus est).

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Que celui qui ne pense pas à 2046 sorte de cette salle.

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Que celui qui ne pense pas au sublime design d'un Minority report sorte de cette salle aussi. Laughing

Se basant dès le départ sur une loi (le code 46) sur les problèmes génétiques dans un futur proche, sans doute planifiée pour éviter les problèmes de surpopulation, le film interroge grandement les rapports amoureux mais aussi pose en évidence les races, le tiers-monde (on fait clairement une distinction entre le "monde libre" où tout est possible mais pas d'assurance et la possibilité de chopper une saleté à la moindre erreur et la société hyper-sécurisée par exemple d'un Shanghaï dans quelques années où le confort, les plaisirs faciles (drogue entre autres) sont accessibles pour tous. Qu'ont ils à perdre vu qu'ils ont tous une couverture sociale et du moment qu'ils n'enfreignent pas le code 46 ?...) face aux pays industrialisés où l'eugénisme, la natalité, la jouissance sont plus ou moins contrôlées. Que faut-il opter au final : La sécurité et le confort dans une jolie prison dorée ou le risque et l'inconnu mais la liberté totale ?

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"Le code 46" est donné dès le début du film. Si vous êtes fatigués ce soir, passez votre chemin.

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Dès le générique, le titre change de langue à plusieurs reprises à l'image de ce futur où l'anglais, langue officielle, à intégrée en elle-même de nombreux bouts de dialectes issus d'autres pays, dont le français, l'espagnol, le chinois, le japonais, l'italien ou l'Allemand. Toujours à l'image du film qui donne à voir un futur constitué de différentes composantes, les comédiens viennent de nombreux pays à la fois (c'est assez étonnant) : Samantha Morton (qui jouait un an avant dans "Minority Report" et à là aussi les cheveux vraiment coupés courts. Je ne pense pas que ce soit un hasard que Winterbottom ait pris cette chère Agatha et entre-nous, ça me fait même plaisir Smile ) est anglaise, Tim Robbins est américain, Jeanne Balibar (un des nombreux seconds rôles du film) est française, Om Puri vient d'Inde...

Celà me fait penser à Babel (la tour, pas le film, encore que ceux qui l'ont vu me comprendront sûrement). On sait que Dieu pour punir les hommes d'avoir voulu trop se rapprocher de lui (il est jamais content Dieu au fond. Il dit qu'il faut s'aimer les uns les autres et penser à lui et après, il s'énerve pour un rien, tss, tss...) à crée différents langages pour qu'ils ne puissent plus se comprendre et arrêter leur construction. Ici, les grattes ciels de cette Shanghaï futuriste montrent bien le travail fini. Les différentes langues réunifiées sous la bannière de l'Anglais ne gênent nullement le quidam moyen. Alors la punition divine est tout autre et sans doute que là (je ne suis pas croyant au passage), Dieu punit les Hommes d'avoir trop joués avec la génétique. Ce fameux code 46 interdit en fait toute relation entre un humain et l'un de ces clones ou parents éloignés mais proche du point de vue du code génétique et si deux clones viennent à s'aimer, alors là...

Si violation du code 46 il y a, le gouvernement s'autorise légalement d'intervenir sur vous sans que vous ayez votre mot à dire. Effacement (on ne dit pas "avortion", tout comme on dirait "retrait" pour parler de l'élimination des réplicants de Blade Runner. Joli euphémisme...) du bébé, effacement de l'homme ou de la femme que vous aimés de votre mémoire. Et au cas où vous le retrouveriez par hasard, on vous a conditionné bien profondément pour commettre l'irréaparrable... Sait-on jamais, hein. Shocked

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Les restrictions budgétaires (tout le film est fait en indépendant) n'empêchent pas les bonnes idées pour dépeindre un futur accessible et séduisant. Papelles-cartes qui regroupent plusieurs papiers d'identités, Fenêtres qui font office d'écran de télé (cf photo. Je sais pas vous, mais ça me fait penser aux écrans/fenêtres de Total Recall...) mais aussi de stores invisibles, écrans plats proches de Minority report (les comparaisons s'arrêtent là, vous aurez remarqués que ce n'est pas exactement les mêmes films malgré les points communs)... La photo est magnifique de plus et les différentes inspirations s'avèrent bien digérées (j'évoquais Wong-Kar Waï parce qu'en plus d'une certaine esthétique par moments, on a aussi des ralentis et accélérations que j'ai retrouvé aussi chez le réalisateur d'In the mood for love et 2046). Après, si vous recherchez de l'action pure, préférez Minority report hein. Laughing

Code 46 se veut un agréable film, à mi chemin d'une romance, de questionnements et d'enquête sous couvert de Science-fiction et sans être un chef d'oeuvre, se révèle une perle des plus agréables.


(*) - Je viens de remarquer qu'il emprunte, clin d'oeil référentiel de plus, la voix-off de Samantha Morton à Blade Runner (la première version de 1982, disponible dans le coffret 5 dvd). Sauf qu'ici c'est inversé : Ce serait plutôt la réplicante poursuivie qui se livre continuellement en voix-off. Troublant mais séduisant au fond. Je suis contre les voix-off souvent mais ici, ça marche bien.



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samedi 28 juillet 2007

Le soleil

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Eté 1945 : Le Japon est occupé. "Le Soleil" retrace les événements intervenus entre deux décisions historiques prises par l'empereur Hirohito : la reddition sans conditions de son pays face aux Alliés et la renonciation à son ascendance divine. Il reconstitue des scènes de la vie quotidienne de l'empereur, évoque la rencontre de deux personnages que tout oppose, Hirohito et le général MacArthur. Sans forcer l'empereur japonais à prendre des mesures spécifiques, sans le menacer, sans l'humilier, le général américain finit par obtenir ce qu’il veut.


C'est assez étonnant que ce soit TF1 vidéo qui édite le film de Sokourov chez nous. C'est même assez étonnant quand on s'aperçoit que le film même si il ne brille pas par un portage technique (on a juste la version originale sous-titrée en français et c'est tout ! Même pas de piste russe...) est par contre rempli de bonus (dont deux des plus intéressants sur lesquels je reviendrai en détail après) a foison des plus intéressants ! Tandis que sur Kill Bill chez le même TF1 vidéo, le son est porté par différents moyens sonores (5.1 et DTS par exemple) mais côté bonus c'est du pauvre de chez pauvre où on frôle presque l'autocongratulation (même ce pauvre Quentin Tarantino semble plus intéressant en interview papier !).

Bref deux poids, deux mesures, mais qu'y pouvons nous ? Tant que les éditeurs continueront de prendre les spectateurs comme de pauvres moules sous-affamées accrochées a leurs rochers, ça restera comme ça...


Mais même avec de faibles moyens techniques, rien ne pourrait altérer la portée de cet immense film qu'est Le soleil.
D'abord ce film est grand parce qu'il voit petit, au sens positif du terme. Sokourov choisit d'éviter le spectaculaire en montrant humainement, humblement, un dieu vénéré qui, après tout, au fond de lui, aurait plus aimé qu'on le traite en homme. Quand bien n'y fait, il essaye de faire comprendre son statut à ses serviteurs, ceux-ci ne le comprennent pas. Après tout, comment pourrait on changer plus de 1000 ans de culture japonaise où l'on conditionne un peuple a croire que l'empereur est théoriquement le descendant de la grande déesse Amaterasu (qui créa le soleil pour les japonais si j'ai bien compris...) ? Hiro-Hito (formidable acteur qu'est Issey Ogata : Il ressemble presque traits pour traits à l'empereur !) semble donc isolé, retranché, perdu tel un enfant dans un monde qui le dépasse, où tout le monde semble a ses pieds. Presque innocent dans quelque chose qui ne le concerne pratiquement plus (il le dit lui même dans le film, les décisions de guerre telle que Pearl Harbour ne sont pas de son fait...!).

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Sokourov filme sur un rythme contemplatif  la lente déchéance de l'empereur sur 2 parties (le retranchement dans le bunker puis l'abdication de tous les pouvoirs), ce qui risque de faire fuir une grande partie de la population, peu réceptive a cette manière de filmer en suspension, hypnotique. Ils auraient bien tort ! Car en dehors de son rythme lent (donc, je précise que le film n'est absolument pas a regarder si vous êtes très fatigué. Ah non.), le film en plus de son grand humanisme et de la compassion dont il fait preuve pour le dernier dieu vivant Japonais (son fils, l'empereur actuel japonais n'a pas tout à fait les pleins pouvoirs a ce point) dans la quadrilogie de Sokourov (les autres films sont Taurus et Moloch et parlent respectivement d'Hitler et Staline. Le 4e est en préparation et serait, selon le réalisateur russe, sur Faust) se dote en plus d'un tournage en haute définition au numérique en plus de retouches plastiques sur ordinateur à certains momens.

Le résultat est d'une beauté désincarnée à tomber à la renverse qui atteint son apogée dans les rares scènes extérieures de nuit, voire la scène du rêve de l'empereur, hallucinée où des avions en forme de poissons-chats balancent des bombes poissons. Une scène malheuresement trop courte mais hallucnante a tous points de vue.

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Ce qui surtout ici, intéresse le réalisateur russe, c'est la condition de l'homme, ou plutôt de ce dieu vivant qui doit abdiquer au final pour renoncer a son ascendance divine. Le prix en retour est dur à payer : le pays est ébranlé, c'est définitivement la fin pour les japonais mais à ce prix, un être redevient humain et peut désormais retrouver sa femme et tenter de mener une vie paisible a laquelle il aspirait plus que tout.

Merveilleux film. Complexe certes mais d'une rare fragilité et d'une grande beauté.
Et quand on l'a fini, il revient vous hanter, par fragments épars.
Par rayonnements.

Ce soleil, maintenant, c'est le nôtre. Intérieur.

Et bonux, le trailer (somptueux aussi) pour vous donner une idée :


Posté par Nio Lynes à 22:35 - Dé(s) corps... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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