dimanche 13 septembre 2009
Manhunter (Michael Mann - 1986)
A récupérer et écouter avec la chronique : "Dreams" de Klaus Schulze, morceau à l'ambiance très proche du "Freeze" du même Schulze qu'on retrouve dans le film de Michael Mann.
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A noter que cette bande originale n'existe pas réellement. Devant le peu de résultats, la MGM ne sortit aucune véritable édition de l'OST du film, pour le plus grand regret de millions de cinéphiles.
Will Graham est l'un des experts-légistes les plus habiles du F.B.I. Il excelle dans l'art de reconstituer à partir d'éléments quasiment inexistants le profil d'un assassin. Mais son "sixième sens" lui a valu de frôler plusieurs fois la mort. Alors qu'il est retiré depuis trois ans, un ancien collègue, Crawford, vient le relancer pour une affaire qui s'annonce complexe : deux paisibles familles de Birmingham et Atlanta ont été, à un mois d'intervalle, sauvagement massacrées par un "tueur de la pleine lune"...
4e film de Michael Mann après The Jericho Miles (1979. C'est un téléfilm mais je le désigne comme premier film, allez), Thief (alias "Le solitaire" dont j'ai déjà parlé ici, 1981), l'introuvable et mystérieux The Keep (1983), Manhunter fut un flop à sa sortie comme de nombreux autres grands films qui, le temps faisant bien les choses, se retrouve largement mieux réévalué aujourd'hui. Tout comme The Thing et Blade Runner, autres flops des années 80, aujourd'hui films cultissimes. A ce titre, Manhunter est lui aussi un film brillant (même ceux qui n'aiment pas Michael Mann le disent, c'est un signe !) et s'avère près de 23 ans après sa sortie un film toujours aussi passionnant, sans doute l'un des meilleurs thrillers des années 80 (avec le "To live and die in L.A" de William Friedkin). C'est aussi un film où Mann creuse de plus en plus ses explorations d'un cinéma du ressenti et assoit définitivement son style, n'hésitant pas à génialement expérimenter et se mettre en danger, quitte à faire décrocher le spectateur.

Après le Bleu Klein, les bleus Mann. (cliquez pour agrandir). -capture 1.
Evidemment, c'est cliché de le dire car c'est devenu un fait connu, une patte essentielle chez Mann mais, à quoi reconnaît on ses films ? Eh bien, ils sont bleus. Blague à part, la dominante bleutée des néons des 80's est devenue chez le réalisateur une couleur véritablement personnifiée qui traverse une majeure partie de sa filmographie (et ce n'est pas un hasard si l'on retrouve Dante Spinotti, directeur photo de Manhunter sur... Heat.). Ceux qui n'ont pas aimés Miami Vice en invoquant cette couleur prépondérante devraient penser à revoir l'intégralité des films de Mann donc puisque c'est un style déjà là en fondation. Le réalisateur n'a fait ensuite que l'aplanir, la creuser (magnifique utilisation de la HD à partir de Collateral), tout comme ses films sont plus que des polars ou des thrillers mais des variations de ceux-ci qui creusent des thèmes chers au réalisateur (la discussion entre Pacino et De Niro dans Heat n'est de fait pas gratuite, elle ne fait qu'amplifier la profonde ressemblance des personnages qu'ils incarnent, seulement stoppés par la frontière du camp incarné --flic ou gangster. Tout comme ici le profiler Will Graham tend à se rapprocher de plus en plus du tueur qu'il recherche).

Des paysages, des plans comme des peintures. (capture 2)
Ici, dans cette première adaptation du roman "Dragon rouge" de Thomas Harris (la seconde étant l'espèce de remake n'importe quoi de Brett Ratner en 2002), premier volet de la saga d'Hannibal Lecter (respectivement après viennent "Le silence des agneaux" --Jonathan Demme-- et "Hannibal" --Ridley Scott--), on peut dire que Mann a une totale maîtrise de ses moyens et l'on retrouve déjà ses plans contemplatifs sur le paysage. Des plans traités comme des peintures tant la composition et les cadrage semblent quasi-parfaits. Le tueur en série, Francis Dollarhyde (excellent et véritablement inquiétant Tom Noonan), surnommé tant "Dragon Rouge" (par lui-même) que "La dent vicelarde" (par les policiers) agit à chaque nuit de pleine lune, c'est l'occasion pour Mann de magnifier les élèments à chaque fois qu'il le peut sans que celà ne soit gratuit. Soleil, mer, étoiles, lune (en poster, photographie murale chez le tueur --à moins que ce ne soit le sol de Mars ?--, en reflet), herbes; le réalisateur entremêle tout en y ajoutant un certain mysticisme dosé qui ne fait jamais sombrer le récit mais y apporte une dimension et une profondeur supplémentaires (le signe chinois aussi pièce de mah-jong qui symbolise le dragon, la peinture de Drake, la scène avec le tigre).

Des architectures immenses qui emprisonnent l'humain et sa solitude. (capture 3)
Flou et netteté, impressions ressenties par la subjectivité de Will. (capture 4).
Face à l'insaisissable Dollarhyde se dresse le profiler Will Graham (excellent et habité par le rôle William Petersen) dont Mann filme constamment le ressenti par de multiples plans subjectifs (capture 4) ou mentaux comme cette scène où Will, se plaçant dans la tête du Dragon Rouge voit sa victime et la symbolisation de son désir par des yeux et une bouche qui irradient littéralement de lumière (capture 5, image de gauche). Une idée reprise quand le tueur idéalise un acte d'amour inexistant chez la personne qu'il aime qui le mènera à une jalousie véritablement destructrice. Là aussi le désir, où l'image que Dollarhyde s'en fait immerge l'écran. Normal pour qui a toujours voulu être aimé de voir en l'amour quelque chose qui transcende tous les idéaux possibles même si c'est, chez le tueur, quelque chose qui annonce littéralement un massacre.

Stylisation : le surgissement du désir. (capture 5)
Massacres que Mann jette habilement en hors-champ, laissant planer par la suite un malaise constant face à ce tueur pathétiquement humain, trop humain (ce qui ne signifie nullement qu'il faille le prendre pour un saint, loin de là...) et ce profiler qui se rapproche lentement de celui qu'il poursuit, ce qui donne lieu à une très belle scène de confrontation père-fils dans un supermarché où Will explique qu'il n'est pas malade dans sa tête, qu'il est guéri. Seulement, à son fils qui lui demande si il arrivera à arrêter le tueur, le profiler ne peut qu'affirmer qu'il n'en sait rien. Rien n'est acquis d'avance, on ne construit qu'avec les pièces qu'on a. C'est ce que fait Will en ratissant tous les champs d'investigation possible, livrant au spectateur une enquête passionnante où, se mettant sur les traces du tueur, il nous emmène littéralement avec lui, ne nous lâche plus.

Sans doute une des meilleures scènes du film. (capture 6)
La réussite du film tient donc à cette enquête comme au style de Mann, ses cadrages, ses plans, ses acteurs (j'ai pratiquement jamais remarqué de mauvais acteur chez le bonhomme), ses choix expérimentaux (les ralentis ne sont utilisés qu'avec Will pour montrer la dilatation du temps qui s'opère en lui dans une action donnée --arrêter une silhouette sur une place, s'élancer contre une vitre-- quand parallèlement le tueur bénéficie de cuts brefs dans le montage lui donnant une rapidité de mouvements presqu'inhumaine --et qui justifie sa démarche de prédateur quasiment félin ne chassant sa proie que suivant un cycle lunaire; l'irradiation de la lumière dans le mental de Dollarhyde), son ambiance (la géométrie de nombreux plans d'architecture qui confine et domine le personnage principal --capture 3) et... sa musique.

Et ici, sans doute un des plus beaux plans de sa carrière. (capture 7)
Chez Mann, la musique, ça passe ou ça casse. On pourra reprocher au bonhomme ces goûts mais l'on comprend que par le rythme et les paroles, les musiques participent complètement à l'impact émotionnel du film. Mann choisit avec beaucoup de soin le morceau sans se soucier de savoir si ce dernier passera le cap des ans ou pas. Evidemment, quand on a un superbe plan final avec une chanson pop 80's "Listen to your heartbeaaaaaat....ooooooooouuuuh" qui fait penser à Phil Collins (même si ce n'est pas lui), on tique. Les dents grincent. C'est un coup à vous pourrir tout un film ça. Pourtant mis à part des saillies musicales inhérentes au bonhomme (et largement compréhensible dans cette optique d'homogénéïsation et d'ambiance générale du film) qui peuvent plus ou moins bien passer, le reste est au poil. Dans les films précédents, il y avait Tangerine Dream et ce n'était pas innocent tant leur rock planant électronique était propre à distiller quelque chose. Ici, on aura Klaus Schulze (pour un morceau composé pour la bande originale de "Angst") et Kitaro et ça colle parfaitement tant leur musique atmosphérique et parfois abstraite n'a pas besoin d'avoir d'autre support (à part certains morceaux, je pense par exemple à "Shadows of Ignorance" sur l'album "Dune" sorti en 1979 ou les vocalises récentes avec Lisa Gerrard, Klaus Schulze n'utilise pratiquement jamais de chanteur) que ce qu'on voit à l'image. On pourrait presque dire que le film est le chant qui se déploie hors de la musique.
Dit comme ça, c'est lyrique.
Mais Mann étant un grand romantique (mais si, mais si, revoyez vous aussi tous ses autres films. L'amour est même LA question centrale qui régit toute une série de rapports et conséquences dans Miami Vice comme Heat ou Le dernier des Mohicans), Manhunter est quasiment un film lyrique.
Et quitte à rester lyrique, c'est presqu'un chef d'oeuvre.
mardi 25 août 2009
De battre mon coeur s'est arrêté
28 ans, Tom semble marcher sur les traces de son père dans l'immobilier véreux. Mais une rencontre fortuite le pousse à croire qu'il pourrait être le pianiste concertiste de talent qu'il rêvait de devenir, à l'image de sa mère. Sans cesser ses activités, il tente de préparer une audition...
Je dois avouer que je ne suis pas spécialement cinéma français et que ma position généralement est des plus radicales : face au nivellement par le bas prôné par les chaînes de télé qui financent une bonne partie de nos films, pour moi le cinéma français est mort. Si cinéma français il existe, c'est en grande majorité les films du passé qu'il faut voir. Nous n'avons plus de Bresson, Truffaut, Melville, Renoir, Carné et les cinéastes actuels français à relever le niveau ne sont plus qu'une poignée face à une médiocrité plus nombreuse. Qu'on ne me cite pas Godard, si le bonhomme a fait partie de la Nouvelle Vague et que je trouve fabuleux ses oeuvres des années 60, par la suite, ça se gâte méchamment, fallait pas avoir les chevilles qui gonfle. Resnais j'adore mais comme Chris Marker, c'est un ovni libre et les deux risquent de disparaître hélas prochainement. Desplechin, je commence à découvrir et c'est grand. On sent chez le bonhomme une volonté de transcender le texte par l'image et un récit à plusieurs niveaux. Mais le gus est seul là aussi, à quoi le rattacher vraiment ? Cedric Kahn, j'y ai cru mais ses dernières oeuvres sont franchement moyennes ("l'Avion"... On était en droit de demander une meilleure adaptation de la génialement traumatisante Bande Dessinée "Charly" de Magda et Lapière (éditions Dupuis). Bon en même temps reconnaissons que l'entreprise était franchement hasardeuse, la BD plaçant déjà la barre très haute). Breillat est médiocre et misérabiliste, heuresement Pascale Ferran remonte amplement le niveau. Besson s'est lui-même plombé le jour où il a découvert qu'il pouvait être scénariste et producteur et commença à nous sortir des histoires de Taxi... Rohmer m'endort, Chéreau j'ai rien vu, Leconte je me méfie, Rozier j'ai vu juste (et bien apprécié) qu' " Adieu Philippine", Jeunet... Boarf, j'aimais bien à une époque mais bon, je sais pas, impossible de vraiment me souvenir d'un long dimanche de fiançailles autrement que par ses scènes très techniques. Un peu le même reproche pour Amélie Poulain qui à la 2135e revoyure me semble une suite de saynètes, scènes techniques formidables et sketchs que seulement le personnage d'Audrey Tautou rattache.
Bref, le constat est maigre. Pour un "Pour elle" ou un "Oss 117" qui surgissent tous les 5 à 10 ans, on doit souvent se farcir des choses pas possibles, parfois de pseudos-auteurs, parfois des jeunes premiers qui essayent de faire plus ou moins quelque chose, sans compter la vague française horrifique récente qui avait visiblement un sérieux problème d'Oedipe avec ses aînés mais n'a franchement rien pu pondre de valable. Frontières ? Humains ? Martyrs ? Sérieusement, se souviendra t-on encore de ces films là dans quelques années sinon dans les bacs de dvd et blu-ray à très bas prix ?
Le cinéma français et les bons auteurs se comptent sur les doigts de la main (bon, 2,3 mains quand même, ne soyons pas chauvins) et personnellement, si il y en a que je trouve aussi fabuleux que Resnais à l'heure actuelle, c'est bien Jacques Audiard.
Jacques, c'est bien sûr le fils de... On ne va pas refaire l'histoire évidemment mais c'est avant tout un grand cinéaste. J'avais auparavant vu "Un héros très discret" (Mathieu Kassowitz y est grand) qui était un sympathique film qui laissait présager de belles choses. De battre mon coeur s'est arrêté (soulignons le très beau titre au passage) montre que le réalisateur va bien plus loin. Cette fois la caméra, quasi nerveuse, colle véritablement à un Romain Duris (que j'avais toujours trouvé moyen et qui se révèle ici tout bonnement grandiose, sa prestation est aussi immense que celle d'un De Niro, un Pacino ou un Dewaere à leurs plus grands moments et c'est pas une blague) qui vampirise et porte complètement le film de bout en bout. Il faut dire aussi que pour ce remake (à la base, Audiard s'inspire du film américain de 1977, "Fingers"), le réalisateur fait lentement monter crescendo et histoire et tension : Par le piano, c'est une rédemption que s'achète Tom et au vu de ses progrès (il n'a jamais vraiment perdu la main mais il lui fallait la retrouver), on a de plus en plus envie de le voir réussir et c'est en celà, ce constat si simple qu'Audiard fait lentement monter le suspens : y arrivera-t-il ? Ou pas ? Basique mais diantrement efficace donc. Jusqu'a changer subtilement le thriller de base en un drame presqu'intimiste avec juste ce qu'il faut de tension de bout en bout pour s'approcher de la frontière et de la rupture. D'ailleurs Duris porte tellement tout le film que les autres comédiens, à part Niels Arestrup très bon, essayent despéremment de suivre l'acteur lancé sur sa trajectoire tel une comète folle sans vraiment y arriver. On est donc content de trouver une Aure Attika (la princesse royale du premier Oss 117 huhu --"faudrait arrêter les noms d'animaux là !") mais comme les autres, elle peine a rattraper le train Duris.
Après, le film a bien sûr quelques petits défauts (par exemple, une fin qui pourrait tomber trop vite) mais ceux-ci sont néanmoins justifiés par le film en lui-même (la fin citée est néanmoins logique car le film est le récit d'un apprentissage et d'une initiation (dans la nervosité certes), Audiard s'intéresse exclusivement à celà et non aux conséquences finales qui se produisent puisqu'elles sont inhérentes au personnage de Duris, sa sauvagerie mais aussi dictée par le film en lui-même. Si Audiard ne s'y attarde pas, c'est parce qu'en grand etymologiste minutieux, c'est l'insecte Duris qu'il essaye de capturer en bocal et non ce qu'il fait). Grand, très grand film, attention.
jeudi 6 août 2009
Croix de fer (1977)

1943. En Crimée, les troupes allemandes ne parviennent plus à contenir l'avancée russe. Seul contre tous, le capitaine Stransky (Maximilien Schell) veut croire en la victoire de la Wehrmacht. Prêt à tout pour gagner la croix de fer, une des plus glorieuses distinctions allemandes, il entre bientôt en conflit avec le sergent Steiner (James Coburn), soldat d'élite à la lucidité implacable...
Croix de Fer (Cross of iron) est le dernier grand film de Sam Peckinpah avant les échecs relatifs des moyens Convoi (1978) et Osterman Week-end (1983), films mineurs (voire médiocre pour du Peckinpah), bouffés par des producteurs impitoyables et un réalisateur ayant sombré définitivement dans l'alcool et la drogue. Il est intéressant de noter que Croix de Fer, son dernier grand film est le seul film de guerre d'une filmographie où le Western et son évolution crépusculaire (Un fossé sépare Coups de feu dans la Sierra de La Horde Sauvage où le grand Sam trouve là son esthétique de la violence qui le fera surnommer "Bloody Sam" --bon, ses accès de colère ont aussi beaucoup joué) se partagent la part du lion. Unique film de guerre donc mais un brûlot monstrueux en forme de gifle dans la gueule du spectateur croyant voir là un énième film de guerre.
C'est sans compter sans le talent de Peckinpah.


Le générique d'ouverture reprend des images d'archives nazies où se colore un fond rougeâtre inquiétant. Comme souvent les enfants, symbole d'innocence comme de cruauté pure (ils ne savent pas qu'ils font le mal --cf, les fourmis et les scorpions que les enfants de La Horde Sauvage regardent mourir avant de mettre le feu-- ni ce qu'est encore la mort) chez Peckinpah occupent une place importante. Ici, ce sont des jeunesses Hitlériennes escaladant une montagne qui ouvre le film.
Avec le personnage pessimiste et fataliste de Steiner (reflet certain de celui joué par William Holden dans La horde sauvage comme celui joué par le même Coburn de Pat Garrett dans Pat Garrett et Billy le kid, parfaits alter-égos du cinéaste lui-même), le film donne le ton et le réalisateur de superposer à des personnages fatigués comprenant parfaitement la défaite en marche (au contraire de l'arrogant aristocrate prussien qu'est Stransky), un filmage réaliste tant dans son fond (on hésite pas à montrer des enfants soldats morts ou des femmes soldates de l'armée rouge --alors que dans les films de guerre, on oublie généralement que parfois les femmes ont eu beaucoup d'importance, et pas qu'en toile de fond pour servir l'effort de guerre) que sa forme (montage serré, caméra parfois à l'épaule, mouvements rapides), sans oublier l'esthétique Peckinpah du ralenti et de son utilsation dans les scènes d'actions ainsi que les impacts de balles montrés lors de l'action.

Un petit russkof, cousin pas si éloigné d'Ivan dans L'enfance d'Ivan d'Andréï Tarkovski.
Par moment, il y a une explosion quasiment toutes les secondes avec un montage rapide alternant temps réel et celui du ralenti. Une impression de chaos constant.
Malgré la présence d'enfants (qui finiront mal quand ce n'est pas eux qui appuient sur la gâchette) et de femmes (dont la magnifique Santa Berger dans le rôle d'une infirmière éprise de Steiner), La Croix de fer est un film d'hommes, dans le sens bien viril du terme et c'est bien une accolade et un baiser virile masculin qui ramèneront un soldat aux nerfs en train de craquer à la raison. Et sur ce point, Steiner et Stransky que tout oppose (le second n'a aucune expérience de la guerre, c'est un arriviste qui force même le vieux briscard à signer des papiers pour qu'il obtienne La Croix de fer) se rejoignent. Le second, beau parleur ira même à faire chanter un colonel et son supposé amant (on sent qu'entre Triebig et son jeune soldat se sont noués sûrement des liens importants pendant les années sur le front) pour les ramener à sa cause, quitte à décharger sur le colonel Triebig toute faute comme toute action importante. Quand à Steiner, si l'amour que lui procure la jeune infirmière pourrait le sauver, il le refuse purement et simplement, trop loyal à ses hommes et à la guerre (la seule chose pour quoi il est fait comme il l'indique), épouse fatale et qui ne supporterait pas d'être trompée. Sa colère enfle d'ailleurs de plus en plus vers la fin, c'est dire.
La démarche est extrême, jusqu'au boutiste et rejoint celle, sensorielle et hyper-réaliste d'un Requiem pour un massacre ("va et regarde" - Elem Klimov, 1985), de ne faire aucun prisonnier, pas même le spectateur. Il n'y a d'ailleurs presque pas de musique sauf aux générique d'ouverture et de fin. Ce dernier prolonge le malaise du rire cinglé de Steiner avec des images réelles d'enfants (la boucle est bouclée avec l'ouverture)... dans des camps de concentration. Dont certains qu'on va éliminer au moment où la photo est prise (voir les deux dernières images). Visages aussi innocents que ceux des jeunesses hitlériennes, qui ne comprennent pas que la mort va fondre sur eux. Les enfants allemands conditionnaient étaient aussi des victimes. Le réalisateur semble dire que quel que soit leur nationalité ils sont innocents. Tout ça c'est de la faute des adultes.
Et on ressort du film comme pour un Requiem..., à savoir chancelant, traumatisé.
Le dernier grand film de Peckinpah est un immense chef d'oeuvre malade et barré.
"J'aime croix de fer (Cross of Iron, 1977) parce que ce film fait de la résistance à la rationnalisation de la violence un manque qui signe sa vertu et sa force esthétique. Croix de fer est un film muet. Un film qui ne dit presque rien sur la guerre, et c'est beaucoup. Par exemple, je n'aime pas Lars Von Trier parce que, à mon goût, il fait des films trop bavards qui, comme toute argutie, brouillent les frontières. Ainsi Dogville (2002) est à des années lumière du cinéma de Peckinpah. Le film du Danois, très fine analyse des rapports d'aliénation et de domination, devise longuement et savamment pour conclure sur un massacre. Difficile de ne pas voir dans ce final une apologie de la force (le spectateur happé par la discursivité sophistiquée du cinéaste, ne peut qu'éprouver une certaine sympathie pour le gangster qui nettoie la ville de toutes ces méchantes pauvres gens). Il me semble que Peckinpah est à l'abri de ce reproche. Il ne donne pas in fine son accord aux tueries. Il ramène la violence à sa dimension météorologique. Le seul niveau convenable pour aborder la question de la guerre (ou des révolutions, c'est pareil), c'est le niveau météorologique. Ou géologique, ou épidémiologique, c'est comme on veut. La guerre est un "état des choses" comme l'est un phénomène naturel, catastrophique certes, dont on peut rechercher les causes, mais de toutes façons un discours sur la guerre n'a pas à être moral, pas davantage que la description d'un orage."
Extrait de l'article "Leur nom est Personne, note sur "Croix de fer"", de Philippe Fraisse, extrait du dossier Sam Peckinpah du Positif n°551, janvier 2007.
dimanche 5 avril 2009
Et tombent les anges déchus... : Watchmen, comparaisons film et livre.
Ne pas hésiter à cliquer sur les images pour les agrandir...
Avant toutes choses, je tiens à préciser que j'ai bien aimé l'adaptation cinéma qu'a tiré Zack Snyder du (brillant) comics d'Alan Moore. Une adaptation casse gueule à la base, comme tous les comics de Moore. Etant moi-même fan du monsieur, j'avais pu voir les autres adaptations qui étaient successivement tirées de ses oeuvres avec à chaque fois une sorte de dégoût et de déception liée au fait qu'on ne retrouvait nullement la portée, l'humanité et l'intelligence qui caractérisait le travail de Moore. J'avais donc de nombreux doutes en ce qui concernait ce Watchmen, ayant entendu que certains, devant l'ampleur du travail, avaient renoncés avec une certaines sagesse (je pense à Terry Gilliam et Paul Greengrass qui étaient pressentis sur le projet). J'étais encore plus craintif en apprenant que c'était Zack "j'ai des gros sabots" Snyder. Le monsieur ne fait à vrai dire pas dans la finesse et même si j'aime bien "300", force m'est de constater douloureusement que le film ne passe pas les nombreux visionnages postérieurs avec le temps, la faute à une voix-off d'une lourdeur toute Black-et-Mortimerienne (j'adore la BD de Jacobs mais le fait de souligner par le texte ce qui était déjà montré à l'image m'a toujours gêné. Impression que l'on retrouve dans "300" : "Il sentit la sueur perler à son cou..." qu'on entend. A l'écran, des mouettes et Leonidas agenouillé devant Xerxès qui effectivement à une goutte de sueur à son cou. Mouais, bon, c''est un peu facile...
) qui nous fait regretter l'intelligence de son utilisation chez d'autres réalisateurs comme Kubrick ou Malick.
J'ai pourtant vu l'adaptation de Snyder sans a-prioris pour être agréablement surpris, si, si. Il s'avère curieusement qu'il s'agit de l'unique adaptation à peu près correcte de Moore pour l'instant (fuyez "From Hell" et "la ligue des gentlemens extraordinaire" si vous avez lus les BDs au risque de faire un infarctus). Sans vous raconter l'histoire (je suis sûr que vous avez tous lu le comics de Moore, bande de petits malins. Sinon, c'est une erreur impardonnable à réparer...), je vais néanmoins revenir sur certains points narratifs, esthétiques, filmiques qui sont somme toute, des plus subjectifs.

Image 1 : l'horloge des chapitres : Au fur et à mesure, le temps s'achemine lentement vers minuit tandis que la page se recouvre méchamment de sang....
Les images sont donc des scans issus du comics de Moore (je me base sur l'édition de Delcourt et la traduction de J.P.Manchette), le dvd zone 2 qui pourrait me servir pour faire des captures d'écran n'étant pas encore, on s'en doute, sorti chez nous.
Déjà, je vais évoquer un point sur lequel je suis d'accord avec tout ce qui a pu être dit ici ou là, les acteurs. Pour une telle oeuvre à retranscrire, on se doute qu'il ne faut pas non plus fatalement des icônes qui se disputeraient l'image au profit de la nature même du personnage qu'ils ont et certains personnages sont bien plus charismatiques que d'autres dans Watchmen (Le comédien, Rorschach, Dr Manhattan...) bien évidemment car ils représentent pour la plupart des extrêmes, des archétypes de l'humanité et de tout ce qu'elle transporte. Ainsi Le comédien qui a commis nombre d'atrocités (voir une des planches plus bas) n'en est pas moins des plus compréhensibles, voire touchant dans le comics. "Juste un homme". Rien que celà mais c'est déjà beaucoup. Dans le film, du fait que Snyder n'a eu qu'un montage de 2h30 (au lieu des 3h45 tournées !!! Merci Warner... Bon faut dire aussi que Snyder n'est sans doute pas un grand directeur d'acteur je pense), la profondeur du personnage est un peu évacuée. Il demeure (heuresement) une présence iconique qui, comme dans le comics, influe en profondeur sur la trame. Rorschach et le Dr. Manhattan sont les mieux traités de l'adaptation : rien ne manque pour reconstruire leur histoire et n'importe qui n'ayant pas lu le comics comprend aisément comment ils en sont venus là. Snyder est aussi assez fidèle ici sur la physionomie des acteurs qui semble parfaitement échappés de la BD, tellement ils ressemblent trait pour trait à leurs homonymes de papier, c'est fou.
Le bât qui blesse (et là ça fait mal), c'est le personnage d'Ozymandias, un peu évacué dans le film alors qu'il s'agit d'un personnage des plus importants qui irrigue littéralement toute l'oeuvre physiquement ou par objet interposé (dans le comics, il y a même un de ses produits --"Nostalgia", eau de toilette des industries Veidt... Adrian Veidt, alias Ozymandias-- qu'on balance sur Mars dans un ralenti de plusieurs cases flottantes au sein de la narration du chapitre 9 !). Sa moindre apparition, même dans un poste de télé est marquée d'une forme de divin. Ozymandias est en fait la perfection sous une forme humaine, opposé et proche du Dr.Manhattan, pouvoirs surnaturels en moins évidemment mais même froideur vis-à-vis de l'humanité comme le démontre Moore. Son "omniscience" ne fait que le souligner. Dans le film malheuresement, il n'a pas la carrure escontée donc. D'abord Snyder choisit un gringalet qui n'a qu'une ressemblance lointaine et qui, faute de présence s'avère insupportablement prétentieux (alors que dans le comics, on ne peut le blâmer). Et évidemment, il n'est pas aussi important qu'il le faudrait.
Les autres acteurs sont bons sans non plus faire des miracles mais ça ne me gêne nullement. Passons maintenant sur un autre gros point qui en a gêné beaucoup : les choix musicaux du film.

Image 2 : Extrait d'un des multiples dossiers crées par Moore et Gibbons qui renseignent à chaque fin de chapitre sur un des personnages principaux, leur créeant une véritable mythologie.
J'ai entendu plus d'une fois que les choix musicaux du film étaient désastreux. Pas exactement pour moi, aussi je vais modérer le propos. Il est vrai que sur certaines séquences, c'est un peu malvenu parfois : Ainsi quand Daniel (le Hibou) et Laurie (Miss Jupiter) arrivent à faire l'amour --peu de temps avant, Daniel avait une panne d'érection facilement compréhensible au vu de la situation et au fait qu'hors de leurs costumes, ils restent des humains privés de leur statut mystérieux, du mythe primordial que leur offre la tenue de super-héros--, on entend dès lors le "Alléluia" de Leonard Cohen qui retentit. Une manière d'évacuer plus ou moins le fait que Snyder ne sait pas filmer de moments intimes et cru qu'en ne faisant autre chose que les décaler pour plus ou moins le cacher (dans "300", Leonidas s'avérait un maître du Kama-Soutra, n'oublions pas !
). Mais ici, ça m'a fait sourire et ne m'a pas tant gêné que ça (mais je comprend qu'on puisse s'énerver au vu de cette séquence). Pour le reste des morceaux de musique qui jallonnent le film, je les trouve assez appropriés car issus des années 70/début 80, collant tout à fait à cette amérique parallèle d'une certaine année 1985 où Nixon n'arrête pas de se faire réelire (on comprend que nos héros aient la gueule de bois). Je les trouve même pour certains, intelligemment posés. Soit parce qu'ils appartiennent au contexte du comics justement --lequel cite aussi bien Bob Dylan (réutilisé justement en ouverture du film --image 3 aussi) qu'Elvis Costello ou John Cale-- et à la période historique, soit qu'ils sont issus de quelque chose qui se rapproche ouvertement de la question de la catastrophe humaine posée dans Watchmen (comics comme film même si là évidemment, comment celà est dit et montré, celà est une autre affaire, j'y viens plus loin) comme l'utilisation d'un morceau de Philip Glass lors de la transformation de Dr.Manhattan. Quand celui qu'on appelle Jon Osterman va se transformer radicalement en l'être bleuté que l'on sait, on entend dès lors un montage de deux pistes issues de la bande originale du Koyaanisqatsi de Godfrey Reggio composée par Glass : un peu d'Organic avant que ce ne soit la quasi-intégralité de Pruit Igoe (réutilisé par les maffieux de GTA III sur playstation2 au passage !) qui passe à nos oreilles. Et là pour le coup je trouve Snyder assez malin : Koyaanisqatsi est un documentaire de 1984 (bien vu pour l'époque en plus, pile poil !) sur les conséquences humaines de la pollution et du fait que spirituellement, celà prive l'homme de toute humanité, que ça désintègre toute vie quasiment (*). A rapprocher de ce qui arrive au Dr.Manhattan, c'est assez juste je trouve. La référence (en tant que cinéphile et fan de Glass surtout) m'a sauté quasiment aux yeux. D'ailleurs, Snyder ne s'encombre pas trop et joue beaucoup sur les références : il n'hésite pas à mettre du Wagner pour la séquence au Vietnam car il sait pertinemment que beaucoup plus de gens connaissent ou ont vus Apocalypse Now que lu le comics de Moore. Evidemment, je comprends aussi que ça puisse froisser, surtout cette vision du Vietnam qui n'est somme toute qu'une icone musicale issue d'une fiction américaine de 1979 mais là aussi ça m'a fait sourire et j'ai marché.

Image 3 : Changement de point de vue qui différe dans le film (scène du restaurant filmée à travers et derrière des vitres) et citation Dylannienne.
Enfin, une dernière chose qui froisse, les raccourcis et ralentis du film. Pour ma part, ça me gêne mais pas tant que ça même si je peux aussi grogner un peu. Du fait de sa durée (2h30), il était évident (du moins pour moi) qu'on ne pourrait pas tout avoir l'intégralité du comics, son essence même (près de 400 pages pour l'édition Delcourt. Autant faire une mini-série si on ne voulait rien perdre...). Du coup, on perd de nombreuses mises en abîmes et pistes de réflexions qui reviennent au sein du comics (je pense à la peur du nucléaire entrelacé aux problèmes sociaux des personnages notamment des différents couples de la BD qui sont tous deux symbolisés par cette ombre chinoise de deux corps enlassés qui revient fréquemment), on perd aussi les histoires dans les histoires (voir image 4, l'histoire de l'homme qui devient un pirate sanguinaire et dénué d'humanité qui parcourt l'essence même du comics de Moore, parallèle du drame monstrueux qui couve pas loin), on change les cadrages et compositions : ainsi scan en image 3 : la scène du restaurant fait montre chez Moore et Gibbons d'une certaine élevation rendant les personnages quasi-anonymes et moins que rien dans une cité étouffante, comme un baissé de rideau là où Snyder choisit de filmer ça à travers une vitre et dans le restaurant même et non plus la terrasse de ce dernier à l'étage. Dans le comics, à la page d'avant, Dan et Laurie sortent du restaurant, ils se sont revus, on ne sait pas sur quoi a porté leur conversation puisque la page débute par des cases où ils (enfin Laurie) payent l'addition. Ce n'est qu'en sortant qu'ils évoquent leur passé de "super-héros" et la Loi Keene (dont on parle un peu moins dans le film, dommage) qui interdit aux héros costumés d'opérer en cachette sans divulguer leur identité. Dans le film, Snyder embraye la scène directement là-dessus, c'est un peu rapide je trouve.
Mais il y a des raccourcis très bien vu qui font largement honneur aux détails parsemant la BDs pour le coup. Par exemple, le fait de transposer l'horloge qui se rapproche de l'heure fatidique (et se couvre de sang) à chaque chapitre (image 1) comme un symbole national prouvant par là-même qu'on se rapproche de l'extinction, c'est une bonne idée. Celà aurait été dommage de ne pas pouvoir placer cette horloge quelque part dans le film. Tout le générique de début qui retrace l'époque des premiers héros costumés des années 40 à aujourd'hui à partir d'une photo (qu'on retrouve souvent dans le comics là encore) est une très bonne idée. On a même pour le coup, des choses qui étaient plus ou moins dites mais jamais montrées (la fin du "spectre soyeux" juste évoquée évasivement par Rorschach dans son journal --on nous suggère qu'elle a payé le prix de sa vie soit disant dévergondée-- dans le comics est ici montrée violemment) que je trouve bien vues (**).

Image 4 : Histoire en parallèle d'un comics de pirates où la catastrophe intime cotoie celle, mondiale.
Et puis il faut voir les petits détails comme la réelection de Nixon, une affiche entraperçue dans le comics (image 5) qui se remarque pleinement au sein du film. Après évidemment de par sa durée, on comprend qu'il ne puisse pas tout y mettre. Dans l'ensemble, il a été juste et a finalement assez bien respecté le matériau de base de Moore et Gibbons même si très souvent de nombreux dialogues disparaissent (images 6 et 7).
Quand aux ralentis, ça se vaut. Parfois, c'est assez inutile, on sent une volonté un peu puérile de faire "fun" de la part de Snyder (la scène de bataille dans la prison quasiment évacuée dans le comics, voire inexistante), d'un autre côté, ça peut rejoindre la décomposition de certains bons moments au sein du comics, en particulier le passage où Ozymandias attaque son agresseur lors de la tentative de meurtre dans son building : le mouvement (quasiment un plan séquence à lui tout seul) est décomposé en 8 grandes cases sur deux pages (images 8 et 9 ) qui montrent bien la vitesse et la précision (presque surhumaine) de Veidt/Ozymandias, très bien retranscrite dans le film. Ici la bande dessinée se focalise sur un moment qui possède sa propre temporalité à l'image des photographies célèbres du coureur athlétique de Muybridge dont l'action très rapide nous est rendue beaucoup plus lisible par la photographie (il saute des haies et son immobilisation nous permet de voir l'essence du mouvement. C'est la même chose pour ces photographies de chevaux qui ont permis de montrer qu'a un moment donné, le cheval ne pose plus de sabots par terre : pendant une seconde voire moins, il est comme suspendu au dessus du sol). Dans le film, Snyder ralentit l'action même avant de lui rendre sa vitesse réelle quand l'agresseur se prend le coup donné par Ozymandias. C'est pour le coup bien foutu (***).

Image 5.

Images 6 et 7 : Dans le comics, on est en vue subjective là où dans le film, cette scène, bien plus courte est traitée d'un point de vue extérieur : on est dans la chambre de Moloch (ancien "super-méchant") mais aux côtés de ce dernier et du Comédien. Dans ce cas là, qui parle ? Qui regarde ? Qui peut témoigner ? Et de nombreuses bribes du discours désabusé de Blake le Comédien passent un peu à la trappe hélas. On perd (et ça se ressend dans tout le film) ce qui rend le comics si poisseux et mélancolique dans le film.

Images 8 et 9 : la scène de l'agression de Veidt/Ozymandias.
Image 10 : Faux mini article consacré au Dr.Manhattan. Encore un exemple de raccourci présent au sein du film mais bienvenu puisqu'il fait ressortir le sous-texte jacent du comics le concernant (la peur du Dr.Manhattan) dans le contexte même du film. On a surtout cette séquence où le journaliste dit en direct "Dieu existe et il est américain" là où ce n'est qu'un sous-contexte (mais terriblement important néanmoins) chez Moore et Gibbons. Bien vu, encore.
Au final, Watchmen s'avère au regard des autres adaptations filmées de Moore, la plus fidèle de toute et nullement un film déshonorant (et c'est un fan de Moore qui parle !) mais un bon film de super-héros même si ce n'est pas non plus (de mon point de vue) le pied intégral qui en ferait un chef d'oeuvre.
(*) Koyaanisqatsi vient d'un terme des indiens Hopi qui a plusieurs significations pour le documentaire comme justement son utilisation (pour la bande originale de Glass) par Snyder. Notamment qu'il peut signifier "une vie folle" (à comprendre plus dans le sens monstrueux qu'insensée), "une vie qui se désagrège ou qui est en voie de le faire" ou "une vie hors de la balance" (du temps, des contraintes matérielles... Ce n'est là, pas spécialement clair donc ouvert à beaucoup de niveaux de compréhension selon chacun).
(**) Il y a un raccourci que je trouve par contre très dommage de la part du réalisateur, c'est d'utiliser le Dr.Manhattan comme vecteur principal de la peur et instrument (je vais pas spoiler non plus même si vous avez dû lire le comics je suppose :) ) pour éviter la menace nucléaire de l'espèce de guerre froide qui menace Américains comme Russes alors que le Dr. Manhattan, même craint pour son statut quasi divin représente quand même l'espoir de l'humanité (son action bénéfique --la création de voitures électriques-- est présente dans le comics (un peu moins dans le film) même si comme il le dit lui-même, la morale de ses actions lui échappe --massacres au Viet-Nam ou "accrochages" contre la pègre : et boum, la tête qui explose--) à bien des égards. Dans le comics, la créature utilisée (naaaan, je dirais rien) montre que même avec le Dr.Manhattan, l'humanité n'est pas à l'abri. Là, on choisit d'utiliser le doc pour créer la paix mais une paix liguée contre lui. Mouais. Douteux.
(***) Pour la perception du temps à travers et dans les cases de bandes dessinées, je conseille de se pencher sur le chapitre 4 de "l'art invisible", superbe ouvrage de Scott Mc Cloud qui dissèque tous les mécanismes de la bande dessinée, des comics et des mangas avec une intelligence rare. Et en plus c'est très accessible et passionnant.
mardi 14 octobre 2008
Jenifer...

Qui est cette jeune fille étrange que sauve de la mort, le policier intègre Frank ? Cette jeune fille dont on connaît que le nom, "Jenifer", comme si il n'y avait rien de plus à ajouter à sa nature déjà plus sauvage et animale que profondément humaine. Pour couronner le tout, au corps sublime de Jenifer, répond une tête monstrueuse ornant deux gros globes occulaires noirs et une rangée de dents aussi aiguisées que celles d'un grand requin blanc. En recueillant Jenifer, Frank sombre lentement dans la folie, victime des conséquences des actes d'une créature incontrôlable et faite uniquement de pulsions aussi sexuelles que carnassières....
"On peut parler de la belle et la bête... Elle est les deux." (Blade Runner)
Avec un peu de recul sur la filmographie d'Argento, "Jenifer" réalisé pour les masters of horrors s'avère non seulement une très bonne surprise mais aussi un interessant tour de chauffe du réalisateur qui grâce aux excellents résultats de l'épisode (beaucoup de critiques y ont vu un renouveau chez le cinéaste, et pourquoi pas ?) mais aussi du suivant pour la seconde saison de la série, "Pelts" (pas vu ce dernier) a pu terminer sa fameuse trilogie des sorcières avec "La terza Madre" alias la "Mother of tears", comprendre la troisième sorcière, la mère des larmes, intervenant après celle des soupirs ("Suspiria" - 1977) et celle des ténèbres ("Inferno" - 1980). Tour de chauffe aussi pour votre serviteur qui s'est promis de chroniquer la terza madre très prochainement. D'ailleurs allons-y faisons un pari risqué (car je manque constamment de temps) : le prochain film d'Argento chroniqué ici sera tout simplement la Mother of tears.
Voilà, ça c'est pour le teaser et vous faire baver d'envie (ou pas, ce 3e film ayant autant ses détracteurs qu'admirateurs Argentoesques, je fais partie étonnemment de la seconde catégorie et je tenterais bien évidemment de vous démontrer pourquoi ce film est des plus interessants et non pas forcément le nanar auquel on l'a injustement rabaissé).

Un étrange couple sur la pente raide...
Mais revenons à notre Jenifer, à la base adaptation d'un comics américain des 70's de Bernie Whrightson, humble et génial dessinateur de l'écurie Mad comme des fabuleux Contes de la crypte en compagnie d'autres grands aujourd'hui méconnus (j'adorais par exemple le dessin de Wood). Pour l'habitué d'Argento, la filiation du comics est plus que claire quand on sait la passion des fumettis italiennes que le jeune homme lisait souvent avant de devenir réalisateur et qui si besoin est, figure clairement dans la mother of tears : Argento n'hésitant pas a raconter sous formes d'illustrations qui tiennent autant de la gravure que du pur comics une histoire du passé plutôt que de s'embarasser d'un énième flash-back ! Ici, le comics se situe au niveau du hors-champ mais Argento et son scénariste (qui joue justement Frank), le reprennent avec admiration et passion en se permettant des passages gore et sexe assez étonnants.
Jenifer n'est que ça : gore et sexe. Elle ne parle pas, ne semble pas réagir, ne se comporte qu'animée par ses pulsions, ce qui fera dire qu'elle est attardée par le personnel de l'asile qui l'a en charge et d'où Frank la sortira dès le début. Erreur fatale. Jenifer n'est pas handicapée mentalement, elle est juste pas humaine, une animale. Un prédateur qui n'hésite pas à tuer pour se nourrir comme pour jouer avec ces proies. Il est d'ailleurs étonnant comment Argento renverse le postulat des sexes en reprenant la citation de Blade Runner lancée par le commissaire chargeant le débonnaire Harrisson Ford d'une dernière mission en lui parlant du Nexus-6 qu'est Pris. Jenifer est à la fois une belle et une bête. Belle et figurant tous les fantasmes sexuels de Frank, bête dans sa férocité et ses pulsions carnassières. Mais Jenifer ramenant tout à l'animal, les rapports sexuels de celle-ci avec son protecteur ne peuvent que devenir bestiaux. De même que ça devient méchamment grâtiné avec ses proies.

Avec Frank, elle se comporte plus en gentil animal domestique : Se recroquevillant près d'un meuble comme un chien craignant la colère de son maître quand il est énervé, le léchant pour lui témoigner son bonheur et n'hésitant pas à lui faire l'amour (ou lui prodiguer une fellation --scène un peu extrême et coupée mais visible dans les bonus ! o_O) pour le récompenser et lui témoigner sa gratitude de l'héberger sous son toit. Paradoxalement, Frank subit les actions de Jenifer : nettoyer les corps sans que celà se voit par exemple. Supporter aussi qu'elle puisse être jalouse et veuille s'en prendre à ses proches pour le punir. Ainsi un certain baiser avec la femme de Frank qui manquera de mal se finir (Jenifer à une certaine machoîre qui la rend plus que redoutable) ou le fait de jouer avec un adolescent croyant à l'amour au cours d'une soirée entre amis qui se terminera bien mal : les rôles s'inverseront subrepticement et alors que le jeune homme croit courser une jeune fille inconnue qui s'est invitée à la party, il ne saura même pas qu'il coursera le grand méchant chat qui plus tard le bouffera tout cru ! Avec ses proies, Jenifer n'a aucune pitié de toutes manières, ne distinguant aucunement ce qu'il faut épargner ou pas, se fiant à son propre instinct carnivore et si pendant un instant Argento livrera un hommage à Frankenstein avec une petite fille interrogeant gentiment la créature d'où elle vient, on verra peu de temps après dans la cave de Frank, Jenifer dévorer goulument les tripes de la gamine ! No pity, no remorse. O_o
Et l'histoire de se terminer comme elle a commencé, permettant au réalisateur de signer sans doute l'un des épisodes les plus interessants de la première saison...
mardi 30 septembre 2008
L'argent (1983)

Des lycéens de bonne famille fabriquent de faux billets et escroquent en fin de compte l'innocent Yvon. Accusé à tort par tous, maltraité par les autorités, trahi, il change de vie mais c'est pour retomber plus bas. Associé à un braquage qui tourne mal, il est condamné en prison. De là-bas il apprend la mort de sa fille puis l'abandon de sa femme...
"Les mains, toujours aussi présentes, ne serviront plus qu'a deux actes dans "L'argent" de Robert Bresson : prendre et tuer. L'avidité est le principe dynamique qui porte un film que son auteur n'a jamais considéré comme devant être son dernier, mais qui, de fait ce statut, y trouve une résonnance particulière. Ce film est inspiré d'une nouvelle de Tolstoï, "le faux billet", largement transformée par Bresson qui en fait d'ailleurs une oeuvre plus Dovstoïevskienne que les deux adaptations qu'il a auparavant données de "L'idiot", une femme douce (1969) et Quatre nuits d'un rêveur (1972). Il s'agit d'une tentative très ambitieuse d'étude de la société contemporaine selon une approche métaphysique, avec un principe en son centre : l'argent comme agent du Mal --on peut cette fois mettre une majuscule, tant l'emprise de cette force de destruction et de disjonction (étymologiquement, le diable est celui qui sépare) est ici absolue, souveraine. Les idéaux d'un autre monde qui, de même de manière illusoire ou dérisoire animaient les personnages des films des années 70 ont disparu. Le rapport à l'argent irrigue tous les rapports humains. Il a pour corollaire le mensonge, l'hypocrisie, l'injustice, la violence"
Extrait du livre "Robert Bresson" collection grands cinéastes cahiers du cinéma/Le monde.
Mon second Bresson après Pickpocket donc. A force de nombreuses lectures sur le Maître (tant son "notes sur le cinématographe", remarquable, où le cinéaste expose sa conception du cinéma qu'il nomme Cinématographe en opposition au Cinéma qui selon lui est encore envahi par les germes du théâtre que le récent livre de la collection "grands cinéastes" du Monde et des cahiers du cinéma que je cite), j'ai encore plus apprécié son univers. Bien sûr, j'avais adoré Pickpocket dès le premier visionnage, ça aide en un sens. Car Bresson, c'est l'austérité à son plus haut niveau et de celà seulement naît une nouvelle forme de beauté rarement vue au cinéma, une épure qui se concentre sur les gestes et presque seulement ça, ce qui montre et révèle bien plus que les paroles un être humain.
De par leur aspect intemporel (Bresson n'a que faire de bâtir une fiction au sens classique du terme, il se base sur des faits déjà existants --"lancelot du Lac","le procès de Jeanne d'Arc"-- quand il ne se penche pas sur les gestes de la vie courante à l'intérieur d'un cadre encore plus grand qu'est la société --"Pickpocket","un condamné à mort s'est échappé"), les films de Bresson ne vieillissent pas, à l'instar donc des grands maîtres (Malick, Tarkovski, Kubrick, Kurosawa...). L'argent est sans doute celui qui vieillit le moins bien sans pourtant s'inscrire dans une dégradation poussièreuse pouvant frapper certains films. Par exemple, si certains détails semblent aujourd'hui issus d'un autre monde (on est plus dans les francs, on est passés à l'euro), le propos reste d'une incroyable virulence, d'une férocité moderne, quasi-implacable. Pour beaucoup, c'est le film le plus sombre et desespéré de son auteur, à juste titre.

Implacable car dans sa première partie, le cinéaste avec un soin sociologique diabolique s'évertue à dépeindre la souillure de l'Argent dans les différentes classes sociales. Des fils de bourges blasés et bien habillés en haut de l'échelon (avec le père avare et la mère magouilleuse au nom d'on ne sait quelle morale bien-pensante envers son chère enfant), à la classe moyenne (le couple tenancier de la boutique de photographie) jusqu'a l'ouvrier (Yvon, innocent qui broyé, finira par choisir la voie du mal et son revers Lucien qui agit mal mais sur un fond d'idéalisme. Inutile de dire que les deux sont dans le tort). La description pourrait n'être que schématique et chiante, elle n'en est que plus passionnante : aucune parole ou geste en trop, Bresson se focalise uniquement sur les rapports causes/conséquences que donne l'Argent, partant en ligne droite avec un fil rouge (Yvon, le "héros") tout en s'écharpant dans plein de directions à la fois (les autres personnages).
Dans sa seconde partie, l'histoire ne se focalise plus que sur Lucien et Yvon. Le premier est libre mais plus pour longtemps. Ayant été viré de son travail, il se venge mais ne garde au fond aucune rancune à son employeur (auquel il donne un chèque de 100 000 francs) ni à Yvon (a qui il propose de faire la paix et de l'aider tel un grand frère). Le second vit très mal sa captivité et les conséquences de ses actes précédemment lancés à cause de l'argent et par souci de s'en procurer. Il voulait aider sa famille, elle disparaîtra purement par le hors-champ de la lettre. Rien n'aidera finalement Yvon...
... Qui finit par ne plus que tuer par plaisir ou petit souci crapuleux dans la dernière partie. Aucun effet de grandiloquence chez Bresson. Avec élegance, il montre juste Yvon se lavant les mains du sang des hôteliers l'hébergeant. Tout est dit et c'est purement effrayant. Et même avec la bonté même qui peut se présenter face à lui (la vieille dame, émouvante), rien n'y fera. L'humanité semble partie définitivement au plan de cette hache et de cette lampe de chevet tachée de sang.
Elle semble bien loin la phrase finale si émouvante de Pickpocket : "Ô Jeanne, pour aller vers toi, quel drôle de chemin j'ai dû prendre." Car ici, nulle muse ne viendra plus sauver Yvon, ni même l'humanité qui se bouffe pour le dieu Argent, le pire de tous sans doute.
Grand film.
jeudi 5 juin 2008
Questionnaire cinéphile... (6)
Suite et fin...
* Un torrent de larmes.







* Dark water d'Hideo Nakata
Puisqu'on y vient, voici mon torrent de larmes perso. J'ai bien dû voir ce film autant de fois que "Twin Peaks - fire walks with me" mais comme ce dernier, à chaque fois, je nage en plein dedans.
C'est le final du film (du moins avant l'épilogue). Yoshimi s'est précipité hors de la chambre innondée, avec sa fille Ikuko et se réfugie dans l'ascenceur, guettant la porte de la chambre. Celle-ci s'ouvre lentement et c'est Ikuko qui en sort, éberluée, en larmes, appelant sa mère. Situation cruelle qui se retourne contre Yoshimi, la gamine confondue n'est en fait que le fantôme en ciré jaune, lui-même abandonné par sa mère il y a quelques années qui la serre maintenant d'un peu trop près. Ikuko au loin voit sa mère en danger et se précipite quand soudain celle-ci pour sa sécurité lui intime l'ordre de rester en dehors puis se sacrifie en acceptant l'amour mortel du fantôme : les portes de l'ascenceur se referme sur un visage serein qui sait pourtant au plus profondément de lui qu'il va mourir. L'ascenseur monte alors lentement au dernier étage suivit par une Ikuko desespérée et en pleurs....
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Voilà, ce questionnaire est fini, il ne me reste plus qu'a éditer le premier post pour mettre les liens des suivants et lui assigner une catégorie dans le menu à droite, histoire de s'y retrouver plus facilement.
Je passe la main aux bloggueurs suivants, avec une curiosité impavide :
J'ai hâte de voir ce que ça va donner...
mardi 3 juin 2008
Questionnaire cinéphile... (5)
* Suite....
* Un choc plastique en couleurs.



Kwaidan de Masaki Kobayashi
Je crois que tout est dans les images. Là, le second sketch "la femme des neiges" qui m'impressionna le plus mais le 3e fut aussi une claque magistrale.
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* Un choc plastique en noir et blanc

L'île nue de Kaneto Shindo.
Très dur de choisir encore. Il y eut tellement de chocs plastiques en noir et blanc tels les films de Bergman, les Tarkovski, Antonioni... J'ai hésité entre la nuit du chasseur, Citizen Kane et Eurêka. Puis j'ai choisi celui-ci au final.
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* Un choc

Stalker d'Andréï Tarkovski.
Tout ce film est un choc pour moi...
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* Un artiste sous-estimé

Hideo Nakata
Avec Ring et le sublime Dark Water, Hideo Nakata apportait un regard neuf dans le film de fantômes Japonais. Mais après ? Après, ses films deviennent plus difficiles à voir quand le monsieur n'est hélas pas cantonné au genre horrifique du spectre. J'aimerais bien voir son "Kaosu" qui semble être un thriller des plus Hitchcokien notamment.
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* Un artiste Sur-estimé

Jean Luc Godard.
Non, ce n'est pas en abordant une moustache que le monsieur me fera moins peur ou fuir. Pourtant il a un talent indéniable et j'avoue apprécier certains de ses films (dont "une femme est une femme") mais non, rien à faire, je n'y arrive pas non plus d'un autre côté. Le mépris m'est tout bonnement méprisable et trop froid (sauf les fesses de Bardot qui vous réchaufferaient n'importe quel mâle laissé dans le froid Amiénois qui tombe à -40° comme chacun sait), Sauve qui peut (la vie) c'était plus Sauve qui peut (le film)... La faute à qui ? A certains profs acharnés et certains cours où l'on se tape parfois plus de quinze fois une séquence d'A bout de souffle au point d'avoir des envies de meurtre.
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* Un traumatisme.

Requiem for a dream d'Elem Klimov
Si, si... Regardez-le, ça va vous démolir à jamais...
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* Un gâchis

Dario Argento.
Bon Dario, faut se réveiller là. Youhouuuu, Dario ? Je sais pas moi, remet toi avec Niccolodi, écrit tes histoires avec Asia ou Flore mais par pitié Dario, fais quelque chose.
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* Une bande son


Et dire que je la trouve même pas à la Fnac. Sont nuls, ils ont rien, va falloir que je la commande moi...
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* Un somnifère : Sauve qui peut (la vie) de mr Jean Luc Godard. Et toc.
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* Un frisson








Ghost in the shell de Mamoru Oshii
Dans le final, Motoko Kusanagi, prise au dépourvu s'attaque à un tank à elle-seule mais la riposte est d'une puissance de feu telle que le Major ne peut que fuir. Le tank raye d'un coup l'echelle des espèces du musée (scène des plus marquantes) alors que Kusanagi décide une attaque suicidaire : Passant en mode camouflage (quand elle se déshabille, ce qui occasionne souvent des scènes d'actions fortement teintées d'érotisme), elle réussit à grimper sur le tank et tente à mains nues avec sa seule puissance de cyborg d'ouvrir la trappe afin de dégommer ses occupants.
Les violons et synthés de Kenji Kawaï s'augmentent alors de choeurs d'une beauté terrifiante qui monte lentement.
L' épreuve s'avère desespérée, lentement, les muscles de Kusanagi se contractent, les composants et le revêtement de la peau glissent et apparaissent à l'air libre et soudain la séquence se ralentit et se fige : le bras et la jambe de Kusanagi sous le coup d' efforts surhumains viennent de se faire purement déchiqueter. Sa nature de cyborg est plus que mise à nue, de l'image de femme quasi invincible se révèle sous nos yeux un être aussi fragile qu'un humain. Profitant de ce moment, le tank bouge, ce qui la désarçonne. Ce dernier n'a alors plus qu'a la cueuillir et serre alors sa tête dans sa pince et lentement resserre son étreinte...
Dit comme ça, ça n'a l'air de rien mais sur grand écran avec la musique de Kenji Kawaï et ces choeurs qui montent lentement, je peut vous dire que c'est assuremment quelque chose.
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* Un monstre

![]()
Suite et fin au prochain post.
lundi 2 juin 2008
Questionnaire cinéphile... (4)
Suiteuh.
* Un gag



Shaun of the dead - Edgar Wright
La séquence du dégommage de zombies à coups de vinyles. Enormous. Après avoir malencontreusement dégommé leur premier zombie, Shaun et son pote entendent à la télévision qu'il faut se débarasser des zombies en visant la tête. Et ça tombe bien, il en reste deux dehors pour faire des essais...
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* Un fou-rire.

Y'a t'il un pilote dans l'avion ?
Entre ça, Les tontons flingueurs, Hot-shots (1 et 2) et le père Noël est une ordure, le choix fut difficile assurément.
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* Un rêve




J'échangerais volontiers mes rêves contre ceux d'Ivan de L'Enfance d'Ivan (Tarkovski), notamment le 3e...
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* Une mort



Profession Reporter - Michelangelo Antonioni.
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* Une rencontre d'Acteurs
Hmm... Heat de Mann je dirais. Rien que pour Pacino et De Niro ensemble, face à face. Comme tout le monde quoi. :)
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* Un baiser



Shara de Naomi Kawase
En y réflechissant, c'est ce qui m'a le plus marqué récemment. Sa sincérité sans faille qui désarcelle tout à coup et son imprévisibilité surprenante à la chaleur d'un après-midi d'été. C'en serait presque gratuit que j'applaudirais aussi de toutes façons devant la justesse de la scène.
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* Une scène d'amour.



La femme des sables d'Hiroshi Teshigahara
Une femme inconnue qui offre amour et hospitalité sans rien exiger et un homme frustré, méfiant, obstiné. Lors d'un effondrement de sable sur la maison, ils se retrouvent quasiment recouverts de grains et l'Homme se charge de les essuyer sur la jeune femme. Premier geste d'ouverture sensible de l'homme sur la voie de l'évolution qui entraîne d'un coup une magnifique scène d'amour. Le spectateur était largement échaudé par la vision quasi-érotique et abstraits de gros plans de corps mêlés aux grains, là il est en condition pour péter une durite probablement. Ouh, il fait chaud non ? Vous trouvez pas ? Moi je vais aller ouvrir une fenêtre... ![]()
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* Un plan séquence.





Le sacrifice d'Andréï Tarkovski.
J'ai changé au dernier moment puisque c'était bien parti pour celui, hallucinant de la voiture dans Les fils de L'Homme de Cuaron ou celui au suspense formidable de La soif du mal de Wells. Puis j'ai hésité brièvement sur celui, final de Nostalghia ou Profession Reporter pour me focaliser sur celui-ci. En plus edou' a le dvd donc il pourra visionner. Hein Edou ? ^^
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* Un plan tout court

Manhattan de Woody Allen.
Pouf, pouf. Le coeur a parlé.
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Suite prochainement...
dimanche 1 juin 2008
Questionnaire cinéphile... (3)
Suite mais pas fin, loin de là...
* Une actrice.

Audrey Hepburn.
Parce qu'elle est mignonne, qu'elle à une classe folle, qu'elle est futée... Bref, elle à toutes les qualités. Ou bien je suis trop amoureux pour voir ses défauts. Mouais, ça doit être ça. Beh pas grave, après tout.
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* Un début




28 Weeks later de Juan Carlos Fresnadillo
La suite du "28 jours plus tard" de Boyle ne se contente pas de faire de la redite, non, elle y va carrément avec ce volet des plus noirs, percutants, sensibles et intelligents avec une ouverture qui installe d'abord un climat des plus oppressants avant de faire dans le déchaînement des plus brutaux avec une situation quasi desespérée pour le pauvre Robert Carlyle. Celà faisait longtemps que j'avais pas vu une ouverture aussi brut de pomme...
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* Une fin.



L'éclipse de Michelangelo Antonioni
Une fin totalement abstraite et magnifique en soi au film d'Antonioni, lequel vire complètement les 2 personnages principaux avant de se concentrer sur le décor, l'infiniment grand et petit, le temps qui passe et toujours cette sensation angoissante de fin du monde ressentie qui perdure de plus en plus jusqu'a la fin... Encore aujourd'hui, ça marque pas mal. Et c'est, perso, grandiose.
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* Un générique




Ghost in the Shell - de Mamoru Oshii
J'ai évidemment pensé à Se7en au début, ainsi qu'a Vertigo et Psychose (merchi mr Saul Bass) mais ça me semblait un peu trop évident. Et puis Ghost in the shell, mazette... De l'érotisme, de la poésie, une musique à tomber à la renverse de msieur Kenji Kawaï... Et narrativement c'est quelque chose, rien de moins que la naissance du cyborg Motoko Kusanagi. Oshii reprendra cette séquence en image de synthèse dans "Innocence" avec l'énorme référence des poupées de Bellmer qui plane sur tout le métrage mais je préfère ce générique animé qui a perso, plus de charme pour moi...
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* Une scène-clé
L'heure du loup - Ingmar Bergman
La terrifiante scène du meurtre de l'enfant. Rêve ? Véritable souvenir ? C'est tellement brutal et inquiétant que celà en devient véritablement surréaliste. Pour couronner le tout, on nage dans une musique expérimentale et un noir et blanc à couper au couteau, tellement tendu que Sin City et Renaissance peuvent retourner pleurer dans les jupes de leurs mères. Sven Nykvist en force, donc. Scène choc, scène clé qui nous indique que Bergman par la suite ne va plus nous lâcher et va nous emmener jusqu'au bout de la folie (de Johann le peintre ?) et quand on verra successivement une femme s'arracher la peau et les yeux et un homme marcher sur les murs (scène que Woody reprendra avec humour dans "Zelig"), il est déjà trop tard, on est au délà de la réalité. Mais où sommes nous ?
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* Une révélation




Zabriski Point - Michelangelo Antonioni
Ma prof m'aurait montré L'Avventura d'emblée, je pense que j'aurais pas vraiment accroché. Mais voilà, partiel sur la notion esthétique de "sublime" et paf : extrait de la fin de Zabriskie Point. Scotché, j'étais. C'est avec ce film que j'ai commencé mon Antonionissage pour le pire et le meilleur. Par la suite, je me voyais successivement la même semaine : Zabriskie Point, Blow-up et L'Avventura. Zabriskie Point n'est peut-être pas l'un des meilleurs Antonioni mais il a de grandes qualités sur lesquelles on ne peut pas passer. (Pour ceux qui ont vus Indy 4, la fin ne vous a pas rappelé les pierres et objets en suspension du film d'Antonioni ?)
suite au prochain post...









