dimanche 14 octobre 2007
Les Autres

Ile de Jersey, 1945. Dans une immense demeure victorienne isolée, Grace élève seule ses deux enfants. Atteints d'un mal étrange, ces derniers ne peuvent être exposés à la lumière du jour. Lorsque trois nouveaux domestiques viennent habiter avec eux, ils doivent se plier à une règle vitale : la maison doit être constamment plongée dans l'obscurité et aucune porte ne doit être ouverte avant que le précédente n'ait été fermée. Pourtant, l'ordre rigoureux instauré par Grace va être défié par des intrus...
Je rattrape tant bien que mal mon retard face a de nombreuses personnes et potes avec ce film car si il y a bien un film dont on m'a tant parlé et que je n'avais pas pu voir jusqu'a présent, c'était bien The Others d'Amenabar, le réalisateur surdoué espagnol. Et pour rajouter une louche, je citerais ma moman que j'ai gavé récemment de Cuarron et Del Toro : "Ils sont forts ces espagnols." Bon j'avoue qu'elle disait la même chose quand on s'était vu une vague de films coréens pendant l'été (seul le pays changeait)...
The Others est un pur film de fantômes qui remonte à la source du fantastique et entretient rien moins que de troublants points de vue avec Les Innocents de Jack Clayton avec Deborah Kerr, tétanisante et diabolique adaptation du "tour d'écrou" d'Henry James dans les années 60. Une adaptation d'une rare intensité qui comme sa consoeur de la même époque "la maison du diable (chro' ici.) n'a pratiquement pas pris une ride. Diantre, vous dites vous. En effet, le parrainage est énorme (on retrouve des relations parents/enfants/gouvernante ainsi que des intrus fantômatiques) et plus ou moins revendiqué.

Un film qui donne envie de démarrer du bon pied le matin.
Mais là où le film fait fort c'est qu'il se situe dans la veine du renouveau fantastique qui a démarré au milieu des années 90 avec le 6e sens et les nouveaux films de fantômes japonais dont Ring dépoussiera brillament le genre. Genre qui au passage tourne un peu en rond a cause de Shimizu et ses Ju-on/Grudge. On peut aussi mettre Les Autres en relation avec un cousin proche tel que L'échine du diable de Del Toro. Deux films qui mettent en scène la problématiques des relations morts-vivants en faisant autre chose que de nous donner notre gamelle de "Boouuuh" tant attendus (même si côté frissons, on vient aussi pour ça et l'on est pas déçus) et plaçant les enfants au centre de l'enjeu.
Pour filer la frousse, Amenabar sait qu'il faut en faire le moins possible et exploite avec talent les bruitages (en plus de tourner, il réalise aussi la musique et le scénario, autant dire qu'il connaît et maîtrise son sujet à fond), cadrages et plans de l'Art de la suggestion. Enlevés les excès, ici tout est maîtrisé qu'on pourrait en tomber à la renverse. Et Amenabar ne fait pas que mettre en scène, non, il crée l'élement indispensablea tout bon film de fantôme réussi : Créer une ambiance. Votre film peut très bien être potentiellement a demi-réussi, s'il possède une ambiance, il y a de fortes chances que même dénigré, il trouvera son public dans les années a venir et pourra éventuellement devenir ce qu'on appelle ici bas, un film culte. Et ça, c'est pas rien.
Bref, Amenabar crée une ambiance. D'abord, il y a le château, lieu rêvé qui remplit a lui seul 50% du contrat, personnage muet et pourtant des plus important. Puis les éclairages, le décor noyé sous la brume, les feuilles mortes d'Automne (qui recouvrent des tombes) et laissent apparaître un arbre tordu en son milieu, pas si éloigné de celui du Labyrinthe de Pan. Arbre qui forme presque une main. Décorum, qu'on vous dit. Mais clairement maîtrisé.

Une bonne purée de pois comme l'affectionne mr John Carpenter.
Rajoutez à celà des acteurs une fois de plus formidables (Kidman joue très bien, reconnaissons le. Pour les enfants, j'ai trouvé que le garçon en faisait un peu trop) de justesse et une histoire qui ne dévoile tout ses ressorts que dans la fin même si, pourtant, l'amateur de fantastique qui a déjà vu de nombreux hurluberlus en chaînes et drap blanc sur pellicule ne peut que hausser hélas les sourcils, ayant plus ou moins deviné la fin ou du moins une partie de celle-ci ou l'intrigue principale. C'est d'ailleurs le même défaut que pour le 6e sens de monsieur Shyamalan : vu une fois, vous le revoyez peut-être une seconde pour mieux apprécier jusqu'où vous vous êtes fait duper, noter les détails, revoir le jeu des acteurs, mais après ? Après, vous connaissez "le truc", ce qui peut gêner une seconde vision.
D'ailleurs si vous remarquez bien et faites très attention, le court générique du film tout au début fait en dessins sépia, façon gravures de contes vous donne la solution mais aussi l'intrigue générale, clairement et sans détours. C'est néanmoins anodin, si vous n'y prêtez pas attention, ça ne gâchera pas votre plaisir de voir le film. J'avoue que je me demandais ce que faisait ce générique, mais je n'ai compris qu'a la moitié du film, sans que celà ne me gêne par la suite ni ne baisse l'intensité émotionnelle de la "révélation"....

Un morceau du générique qui heuresement ne vous en apprendra pas plus. Ou plutôt si, cherchez par vous-mêmes en analysant l'image...
Vous l'aurez compris, ce film est tout bonnement excellent et même ses rares défauts ne l'entachent guère au contraire. Ce genre de film, respectueux du public, intelligent, sensible, remplit tout simplement son contrat avec le spectateur à merveille, ce qui fait rudement plaisir par les temps qui courent.
mercredi 8 août 2007
Ring 2

L'autopsie de Sadako révèle qu'elle est restée près de trente ans
vivante, murée dans son puits. Ni la découverte de son cadavre, ni
la destruction de la cassette vidéo maudite sur laquelle son image
apparaissait ne semblent en mesure de stopper sa soif de vengeance...
Et pis c'est tout ce qu'on peut dire de l'histoire, et toc !
Car pendant le film, accrochez vous les enfants mais Nakata approfondit certes de nombreux élèments du premier volet mais oublie de préciser certaines situations, ce qui donne l'étrange impression de voir parfois des suites de raccords scotchés les uns derrière les autres : "Il nous faut de l'eau plus pure pour vider ce pauvre Yoïchi de l'influence de Sadako". Aussitôt dit, aussitôt fait, on prend une piscine, on met de l'eau et en moins de temps, tout le monde est bien installé. On voit rien des préparatifs, on a un minimum d'explications (données bien avant mais au compte goutte), on se demande même comment ils ont pu trouver de l'eau pure en un rien de temps mais bon, les producteurs voulaient un film de 1h30. Et cette durée ne déssert pas le film là où le premier installait lentement un malaise pernicieux, tandis qu'ici, tout se précipite d'où cette impression de flottement pendant le visionnage. Bien sûr, Nakata réussit a nous faire frissonner dans certaines scènes fascinantes (la vision des cheveux de Sadako poussant hors de la civière où git son corps au début, la scène des doigts accrochés sur le rebord de la fenêtre...) mais le tout file a la vitesse de l'éclair qu'on a a peine le temps de pousser un petit hurlement que le film est déjà fini.
Ce qui est néanmoins bienvenu (et fort sympathique), c'est le fait de tourner autour du personnage de Sadako en expliquant un peu plus sur elle (la géniale scène des miroirs qui renvoie a celle du premier film) en plus de revenir sur les personnages du premier volet, le tout mené tambour battant par une jolie héroïne étudiante (on la croquerait volontiers si on était Sadako) qui travaillait comme assistante du professeur de mathématique médium du premier film. Un film en parallèle bref, qui revient sur les motivations et enjeux du premier film au risque hélas d'allourdir et affaiblir ce volet : Quid des personnages si vous n'avez pas vu Ring 1 du même Nakata ? Eh bien vous êtes un peu largués mes amis parce que vous ne reconnaîtrez pas forcément certaines scènes (la scène des miroirs justement) et que vous ne reconnaisseriez aucun personnages. En plus de trop se concentrer là dessus, Nakata semble faire fi de la fin du premier volet, laissant en suspens les questions sur la K7 maudite et la fameux moyen de s'en sortir si on l'a vu (tss tss je ne vais pas tout vous raconter non plus hein !) et n'explique ni même ne montre ou justifie certaines scènes. On comprend par exemple que le grand père s'est sacrifié mais quand même, c'est gênant : c'est trop court et presque inutile.
C'est le genre de scène d'autant plus inutile que Sadako est maintenant assimilée a un mode de contamination large un peu comme le virus du sida : ça sert a rien de lutter, si vous n'avez pas mis la capote, vous avez 100% de chances (enfin, façon de parler...) d'attraper la chiourme. Fatal et impossible de s'en sortir. Et puis le film nous apprend que Sadako est partout : a la télé, dans l'eau, dans des puits, dans des rues issues de mondes parallèles en noir et blanc, dans des piscines... Bientôt y'aura même des sauces Sadako © : Sadako-épinards (vos pâtes obtiennent la verdeur cadavérique et le bon goût amer et mortel qui leur manquait), Sadako-Poivre (vos pâtes deviennent bien noires comme les cheveux de Sadako), Sadako-Roquefort et bleu d'Auvergne (importés de France et direct-to-japan !). C'est dire si Sadako, c'est comme les Pokémon, Sarkozy ou l'assemblée nationale sur la 5 : en zappant y'a une chance sur deux pour que vous tombiez dessus. Bref l'horreur est partout et contaminante, sans toutefois ce hisser au chevet d'un film que je vous recommande largement plus, Kaïro.
Et Kaïro de Kiyoshi Kurosawa, c'est du contemplatif poétique mais qui vous fout le trouillomètre a zéro total avec une fin loin d'être rassurante.
En attendant, Ring 2, c'est bien mais inférieur au 1 et même a Dark water.
Et moi je vais me reprendre un Yaourt aux fraises-Sadako en lisant la chronique de ce cher Patchworkman.
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mercredi 28 février 2007
The descent

Près d'un an après un traumatisme grave, Sarah en profite pour décompresser au détour d'un week-end avec ses amies, fanas de sports extrêmes. En
plein milieu du massif des Appalaches, elles décident d'explorer une grotte censée être marquée et déjà explorée par des experts géologiques et empruntent un chemin qui n'est pas sur les cartes.
Soudain, un éboulement
bloque le chemin du retour. Alors qu'elles tentent de trouver une autre
issue, elles réalisent qu'elles ne sont pas seules. Quelque chose est
là, sous terre, avec elles...
The descent de Neil Marshall (le réalisateur du fun "dog soldier" et ses loups garoux bouffeurs de bidoches) permet au réalisateur de passer la vitesse supérieure là où son précédent film était un de ces "films d'horreur funs" a voir mais rapidement oubliés avec le temps. Ici, les conditions sont sensiblement différentes : là où the thing nous faisait un "mâle movie" (ceux qui ont vu le Carpenter comprendront, hu hu), ici nous avons un pur "woman movie" dans le sens où le seul homme du début est rapidement évacué (a coup de barre dans la tête dans une séquence glaciale mais efficace) au bout des 5 premières minutes du film, étant un des élements du traumatisme de Sarah. Mais un film composé de jolies femmes (des vraies femmes, pas des bimbos qui se trémoussent un peu partout et glougloussent au risque de plomber le climat angoissant du film, ni des screem-queens) qui vont devoir survivre a quelque chose de non humain...

Je vous laisse imaginer dans quoi elle patauge mais non, c'est pas de l'eau minérale...
Le réalisateur britannique divise son film en deux parties toutes aussi appréciables l'une que l'autre.
La première nous plonge dans un climat angoissant où la tension monte peu à peu : résurgence du traumatisme originel, puis lente montée de claustrophobie dans le noir, enfin des élements inquiétants et incongrus précipitent le spectateur dans l'inquiétude : Pourquoi si cette grotte n'a jamais été découverte, y'a t'il un piton métallique d'escalade datant des 70's (ce qui prouve que quelqu'un est déjà passé) ? Pourquoi Sarah trouve t'elle ce vieux casque rouillé et a qui a t'il pu appartenir...Et où est il justement ? Quels sont ces étranges dessins d'hommes préhistoriques dans la caverne ? Et surtout, ces ossements d'animaux, que font'ils ici ? Pourquoi des ossements humains et même de la chair encore en "bon état" ?
Et puis cette présence et ce simili rire enfantin entraperçu brièvement.

Putain de vacances de merde !!!!! Ouais c'est le cas de le dire....
La seconde partie bascule brutalement dans un survival brutal rappelant l'excellent Deliverance de Boorman et dépassant aisément ce dernier dans la brutalité et l'agressivité. De quoi sont capables des prédateurs et des proies dont l'instinct de survie prend alors soudain toute place dans les minutes qui suivent ? A un carnage des deux côtés, le prédateur ne connaissant pas la pitié, la proie ayant décidé de se battre jusqu'au bout.
Tout commence après la chute de Holly, pauvre punk, ex-Magdalene sister (mais si...Je crois bien que c'était elle qui jouait Bernadette dans le film de Peter Mullan), qui, croyant voir de la lumière, se précipite pour s'écraser dans un trou et s'ouvrir la cheville (petit plan rapide du plus bel effet sur la blessure cradoc).
La lumière était juste quelques pierres phosphorescentes.
A ce moment là, alors que ces amies arrivent pour l'aider a se relever tant bien que mal, Sarah entend quelque chose d'étrange et entreprend de continuer a filmer en caméra infrarouge (lumière verte), le décor alentour et là, première rencontre avec une des créatures, juste derrière une des filles, rencontre aussi brutale que celle des tripodes et des humains dans la guerre des mondes de Spielberg, limite traumatisante. Et là, la bataille pour la survie peut commencer.
Jamais Gollum n'avait été aussi féroce et méchant que dans ce film je dois préciser. ![]()

Surtout, ne relève pas la tête... Non ne relève pas la tête...
Ce qui est fort dans ce film c'est que d'une part, Marshall a décidé de ne faire aucune concession avec le spectateur. Donc, exit les blagues vaseuses, l'humour a 3 briques censé évacuer la tension nerveuse du pauvre spectateur et on filme presque caméra a l'épaule, façon projet blair witch. Bref, sérieux et réalisme a fond d'où le fait que le pauvre spectateur se retrouve avec une oeuvre éprouvante ne le laissant pratiquement pas respirer (l'expérience est des plus intenses si vous voyez le film dans le noir). Secondo sur le plan technique, la prouesse d'éclairer le film avec presque rien, juste les petites lampes ou la torche de l'héroïne se révèle gagnante a tous les coups, renforçant l'impression de claustrophobie, sauvagerie dans des tons rougeâtres de toute beauté.
Enfin, le réalisateur ternit lentement le film d'un pessimisme constant et la superbe fin triste et belle le prouve : un film sans concessions et la claque fait terriblement de bien. On a peur, bien peur et le malaise est palpable tout le long.
The descent est une claque rare, une expérience a savourer dans des conditions idéales pour mieux en apprécier son cachet plus que terrifiant.