vendredi 15 septembre 2006
La maison du diable (1961)

Second film "classique" de la section boules à mythes naphtalinées...
Pour poursuivre ses expériences de parapsychologie, le
professeur Markway réunit un groupe de personnes dans un
vieux manoir réputé hanté. Dès le première nuit, les hôtes du
professeur sont terrorisés par des bruits insolites. Eleanor
est au bord de la dépression et le professeur lui conseille
de partir. Elle refuse, prétendant que la maison la retient.
Choisissant volontairement le Noir et blanc par souci esthétique et voulant à tout prix retranscrire le livre dont il est issu ("hantise" pour le titre français, The Haunting of Hill House de Shirley Jackson pour les anglophones) en insistant bien sur le côté suggéré de la peur, Wise atteint des sommets encore peu égalés de nos jours dans les films de fantômes si ce n'est par quelques réalisateurs dont notre cher Hideo Nakata, réalisateur des excellents Ring et Dark Water. Et c'est ce côté suggéré qui donne toute sa force à ce pur film de maison hanté.
Pour autant, Wise est un habitué des films lorgnant dans le fantastique, l'épouvante ou la science-fiction et sait faire preuve d'une assez belle maîtrise de son histoire, de ses élèments. Les habitués du grand et regretté Wise auront pu voir de lui Star Trek (1979. Le premier film de la bande à Spock et pour moi l'un des meilleur, le plus épique et philosophique), La variété Andromède (une adaptation assez bien réalisée d'un bouquin de Crichton), Audrey Rose (qui n'est pas une copie de Rosemary's baby comme certains ont pu le dire), Le jour où la terre s'arrêta (1951) ainsi que bon nombre de premières réalisations où Wise s'illustra même si ce n'était pas lui le réalisateur principal.
Bref Wise préfère la suggestion que tout montrer (au contraire du pitoyable remake "Hantise" de Jan de Bont) et c'est tout à son honneur, réalisant au sein d'une film une poignée de scènes anthologiques dont certaines restent encore bien inquiétantes : les coups sur les murs, le visage de la femme de Markway, l'escalier qui penche, la fin avec la silhouette blanche et l'arbre et surtout cette scène hallucinante où en pleine nuit, Eleanore, l'héroïne dérangée (on ne sait si elle est schizophrène mais il est sûr que plus le film avance plus l'emprise de la maison sur son esprit fragile se fait ressentir) entend dans son lit des bruits inquiétants, des rires et des chuchotements dans les murs et que son amie aussi terrifiée qu'elle lui tient la main. Problème : en fait ce n'est pas son amie mais quelque chose d'autre. Et les cheveux de se hérisser lentement sur la tête.
A noter que cette idée de rire et chuchotements mi enfantins, mi démoniaques et non-humains sera exploitée formidablement dans Le projet Blair Witch lors de ce qui reste pour moi l'une des plus terrifiantes scènes du film : quand nos apprentis caméramens sous leur tente entendent les bruits d'enfants en pleine nuit et que quelque chose semble tout près d'eux, dehors sous la nuit... Et ce procédé n'a pas fini de nous glacer puisque c'est pratiquement le même pour Suspiria de Dario Argento : Vous vous rappelez la scène du dortoir et derrière la toile, les ronflements de la directrice de l'école. Mais ce n'est pas elle et les ronflements sont plus ceux d'une bête malade qui agonise. Trouillomètre à zéro.
Et je vous garantit que pour peu qu'on se plonge dans le film complétement, on a peur, très peur. Hier soir, je me faisais une séance "maisons maudites" en enchaînant sur ce film, un documentaire assez inquiétant sur les poltergeists enregistré sur arte et un peu de Resident Evil rebirth sur gamecube. Je peut dire qu'a 3 heures du matin, j'étais naze mais crevé, foutu et heureux d'être glacé de peur comme pas deux.
La maison du diable est un grand film qui fout encore bien les boules, son remake Hantise est par contre une misérable daube à éviter comme la peste.
jeudi 7 septembre 2006
Cleo de 5 à 7 (1962)

J'ouvre la section des films classiques avec Agnès Varda...
Je viens de me voir cet aprèm, le merveilleux film d'Agnès Varda.
Je dis merveilleux parce que ce film m'a littéralement émerveillé du
début à la fin. Cette façon de filmer Paris qui transporte (j'avais été
aussi très étonné en bien par le Paris de "Ascenseur pour l'échaffaud")
le spectateur. On a l'impression d'être aux côtés de Cleo, de
l'accompagner dans sa marche et l'aspect de la durée très "c'est filmé
presqu'en temps réel de 17h à 18h30" le rendent vraiment très réaliste.
Le début est en couleur, du moins les cartes du tarot et déjà la
voyante, Irma évoque tous les évenements qui vont survenir à Cleo dans
le film, d'une manière métaphorique, mais l'on peut aussi penser que
celà arrivera à Cleo plus tard dans un futur proche où elle se
réfugiera pour pallier à sa maladie.
Le nombre de détails et d'allusions qui jouxtent le film est aussi
assez important. D'abord, les pendules et montres dans le film qui, par
souci de méticulosité ont été réglées sur le temps du parcours de Cleo.
Ensuite le fait que deux parties bien distinctes scindent le film en 2.
Dans la première, Cleo vêtue de blanc est regardée de tous alors que
dans la seconde, vêtue de noir, c'est elle qui prend sa vie en main et
observe les autres. Avec les lunettes noires, ça lui donne même un air
de vamp qu'elle n'avait pas dans la première partie...
Cette scission est facilement observable dès le moment où Cleo change
de vêtements derrière le rideau noir et surtout, peu de temps après,
enlève sa perruque, faisant tomber les apparences.
Il faut aussi noter que l'on adopte le point de vue de Cleo qui même si
elle garde en vue (en tête ?) sa maladie, semble évoluer et comprend le
besoin de partager d'autant plus le moment présent, de le savourer,
d'où le fait qu'elle discute avec Antoine dans le parc de montsouris
alors qu'elle avoue qu'auparavant elle n'aurait jamais fait ça. Et
quand je dis qu'on adopte le point de vue de Cleo, c'est ce que la
réalisatrice nous montre, en même temps que ce que voit la sublime
Corinne Marchand qui nous fait penser celà : des scènes furtives de
typographie de lieux, d'endroits mais toujours en rapport avec la
maladie de Cleo (les pompes funèbres, le magasin "bonne santé", le
caméo petit-film de Godard et Karina où l'on aperçoit des fleurs pour
les tombes...Ce petit film qui peut en même temps faire sourire
d'autant plus que le sujet n'est pas si drôle, bravo Varda).
Cleo donc, qui change, apprend à aimer l'instant présent et le film de
nous ébranler sur cette notion dans le plan final justement : sans
paroles, avec juste Cleo et Antoine qui marchent à côtés et se
regardent de temps en temps.
Les mots sont superflus.
Ce film touche au sublime, au chef d'oeuvre presque. ![]()