Chroniques visuelles

Chroniques de dvd, films et autres...

vendredi 2 mai 2008

The Patch' séances (1)

carnivaldividi ... Les Patch' séances, qu'est ce donc que celà vous dites vous ? Tout simplement des films vus en Patch'vision grâce à Patchworkman voire tout bonnement des films que le monsieur évoque (bien mieux que moi d'ailleurs) sur son blog et qu'il m'a donné envie de voir, à ses risques et périls (nous ne sommes pas de la même génération voyez-vous. D'ailleurs nous n'achetons pas notre Bordeau Channel dans les mêmes magasins. Il va à Auchan, je vais à Carrefour, que voulez-vous. Parfois, moyens réduits oblige, je bouffe même de l'horreur bradée chez Champion quand le diable d'homme prend sa Patch'mobile pour aller dans les magasins haut de gamme. Mais bon, c'est la vie... Récemment il m'avouait ne pas aimer Cloverfield que moi j'adule. Comme quoi entre fantasticophiles, même nos avis divergent et pour reprendre Desproges, "Dix verges, c'est énorme !" Bon promis, j'arrête de la sortir celle-là). Ainsi un soir que je me plaignais une fois de plus (j'adore me plaindre je sais), le grand Patch' se pencha sur moi et tel l'ouvreur de salles de Last Action Hero me fila un ticket magique, une séance pour le cultissime Carnival of souls d'Herk Harvey (1961), film mythique qui influença plus d'un jeune Burton ou Lynch, c'est dire.

Car plus qu'un film "d'horreur" (entendons nous bien, ce n'est pas de l'horreur au sens normal que nous verrons là, mais de la pure suggestion, aussi je me vois mal dire que c'est un film d'horreur même si l'ombre sous-jaccente du zombiïsme aigüe y rôde fortement sans être néanmoins nommée. Celà tient plus d'un film fantastique pour moi), Carnivals of Souls est avant tout un film d'ambiance. On raconte qu'Harvey en repérages alors pour son film eut le coup de foudre pour un parc d'attraction à l'abandon et décida d'y faire le pivot central de son film. A la vue des images magnifiquement cadrées, on comprend donc que le véritable héros de cette histoire étrange est clairement le parc d'attraction en question.

couloirs

desertique

Bien sûr à côté de cette ambiance déjà palpable de vide Antonionien ressenti dans le parc d'attraction, il y a toute une imagerie qui passe tant par l'héroïne et sa perception des choses (isolation des sons par exemple : pendant un instant, nous n' entendons plus aucun sons comme l'héroïne, un peu comme si le monde avait disparu ou plus précisément qu'elle était hors de ce monde, vu que plus personne ne semble l'entendre. Avec le temps on comprendra qu'elle se dissous lentement dans l'entre-deux du monde des humains et des morts pour fatalement disparaître dans l'un, pas celui esperé...) que par les joyeux drilles (il dansent comme des ptits fous, j'en conclus forcément qu'ils s'amusent bien, youplaboum) qui la harcèlent constamment, tenant sur elle une emprise qui ne cesse de s'étendre. Ceux-ci ont un étrange rimmel autour des yeux, signe autant de nuits blanches à boire un verre qu'a danser sur (et dans) les tombes...

gnurf

deambulation

Enfin que ne serais un film fantastique sans sa musique et ses bruitages. Ici, côté musique on est servis, l'héroïne étant une joueuse d'orgue d'église, elle en jouera autant qu'on en entendra nous-même, la bande son étant comme corrompu par cette musique qu'un prêtre n'hésitera pas tout simplement à classer de diabolique ! Il n'est donc pas étonnant que cette musique se fasse largement envahissante pour déborder largement du cadre filmique lors d'une scène de bal où nous assistons à d'étranges automates ralentis, sans aucune vie autre que le mouvement concentrique qu'ils se sont accordés. Ou plutôt que la mort leur à laissés...

Un classique qui mérite bien son titre de film culte. A noter que vous en avez aussi une chouette chronique ici.

Prochaines Patch'séances : La colline (Serrault) à des yeux et le masque du démon... agaaa

Posté par Nio Lynes à 19:23 - Films anciens - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 26 avril 2008

Hitchcock's stories...

notorious Alicia, fille d’un espion nazi, mène une vie dépravée. Devlin, agent du FBI, lui propose de travailler pour les Etats-Unis afin de réhabiliter son nom. Elle épouse donc un ancien ami de son père en Amérique du Sud afin de l’espionner. Dès le premier instant, Ingrid Bergman et Cary Grant sont enchaînés : c’est la célèbre séquence du baiser le plus long du cinéma....

Un post en 2 parties pour 2 Hitchcock d'avant les 50's, bande de petits veinards. Et deux Hitchcock prestigieux, qui plus est. On a tendance à n'associer Hitch' qu'a ses films des 50's, ses "gros" films (si on commence, mettons... Avec "Rear Window" de 1954 -- Fenêtre sur cour) mais c'est oublier trop vite que depuis les années 20 dès ses débuts que le bonhomme déjà, était grand. Près de 20 ans après "Number 13" (1922), son premier long-métrage (non-fini il semblerait. A vérifier auprès des Hitchcockophiles en herbe...), le génial maître du suspence restait inégalé. Nous sommes donc en 1946 et c'est avec Notorious ("les enchaînés") que Sir Alfred paye son tribut à la seconde guerre mondiale puisqu'ici, les grands méchants de l'histoire sont... des nazis, et l'héroïne, rien de moins que la fille d'un d'entre eux qui cherche à laver son honneur pour le compte du patriotisme. Mais c'est plus complexe que celà, car c'est surtout par amour pour l'agent Devlin (Cary Grant) qu'Alicia (Ingrid Bergman) va se retrouver mêlée à une aventure des plus dangereuses. Le titre veut évidemment tout dire... Enchaînés. Par les liens du devoir et de l'amour. L'un ne va pas sans l'autre puisque c'est officiellement par devoir et officieusement par amour qu'Alicia accepte la mission d'infiltrer la maison d'un étrange personnage, Sebastien, ancien ami paternel, nazi lui aussi avec son groupe d'étranges amis qui n'hésitent pas à s'entretuer finement quand l'un d'eux semble faillir... On a beaucoup parlé de la fameuse séquence du baiser (à cause de la censure du code Hays alors en vigueur aux U.S.A, une scène de baiser ne doit pas dépasser plus de quelques secondes. Que fait Hitch' pour déjouer malicieusement celà ? Il filme un baiser, enchaîné d'un autre, puis d'un autre... Le tout ne formant en fait qu'un immense baiser tout en ne gênant nullement la censure. Il fallait y penser...) mais le film est aussi impressionnant pour ses gros plans fabuleux sur les objets, lesquels ici sont indispensables à l'intrigue puisque chaque gros plan est l'occasion d'un important tournant dramatique dans l'histoire : gros plan de clé d'une cave (où Alicia et Devlin vont faire une découverte des plus étrange... Un autre gros plan de cette même clé, cette fois manquante au trousseau de Sebastien marquera le sort de la pauvre Alicia) ou d'une anodine tasse de café (en fait empoisonnée. Et Hitchcock en profite pour la mettre au premier plan du cadre, immense, mençante, manquant de dévorer les personnages. Plan magnifique en soi, songez que nous ne sommes que 6 ans après Citizen Kane, ça montre la rapidité et l'intelligence de Sir Alfred à intégrer les nouveautés et changements au sein de son cinéma)... Et puis comment parler d'un Hitchcock sans oublier évidemment la fin où une fois de plus, on jubile (ici le retournement de situation final, totalement ironique...). Grand film, tout comme le suivant plus bas.


rebeccacouv  La nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente, réussira-t-elle à se substituer à l’ancienne Madame de Winter, morte noyée dans des circonstances mystérieuses ? Un conte de fées cruel et vénéneux, d’après le best-seller de Daphne du Maurier.

6 ans avant Notorious, Hitchcock reprenait le Rebecca de Daphne du Maurier pour une retranscription des plus fidèles. Ce qui marque dans Rebecca, c'est le mélange des genres et là aussi, la grande modernité d'Hitchcock. Dès le début, on aperçoit un superbe manoir (jolie maquette) qui se révèle une ruine pourrissante, presque sortie d'un mauvais rêve. Et mauvais rêve, celà va le devenir pour la pauvre Joan Fontaine puisque dans un gigantesque flashback (l'intégralité du film en fait ! Il fallait le faire) nous allons assister à une romance entre cette jeune orpheline secrétaire d'une marâtre stupide et le riche et mystérieux Maxime de Winter (Laurence Olivier) suivi d'une lente dégradation dans une certaine noirceur à la décomposition de cet amour face à une morte troublante, Rebecca, qui se mêle, tel un troublant et puissant maléfice, aux amour du couple. Un passé inquiétant qui sera lentement dévoilé au fil du film, montrant qu'il ne faut pas se fier aux apparences. C'est là, la grande force du film : retourner les conventions et continuer encore à surprendre agréablement plus de 60 ans après sa réalisation. Ainsi, toujours au bord de craquer, la jeune fille tiendra pourtant bon et le froid et distancié De Winter, à mesure qu'il se confiera à sa jeune épouse, deviendra des plus humains. Paradoxalement, on apprendra que la fameuse Rebecca était loin d'être une sainte nitouche (c'est le cas de le dire : adultère, caractère des plus odieux et méprisants... Vers les 3/4 du film, le "personnage" --on parle d'une morte, mais on pourrait parler de "morte-vivante" puisqu'au délà de la mort elle poursuit encore les personnages principaux) et que la gouvernante Mrs Danvers est une remarquable sorcière. Ajoutons à celà une sorte de romantisme parfois un peu guimauve et l'on comprend facilement qu'Hitchcock tourne à sa manière un conte fantastique : Une jeune orpheline, un "château", un prince, une sorcière, une "zombie", un fantôme... Mais on est chez Hitchcock, pas dans un illustré pour jeunes enfants et l'ensemble vire parfois plus au film noir qu'a un gentil Walt Disney d'après guerre. J'ai évoqué le flashback comme postulat principal du film mais l'ouverture en elle-même est des plus frappante. Une grille fermée, un manoir au loin et la caméra qui rentre dans la grille pour aller à ce manoir... Celà ne vous évoque rien ? La même année sort un chef d'oeuvre qui débute presque de la même manière : Citizen Kane. Coïncidence étrange, non ? Quand à la caméra dans la grille, un certain Antonioni reprendra cette idée en la poussant encore plus loin et avec brio dans un certain Profession Reporter. Tout ça pour arriver encore au fait que ce diable d'Hitchcock était décidement un maître du cinéma.

Et une fois de plus, on s'incline...

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samedi 22 septembre 2007

Monika


Il faut étrangement toujours attendre qu'un cinéaste passe l'arme à gauche pour qu'on puisse parler de lui dans les grands médias et accessoirement pouvoir découvrir son oeuvre. En juillet nous ont quittés respectivement Antonioni et Bergman et connaissant plus le premier au second, j'ai voulu découvrir les films du réalisateur Suédois qu'on dit "austère" (c'est la légende, mais la légende a bon dos on le sait) pour découvrir des films passionnant pas si difficile d'accès que ça (bien au contraire...)...
Par contre les photos sont de qualité moyenne, je m'en excuse, ce sont mes propres captures d'écran, hein...


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Harry, garçon livreur, et Monika, vendeuse dans un centre d'alimentation, font connaissance dans un bar. Monika souhaiterait fuir le domicile familial et se réfugier chez Harry. Les deux amants s'enfuiront finalement vers l'île d'Orno...


Pratiquement tous les films d'Ingmar Bergman sont des drames où une certaine autobiographie personnelle menée de nombreux questionnements est de mise (le septième sceau dont je parlerais ici prochainement) quand ce n'est pas la religion, la morale, le couple, les relations hommes-femmes qu'il traite, souvent frontalement. Monika n'échappe pas a la dernière catégorie, autopsie sincère d'amours adolescentes qui ne dureront que le temps de maigres vacances.

Dès le début, Bergman filme conjointement la ville, laquelle ne s'éveille véritablement qu'au niveau du générique peu avant que le film ne débute. Le réalisateur adopte un parti-pris original où le paysage figureront les sentiments en plus de donner un cadre, un espace (relationnel et abstrait) où les personnages vivent et respirent dans un décor qui ne mérite là que son propre surnom.

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Le début du film fait tant office d'ouverture que sa fin : même lieux, même miroir dans lequel se mirent les personnages mais leur place et leur situations ont changées. Si le début du film nous présente une Monika qui se pomponne allégrement (Harriet Andersson est un joli brin de fille, je comprends maintenant pourquoi le jeune Antoine Doinel vole la photo du film dans Les 400 coups...) en quête peut-être de sa prochaine proie (et rien n'interdit de le penser avec le recul même si Monika --et c'est ça le plus terrible-- est sincère dans ces sentiments), la fin nous présentera son contraire, son opposé, diamétralement inversé en la personne de Harry son (ancien) petit ami.

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Harry n'a que peu a voir avec Monika. Si c'est un garçon parfois dans la lune, timide et écrasé au début du film, il prendra sur lui à la fin pour recommencer une nouvelle vie avec le bébé à la fin. Au contraire de Monika, qui prenait l'avantage des situations au début du film (c'est clairement elle qui drague Harry et lui propose d'aller au cinéma ! Moi aucune fille ne m'emmène au cinoche mais passons...), mais s'enferme dans une certaine rêverie et se révèle finalement incapable d'assumer ce qu'elle a lancé, n'ayant visiblement guère pensé aux conséquences et préférant retourner à sa vie d'antan quitte a n'avoir rien à foutre du pauvre Harry ni de l'amour passionné auquel il croyait (d'où le fameux "regard-caméra" envers le spectateur qui déclencha toute une polémique et que Godard et Truffaut les premiers remarquèrent plus ou moins).

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C'est une histoire somme toute banale à priori que Bergman filme, une histoire de la vie, bien humaine mais l'ensemble n'est jamais dépressif ni moralisateur et sonne encore aujourd'hui d'une belle justesse. Ces jeunes gens se sont connus et aimés mais l'amour n'a qu'un temps. Dès le début, ils avaient trop de disparités pour que ça ne puisse si bien fonctionner que ça et la scène du cinéma est révélatrice de ça : Un film romantique. Nos tourtereaux regardent le même film et si Monika pleure comme une madeleine (c'est bien la seule !), Harry baille au corneille, visiblement en train de se faire chier d'avoir accepté pour lui faire plaisir.

Juste après, ils s'embrassent mais Monika calque son attitude sur le film : son baiser aussi romantique soit-il est chargé d'un cliché de film d'amour, celui vu précedemment. Et comme dans le film qu'elle a vu, entre deux baiser, elles se remaquille, n'étant pourtant nullement une star de film noir.

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Ce n'est que plus tard, dans la partie centrale que tout devient alors plus juste. Plus tendre, entre les deux amoureux. Cette fois, ce n'est plus du cinéma mais la vraie vie. Et Bergman tout en montrant des scènes gentiment tendres, érotiques et touchantes, alterne avec des visions de paysages buccoliques, images du bonheur naturel, loin de la corruption des villes, images que l'on reverra en couleur et différemment chez un autre grand, Terrence Malick où là aussi la nature fait office d'écrin, de réceptacle aux sentiments humains (c'est particulièrement flagrant dans "le nouveau monde"), tout en étant aussi indépendante, personnage à part entière.

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Un corps de femme à découvrir. Une nature comme corps a silloner
.

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La nature est source spirituelle (pour reprendre un autre film de Bergman) qui accrue métaphoriquement les sentiments et situations éprouvées par le couple. Et quand par exemple, la situation se gâte, que fait notre Ingmar adoré ? Au lieu de montrer une dispute entre les tourtereaux (ce sera pour le final, comme un gunfight psychologique cher au réalisateur), il montre le plan d'une toile d'araignée et de sa bestiole : le message est clair, ça se gâte, les sentiments sont englués dans une toile, ça va être dur de s'en sortir.

Et finalement, leur histoire d'amour n'a qu'un temps et Harry au moment de la fin, repassera devant ce fameux miroir et en un plan déchirant, tout en regardant le spectateur et le questionnant lui-même sur son histoire personnelle consciente ou inconsciente, revivra fugacement, les meilleurs moments de son histoire avec Monika avant de reprendre confiance en lui et d'avancer dans l'avenir avec une maigre mais néanmoins réelle preuve d'espoir.

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Un grand film mais tous les Bergman ou presque, sont grands.
En même temps je dis ça, je n'en suis qu'au début de ma quête mais je pressens que le meilleur est encore à venir...


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lundi 9 juillet 2007

Blow-up

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" Mes films sont toujours des travaux de recherche. Je ne me considère pas comme un metteur en scène qui maîtrise déjà sa profession, mais comme quelqu'un qui poursuit sa recherche et étudie ses contemporains. Je cherche (peut-être dans chacun de mes films) des traces de sentiments chez les hommes, et chez les femmes également, bien sûr, dans un monde où ces traces ont été enterrées pour faire place a des sentiments de convenance et d'apparence : un monde où les sentiments sont affaires de "relations publiques". Mon travail consiste à creuser, ce sont des fouilles archéologiques dans le matériau aride de notre époque. C'est ainsi que j'ai commencé mon premier film et c'est ce que je continue à faire..."

Michelangelo Antonioni
(extrait d'un livre sur le réalisateur aux editions Taschen)


Blow-up (1966) comme donc tous les autres films du réalisateur italien (passé maître dans l'art de "filmer l'ennui moderne" au cinéma, vaste programme qui pour ma part est égalé par certains Godards mais passons...) n'échappe pas a cette étude des sentiments, des êtres et d'une époque bien précise, le London swinging des 60's, musiques, drogues et une perte totale des réalités chez les deux sexes, sous couvert d'une savoureuse intrigue policière qui lui vaudra de nombreux prix (palme d'or en 66 à Cannes d'ailleurs je crois) et qui participe pleinement à la question métaphysique de la vue, la vision dans la réalité.


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Vanessa Redgrave, LA femme mystère de l'histoire...


Dans ce film, Antonioni questionne pleinement la réalité donc, sous l'angle de notre champ de vision par le biais de Thomas, jeune photographe blasé, égoïste et misogyne (tous les hommes chez Antonioni ne ressentent que peu d'émotions et quand ça leur arrive, qu'ils veulent changer, ça les mène à leur perte car ils sont incapables de s'adapter a un monde qui est allé trop vite, un monde qui ne les comprend plus et qu'ils ne comprennent plus. cf "Profession Reporter") qui est un photographe de mode en vogue, amplement désiré. Thomas, un jour en flanant, photographie un couple dans un parc, une femme mystérieuse qui attire un homme loin des regards. Scène apparement banale dans un lieu des plus banals : le vent souffle, un silence pesant se fait, Thomas mitraille à demi caché, pour son bon plaisir. En partant il se fait répérer par la femme qui, chose curieuse fait tout pour avoir les négatifs et viendra même le retrouver chez lui pour les avoir, a sa grande surprise, quitte a coucher avec lui.

Devant cette demande des plus pressantes, notre homme sent monter la curiosité en lui et il lui remet une pellicule, pas la bonne évidemment, désireux de développer ces photos pour son propre compte et en les agrandissant, il sent que quelque chose ne va pas. Ce n'est pas le lieu en lui-même mais le couple, leur regard, leur attitude. La femme sait quelque chose que l'autre, enlacé dans ses bras ne sait pas, ne remarque pas. Elle semble guetter un point dans le feuillage...

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Une des étranges photos parmi la dizaine prise par Thomas. Quelle est l'énigme ?


Puis en agrandissant encore et encore, il remarque un troisième personnage dans le feuillage, revolver au poing ! Qui est il ? Que cherche t'il ? Est il là pour les amants ? Plus Thomas semble se rapprocher de la vérité, plus il commence à se perdre car plus il agrandit ("a blow-up" = un agrandissement) l'image, plus la définition et la netteté baisse pour montrer des grains de plus en plus gros, comparable à la pointure pointilliste et abstraite de son ami et voisin peintre, lequel déclarait d'ailleurs que ce n'est qu'en s'éloignant de la toile qu'on comprenait personnellement l'oeuvre, aussi abstraite soit-elle. Une sorte de vérité personnelle que quiconque peut obtenir dans l'Art. Mais Thomas ne comprends pas, au lieu de s'éloigner, il agrandit, se rapproche de la vérité et paradoxalement s'en éloigne, de plus en plus troublé et décontenancé par ce qu'il voit : Il vient de photographier un meutre en direct : l'avant et l'après, mais non le pendant, empêché par la femme courant vers lui.

De plus en plus troublé, il essaiera de parler de ce qu'il a vu mais tout le monde s'en fout, trop absorbé par la drogue (les joints incessants que fument les mannequins et son ami editeur), le sexe et les relations personnelles (Thomas surprend ses voisins en train de faire l'amour mais la femme lui demande de rester, excité par ce "voyeur" pourtant ami. Plus tard, quand ils se parleront, ce sera pratiquement pour donner une discussion sans queue ni tête : Thomas parle de ce qu'il a vu --sans pouvoir le montrer : a ce moment là, ses photos lui sont volées-- dans le vide et son amie lui parle de sa relation avec son mari, le peintre, les deux n'arrivant à rien) et les distractions d'ordre divers (Thomas achète une hélice...alors que ça ne lui sert a rien...Plus tard à un concert des Yardbirds, il arrivera a se saisir d'un manche de guitare electrique en se bataillant avec des gens pour pouvoir le jeter par terre plus tard !). Et quand Thomas cherchera a prouver tant pour les autres que lui-même, ce qu'il a vu, ce sera en vain : les photos sont volées et le corps disparaîtra au petit matin.


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Perturbé, il errera dans le parc jusqu'a l'arrivée de mimes venant jouer une partie de tennis imaginaire, et tellement choqué, devenu l'ombre de lui-même, finira par entrer dans le jeu en renvoyant une balle imaginaire mais aussi progressivement en entendant son son sur les raquettes....Alors que la balle n'existe pas !

Voilà là tout le questionnement essentiel auquel renvoie Antonioni : "Qu'est ce que la réalité ? et Comment la percevons nous ?" Car Thomas a bien vu quelque chose mais paradoxalement, et c'est là le comble du photographe --un homme chargé de coucher la réalité de ce qu'il voit sur pellicule--, il a vu et au final, il n'a rien vu du tout. Victime de l'illusion artistique mais aussi de son propre égo, Thomas est cloué par une vérité inhérente a sa profession et ne peut se relever d'avoir été aussi facilement berné, tout comme le spectateur, médusé à la fin.

Blow-up même si il a, hélas, un peu vieilli (je rêve d'un remake intelligent, respectueux et soigné mais j'en doute fort, sauf si quelqu'un de la trempe de Christopher Nolan s'en charge), reste encore fascinant et comme tous les Antonioni (rythme lent, travail souvent expérimental), un film à voir au moins une fois.





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lundi 2 juillet 2007

Le monde, la chair et le diable

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Ce qu'il y a de bien au cinéma, ce sont les ressorties de film qui ont généralement plus de 20 à 30 ans.

Avec le recul et notre regard actuel on peut les jauger plus qu'alors auparavant et s'apercevoir pour certains de leur incroyable modernité, tel le cas de ce "Le monde, la chair et le diable". Quel titre ! Tout un programme qui résume bien pourtant ce film d'anticipation en filigrane : la chair, la tentation, la haine et enfin le monde. Un monde déserté placé ici en 1959 (date de sortie du film) où presque toute l'humanité disparaît pratiquement.

Bloqué au fond d'une mine en Pennsylvanie, Ralph Burton (notre "héros" Harry Belafonte) attend des secours et après cinq jours, finit par se libérer mais c'est pour s'apercevoir à la surface que pratiquement toute forme de vie animale et terrestre à disparue. Arrivé à New York, il traverse des avenues désertes et organise sa survie, tirant derrière lui un chariot au pied de gratte-ciel abandonnés et se demandant s'il est le seul survivant sur la Terre...

Ce qu'il y a de bien avec ce film, c'est que non seulement il nous permet d'avoir les sentiments d'un homme seul et désemparé, mais aussi de comprendre ses actions dans des décors hallucinants d'un New-York vide de tout habitants. Les décors marquent : à la vision de voitures abandonnées en masse dans un gigantesque embouteillage monstre sur l'un des ponts de New York, se superposent des plans de buildings et rues désertes dans un noir et blanc somptueux.

Evidemment Ralph n'est pas seul dans cette ville crépusculaire....Il y a aussi une femme, seule, doutant elle aussi, scrutant et épiant cet homme depuis un moment. Est-il dangereux ? Pourra t'il devenir son ami ? Et avec cette jeune femme blonde s'apposent d'autres questionnements propices a ce film d'anticipation : Comment a t'elle survécue (Harry était dans une mine donc à l'abri de radiations ou gazs nocifs, mais elle ?) ? Le comprendra t'elle ? Surtout... pourra t'elle l'apprécier, voire l'aimer dans une époque où, en plus du spectre de la guerre froide rôdant, il y a aussi la ségrégation raciale.
Puis, s'adjoindra un troisième personnage. Un autre survivant. Un homme aussi. Blanc, audacieux, jaloux et avec des préjugés, surtout concernant Ralph. La tension monte lentement et chacun s'arme alors....

cjairosdiablos

Ce qui marque bien après le film, c'est sa subtilité et ses décors.
Les décors, je l'ai mentionné brièvement mais j'y reviens : Comment tourner dans une ville de 8 millions d'habitants et donner l'illusion d'une cité vide ? C'est ce tour de force véridique qui impressionne quand on comprend que Ranald Mac Dougall, le réalisateur, refuse tout trucage ou effet optique saugrenu par souci d'authenticité. L'équipe décide alors de tourner les plans extérieurs (près de 50% du film) entre 4h et 6h30 du matin pendant de nombreuses semaines grâce a une pellicule noir et blanc permettant de travailler en lumière naturelle sans éclairage ni matériel à installer au préalable. Evidemment le tout est minuté avec une précision d'orfèvre ce qui permet à la production d'interdire la circulation, d'éteindre tout éclairage municipal et de demander aux habitants de ne pas se montrer aux fenêtres.

L'impact est saisissant et proprement ahurissant. La fin du monde bien avant l'heure pour un film tout aussi atypique dans la production de l'époque qui privilégiait grosse bêbêtes radioactives (hein quoi Tarantula ? Hein, "les monstres attaquent la ville" ?) là où le film de Mc Dougall ne filme pas le pendant de la catastrophe inévitable, mais l'après, demeurant subtil quand au pourquoi du comment on en est arrivés là. Bien sûr des indices planent. Notamment des journeaux et dernières émissions radio que récupérera Ralph mais je ne vous gâcherais pas plus votre plaisir si vous la chance de voir ce film cinéphilique près de chez vous.

Une vraie perle.





Dans le même état d'esprit (quoique...), Nio vous conseille :

La_survivante

Bon c'est largement plus hard, érotique et sombre que "le monde, la chair et le diable". Paul Gillon crée une BD choc où la seule survivante est une jeune française dans un monde où ne reste plus que les "cybers", les robots servant aux besoins quotidiens de l'homme. Désemparée et cherchant a combler sa solitude, la jeune femme se demande si elle est vraiment seule. 4 tomes disponible en une intégrale mais si vous êtes dépressifs naturellement ou que vous êtes fréquemment sujet au bourdon, vous pouvez très bien ne lire que le premier tome (j'ai longtemps considéré la série comme un "one-shot"), véritable gifle tant scénaristique que visuelle. Attention toutefois, ce n'est pas pour les nenfants (beaucoup de scènes de fesse, hem)...

survivante

Et cliquez sur la planche ci-dessous pour la voir en plus grand.

la_survivante_1_planche

Bon film, bonne bande dessinée !


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lundi 26 mars 2007

L'île nue (1961)

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Le courage, la ténacité et la résignation d'une famille de pêcheurs face à un quotidien extrêmement rude sur une île minuscule de l'archipel de Setonaikai, au Japon dans les années 60
....


Etonnant.
Et encore le mot est faible pour parler de ce film a la beauté plastique formellement magnifique qui reçut en 1961 le prix du meilleur film a Moscou (ils ont un festival là bas ? Hmm, sans doute l'quivalent de nos festival "vieille charrue" mais avec un axe "spécial kamarades"! hin hin...). Ce qui surprend au premier abord dans le film de Kaneto Shindo, c'est l'image : de longs, lascifs et magnifiques paysages qui se dévoilent sous nos yeux ébahis dans une photographie soignée en noir et blanc. Ensuite la musique, mélange entre une musique digne de James Bond (si, si) avec une guitare accoustique qui surplomberait le tout et rappellerait presque l'Espagne a certains moments. Pas de doute on est bien dans les 60's.


Dans le menu de l'audio on a le choix entre la piste en V.O sous itrée et un commentaire audio (assez nostalgique d'ailleurs) du réalisateur et de son directeur de la photo mais fallait il véritablement nous mettre même une seule piste V.O tant son inutilité ne sert ici juste qu'a servir la fonction du dvd...Beh oui, autant démarrer le film tout de suite vu que celui-ci est entièrement....muet !
On a de la musique (sublime mais je me répète) mais pendant tout le film, aucun des comédiens n'échangera un mot tant d'une part dans une famille de paysans, on ne tient pas de grands discours philosophiques limite rigolos (ça aurait été fun et précurseur de la BD "le retour a la terre" de Ferri et Larcenet si on veut. Bon ok j'arrête d'ironiser), d'autre part, celà souligne le propos de montrer une famille unie. Pas besoin d' échanger des mots, tout se passe et se ressent dans la gestuelle (et les cadrages) des personnages. Le mari et sa femme portent vraiment des seaux remplis d'eau sous un soleil de plomb et l'effort s'en ressent incroyablement dans la fonction de les porter : épaules courbées, jambes qui cherchent un appui sur une terrain difficile : les comédiens ne jouent pas, ils sont leurs personnages aussi incroyable que celà puisse paraître, rendant l'identification encore plus drôle, nostalgique et douloureuse par la suite.


Nostalgique et douloureux car ce film fait l'éloge du temps qui passe comme dans la vraie vie. Et comme dans la vraie vie, on grandit, on découvre des nouvelles choses, on s'émerveille, on perd des êtres proches. La fin déchirante de ce drame humain se hisse ainsi au même niveau que le pourtant très lacrymal Tombeau des lucioles (mais s'avère plus facile a aregarder que ce dernier finalement). Les deux films partagent le point commun : la fatalité de la réalité dans un monde qui délaisse les êtres et les paysans de l'île nue sont au fond assez proches des deux orphelins du film de Takahata.


Un beau film humaniste et proche de nous.

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mercredi 3 janvier 2007

Le garde du corps (1961)

gardetoncorps

Sanjuro, un ronin (samouraï désoeuvré) arrive dans un village où deux clans s'affrontent : celui du fabricant de saké et celui du fabricant de soie. Sanjuro va proposer ses services au plus offrant. Rusé, il va tirer parti de la destruction des deux clans rivaux...


Quand on voit ce film, on comprend immédiatement que le samouraï de Kurosawa a fortement inspiré tout un pan du western spaghetti à la Sergio Leone notamment l' amoral "Sans nom" joué par Clint Eastwood. Sanjuro (notre bon vieux Toshiro Mifune, l'acteur clé de Kurosawa avant la brouille finale sur "Barberousse") est profondément cynique, il se fout royalement de faire régner la justice, seule compte pour lui le moyen de gagner de l'argent en semant la zizanie.

Pourtant au fond de lui, c'est un homme bon qui règne et agit pourtant dans le seul but de délivrer le village et résoudant les situations comme on résout une équation compliquée, il n'hésite pas bien souvent à laisser faire, poussant les situations à son comble (le combat raté entre les deux clans au milieu du film, perturbé par la visite d'un inspecteur de l'état) et se contentant d'observer au loin, prenant du recul, tel un arbitre, sur son promontoire avec vue sur la scène entière. Réfléchissant sans cesse, il calcule sans arrêt ce qui lui sera le plus profitable.


Pourtant il n'est pas invincible et sa seule action bonne visible (délivrer une famille entière), il la paiera sous la torture ! Homme cynique et incroyablement fort, il ne révelera sa vraie bonté qu'a travers la confontation inévitable avec les autres crapules des deux clans. Ces crapules, Kurosawa les a voulu fondamentalement stupides, cupide, sans courage, sans sens de l'honneur et fait même exprès de nous montrer des gueules caricaturalement moches à souhait que c'en est savoureux.


La structure du film ressemble fortement à un western (pas étonnant que celà ait influencé à ce point notre cinéphile Leone) : l'arrivée d'un étranger dans une ville où règle le mal, les habitants cloîtrés chez eux, une situation tendue à souhait qui ne demande qu'a éclater (ce que Leone amplifiera à fond dans le western spaghetti, il n'y a qu'a voir la lente et lancinente ouverture tendue de "Il était une fois dans l'ouest" quand Bronson arrive) et surtout ce détail des feuilles mortes et du vent qui souffle presque désertiquement dans les allées. Et ces plans, repris alors dans le western mais dans de nombreux films : quand Sanjuro s'avance pour le duel final, la caméra le suit presque à côté, en retrait, avec respect et considération pour nous faire partager l'intensité du moment.
Ajoutez à ça une musique teintée de claviers à la fois magiques, ironiques et inquiétants qui renforce parfaitement les situations.

Kurosawa avait parfaitement capté l'air du temps (les mentalités japonaises dans les années 60 se tournent vers un esprit individualiste et compétitif inquiétant), son samouraï n'a plus rien à voir avec les 7 autres, entrés dans la légende, blasé et cynique, Sanjuro force pourtant l'admiration. Sans but ni vengeance à accomplir, il est le signe du profond changement de la société, ce qu'évidemment le public Japonais (mais pas seulement on le sait par la suite...) appréciera. Le succès sera tel que Kurosawa mettra une suite en chantier (à la demande poussive des producteurs), "Sanjuro" (aussi disponible en dvd chez Wild side), plus construite, plus longue et...Plus violente pour dénoncer encore plus la violence que Kurosawa, grand pacifiste n'a jamais pu accepter.

Le garde du corps est un grand film auquel d'autres lui doivent beaucoup.

Vous pouvez aussi lire une chronique du film ici.

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samedi 16 décembre 2006

Les chasses du comte Zaroff (1932)

Le Comte Zaroff, aristocrate décadent réfugié dans une île tropicale, est habité par la passion de la chasse à l'homme, "le gibier le plus dangereux". Zaroff provoque des naufrages afin de s'approvisionner en nouvelles victimes, qui finissent invariablement dans sa salle de trophées. Mais un jour il va se trouver face à Robert Rainsford, un autre chasseur de fauves d'une habileté égale à la sienne...



Dans le genre survival-chasse à l'homme, impossible de ne pas mentionner celui-là, réalisé par Ernest B. Schoedsack (qui s'associera un an plus tard avec Meriam C. Cooper pour donner la créature velue que l'on sait tous et qui enchantera un petit garçon nommé Peter Jackson bien des années plus tard...). Ce film se propose d'aller à l'essentiel (la chasse à la survie), sans fioriture et malgré les différents remakes que l'on put en faire, il ne sera égalé véritablement que par Predator de John Mc Tiernan qui à l'instar de son personnage de Zaroff propose une créature qui n'a rien d'humaine.

Bien sûr, le comte Zaroff (très bon Leslie Banks) est tout ce qui peut ressembler à un homme, du moins en apparence. En réalité, il est un être machiavélique et cruel qui profite de ses hotes pour s'en servir pour, la seule chose qui vaille encore d'être vécue selon lui, la chasse à l'homme, sa passion, sa vie. Face à lui, on remarque deux autres personnages importants en la personne de Joel Mc Crea, chasseur arrogant et sûr de lui qui se retrouve soudain du mauvais côté de la barrière (d'où son aveu hélas tardif de comprendre enfin ce que ressentaient les animaux qu'il traquait) et Fay Wray, jeune blonde lucide et terrorisée que l'on retrouvera bien sûr un an après dans la grosse production poilue de Schoedsack et Cooper.



Que puis je dire de plus que ce film qui a maintenant plus de 74 ans tient encore très bien la route et qu'on ne s'y ennuit nullement ? En 1932, on est encore en pleine influence expressioniste et l'année d'avant était sorti un incroyable film marquant d'un certain Fritz Lang. Le point commun entre Zaroff et M le Maudit tient justement en ces détails qui sont pourtant déjà une synthèse parfaitement digérée : même si on a pas de Peter Lorre ici, Leslie Banks en profite pour faire aussi de gros yeux inquiétants et le réalisateur exploite très bien son décor : la teinture avec le centaure kidnappant la femme faisant écho à la statuette sur la porte d'entrée du château du comte ainsi que l'atmosphère onirique développée par la jungle (des morceaux de cette même jungle resserviront pour le film très poilu de l'année d'après).

Tout le film va sans fioriture à l'essentiel (ce qui explique d'ailleurs hélas son unique point faible, sa courte durée de 63 minutes) et les scènes incroyables (pour l'epoque mais je les trouve encore bien foutue) se succèdent et marquent durablement le spectateur : l'explosion du navire et l'attaque des requins sur les rares survivants (de vrais scènes de requins insérées brièvement dans le film, une chose que refera Spileberg pour Jaws en mettant des images de vrai requin blanc mêlées à Bruce, le requin mécanique), la porte du château et sa statuette blessée d'une flèche (qui annonce la fin de Zaroff), la scène du "piège Malaisien" (qui sera reprise dans Predator justement), la traversée du tronc d'arbre (reprise sur le film d'après avec le gros truc poilu), la salle des trophées (que l'on ne verra que très brièvement à travers "2 trophés" furtifs mais qui laissent au spectateur le soin de faire fonctionner l'imagination d'un coup), la poursuite (avec vue subjective des plantes qui s'écartent)...



Je voudrait aussi mentionner une idée que je trouve excellente avant de terminer cette chronique, celle du générique du début. Le film commence sur le plan de la porte du château de Zaroff avec une main qui vient frapper un coup. A chaque coup (3), les titres et phrases du générique apparaissent comme issus d'une résonnance ou du son formé contre le bois (un peu comme si on mettait presqu'une bulle de BD ici), ce qui m'a bien grisé et annonçait bien le film.

Voilà, je n'ai plus qu'a vous souhaiter une excellente séance et bon film.


P.S : Ouf, j'ai réussi a ne pas mentionner le titre du film poilu de 1933. C'était pas facile pourtant....

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samedi 7 octobre 2006

Rashomon (1951)

De Kurosawa on ne connait que trop bien "les 7 samouraïs" formidable matrice du film de sabre moderne que le western s' empressa de recopier (d' où le remake pas si mal "les 7 mercenaires" avec notre ami Yul Brynner) mais le reste de son oeuvre est tout aussi géniale, les Dode's kaden, Dersou Ouzala, Barberousse et autres Ran et Château de l' araignée...

http://images.amazon.com/images/P/B00003CXC6.01._SCLZZZZZZZ_.jpg

RASHOMON (ici la jaquette zone 1) fut palme d' or en 1953 à Cannes.

Pour se protéger d'une pluie diluvienne, trois hommes, un bûcheron, un bonze, un domestique se réfugient sous les ruines d'un vieux portique mal famé, Rashomon, dans l'antique Kyoto. Le bonze et le bûcheron font tour à tour le récit d'un meurtre étrange où ils avaient été cités comme témoin. Au total, quatre versions du même événement nous sont données, mais toutes sauf une, sont fausses...

http://www.panorama-cinema.com/images/critiques/rashomonpic.jpg

En général, on a l' habitude de prendre pour argent comptant au cinéma, et le son et l' image.
Bien sûr, on sait qu'on doit redoubler de prudence devant les sympathique Donnie Darko, Muholland drive et autres Memento, mais savoir que l' image-illusion peut être aussi frappante et menteuse dès un ancien film des 50's, très beau film esthétique qui plus est, reste des plus impressionants et le film n'a guère besoin de jouer du son pour emmener le spectateur sur autant de fausses pistes embrouillées, juste une histoire conçue comme un rébus, un puzzle mental à revoir dans son incroyable complexité.

Les cadrages et vues d' ensemble marquent par leur modernité, le jeu des éclairages et des différents noir et blancs, sans compter la musique (un boléro japonais inspiré de celui de Ravel qui fascine et embarque l' auditeur dans une atmosphère qui avance tout en faisant du surplace) et l' érotisme qui se dégage du personnage féminin (superbement filmé) mais aussi de Toshiro Mifune (L' Interprète préféré de Kurosawa) le bandit, la délicatesse et la faiblesse des personnages, leur cruauté, leur manque d' humanité tout en restant humains, comment tel le bonze du film ne pas perdre espoir devant la vacuité des rapports humains ?
Tout ne joue que sur le désir, l' attraction, l' égoïsme de nos petites envies, qui peuvent pousser au plus noir, voire au meurtre... Tout est dans ce film, avec la note d' espoir finale rendue pourtant possible (même si à ce stade et devant la noirceur du chef d' oeuvre de Kurosawa on se demande si ce n' est pas des plus expéditifs...) par l' arrivée d' un bébé déposé devant les témoins. Coup de pirouette devant la stature sombre d'un tel film si pessimiste ? La question reste ouverte mais n'entache pas l'aura de ce grand film.

http://www.dvdfr.com/images/dvd/cover_200x280/3/3976.jpg


la jaquette censée être officielle...

J' avoue avoir eu le DVD dans la collection des dvds édités par le Monde chez le marchand de journeaux. 6 euros, honorables pour un film bien remastérisé et au son mono (japonais sous titré français mais pour les japonophiles aigüs, il y a la piste japonaise tout court aussi. Image très belle et film sublimement noir avec son formidable jeu de piste naviguant entre le policier, le drame humain et le thriller.

Un indispensable comme pratiquement toute la production de Kurosawa.

Posté par Nio Lynes à 18:47 - Films anciens - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 26 septembre 2006

La grande Illusion (1937)

renoirestgrand

En 1917, dans un camp en Allemagne, deux ennemis se lient d'amitié: l'officier allemand Von Rauffenstein qui dirige le camp et le capitaine de Boïeldieu, un de ses prisonniers. Mais la loyauté envers sa patrie conduira l'officier français à commettre un acte désespéré afin de sauver les siens...

Dit comme ça, ce résumé assez succint ne montre en rien pourquoi ce classique est grand (comme d'autres films de Renoir dans cette période avant seconde guerre) et pourtant, tout est là mais sans les détails. Ainsi l'on pourrait dire du bien de Jean Gabin, oh combien sympathique avec sa grosse tronche (le Gérard Depardieu de l'époque ?), mais ce n'est pas là lui qui éblouit le plus malgré de belles scènes qui lui sont réservées, notamment à la fin face à la jeune Allemande dont il tombe amoureux. Non, le plus impressionant, c'est la relation presque fusionnelle d'amitié qui unit le commandant allemand et ce capitaine français au charme et au flegme si britannique, un français issu de la haute bourgeoisie avec certains tics qui pourtant nous touche car le personnage heuresement, est loin d'être traité comme une caricature ou du manichéïsme (une des raisons pourquoi je n'irais pas voir le dernier Charlotte de Turckheim même si je reconnais qu'il est salutaire au cinéma de se foutre de la gueule de son prochain mais j'ai peur d'un film français qui dénonce mollement, une satyre gentillette sans plus, sans mordant qui n'irait pas bien loin) et est écrit (et joué) avec de petites touches d'humanités bouleversantes et oui, à la fin (ou presque) on finit par pleurer pour son sort. Voilà un être qui ne laissait rien transparaître de ses émotions ou si peu, qui pourtant n'hésites pas a se sacrifier pour ses deux amis.

Le personnage de l'officier allemand n'est pas en reste non plus. Malgré sa droiture dûe à ses blessures de guerre (une métaphore ingénieuse de l'évocation des gueules cassées) et l'appareillage qui lui en coûte, c'est au fond un homme brisé et fragile. Erich Von Stroheim incarne avec une rare justesse cet officier qui se répugne à agir en soldat et pourtant, le fait pour sa patrie parce qu'on est en temps de guerre. Sous ses dehors rustres, il est aussi fragile que la petite fleur qu'il cultive dans ses appartements secrets et qu'il coupera en dernier hommage pour De Boïeldieu. Un personnage aussi humain que les autres, enchaîné à la grande illusion que constitue la Grande Guerre, celle qu'on espérait la Der des Ders.

Le film résume dans son titre tout ce qu'il transporte. La guerre comme illusion mais aussi l'illusion de pouvoir s'évader (le premier tunnel creusé au début), l'illusion de l'amour, de la survie, de l'amitié. Renoir semble lancer un avertissement à une France qui en grande partie tente d'oublier la guerre de 14-18 et y a malheuresement bien réussi. Dans peu de temps, prévoyant la Guerre à venir, il s'exilera comme de nombreux cinéaste français de cette époque vers les Etats-Unis...

Ce film mérite largement son statut de classique français à voir pour tous les cinéphiles en herbe. :)

Posté par Nio Lynes à 11:11 - Films anciens - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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