vendredi 16 octobre 2009
Intérieurs (Woody Allen - 1978)
A l'approche de la retraite, Eve, une décoratrice d'intérieur en grave dépression nerveuse, est abandonnée par son mari Arthur. Cette situation critique met en lumière les problèmes personnels de leurs trois filles : Renata, un écrivain à succès; Joey, une actrice et Flyn une femme éternellement insatisfaite. Rongées par la détresse de leur mère et par les rancoeurs accumulées, les trois femmes se noient dans leurs propres obsessions...
Après le succès d' Annie Hall (1977), personne ne s'attendait à ce qu' Allen tourne brusquement le dos à son passé comique d'une manière aussi radicale en livrant un film des plus austères (le premier qu'il livrait où il n'apparaissait pas. On sait maintenant que quand le New-Yorkais à lunettes ne joue pas dans ses films, c'est qu'il faut généralement s'attendre à un sujet bien plus sérieux (voire noir) qu'une grande partie de ses comédies. Les exemples ne manquent pas (même si il ne faudrait pas réduire ça aux films et à leurs sujets non plus mais plus y voir un certain indicateur) : September, une autre femme, Match Point, Le rêve de Cassandre...) et ne comportant aucune plaisanterie, pas de note d'humour, pas de trouvailles visuelles à la pelle, là où elles explosaient dans Annie Hall (l'analyse simultanée en split-screen, la séquence dessin animé, les sous-titres qui révèlent les pensées de chacun...). Non, ici, la rupture est brusque, le ton est froid.
Après Annie Hall, Intérieurs a tout du suicide commercial parfait.

(1/ La tentative de suicide d'Eve - 2/ Vérités en clair-obscur entre le père et deux des filles)
Et effectivement, le film fut un four et encore aujourd'hui, on ne s'attarde pas sur ce drame grave, à tort. La filiation avec Cris et Chuchotements (1973) d'Ingmar Bergman (que Woody adore) s'impose ici plus que tout sauf que ce n'est plus une des trois soeurs qui va progressivement disparaître (de maladie) ici mais la mère des filles, qui, possessive et maniaque ne comprend pas l'étouffement qu'elle a toujours promulgué à son mari et sa progéniture sous prétexte que c'était "bien" pour eux. La fissure se produit (et nous est montrée à travers quelques flashbacks) le jour où Arthur, annonce à toute la famille au cours d'un repas que, "maintenant que les filles sont grandes", il à l'intention de se séparer d'Eve afin de profiter pleinement de sa retraite. Une élégante manière de ne pas dire que sa femme l'étouffait lui aussi. La silhouette dominatrice d'Eve plane pour une bonne partie sur le ton glacé du film qui, curieusement, commence à retrouver d'autres couleurs dès lors qu'apparaît Pearl, la nouvelle femme d'Arthur, une festive un brin naïve qui ne tient jamais en place.
"Allen s'inspire de l'univers de Bergman : en témoigne la composition rigoureuse des plans, l'extrême attention aux visages, les dialogues acérés et la gravité existencielle du ton. Mais "Intérieurs" n'a rien d'un pastiche ou d'un pensum confit d'admiration. C'est un beau film grave, avec quelques faiblesses (notamment des compositions inégales des actrices), mais fidèle au désir d'Allen de réussir "un drame ambitieux", "un film assez dense" (*)."
"Woody Allen" par Florence Colombani - éditions le monde/cahiers du cinéma.

(3/ et 4/ Vers l'approche de la fin, les langues se délient, les plans --avec le clair-obscur-- sont à la limite du fantastique.)
Intérieurs est sans doute le film le plus radical de son auteur, le plus jusqu'au boutiste sans doute avec Maris et femmes (la caméra façon reportage m'a fait ressentir un profond malaise en regardant le film. C'est sans doute lié au fait que dans la vraie vie, le couple Farrow/Allen traversait une très grave crise. J'ai l'impression que ça s'en ressent à travers l'écran). Ainsi si le second se révèle doté d'une caméra étonnement libre (surtout chez le new-yorkais), Intérieurs est figé dans ses plans séquences fixes. Pas besoin d'en faire plus, d'en dire plus. L'affiche sera simple (juste du texte ou comme sur la jaquette du dvd, une photo des trois soeurs à l'horizontale, toute regardant vers une direction hors-champ... image étrange comprise quand on a vu le film d'ailleurs), quand au film, il n'y aura aucune musique. Ce qui n'empêche pas avec le recul d'apprécier ce film difficile, figé dans son écrin mais néanmoins un beau drame poignant qui comporte ses grands moments. Un film risqué donc, qui s'apprécie souvent avec le temps et différents visionnages (pour ma part, j'ai apprécié au premier visionnage).
"Le virage amorcé avec Intérieurs vers un cinéma qui affiche son ambition artistique correspond à une aspiration profonde comme l'atteste, à la même époque, le fait qu'Allen cesse progressivement d'écrire pour le "New Yorker". Random House a publié trois recueil de ses textes, ainsi que des pièces de théâtre, cela lui suffit. Désormais, Woody Allen entend se consacrer uniquement à son cinéma. S'il accepte un simple emploi d'acteur au cours des années 80, c'est seulement par admiration pour Jean-Luc Godard qui lui propose de jouer le bouffon de "King Lear". En attendant, l'échec d'Intérieurs le laisse meurtri et fâché avec certains de ses collaborateurs, comme le monteur Ralph Rosenblum qui n'a jamais aimé le projet. (...)"
"Woody Allen" par Florence Colombani - éditions le monde/cahiers du cinéma.
Tout celà n'empêche heuresement pas le New-yorkais de s'atteler peu après avec Marshall Brickman à un film nommé Manhattan.
Mais ça, c'est une autre histoire....
mercredi 22 juillet 2009
Le rêve de Cassandre

Sur l'affiche, Ewan Mc Gregor fait quand même bien peur.
Je n'attendais rien de ce Woody Allen, tout au plus je savais qu'un
pote en disait beaucoup de bien et que
c'était un film dans la même lignée de Match Point,
ce qui n'était pas pour me déplaire.
La baffe n'en est que plus grande.
C'est d'autant plus grand qu'a la lecture des critiques et réactions
diverses sur le net et ailleurs, je me rend compte que quasiment tout
le monde (ou presque) est passé à côté d'un des plus grands films de
2007 là où comme la Tamise quand elle n'est pas trop polluée, tout
coule de source (du moins pour moi hein).
Allen fait un film impitoyable sur deux frère où l'on retrouve une
mécanique implacable à l'oeuvre. Match Point décrivait l'engrenage d'un
meurtre et posait la question de la culpabilité en répondant d'une
manière jouissivement amorale (les fantômes, l'arrivisme de Chris, le
fait que tout tient parfois juste au hasard). Le rêve de Cassandre suit
le même chemin et offre une variation intéressante : Il y a bien un
engrenage qui mène au meurtre mais cette fois, ce n'est plus par voie
directe (Nola dans Match Point était à éliminer car elle compromettait
l'ascension sociale de Chris, ici c'est pour résoudre leurs problèmes
d'argent que les deux frères doivent tuer quelqu'un pour leur oncle.
Donc il s'agit à la fois de l'honneur de la famille (Ewan Mc Gregor/Ian
n'a que ce mot à la bouche, dépassé par son admiration envers son oncle
Howard, c'est sa principale motivation) comme de leurs problèmes
personnels (ils n'ont pas les moyens d'entretenir la vie de rêve dont
ils s'illusionnent perpétuellement. En celà, dès qu'une illusion semble
concrétisée --le voilier--, cela ne fait que les enfoncer de plus en
plus vers la tombe). Match Point décrivait le manque de culpabilité
dont faisait preuve Chris (Jonathan Rhys Meyer, fascinant), Le rêve de
Cassandre montre lui, un Terry (génial Colin Farrell) rongé de plus en
plus par l'acte qu'il a dû faire là où son frère Ian choisit de mettre
la moralité de côté en expliquant que depuis le début, ils n'avaient guère le choix.
Et pourtant le choix, ils l'avaient. Terry aurait pu ne pas en arriver là si il ne s'était pas si endetté. Ian n'aurait pas eu à entretenir l'amour de cette fille au minois issue d'une publicité si
il ne s'était pas arrêté pour lui porter prétenduement secours avec
déjà en sous-entendu une attirance dont le spectateur sait bien où ça
va mener.
Alors qu'il avait déjà une autre fille dans sa voiture, hem.
Celà fait beaucoup de si.
Le film nourrit d'ailleurs sa richesse de ses contradictions (au
passage même ceux qui n'ont pas appréciés le film sont donc tombés dans
le panneau en ne voyant que les aspects négatifs alors qu'Allen dont la
mise en scène est d'une grande transparence, les incluait déjà dans le
menu).
Ainsi, Le rêve de Cassandre
laisse la voie au spectateur de suivre soit l'avis de Ian (la fatalité
et le fait d'avancer en considérant que l'acte en question servait
finalement leurs projets, leur a permis d'avancer, de rebondir), soit
celui de Terry, plus proche de la morale judéo-chrétienne et des
questionnements encourus (la question du bien et du mal, le
ressacement, la recherche du pardon, de la purge, les conséquences
encourues, la pitié/le don de soi envers ses proches --Terry
évoquant l'acte qu'ils vont faire dit à son frère dans la voiture,
d'attendre que leur victime voit une dernière fois sa mère au grand dam
de Ian qui considère que celà leur fait perdre du temps) et d' ensuite se poser ses propres questions.
En cela, le film garde une grande trace de sincérité tant dans les
actes que les conséquences : pas d'esbrouffe, le fait de tuer est
difficile, la conscience rôde. La scène où Ian et Terry attendent toute
la nuit chez leur victime mais qu'aucune occasion ne se présente m'est
apparue franchement excellente : Allen ne va pas à l'essentiel comme
certains films nous le montrerait, il montre les détails de la
machinerie et ce qui peut se passer vraiment dans la réalité à l'instar
d'un Bresson ou d'un Antonioni en montrant les temps morts qui peuvent
servir habilement sa narration (Antonioni dans profession reporter
n'hésitait pas a laisser la scène où Nicholson traîne le corps de son
double mort dans sa chambre d'hotel au début du film (au lieu de faire comme beaucoup de films hollywoodiens et éluder le problème), rien n'est coupé,
tout est laissé). La scène de "poursuite" précédant le meurtre est un
autre moment fort habilement géré car le new-yorkais fait durer la
poursuite, donnant à ses personnages de plus en plus le risque de se
faire repérer, en témoigne cette passante qui l'espace de quelques
secondes suit la victime et disparait du plan aussi mystérieusement
qu'elle était apparue ou le fait que la victime en question se retourne
d'un coup et que là où l'on s'attendait à voir nos deux apprentis
meurtriers, on voit en fait un couple qui apparaît nonchalament.
Jeu avec le spectateur comme avec ses personnages, Le rêve de Cassandre
n'est que celà comme pouvait l'être Match Point. Un jeu démoniaque dont
l'unique issue est la chute et qui, de ce fait, n'en apparait que plus
fascinante. Match Point posait les enjeux : plutôt que de choisir un
camp ou l'autre (le bien et le mal, le gentil ou le méchant), Woody
choisissait l'entre-deux. Le rêve de Cassandre prolonge l'itinéraire :
la balle n'a même pas touchée le filet, le temps ne s'arrête pas a cet
instant, la balle a tout simplement été envoyée ailleurs, hors-champ,
comme ce meurtre dont les coups "de feu" reviendront hanter un Farrell
jusque dans ses nuits. Et en parlant de hasard, que dire de cette
séquence où les frères voient leur victime au bar ? Pur rebondissement,
inattendu mais là aussi peut-être, une autre balle (ou bague) de match,
non ?
Bref, film tout simplement magistral et très intelligent.
<-- ce smiley pourrait faire office de système de "notation" mais ça fait sans doute un peu "petit bonhomme Télérama" non ?
samedi 6 octobre 2007
Annie Hall

Annie Hall a un charme éblouissant mais manque de confiance
en elle. Tantôt heureuse, tantôt déprimée elle pose les
questions sans détour et rêve de devenir chanteuse... Alvy
Singer est un humouriste au talent reconnu, qui cache ses
sentiments et se rend malade pour rien. Entre eux deux, c'est
le coup de foudre. Commence alors une histoire pimentés de
rires et de doutes, de séparations et de retrouvailles...
Film d'amour au septième art mais aussi a sa compagne et muse d'alors, la jeune Diane Keaton, qui partageait réellement sa vie à ce moment (et cette complicité amoureuse crève l'écran d'ailleurs), Annie Hall se présente comme un immense flashback où Alvy (Woody) explique dès le départ, face caméra qu'il ne se sent pas bien car il vient de rompre avec Annie et le film ensuite d'embrayer sur l'enfance d'Alvy (avec un gamin à la tignasse rousse et grosse lunette qui lui ressemble étrangement et qu'on rapprochera du gamin sensiblement pareil physiquement de Radio Days symbolisant aussi une sorte de Woody jeune ! D'ailleurs je me demande si ce n'est pas la même personne...) mais avec un décalage constant dans l'humour qui nous fait presque revenir dans sa première période de films comiques (donc bien avant le virage pris justement avec Annie hall, Interiors et Manhattan), le sérieux et la profondeur en plus. Et même si Woody analyse finement avec une rare acuité les rapports amoureux qui créent un couple (l'humour, le rapprochement, les gestes, les regards...) ou le font chanceler (les envies, la paranoïa, la jalousie, le besoin d'évoluer, de changer, au détriment de l'autre qui n'est plus sur la même longueur d'onde) au même titre qu'un Bergman (qu'il admire), il peut néanmoins tout se permettre tant stylistiquement que humoristiquement.
D'ailleurs il n'est pas rare que la technique mette en relief soit le drame, soit l'humour. Ainsi Woody n'hésite pas a insérer une partie dessin animée (et ce bien avant Tarantino) où il se met en rapport avec la méchante reine de Blanche Neige, manière de mettre en parallèle ses relations avec les femmes comme un moyen de réponse pour trouver ce qui ne va pas. Et quand le réalisateur fait usage du split-screen a plusieurs reprises, c'est pour souligner des points de vues qui divergent mais avec du rire au fond (la désopilante séquence chez leurs psy mise en parallèle ou bien quand on compare les deux familles : américaine contre juive new-yorkaise !). A celà rajoutez une mise en scène sublime (photographie, lumière), des scènes d'anthologie qui se suivent à la queue-leu-leu (la scène de queue pour aller au cinéma et le fait de faire intervenir en personne Marshall mc Luhan pour clouer le bec d'un enseignant trop prétentieux, énorme), des acteurs qu'on voit défiler d'un coup pour le fun (on se croirait dans un film catastrophe, c'est dingue !) tels que Christopher Walken, Jeff Goldblum, Shelley Duvall... et vous obtenez un des meilleurs films du petit New-Yorkais a lunette. Son meilleur ?
Comme quoi, les 4 oscars obtenus sur ce film étaient amplement mérités et comme on dit chez nous : "c'est fin, c'est très fin, ça se mange sans fin."
dimanche 25 février 2007
Manhattan ouverture...
Une envie de vous mettre l'ouverture de Manhattan de Woody Allen....Chais pas pourquoi...Ptêt parce que c'est l'un de mes Woody préférés ? Bon visionnage...
Chapter one...
mercredi 1 novembre 2006
Broadway Danny Rose
Broadway Danny Rose (1984)
J'aurais pu faire Manhattan et Match Point mais ce n'est pas facile. 2 grands films en leur genre qui prennent du temps (pour en parler, pour le recul) donc un peu de Allen mineur (quoique...)

Un groupe d'artistes de cabaret se remémore les aventures de Danny
Rose, l'imprésario le plus ringard du show-business ! Névrosé et
hypocondriaque, Danny Rose se dévouait profondément pour ses "protégés"
: un couple de plieurs de ballons, un artiste et ses pigeons joueurs de
piano ou encore un xylophoniste aveugle. La gloire semblait pourtant
pointer le bout de son nez en la personne de Lou Canova, un crooner
auquel il croyait dur comme fer en ces temps de revival retro. Mais
c'était compter sans Tina, sa maîtresse qui s'était acoquinée avec la
pègre...
Un woody en noir et blanc, clin d'oeil à la période des cabarets, des
chanteurs-crooners des années 50 et surtout, un clin d'oeil à Manhattan
(dont Woody reprend presque quasiment à l'identique --en moins
spectaculaire quand même-- la poursuite et la retrouvaille de l'être
aimé), l'un de ses chef d'oeuvres.
D'ailleurs l'un comme dans l'autre film, nous avons le même directeur
de la photo, le génial Gordon Willis mais ce n'est plus la musique de
Gerschwin ici donc (un peu le symbole et le coeur qui palpitait de
Manhattan) mais plus une pop baroque et chantée par Nick Apollo Forte
qui interprète justement le personnage du chanteur (enfin, les
instrumentaux rythmant le film sont de Dick Hyman).
Un Woody qui reprend son personnage gesticulant et cette fois plus agité que dans Manhattan (ce qui est normal aussi vu que le scénario est ici plus léger que dans son film hommage a SA ville). Creusé de tics le Woody ? Oui mais non. Bien sûr au début, j'ai commencé à me sentir agaçé, faut me comprendre, je n'étais plus habitué depuis un petit moment au Woody qui bouge dans tous les sens, mais on se rhabitue lentement vers la fin, incroyable sentiment d'humanité et de compassion à la fois du personnage (un de ses amis a été tabassé par sa faute...Limite tué presque) mais aussi pour le personnage : les scènes finales, juste avant que Woody retrouve Mia et quand il lui dit lugubrement que tout est fini, que leur relation est morte. Mais non. Et c'est là que l'on retrouve le Woody lyrique et génial, même si la scène m'a énormément rappelé la scène finale ("la course") de Manhattan.
Mais qu'est ce qu'un Woody sans les dialogues qui tuent et les gags ? Même si ce film est assez léger (et prétexte à quelques clins d'oeils dispersés ça et là envers les crooners, les mafieux et...les agents artistiques) et pourtant profond en lui-même, on a heuresement des gags assez sympathiques notamment celui, très cartoon du tir de revolver dans un container d'hélium rendant la scène assez surréaliste puisque les personnages arborent une voix de fausset.
Et au final, c'est encore un hommage (plus discret que Manhattan) que Woody livre a sa ville, en témoigne les plans de la parade de ballons New Yorkais de Macy's (célèbre magasin de la ville), mais aussi les ruelles, les bars et cette impression de naviguer entre le modernisme (les publicités lumineuses FUJI derrière le bureau d'un collègue et agent artistique du Woody) et le rétro (le noir et blanc, la musique, de nombreuses voitures années 50 au milieu de voitures années 80), renforçant le charme incroyable de ce film.
Et au final, on se dit que ce n'était pas un chef d'oeuvre mais que c'était bien sympathique, comme de nombreux Woody et le bougre a encore réussi à nous faire sourire.
mardi 31 octobre 2006
Radio days
Radio Days (1987)

Film assez nostalgique qui voit le Woody s' effacer derrière la caméra
("chouette" s' extasieront certains et ils auront raison, Woody pouvant
parfois user à la longue avec son jeu de névropathe dépressif, et c'est
un fan qui le dit !...Enfin ça dépend l'humeur du moment aussi) pour conter l' histoire d' une famille juive
modeste vivant à Rockaway (un des quartiers de Manhattan) pendant les années
40, avant et pendant la guerre.
Une de ces nombreuses familles
américaines comme les autres, ne possédant pas la télé, mais passant
journées et soirées à l' écoute de la radio. La radio qui berce avec
des feuilletons comme "le vengeur masqué" conté à l' antenne par Bill
Baxter (excellent Jeff Daniels pourtant dans un rôle limité) ou les
aventures de Sally (Mia Farrow, sublime) d' abord serveuse dans un
restaurant puis chanteuse et speakerine à la radio pendant la guerre
grâce à un mafioso ayant des relations (!). Les anecdotes des
personnalités (fictives mais basées sur des vraies) qui parcourent le
film sont légion ajoutant à la musique jazz et pop de l' époque, un
charme imparable qui fait mouche. Sans compter la vie de la petite
famille avec le gamin roux malicieux et blagueur, sorte de sosie de
Woody en plus jeune, qui suit la radio jour après jour et ce plan final
d' un chapeau qui dit au-revoir. Un bien beau film assurément.
Une scène du film parle d'une petite Polly sous la mine, ce qui n'a pas
été sans me rappeler l' histoire du gamin enfoui dans la mine dans l'
armée des 12 singes de msieur Gilliam, vous vous rappelez ? J' avais
peur qu'il y ait un truc du même genre mais là c'est plus sombre.
Et puis un clin d' oeil à l' invasion martienne de Wells à la radio dès
le début du film, assez sympathique et goguenarde vu que Wells avait
profité de son petit canular à la radio pour faire peur à des millions
d' américains, huhu sacré farceur....
Le film exploite bien les passages réalité fantasmée (les propos et anecdotes sur les stars), irréalité (le gamin sosie de Woody --mais sans les lunettes-- aperçoit un sous marin allemand un U boat avec ses jumelles, en face de New York !!!) et réalité (la femme que les gamins voient nue du toit d'une maison s' averera être leur remplaçante en français, miss Gordon !), tout en se gavant de passages nostalgiques (la musique, la première fois qu'on embrasse une fille quand on est gamin, la découverte du premier film en noir et blanc sur grand écran après un passage dans les lieux de Radio Manhattan, L' hiver et la St Sylvestre 44)...
Impossible de ne pas être touché par ce film, magnifique et d'une photographie très belle et chaleureuse.
Pour ce qui est du son, ça reste correct même si on aurait voulu du stéréo. C' est du dvd Mgm zone 2 ne l' oublions pas...
Donc, Français mono 2.0
Allemand mono 2.0
Anglais mono 2.0
Espagnol mono 2.0
Italien mono 2.0
Et plein de sous titres et en bonus, la bande annonce.
Enfin ça reste correct pendant le film et celui ci est un vrai régal que je conseille à tous...
mercredi 30 août 2006
Hannah et ses soeurs
Hannah et ses soeurs (1986)

Je poursuis mon cycle Woody Allen entamé précédemment et je tombe donc sur ce film.
Une fois de plus, Woody réalise un grand film et surprend agréablement en adoptant la narration de ses personnages, leurs ressentis par le biais de la voix-off tout en enchevêtrant les destins croisés de 3 soeurs (Hannah --Mia Farrow--, Lee --Barbara Hershey, sublime-- et Holly --Dianne Wiest) et de leurs proches, maris (Michael Caine, tout de finesse et de subtilité ainsi que Max Von Sydow) comme ex (et nous retrouvons d'ailleurs Woody dans ce rôle de névrosé hypocondriaque qui gesticule partout tout en trouvant paradoxalement l'un de ses meilleurs rôles, sombre et assagi avec le personnage de Mickey, ancien mari de Hannah).
Si le film est comme souvent chez Woody une déclaration d'amour à New York, sa ville (cette fois, on a droit aux "rues sombres et éclairées au néon" ainsi que des passages dans Central Park), c'est aussi pour lui, l'occasion de retrouver l'un de ses thèmes de prédilection à travers les relations de ces couples qui se font et se défont, par envie, par amour. Et notre New-Yorkais adoré de découper le film en autant de chapitres aux titres se résumant à une phrase, presque une synthèse de ce qui va suivre (je pense à cette phrase de Tolstoï reprise justement : "La seule vérité que l' Homme soit capable de saisir, c'est que la vie est dénuée de sens"), que celà puisse être comique ou désabusé. Woody déplace uniquement ses névroses sur son personnage mais bien avant Match Point, on ressent soudain une crainte viscérale à l'image de la scène de tentative de suicide de son personnage. Suicide raté heuresement qui permettra au personnage au détour d'une salle de cinéma de se réconcilier avec la vie sur fond de Marx Brothers.
Auparavant, il aura cherché un sens à sa vie du côté de la foi (les scènes où Allen désire changer de religion pour le salut de son âme sont tout bonnement hilarantes) avant de revenir au cinéma, éternel créateur d'illusions qui guérissent ou détruisent.
Le film commence sur un repas de Noël (enfin Thanksgiving...) avec la famille au complet pour se terminer deux ans plus tard, sur un autre repas de fin d'année en famille, l'occasion pour tous de prendre les bilans et d'aller de l'avant pour de nouvelles vies avec les décisions et les conséquences prises. Mickey reprend goût à la vie et sort avec Holly qui reprend confiance en elle-même en écrivant des livres inspirés de sa vie ou de celle de ses proches (un parallèle avec Woody et ses films ?), tandis que Elliot (Michael Caine) après s'être brièvement adonné à l'adultère avec Lee prend conscience lentement qu'il aime quand même Hannah et reviendra vers elle, néanmoins marqué pour toujours par sa brève liaison avec la soeur d'Hannah.
Woody ne donne aucune morale, il met juste en scène avec tendresse, humour et mélancolie, des moments personnels qui peuvent arriver à n'importe qui et signe au final l'un de ses meilleurs films.
lundi 21 août 2006
Ombres et brouillard.
Ombres et Brouillard. (1991)

Je n'y croyais pas avant de l'avoir vu, mais Woody a vraiment fait péter son casting pour ce film :
- Woody Allen (Kleinman)
- Mia Farrow (Irmy)
- John Malkovitch (le clown)
- Madonna (Marie)
- Donald Pleasence (le docteur)
- Jodie Foster (prostituée)
- Kathy Bates (prostituée)
- John Cusack (Jack l'étudiant)
- Lily Tomlin (prostituée)
Et excellente surprise, non seulement tous les acteurs sont bons, mais le film l'est également se hissant presqu' au niveau de Manhattan. Un mélange de surréalisme, de poésie, de drôlerie (toujours les répliques chez Woody) et encore une histoire de couples, cette fois ancrée dans de nombreux hommages : A Kafka, Kurt Weill (et Brecht pour la musique), aux artistes du monde du cirque, à Jack l'évantreur (sauf qu'ici c'est un étrangleur), aux films des années 20 et l'expressionnisme allemand...
Disons le, le sublime noir et blanc brumeux (ayez une bonne télé) du
film est grâcieusement obtenu par Carlo Di Palma, excellent directeur
de la photographie, hélas récemment décédé et au vu de son travail, on
ne peut que le regretter amèrement.
La musique emprunte à l'univers du
cirque et de la musique de chambre et participe à l'univers onirique
partagé entre rêve et noirceur de la vie. Allen capture bien l'univers
Kafkaïen à travers des scènes absurdes souvent hilarantes (Kleinman
qu'on avertit d'un plan mais jamais on lui dira ce que c'est, les gens
qui prennent peur et se constituent en petites milices d'autodéfenses
souvent constituées d'eux seul, le don prodigieux de "renifleur" du
grand "spyro" un étrange charlatan dont le fait de dénoncer les gens soit devenu le meilleur gagne-pain...) et livre un hommage au monde de la magie mais aussi des freaks tels que les artistes et autres avaleurs de sabres... D'ailleurs dans notre société moderne, l'artiste n'est il pas une sorte de "Freaks" ?
Et le film de culminer sur une fin surprenante qui révèle que dans la vie, "tout n'est qu'illusion, mais elles nous sont souvent nécessaires pour vivre".
Un très grand film qui capte la vie avec poésie, rire, noirceaur et absurdité presque comme Kafka, mais c'est du Woody. J'avoue que je le range volontiers à côté de Manhattan.
Une ville tranquille d'Europe Centrale, dans l'entre-deux guerres...
Recruté de force par la milice d'autodéfense, Kleinman, un petit
employé craintif, doit capturer un étrangleur qui rode et terrorise la
ville. Dans le brouillard sombre et humide de la nuit, Kleinman croise
une avaleuse de sabre au chômage. Désireux d'aider cette "âme en
détresse" et d'échapper aux griffes de la milice, Kleinman abandonne
ses recherches. Mais pendant ce temps, les meurtres se succèdent...
samedi 12 août 2006
Vos woody allen préférés ?
Accords et désaccords
Accords et Desaccords (1999)

Accords et desaccords est un excellent Woody, qu'on se le dise !
Servi par une excellente musique de jazz des années 30 et par des excellents acteurs, Accords et Desaccords est le dernier grand Woody avant Match Point (2005). Enfin, je dis ça, je n'ai pas vu Hollywood Ending (2002)...
Emmet Ray est un guitariste de jazz extrêmement doué, insouciant, coureur de jupon, doublé d'un flambeur invétéré. Mais la musique ne paie pas et Emmet aime les femmes, les belles voitures et les costumes de luxe... La solution ? Conquérir Hollywood pour y trouver la gloire et surtout pour sortir de l'ombre de son idole : le grand Django Reinhardt...
Le problème avec les génies, c'est que non seulement ils ont du talent, mais aussi un gros égo, les rendant quasi indispensables à l'humanité, du moins le pensent-ils. Emmet n'échappe pas à la règle, se prôclamant "le plus grands guitariste du monde...Enfin, après le gitan", lequel correspond en fait à l'idôle suprême d'Emmet, Django Reinhardt. Une idôle qu'Emmet cite constamment et dont il ne peut se défaire : C'est bien simple, dès qu'on prévient Emmet que Django va se produire dans la même ville que lui ou a quelques mètres même, celui-ci s'évanouit invariablement ou paralysé de peur, s'enfuit par n'importe quel moyen (ce qui donnera lieu dans le film à une scène assez amusante) !
Le personnage d'Emmet (interprêté génialement par Sean Penn) mis à part qu'il joue de la guitare comme un Dieu est aussi terriblement humain et complexe grâce à ses défauts à la fois énervants mais aussi attachants. Emmet adore tirer avec un révolver sur les rats et regarder les trains...Sans autres but qu'un dépaysement simple sans se poser de questions. Autres défauts, moins sympathiques ceux là,Emmet est kleptomane (en plus ça lui sert pratiquement à rien puisqu'il jette les objets l'instant d'après !), c'est un invariable macho, toujours sûr de lui-même, qui n'hésite pas a quitter une femme pour une autre, un peu coureur de jupons qui prévient pourtant chacune de ses conquêtes de ne pas trop l'aimer dès le départ.
Un jour pourtant, il éprouvera véritablement de l'amour pour une femme et ne se voudra jamais de l'avoir quittée, ce qui provoquera une remise en question douloureuse à la fin du film. Aime t'on pour l'être en question ou le talent ?..
Avec cette fausse biographie d'un vrai-faux guitariste (on continue de se demander si le personnage a réellement existé) entrcoupée d'interviews de passionnés du guitariste (dont Woody), le réalisateur en profite pour poursuivre ses obsessions : les relations humaines amoureuses et le ballet des corps de l'un à l'autre, les "accords et désaccords" entre nos relations amoureuses, interprétation autre que musicale du titre, à travers un regard sur l'ensemble de l'oeuvre du Woody.
Les acteurs sont au diapasons et la musique (jazz) est à se damner : Sean Penn joue avec grande finesse un personnage mi-fascinant, mi-ridicule; Samantha Morton (Minority Report...) est incroyable de justesse dans le rôle d'une jeune muette amoureuse du guitariste, elle émeut à chaque instant dans son dévouement, sa gentillesse, sa coquetterie; Uma Thurman joue une jeune journaliste vamp qui n'hésitera pas a se marier avec Emmet pour écrire un bouquin puis le tromper (c'est même à partir de là qu'il doutera de lui-même et que le film partira dans 3 versions supposées de ce qui a pu arriver a Emmet sur le tard), enfin Gretchen Mol (oui j'aime bien cette actrice je sais) fait un court passage un peu injuste car elle mérite mieux, mais pourquoi pas ?
Bref un bon film à consommer sans modération !
