jeudi 22 mai 2008
Ch... Ch... Ch... Ch... Changes !
Je reprends juste brièvement la chanson de maître Bowie pour signaler quelques modifications sur le bloug. Il y a deux edit sur Baiten Kaitos et KareKano. De petites broutilles mais bon. Par contre, les curieux auront remarqués qu'il y a plein de nouveaux liens à droite. Je vous encourage de toutes façons à zieuter au possible ces sites et blogs qui valent tous le coup d'oeil.
Pour le prochain message, vous me détesterez ou m'aimerez mais je compte parler du nouvel Indiana Jones, actuellement au cinéma et m'en faire l'avocat du diable puisque je fais partie des gens qui ont aimés le film.
mardi 13 mai 2008
Votre BD de mai/juin 2008...
Plutôt que de vous abreuver d'une énième pin-up peinte issue d'un quelconque comics américain des 50's, je préfère cette fois vous présenter une vraie femme, bien qu'un peu trop proche de certains fantasmes masculins, j'ai nommé Yoko Matsugane. La demoiselle est très jolie en plus ce qui ne gâche rien. Allez Yoko, qu'avons nous là ? Du Caza ? Va pour du pur Caza des 70's issu de la grande époque de Métal Hurlant et de nos amis des Humanoïdes associés. Tout celà ne nous rajeunit pas, et la BD d'où je l'ai scanné accuse un peu son âge en plus d'être un peu plus grande que le format A4. Du coup, les pages peuvent paraître un peu découpées ou mangées et je m'en excuse auprès de vous chers lecteurs mais aussi auprès du grand Caza si il passe ici.
Bonne lecture et cliquez pour agrandir of course.
Quand je vois ces planches, je reste bouche bée littéralement....
samedi 3 mai 2008
The Wicker man

The Wicker man de Robin Hardy (1973)
Le sergent Howie de la police de Western Highland arrive à Summerisle, une petite île privée de la côte ouest de l’Ecosse, pour enquêter sur la disparition présumée de la petite Rowan Atkinson. Ce qui commence comme une enquête de routine devient une confrontation entre le policier dévot et les étranges coutumes et rituels ayant cours à Summerisle....
Etrange histoire que celle de ce film là, tant dans l'univers du film même que ce qui lui arriva. Un film dont l'on perdit le négatif original et dont les copies furent perdues car sur le passage d'une autoroute en construction. La légende veut aussi que du fait que sa jeune épouse Britt Ekland jouait nue dedans (oui, oui, ne vous affolez pas, je vais mettre une photo, du calme, y'en aura pour tout le monde !), le rockeur Rod Stewart essaya de récupérer toutes les copies, laissant la version censurée pour les rares pays qui purent le voir : parce qu'entre temps, le nouveau producteur de la British Lion remplaça le pauvre Peter Snell au pied levé, jeta un coup d'oeil au film, n'y comprit rien (c'est pas nouveau chez les producteurs, aurais-je envie de dire) et inquiet, décida de le sortir à rebours dans très peu de salles et à une heure tardive tout comme l'autre production de l'année du studio, "Ne vous retournez pas" de Nicholas Roeg qui connut à peu près le même sort. Résultat, aucune trace en France et d'autres pays et il fallut de peu qu'il ne passa à la trappe si Christopher Lee et Robin Hardy en personne ne tentent de le sauver en faisant une promo constante, Lee poussant même la chansonnette en plateau de télévision et déclarant personnellement qu'il s'agit du meilleur film dans lequel il joua.

Britt Ekland, future James Bond girl l'année d'après n'a pas froid aux yeux ! C'est plutôt le contraire...
Adapté d'un scénario du grand dramaturge du suspense qu'est Anthony Schaffer ("le limier" c'est lui, "Frenzy" de Hitchcock c'est encore lui), le film se propose d'être de l'aveu de Robin Hardy, un "anti-film d'horreur" dans le sens où, la Hammer finissant, ce sera un film des plus inquiétant mais non axé sur les décapitages et autres joyeuseries sanglantes en tous genre. De fait, grâce à sa formation de documentariste (d'ailleurs il est dans la même situation qu'Harvey (cf chronique de Carnival of souls) puisqu'il fit beaucoup de documentaire mais à la différence de Harvey tourna 2 autres films par la suite, à pratiquement 10 ans d'écarts. Films passés eux-aussi inaperçus au passage), Hardy se propose de restituer une ambiance plutôt bon enfant qui n'est en fait qu'une étrange façade, ce que le spectateur, aux côtés du policier bigote, comprend très vite, partagé entre l'envie de détester ce policier très coincé (on a même envie de lui donner des baffes), puis de le prendre par la suite en pitié, balotté qu'il est par tous les habitants de cette étrange île...
Pour vos vacances celtiques, adoptez la glamour attitude à "ouale-pé" près des monolithes, c'est tellement mieux.
Pour le policier arrivé ici (Edward Woodward très bon), choqué et outré par les pratiques bien libérées des habitants, il s'agit plus d'enquêter sur la disparition d'une fillette. Puis, avec le temps et le peu d'indices dont il dispose, il en vient à imaginer un assassinat collectif, comme une sorte de complot où la gamine aurait disparu au profit de cette étrange communauté qui ne se souvient étrangement même plus d'elle, comme si finalement elle n'avait jamais existé. Mais si assassinat il y a, où est le corps ? Et pour quel motif ? Plus Howie enquête, moins il ne comprend à quoi il a affaire et plus il s'enerve, plus il ne fait qu'aggraver son sort aux yeux des habitants de l'île plus ou moins dirigés par Lord Summerisle (Christopher Lee, ironique à souhait, en ayant marre de toujours porter les longues canines du Dracula de la Hammer accepta d'emblée le rôle) et plus le spectateur comprend qu'il a affaire à une véritable joute théologique entre une religion chrétienne intolérante (Howie qui représente l'autorité Chrétienne mais aussi Anglaise) et une religion païenne ultra-permissive (L'île elle-même qu'on peut voir comme des dignes représentants ecossais qui posent leur foi étrange en résistance face à l'envahisseur briton).

"Non, je ne veux pas chanter avec vous l'intégrale d'ABBA, laissez moi partir, siouplaîîîît, pitiééééé..."
On pourrait même se permettre une relecture psychanalytique (Howie représente l'autorité face à la jouissance incarnée qu'est l'île, il est donc l'image du père qui sera sacrifié et détesté par un fils oedipien en diable qui ne serait autre que le Wicker-man) au risque de dénaturer l'oeuvre, ce qu'on ne fera pas au vu de la fragilité du film. Une fragilité liée d'une part à son équilibre interne (l'oeuvre est parcourue de chansons folks magnifiques aux paroles souvent fort paillardes, enrichissant la fascination que l'on éprouve pour le film mais qui, je le reconnais, pourra laisser plus d'un spectateur sur le carreau) mais aussi à son époque (les 70's n'étaient pas toujours aussi libérées qu'aujourd'hui et le film s'inscrit pleinement dans la libération des moeurs notamment sexuelles engagées à la fin des 60's) et il était donc évident qu'on ne pouvait faire un remake à moins de tout reprendre à zéro avec un vrai respect de l'oeuvre originelle, ce qui est rare de nos jours.

"Bonjour, je suis à la recherche de ma moumoutte kidnappée dans cette île, auriez vous des indices ?"
Pourtant Hollywood, jamais en mal de se ridiculiser osa un remake avec un acteur qui déjà se coltinait une période de navets, j'ai nommé Nicolas Cage. Cage sortait alors de Next (pas vu après ce que j'ai pu lire. Dénâturer à ce point la merveilleuse nouvelle de Ph.K.Dick, faut le faire) et allait ensuite replonger avec Ghost rider dont le seul souvenir que je peut avoir de ce film (pas vu non plus mais je suis sûr qu'en toute mauvaise foi, il doit être bien fendard... Si on ne cherche pas un vrai film de super-héros hein) est un autocollant récupéré à Rock en Seine avec l'ami Edou par un jeune homme à qui l'on pardonnera d'avance, les temps sont durs pour les étudiants sans le sou. Apparemment le remake fit des scores assez pitoyables qu'il sortit directement chez nous en dvd par studio canal qui en profita pour réediter l'orginal de Hardy dans une très belle pochette qui nous change de la symétrie Mondriannenne de l'ancienne version "cinéma de quartier". Rassurez-vous, l'inoxydable Jean Pierre Dionnet (c'est un peu comme Philippe Manoeuvre ou Zégut, il faut lui couper la tête pour le voir arrêter de rescussiter) est toujours de la partie. Je termine la chronique de ce film culte (oui, oui, assurément, le terme n'est pas usurpé là) par la jaquette de la nouvelle édition.

"Come, come, it's time for your appointment with the Wicker man."
Au fait, si je ne vous ai pas parlé du fameux "homme d'osier" donnant son titre au film, c'est pour éviter, m'éviter surtout de trop spoiler, of course. Il faut voir le film vierge d'idées préconçues pour mieux en apprécier la substantifique moëlle...
vendredi 2 mai 2008
The Patch' séances (1)
... Les Patch' séances, qu'est ce donc que celà vous dites vous ? Tout simplement des films vus en Patch'vision grâce à Patchworkman voire tout bonnement des films que le monsieur évoque (bien mieux que moi d'ailleurs) sur son blog et qu'il m'a donné envie de voir, à ses risques et périls (nous ne sommes pas de la même génération voyez-vous. D'ailleurs nous n'achetons pas notre Bordeau Channel dans les mêmes magasins. Il va à Auchan, je vais à Carrefour, que voulez-vous. Parfois, moyens réduits oblige, je bouffe même de l'horreur bradée chez Champion quand le diable d'homme prend sa Patch'mobile pour aller dans les magasins haut de gamme. Mais bon, c'est la vie... Récemment il m'avouait ne pas aimer Cloverfield que moi j'adule. Comme quoi entre fantasticophiles, même nos avis divergent et pour reprendre Desproges, "Dix verges, c'est énorme !" Bon promis, j'arrête de la sortir celle-là). Ainsi un soir que je me plaignais une fois de plus (j'adore me plaindre je sais), le grand Patch' se pencha sur moi et tel l'ouvreur de salles de Last Action Hero me fila un ticket magique, une séance pour le cultissime Carnival of souls d'Herk Harvey (1961), film mythique qui influença plus d'un jeune Burton ou Lynch, c'est dire.
Car plus qu'un film "d'horreur" (entendons nous bien, ce n'est pas de l'horreur au sens normal que nous verrons là, mais de la pure suggestion, aussi je me vois mal dire que c'est un film d'horreur même si l'ombre sous-jaccente du zombiïsme aigüe y rôde fortement sans être néanmoins nommée. Celà tient plus d'un film fantastique pour moi), Carnivals of Souls est avant tout un film d'ambiance. On raconte qu'Harvey en repérages alors pour son film eut le coup de foudre pour un parc d'attraction à l'abandon et décida d'y faire le pivot central de son film. A la vue des images magnifiquement cadrées, on comprend donc que le véritable héros de cette histoire étrange est clairement le parc d'attraction en question.


Bien sûr à côté de cette ambiance déjà palpable de vide Antonionien ressenti dans le parc d'attraction, il y a toute une imagerie qui passe tant par l'héroïne et sa perception des choses (isolation des sons par exemple : pendant un instant, nous n' entendons plus aucun sons comme l'héroïne, un peu comme si le monde avait disparu ou plus précisément qu'elle était hors de ce monde, vu que plus personne ne semble l'entendre. Avec le temps on comprendra qu'elle se dissous lentement dans l'entre-deux du monde des humains et des morts pour fatalement disparaître dans l'un, pas celui esperé...) que par les joyeux drilles (il dansent comme des ptits fous, j'en conclus forcément qu'ils s'amusent bien, youplaboum) qui la harcèlent constamment, tenant sur elle une emprise qui ne cesse de s'étendre. Ceux-ci ont un étrange rimmel autour des yeux, signe autant de nuits blanches à boire un verre qu'a danser sur (et dans) les tombes...


Enfin que ne serais un film fantastique sans sa musique et ses bruitages. Ici, côté musique on est servis, l'héroïne étant une joueuse d'orgue d'église, elle en jouera autant qu'on en entendra nous-même, la bande son étant comme corrompu par cette musique qu'un prêtre n'hésitera pas tout simplement à classer de diabolique ! Il n'est donc pas étonnant que cette musique se fasse largement envahissante pour déborder largement du cadre filmique lors d'une scène de bal où nous assistons à d'étranges automates ralentis, sans aucune vie autre que le mouvement concentrique qu'ils se sont accordés. Ou plutôt que la mort leur à laissés...
Un classique qui mérite bien son titre de film culte. A noter que vous en avez aussi une chouette chronique ici.
Prochaines Patch'séances : La colline (Serrault) à des yeux et le masque du démon...
samedi 26 avril 2008
Hitchcock's stories...
Alicia, fille d’un espion nazi, mène une vie dépravée. Devlin, agent du FBI, lui propose de travailler pour les Etats-Unis afin de réhabiliter son nom. Elle épouse donc un ancien ami de son père en Amérique du Sud afin de l’espionner. Dès le premier instant, Ingrid Bergman et Cary Grant sont enchaînés : c’est la célèbre séquence du baiser le plus long du cinéma....
Un post en 2 parties pour 2 Hitchcock d'avant les 50's, bande de petits veinards. Et deux Hitchcock prestigieux, qui plus est. On a tendance à n'associer Hitch' qu'a ses films des 50's, ses "gros" films (si on commence, mettons... Avec "Rear Window" de 1954 -- Fenêtre sur cour) mais c'est oublier trop vite que depuis les années 20 dès ses débuts que le bonhomme déjà, était grand. Près de 20 ans après "Number 13" (1922), son premier long-métrage (non-fini il semblerait. A vérifier auprès des Hitchcockophiles en herbe...), le génial maître du suspence restait inégalé. Nous sommes donc en 1946 et c'est avec Notorious ("les enchaînés") que Sir Alfred paye son tribut à la seconde guerre mondiale puisqu'ici, les grands méchants de l'histoire sont... des nazis, et l'héroïne, rien de moins que la fille d'un d'entre eux qui cherche à laver son honneur pour le compte du patriotisme. Mais c'est plus complexe que celà, car c'est surtout par amour pour l'agent Devlin (Cary Grant) qu'Alicia (Ingrid Bergman) va se retrouver mêlée à une aventure des plus dangereuses. Le titre veut évidemment tout dire... Enchaînés. Par les liens du devoir et de l'amour. L'un ne va pas sans l'autre puisque c'est officiellement par devoir et officieusement par amour qu'Alicia accepte la mission d'infiltrer la maison d'un étrange personnage, Sebastien, ancien ami paternel, nazi lui aussi avec son groupe d'étranges amis qui n'hésitent pas à s'entretuer finement quand l'un d'eux semble faillir... On a beaucoup parlé de la fameuse séquence du baiser (à cause de la censure du code Hays alors en vigueur aux U.S.A, une scène de baiser ne doit pas dépasser plus de quelques secondes. Que fait Hitch' pour déjouer malicieusement celà ? Il filme un baiser, enchaîné d'un autre, puis d'un autre... Le tout ne formant en fait qu'un immense baiser tout en ne gênant nullement la censure. Il fallait y penser...) mais le film est aussi impressionnant pour ses gros plans fabuleux sur les objets, lesquels ici sont indispensables à l'intrigue puisque chaque gros plan est l'occasion d'un important tournant dramatique dans l'histoire : gros plan de clé d'une cave (où Alicia et Devlin vont faire une découverte des plus étrange... Un autre gros plan de cette même clé, cette fois manquante au trousseau de Sebastien marquera le sort de la pauvre Alicia) ou d'une anodine tasse de café (en fait empoisonnée. Et Hitchcock en profite pour la mettre au premier plan du cadre, immense, mençante, manquant de dévorer les personnages. Plan magnifique en soi, songez que nous ne sommes que 6 ans après Citizen Kane, ça montre la rapidité et l'intelligence de Sir Alfred à intégrer les nouveautés et changements au sein de son cinéma)... Et puis comment parler d'un Hitchcock sans oublier évidemment la fin où une fois de plus, on jubile (ici le retournement de situation final, totalement ironique...). Grand film, tout comme le suivant plus bas.
La nouvelle épouse de Maximilien de Winter, frêle et innocente, réussira-t-elle à se substituer à l’ancienne Madame de Winter, morte noyée dans des circonstances mystérieuses ? Un conte de fées cruel et vénéneux, d’après le best-seller de Daphne du Maurier.
6 ans avant Notorious, Hitchcock reprenait le Rebecca de Daphne du Maurier pour une retranscription des plus fidèles. Ce qui marque dans Rebecca, c'est le mélange des genres et là aussi, la grande modernité d'Hitchcock. Dès le début, on aperçoit un superbe manoir (jolie maquette) qui se révèle une ruine pourrissante, presque sortie d'un mauvais rêve. Et mauvais rêve, celà va le devenir pour la pauvre Joan Fontaine puisque dans un gigantesque flashback (l'intégralité du film en fait ! Il fallait le faire) nous allons assister à une romance entre cette jeune orpheline secrétaire d'une marâtre stupide et le riche et mystérieux Maxime de Winter (Laurence Olivier) suivi d'une lente dégradation dans une certaine noirceur à la décomposition de cet amour face à une morte troublante, Rebecca, qui se mêle, tel un troublant et puissant maléfice, aux amour du couple. Un passé inquiétant qui sera lentement dévoilé au fil du film, montrant qu'il ne faut pas se fier aux apparences. C'est là, la grande force du film : retourner les conventions et continuer encore à surprendre agréablement plus de 60 ans après sa réalisation. Ainsi, toujours au bord de craquer, la jeune fille tiendra pourtant bon et le froid et distancié De Winter, à mesure qu'il se confiera à sa jeune épouse, deviendra des plus humains. Paradoxalement, on apprendra que la fameuse Rebecca était loin d'être une sainte nitouche (c'est le cas de le dire : adultère, caractère des plus odieux et méprisants... Vers les 3/4 du film, le "personnage" --on parle d'une morte, mais on pourrait parler de "morte-vivante" puisqu'au délà de la mort elle poursuit encore les personnages principaux) et que la gouvernante Mrs Danvers est une remarquable sorcière. Ajoutons à celà une sorte de romantisme parfois un peu guimauve et l'on comprend facilement qu'Hitchcock tourne à sa manière un conte fantastique : Une jeune orpheline, un "château", un prince, une sorcière, une "zombie", un fantôme... Mais on est chez Hitchcock, pas dans un illustré pour jeunes enfants et l'ensemble vire parfois plus au film noir qu'a un gentil Walt Disney d'après guerre. J'ai évoqué le flashback comme postulat principal du film mais l'ouverture en elle-même est des plus frappante. Une grille fermée, un manoir au loin et la caméra qui rentre dans la grille pour aller à ce manoir... Celà ne vous évoque rien ? La même année sort un chef d'oeuvre qui débute presque de la même manière : Citizen Kane. Coïncidence étrange, non ? Quand à la caméra dans la grille, un certain Antonioni reprendra cette idée en la poussant encore plus loin et avec brio dans un certain Profession Reporter. Tout ça pour arriver encore au fait que ce diable d'Hitchcock était décidement un maître du cinéma.
Et une fois de plus, on s'incline...
lundi 21 avril 2008
KareKano

Entre Elle et Lui.
(Kareshi Kanojo no jijyo) -- KareKano en abrégé.
Gros coup de coeur pour cette série d'animation de la Gainax. Evidemment, je ne pouvais que succomber, surtout si j'apprends que Hideaki Anno a participé au projet de près. Vous me mettez son nom sous mon fier nez de geek chaperonné à l'animation et à l'horreur très jeune (haut comme trois pommes) avant que je ne vire métaphysico-Kubrickien-Oshiien (ce qui n'est pas une tare en soi, d'ailleurs moi j'en vis très bien) tendance contemplativo-Antonionienne (là c'est plus dur, je me sens seul des fois...) et vous obtenez un Nio alléché, la babine soyeuse et le groin pourfendant le vent (mais la technique marche aussi avec d'autres bloggueurs : mettez du Argento et du Bava dans la gamelle de Patchworkman et il ronronnera comme pas deux) et prêt à se jeter sur l'oeuvre susdite.
Après cet interlude qui fleurait bon le Cyaranoïsme de Bergerac (qui se situe sur les rives du Bergerac, rappelons-le) et à votre air fébrile et étonné, vous vous dites que quelque chose cloche. Surtout si vous ne connaissez pas Hideaki Anno, subjectivement personnage hautement essentiel à la culture animé, au même titre que Walt Disney ou Miyazaki (c'est dire comme je le porte très haut), ou bien un Kevin Clerks chez nos amis Geek ou un Cronenberg dans le monde horrifique. Un personnage indispensable en quelque sorte, qui crée à la fin des années 80, avec une bande de potes, le studio Gainax. Studio "responsable" de Neon Genesis Evangelion, Gunbuster, Nadia et le secret de l'eau bleue et FLCL (Fuli Culi...Furi Kuri... enfin truc...FLCL quoi...), ce qui est déjà pas mal, voire beaucoup. Et puis la faute m'en incombe, je suis fan de ce studio d'animation depuis de nombreuses années et je ne m'aperçois que maintenant que je n'en avais jamais encore parlé sur ce blog. Bigre. Il était temps de réparer ça.


Images du générique : entremêlement d'images réelles et animées.
Dans l'animation japonaise, il y a deux cas de figures principaux. Soit l'animé (la série) est issue d'une oeuvre papier préexistente (ce qu'on appelle "manga" comme on dit "comics" pour les States et BDs anglo-saxonnes mais au délà de ces termes abscons et un peu discriminant -- A tel point qu'on confond encore le manga avec l'animation japonaise en les englobant au nom d'un obscurantisme amplifié par des années de TF1-Dorothéïste datant des années 90 mais hélas encore largement répandu de nos jours), soit c'est une création totalement nouvelle. Dans le cas de Karekano, il y a donc à la base le manga sentimental (un "Shojo" donc. Qui s'adresse souvent plus aux jeunes filles qu'aux mecs mais les mecs aussi peuvent les lire, y'a pas de raisons. Surtout si vous vous sentez très fleur bleue) de Masami Tsuda mais que Gainax (tout comme pour FLCL) va se réapproprier personnellement avec sa propre touche mi-psychologisante, mi-absurde jusqu'a la folie (on se poile beaucoup pour une série qui aborde les problèmes existenciels et amoureux des jeunes d'aujourd'hui, c'est un fait).
A la base, il y a Elle, Yukino Miyazawa, première de la classe, sans égal, parfaite en tout et admirée de tous. Puis arrive Soichiro Arima, Lui, jeune garçon intelligent qui du jour au lendemain la supplante. Stupeur chez Miyazawa qui décide de tout faire pour se débarasser de ce rival plus qu'encombrant. Sans se douter que doucement naîtrait une relation d'amitié puis la naissance d'une relation amoureuse, ce qui, au fil du temps et de la série ne sera pas sans mal, face à bien d'autres personnes et des évenements imprévus qui leur colleront des bâtons dans les roues...


Episode 9 : ça c'est du résumé, ça !!! J'ose à peine imaginer le résumé à l'épisode 20...
Oui bon, dit comme ça, ça vous semble très banal. Moi aussi, j'y ai cru, c'est pour ça que j'ai mis un certain temps avant de me jeter sur cette série, pourtant motivé à la base par les seuls noms d'Hideaki Anno et la Gainax mais que voulez-vous, on doute, on est un étudiant sans le sou, tout ça. Et je m'étais un peu trompé. D'une part, parce que justement c'est la Gainax, l'oeuvre est loin d'être banale (hum, regardez l'espère de résumé des épisodes précedents, lequel change constamment de forme d'un épisode à l'autre), et d'autre part avec Anno, on a droit à un traitement psychologique des plus importants. D'une simple amourette, la clique à Anno se charge de nous montrer avec simplicité, subtilité et émotion, étapes par étapes, le jeu de séduction, le jeu des apparences entre êtres et soulève une fois de plus des questions interessantes : Pourquoi plaire ? Pour qui ? Pourquoi revêt-on un masque en société et quelle est notre véritable apparence en dessous ? Qu'est-ce que la perfection ? Pourquoi lui et pas moi ?...
Des questions qu'on se pose tous plus ou moins, surtout à l'adolescence. Un problème déjà soulevé par Neon Genesis Evangelion et son final métaphysique qui en débouta plus d'un (moi, j'ai adoré par contre. C'est vous dire comme je suis tordu) et pouvait être interprêté de différentes manière (comme le Kubrick's cube donc) même si l'on en arrivait à peu près tous à une conclusion du style : La vie ne se limite pas qu'a soi-même. Leçon lancée par un Anno furieux envers tout un public d'Otakus nippon. Leçon non comprise, ce qui laissera le monsieur remettre le couvert avec bourrinage et violence insensée dans le film d'Evangelion (la musique est superbe par contre). KareKano partage le sérieux sombre et adulte qui entourait Evangelion mais pas que.



Des décors qui peuvent à la fois être réalistes comme esquissés à l'aquarelle, évanescent, selon l'état d'esprit tant de la série que d'un personnage...
Pas que. Parce qu'en plus de moments sombre, de sa lucidité inquiétante (les oeuvres de Gainax sont souvent plus adultes que d'autres oeuvres de studio animés tout en étant aussi très regressives. Bigger than life donc.), de son analyse brillante des rapports entre différentes personnes du même sexe ou non, l'oeuvre est aussi extrêmement drôle. Jouissive même. Et ça, c'est ce que j'apprécie parfois plus que tout chez la Gainax (même si l'aspect psychologique et le traitement sont des plus importants chez eux), surtout quand ils --au sens propre-- pètent littéralement un cable et s'amusent dans l'absurde même. D'un point de vue esthétique, ils experimentent constamment et ça rejoint l'aspect presque de folie du studio : Textes en plein déroulement dans l'action --cf, la photo "bruits" plus bas-- façon Animé-BD live, incursion de photographies au sein de l'histoire, plans retouchés, cases et split-screens même quand il n'y a pas d'action, déformations à l'extrême des personnages, clins d'oeils de déconne --dont un, énorme à Miyazaki avec son personnage de Totoro !!--, résumé en 8 cases (photo plus haut), textes calligraphiques dans l'image, cases façon manga, caricature même des personnages de mangas féminins (il faut le voir pour le croire), tout est permis, tout y passe. Enorme.



Tour de force de chaque instant, à la fois pur délire et l'une des plus belles analyses des sentiments amoureux et du comportement de la jeunesse actuelle, l'oeuvre s'inscrit pleinement dans le sillon que la Gainax a laissé derrière elle : L'introspection et la psychanalyse comme dans Evangelion et FLCL. Et pour enfoncer le clou, on reprend aussi des séquences filmées live en générique de fin comme dans FLCL. Comme pour souffler et effectuer une légère mise à distance (ils savent très bien que c'est un animé et mettent en garde d'une manière des plus subtiles justement. Bien malin qui pourra les accuser de pervertir la jeunesse actuelle comme certains imbéciles ont accusés les films d'horreurs ou les jeux vidéos d'avoir rendu des lycéens tueurs alors que le problème venait déjà à la base de ces jeunes en questions --lire aussi pour les curieux, l'analyse des rapports média/jeunesse par le psychanalyste Serge Tisseron dans "Enfants sous influence", je ne m'étendrais pas là-dessus par manque de temps...) vis à vis de l'animé et du réel : Ainsi on verra non seulement des couloirs d'un vrai lycée avec de vrais classes en générique de fin mais aussi les deux doubleuses (mignonnes en plus) des personnages des deux soeurs de Yukino (photo après).



Bref, KareKano est une vraie perle, sensible, humaine et délirante comme pas deux que je conseille non seulement aux fanas d'animation comme aux néophytes (Patch ?
). Ce genre de perles devient rare de nos jours dans un milieu de plus en plus aseptisé (tant l'animation que le cinéma), alors profitez-en sans préjugés...
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"C'est pas toi qui est fan de Totoro ?
_ Totoro ?

_ Lui-même.

_ Parce que figure toi que je viens d'en voir un vrai là-bas, un grand.

_ TOTOROOOOOOOOOOOOOOOOOOO !!!!

Mais c'est vraiment n'importe quoi... ![]()
Annexe...
(générique d'ouverture)
Edit (05/2008) : Et bien voilà.
Karekano c'est fini. Avec audace, subtilité et intelligence, les auteurs ont décidé de clore la série non pas sur une fin, mais un recommencement. On délaisse donc le couple principal pour se concentrer sur 2 personnages principaux qui s'attirent sans trop le remarquer. Le spectateur lui, pouvait le sentir venir mais c'est amené d'une si belle façon (l'analyse des sentiments amoureux émergeants) que tous les clichés s'en trouvent déviés pour amener à une certaine profondeur. Auparavant, la série nous avait fait vibrer et rire, voire ému avec une telle sincérité et inventivité (un épisode est fait entièrement en papier !!!) qu'on est presque déçu que ça se termine là. En compensation, ce sera avec un rare bonheur que l'on se la regardera une fois de plus. Excellent.
samedi 15 mars 2008
Code 46

William est envoyé à Shanghaï pour enquêter sur une affaire de fraude dans la succursale locale de la compagnie d'assurance pour laquelle il travaille. Maria, l'une des employées, est suspectée de falsifier les "papelles" (sorte de condensé de pièce d'identité, d'assurance et de carte visa) et d'ainsi permettre aux habitants des sub-cultures de pénétrer illégalement dans les villes industrialisées. Pour faciliter son enquête, on injecte un virus empathique à William qui lui donne la possibilité de lire les sentiments de ses interlocuteurs. Contre toute attente, William tombe amoureux de celle qu'il est chargé de démasquer....
Un film de science-fiction mi histoire d'amour, mi-enquête policière, mi-drame se positionnant dans la lignée d'Antonioni et Wong-Kar Waï mais dont le design racé et élegant le nommerait lointain cousin de Blade Runner(*) et Minority Report, ça existe ? Oui, et ce film, même si il n'atteint pas l'excellence de ses 2 grands-frères en est une belle preuve (et un bon film qui plus est).

Que celui qui ne pense pas à 2046 sorte de cette salle.

Que celui qui ne pense pas au sublime design d'un Minority report sorte de cette salle aussi.
Se basant dès le départ sur une loi (le code 46) sur les problèmes génétiques dans un futur proche, sans doute planifiée pour éviter les problèmes de surpopulation, le film interroge grandement les rapports amoureux mais aussi pose en évidence les races, le tiers-monde (on fait clairement une distinction entre le "monde libre" où tout est possible mais pas d'assurance et la possibilité de chopper une saleté à la moindre erreur et la société hyper-sécurisée par exemple d'un Shanghaï dans quelques années où le confort, les plaisirs faciles (drogue entre autres) sont accessibles pour tous. Qu'ont ils à perdre vu qu'ils ont tous une couverture sociale et du moment qu'ils n'enfreignent pas le code 46 ?...) face aux pays industrialisés où l'eugénisme, la natalité, la jouissance sont plus ou moins contrôlées. Que faut-il opter au final : La sécurité et le confort dans une jolie prison dorée ou le risque et l'inconnu mais la liberté totale ?

"Le code 46" est donné dès le début du film. Si vous êtes fatigués ce soir, passez votre chemin.

Dès le générique, le titre change de langue à plusieurs reprises à l'image de ce futur où l'anglais, langue officielle, à intégrée en elle-même de nombreux bouts de dialectes issus d'autres pays, dont le français, l'espagnol, le chinois, le japonais, l'italien ou l'Allemand. Toujours à l'image du film qui donne à voir un futur constitué de différentes composantes, les comédiens viennent de nombreux pays à la fois (c'est assez étonnant) : Samantha Morton (qui jouait un an avant dans "Minority Report" et à là aussi les cheveux vraiment coupés courts. Je ne pense pas que ce soit un hasard que Winterbottom ait pris cette chère Agatha et entre-nous, ça me fait même plaisir
) est anglaise, Tim Robbins est américain, Jeanne Balibar (un des nombreux seconds rôles du film) est française, Om Puri vient d'Inde...
Celà me fait penser à Babel (la tour, pas le film, encore que ceux qui l'ont vu me comprendront sûrement). On sait que Dieu pour punir les hommes d'avoir voulu trop se rapprocher de lui (il est jamais content Dieu au fond. Il dit qu'il faut s'aimer les uns les autres et penser à lui et après, il s'énerve pour un rien, tss, tss...) à crée différents langages pour qu'ils ne puissent plus se comprendre et arrêter leur construction. Ici, les grattes ciels de cette Shanghaï futuriste montrent bien le travail fini. Les différentes langues réunifiées sous la bannière de l'Anglais ne gênent nullement le quidam moyen. Alors la punition divine est tout autre et sans doute que là (je ne suis pas croyant au passage), Dieu punit les Hommes d'avoir trop joués avec la génétique. Ce fameux code 46 interdit en fait toute relation entre un humain et l'un de ces clones ou parents éloignés mais proche du point de vue du code génétique et si deux clones viennent à s'aimer, alors là...
Si violation du code 46 il y a, le gouvernement s'autorise légalement d'intervenir sur vous sans que vous ayez votre mot à dire. Effacement (on ne dit pas "avortion", tout comme on dirait "retrait" pour parler de l'élimination des réplicants de Blade Runner. Joli euphémisme...) du bébé, effacement de l'homme ou de la femme que vous aimés de votre mémoire. Et au cas où vous le retrouveriez par hasard, on vous a conditionné bien profondément pour commettre l'irréaparrable... Sait-on jamais, hein. ![]()



Les restrictions budgétaires (tout le film est fait en indépendant) n'empêchent pas les bonnes idées pour dépeindre un futur accessible et séduisant. Papelles-cartes qui regroupent plusieurs papiers d'identités, Fenêtres qui font office d'écran de télé (cf photo. Je sais pas vous, mais ça me fait penser aux écrans/fenêtres de Total Recall...) mais aussi de stores invisibles, écrans plats proches de Minority report (les comparaisons s'arrêtent là, vous aurez remarqués que ce n'est pas exactement les mêmes films malgré les points communs)... La photo est magnifique de plus et les différentes inspirations s'avèrent bien digérées (j'évoquais Wong-Kar Waï parce qu'en plus d'une certaine esthétique par moments, on a aussi des ralentis et accélérations que j'ai retrouvé aussi chez le réalisateur d'In the mood for love et 2046). Après, si vous recherchez de l'action pure, préférez Minority report hein. ![]()
Code 46 se veut un agréable film, à mi chemin d'une romance, de questionnements et d'enquête sous couvert de Science-fiction et sans être un chef d'oeuvre, se révèle une perle des plus agréables.
(*) - Je viens de remarquer qu'il emprunte, clin d'oeil référentiel de plus, la voix-off de Samantha Morton à Blade Runner (la première version de 1982, disponible dans le coffret 5 dvd). Sauf qu'ici c'est inversé : Ce serait plutôt la réplicante poursuivie qui se livre continuellement en voix-off. Troublant mais séduisant au fond. Je suis contre les voix-off souvent mais ici, ça marche bien.
lundi 10 mars 2008
L' Oiseau au plumage de cristal.

L'oiseau au Plumage de cristal de Dario Argento (1969).
Un jeune écrivain américain se voit entraîné dans le sillage d'un tueur en série s'attaquant à toutes les jeunes femmes de la ville....
Pour un premier essai, c'est un coup de maître. Le réalisateur propose ici un Giallo (films italiens mi-horrifiques/mi-policiers) fait main doté d'une histoire ingénieuse à tous points de vue tant dans ses cadrages (cf, les plans symétriques en champ/contrechamp dans l'escalier en capture d'écran plus bas), ses scènes déjà anthologiques (on sent que Dario a le sens du spectacle) qui se ramassent à la pelle (j'aime assez le "rasage façon ascensceur" personnellement.
...D'ailleurs la scène en question est vue à travers les yeux de la victime et je ne sais si c'est moi mais j'ai l'impression que la vitesse de défilement des images et à ce stade ralentie comme si --sans trop faire de spoilers-- le champ de vision de la victime mourait lentement, affectant ses sensations) et le scénario qui se permet déjà de bien bonnes idées que le réalisateur réutilisera pour notre bonheur dans ces films à venir. Par exemple, la psychanalyse sur laquelle Argento construit judicieusement ses personnages d'assassin, héros ou victimes et la question du traumatisme (ou Trauma pour faire écho à un autre de ses films...) qui remonte à la surface, déclenchant souvent (mais pas toujous) une certaine pulsion de meurtre, de malaise et de mort dans tous les cas et dont le réalisateur se sert à la fois d'indice dans l'enquête tant pour le héros que le spectateur.
Spoiler (in white). Une certaine chansonnette dans Profondo rosso, voire un dessin par exemple. Ici un certain tableau (cf photos plus loin).


Champ/contrechamp. Symétrie. Gouzi, gouzi, où qu'il est le tueur farceur ?
Et c'est sur ce jeu de l'indice caché ou découvert qu' Argento joue intelligemment sur le suspens (et le pauvre spectateur, hem). Par exemple, notre écrivain se rappelle avoir vu quelque chose d'étrange qui le hantera pendant quasiment tout le film, jusqu'a ce qu'il comprenne et que le film démarre dans une nouvelle direction, emportant notre surprise. Ici un souvenir fugace comme un étrange rêve de deux personnes luttant dans une galerie d'Art contemporain, dans un autre film, un tableau entraperçu brièvement, clé centrale au final du meurtre d'une jeune medium ("Profondo Rosso"). Ce sera encore un indice apparement maigre et presque indécelable à l'écoute (un bruit étrange sur une bande magnétique provenant d'une conversation enregistrée par le commissaire entre le héros et l'assassin) qui donnera une nouvelle direction.


Enfin, il y a le fait que nous verrons à de nombreuses reprises le point de vue subjectif de l'assassin (tout comme dans ses films suivants) et tout est fait clairement pour qu'on le sache et qu'on s'identifie en plus du héros à l'assassin lui-même que l'on "verra" pratiquement dès le début du film (et ce pour mieux nous désorienter mais aussi pour garder le rythme et relancer continuellement le suspens). D'abord un code de reconnaissance de celui-ci : c'est quelqu'un qui aime le cuir (c'est d'ailleurs le seul à porter des gants noirs en cuir de tout le film.
). On aime beaucoup le cuir chez Argento d'ailleurs mais là tout est posé pour qu'on sache ce qu'est l'assassin sans savoir à quoi il ressemble exactement. Juste une silhouette noire comme les ténèbres. Ensuite, le réalisateur établit un lien entre les futures victimes et la vision de l'assassin. Une jeune fille photographiée dès le début se retrouve ensuite en cliché noir et blanc sur le bureau du meurtrier. A partir de là on comprend que l'on aura affaire à la vue subjective de l'assassin à plusieurs reprises, comme si dans le film, comme dans d'autres films du réalisateur, le regard pouvait tuer. Et inversement, on peut tuer le regard (cf "Opéra" --toujours d'Argento-- et sa méthode de supplice près des yeux....brrr...). Plus loin, une paire de jumelle fournira au montage un lien entre le champ de vision du tueur, la victime et l'appareil photo...


L'appareil photo, les jumelles, yeux secondaires du tueur.
Et si l'assassin photographie ses victimes à loisir (en prenant leurs photos on pourrait même penser qu'elles sont déjà mortes à l'avance, comme si il emprisonnait leurs âmes mais peut-être que je m'avance trop...), on peut en penser qu'il a déjà tout prévu ou presque : chaque meurtre est l'occasion d'un rituel qui se poursuivra dans d'autres films d'Argento, comme si tout restait dans une certaine continuité chronologique. Par exemple, ici on ne verra jamais l'assassin mettre ses gants (dans "Profondo Rosso" si), il est déjà habillé, prêt à commettre ses meurtres. Hésite sur l'arme à utiliser (il a l'embarras du choix parmi tous ses couteaux mais bon je chipote...) dans une logique qui relève tant du sadisme que de la maniaquerie. L'assassin fait durer le plaisir. Jouissance de l'instant avant le passage à l'acte.


La violence est plus suggérée (spoiler ici avec l'image et la légende in white : Pas de trace des coups sur le corps, pas de blessure sanguignolante montrée mais l'effet de gerbes de sang reste non seulement des plus efficaces et beau aussi d'une certaine manière ) que réellement montrée dans ce premier film (on a pas le "palpitant" transpercé à la sauce Suspiria, si vous voyez ce que je veux dire, hem....) mais le peu vu rappelle que chaque coup donné fait mal et que la victime souffre atrocement. Quand à la musique, cette première collaboration avec Morricone se révèle des plus intéressantes notamment par le motif fredonné par des voix (enfantines ?), accentuant volontairement le malaise ou l'ambiance du film.
Au final, un premier film attachant, complexe, palpitant, une enquête policière horrifique excellament bien menée.
dimanche 9 mars 2008
Requiem pour un massacre ("Come and see")

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Fliora, jeune garcon d’un village de Biélorussie occupé par les troupes nazies, s’engage, bien que trop jeune, chez les partisans. Il va découvrir l’amour, la fraternité, la souffrance, la guerre.
Revu récemment avec ma mère ce qui s'impose comme l'un des films de guerre les plus traumatisants. LE plus traumatisant ? (*)
Klimov, avec intelligence et sans forcer le ton, livre un jeune innocent dans la tourmente monstrueuse de la guerre et par le biais des plans-séquence et de la steadycam (maniée de main de maître) nous fait voir par son regard les horreurs commises par les Allemands, mais pas que. Bien souvent, la caméra quand elle n'est pas neutre embraye un court instant sur le champ de vision d'un autre. Caméra donc neutre tout en étant subjective. Comment ne pas penser par exemple à ce moment où l'acolyte de notre "héros" décide d' "emprunter" une vache à l'habitant ? Le début du plan nous montre un paysan chez lui par la fenêtre (je tiens à dire que chaque plan est construit comme un tableau bien souvent, c'est magnifique et celà participe d'autant plus de la beauté traumatisante de l'esthétique mêlée à la guerre car ici, jamais la mort n'aura été aussi belle et glaciale), on se croirait la nuit avec des bruits de camions ou chars qui passent à côté, il n'en est rien. La caméra se recule alors que le paysan sort assouvir un besoin naturel : c'est en fait le petit matin et dehors c'est quasiment vide, seulement un chien qui aboit dans le levant (mais on sera à chaque fois désorienté tant par l'image que le son, c'est assez magistral et des plus interessant vu que Klimov nous met presque quasiment dans la même situation que le jeune Floria), pas plus. On suit (merci la steadycam) alors l'homme derrière et la voix-off qui surgit nous rappelle alors de la subjectivité de la caméra. Mais ce n'était pas le regard de Florian, seulement, l'échange nous a été quasiment imperceptible tant tout coule de source au montage.

(Des images souvent composées comme des tableaux)
Mais "Va et regarde" n'est pas que composé de plan-séquences. La grande force du film, ce sont ses formidables gros-plans de visages, véritable palette de toutes les émotions humaines, qui renvoient aux formidables visages chargés de force qu'on peut voir tant chez Eisenstein que Dreyer (le Jeanne d'Arc...), voire Tarkovski, quitte à citer un autre maître russe même si, je l'accorde, la citation est facile. Encore qu'ici, celà semble légitime de citer le maître tant l'esthétique hyper-réaliste semble renvoyer aux tableaux icôniques que nous offrait le réalisateur d'Andréï Roublev et Stalker. On pourrait penser à L'enfance d'Ivan pour le même sujet d'un enfant plongé dans l'enfer de la Guerre mais la comparaison s'arrêterait là : Floria n'a pas ses rêves pour tenir le coup et sa chute est proggressive. D'un jeune garçon jouant dans les décombres sablonneux du début, il deviendra pur forme quasi-inerte qui met le restant de sa force et de sa colère dans l'exutoire que procure l'acte de tirer sur une image, en l'occurence une photo du Führer, jaquette choisie pour le film par l'éditeur Potemkin.

Et puis comment ne pas oublier le formidable travail sonore effectué ici ? On touche à un hyper-réalisme au délà du son, tellement le son, la musique nous semblent vivantes. Quand Glacha et Floria sont dans la forêt, pour une relative paix, l'accent est mis avec justesse sur le bruit de la pluie tombant, le cri des oiseaux. La nature reprend ses droits. Ici règne encore la paix. Pour combien de temps ? Plus loin, quand Floria arrive dans son village avec Glacha, on aperçoit des images de maisons vides, qui fument encore, des jouets éparpillés au sol. L'inquiétude monte progressivement chez le spectateur : Où sont-ils tous ? Seul indice qui lance un douloureux malaise, un bourdonnement de mouche quasi-naturel, quasi électronique, qu'on ne peut identifier précisément. La réponse, cruelle et douloureuse, nous en sera donné quelques secondes après. Quand à la musique, imperceptible, elle se fond dans un mélange ambiant et experimental avec les bruits de fond, créant un maëlstrom de perceptions hallucinantes. Tout comme Malick, Klimov choisit des extraits de Mozart mais la démarche n'est pas exactement la même : ici on fractionne, malaxe, coupe les extraits pour les mélanger au bruit de la pluie, du vent, les faire participer pleinement à la vie-même qui irrigue du film malgré l'enfer qui déferle et en faire une partie des sensations reçues. C'est clairement remarquable.
Un chef d'oeuvre traumatisant et douloureux qui marque à chaque vision.
Annexe...
(*) Outrages de De Palma était clairement une foutue baffe aussi. D'où le fait que j'ai sacrément envie de voir Redacted.
* Affiche de la VHS qui annonce bien la couleur :

* "A sublimer les principes de mise en scène qui le régissent. Vous n'en reviendrez pas. Vivant, assurément, mais traumatisé. C'est l'apocalypse telle que vous n'auriez jamais voulue la voir et c'est terrifiant d'un bout à l'autre. C'est un voyage au bout de la nuit qui va vous faire bouffer la terre. Lorsque vous l'aurez fini, la réalité sera un soulagement. "
(Chronique de DVDrama, évidemment bien plus remplie que la mienne. Les conditions de tournages sont assez dingues d'ailleurs...)
* Et une chronique toute aussi importante sur DVDClassik, à l'origine de ma motivation pour voir ce film, moi qui ne suis pratiquement pas films de guerre du tout.
* Enfin, la vidéo du trailer, en mauvaise qualité mais on y voit suffisamment (ATTENTION, ÂMES SENSIBLES, CECI N'EST PAS POUR VOUS...) :
jeudi 6 mars 2008
Les chroniques de fond de tiroir (5)
Second volet du diptyque sur la guerre du pacifique par Eastwood, celui qui m'intéressait bien plus que la version américaine (bien que je l'ai aussi en dvd, pas encore vu), vu qu'Eastwood est un grand cinéaste humaniste et qu'il se frottait à l'histoire d'un peuple dont il n'est pas issu, j'en salivais d'avance. Et au final, un certain respect se dégage du film. Eastwood laisse les choses venir dans une première partie qui montre l'installation de la base, des galeries, les différents protagonistes qui se mettent en place avant les ravages brutaux (pas mal brute, en effet...) de la guerre dans la seconde partie. 2 personnages en imposent clairement, le colonel Nishi (ancien athlète aux J.O) et le général Kuribayashi (formidable Ken Watanabe qui jouait auparavant dans "Le dernier samouraï". Je me disais bien que sa tête me disait quelque chose, cet homme dégage un charisme incroyable. A surveiller de très près donc). Mais le reste des personnages sont très bien construits et développés aussi, notamment Shimizu que Saïgo prenait pour un espion (alors que c'est tout autre). La photographie dans des tons vert/bleu/gris délavés est assez belle et m'évoquait "le soleil" de Sokourov (au passage, les seuls tons lumineux ressortant à la fin du film seront un coucher de soleil magnifiquement neutre face à tout ce qui s'est passé). Il y a d'ailleurs là aussi la volonté de traiter le sujet par un humanisme et une rigueur peu vu auparavant même si Sokourov c'est quand même encore plus abstrait et à part. La comparaison n'allait d'ailleurs que dans le sens d'un même sujet traité par des cinéastes occidentaux : l'empire du soleil au plus fort de la guerre, sauf que bon l'un traite d'un point de vue vaste là où un autre choisit de développer l'intime d'un être considéré comme un dieu vivant.
Un bien beau film.
L'affiche, magnifique et terrifiante (cliquez pour la voir en plus grand) annonce bien la couleur : Cloverfield sera sans aucune pitié. Cauchemar terrifiant de 11 septembre transposé dans des contours de SF apocalyptique à la Godzilla filmé intégralement par un camescope dans la tourmente, le film se propose de suivre l'itinéraire chaotique de jeunes New-Yorkais fêtards qui n' auront pas spécialement la chance d'être là au bon moment. Véritable trip de producteur, rêve de gosse ultime (on voulait un vrai film de monstre, on l'a eu !) qui se propose de filmer l'horreur au plus près : comme les civils on ne saura quasiment pas d'où sort la créature, ni à quoi elle ressemble, le réalisateur et toute son équipe ayant le bon goût de la cacher jusqu'a la fin dans un état d'esprit Lovecraftien à savoir : Moins tu en voit, plus tu auras peur. Et tous les grands films d'horreur jouent de la suggestion à merveille, on le sait. Et pour accentuer la terrible impression de réalité, aucune musique (sauf pour le générique final où l'on redescend sur Terre : ce n'était qu'un film. Mais quel film !), les bruitages et effets sonores (Skywalker sound) mais aussi effets spéciaux sont poussés à fond. L'aspect même un peu granuleux du camescope (bien sûr on sait que ce n'est pas filmé comme un dogme danois avec un simple camescope, façon Festen ou Les idiots mais on marche bien dedans) joue beaucoup car les créatures (oui, y'en a une grosse, terrifiante mais aussi des petites qui tiennent de l'arachnide. Ami arachnophobes, passez votre chemin, voulez-vous ?) peuvent même apparaître floues dans l'image, redoublant la sensation d'inconnu. Et en plus y'a pas vraiment de happy-end, j'applaudis.
Clairement l'un des meilleurs films fantastiques de ce début 2008 qui s'annonce hallucinant et bourré de bonnes choses.
Second volet de sa fameuse trilogie du début des 60's, La Notte est le 7e film d'Antonioni et comme le précedent et le suivant, poursuit ses experimentations innovatrices sur des histoires de couples qui finiront plus ou moins mal. Malheuresement, le visionnage fut entaché par de très mauvaises conditions (dont la fatigue et une VHS usée à mort.
) et le ressenti perso de quelques longueurs, ce qui n'entache en rien la technique magistrale d'Antonioni qui filme d'une main de maître les errances symétriques de son héroïne (c'est magnifique, je n'ai retrouvé un équivalent que dans la bande dessinée notamment les cadrages parfois très cinématographiques d'Andreas ou chez Moebius mais aussi leur façon de construire leurs cases. A ce titre, Antonioni est bien un peintre des images dans son cinéma comme il l'était aussi par occasion pour son plaisir dans la réalité. Mais son cinéma avait gagné de cette formidable experience visuelle). D'ailleurs Jeanne Moreau, Mastroianni et Monica Vitti sont parfaits et la fin est sublime à pleurer. Je me demande si cette lecture de lettre n'aurait pas influencé Wim Wenders dans la fin de "Der Himmel über Berlin" (et Wenders co-réalisa "Par délà les nuages" en 1995 avec Antonioni, d'où le fait que je me pose la question) où les amoureux posent un "contrat" entre eux deux, bourré de sincérité, d'idéal et d'affection(*).
Malgré tout, le film n'atteint pas pour moi les deux piliers qui l'encadrent que sont L'Avventura (encore que ce dernier a de ses longueurs par moments. C'est en plus le film le plus long du réalisateur italien...) et L'éclipse (je considère ce dernier après un revisionnage récent comme un incroyable chef d'oeuvre). Peut-être qu'un revisionnage dans de meilleures conditions, allez savoir...
... Je ne vais pas réïtérer ce que j'en ai dit chez Dasola, car j'ai bien aimé Juno. Certes, ça se regarde gentiment, ça ne vole pas spécialement haut mais l'important était avant tout de se faire plaisir et j'en avais grand besoin quand je l'ai vu à ce propos. Ellen Page est mignonne, tout le monde est gentil, elle choppe un marmot dès le premier rapport (mais c'est quoi cette jeunesse qui ne met pas de capote et ne choppe pas la chtouille ? Tss, tss...) mais réussit à trouver un couple à qui le passer. Et puis elle fait de la guitare et use de répliques bien sympathiques qu'on peut sortir en cour de récré comme au boulot (c'est plus risqué néanmoins). Bon après, comme on dit, la critique est aisée, non pardon, la réplique est facile. Juno ne se hisse pas au sommet des meilleurs Woody Allen mais se laisse agréablement voir et fait plaisir. On est content mais on n'achetera pas forcément le dvd (ou Blu-ray)... ![]()
On termine cette "chro rapido" (pas si rapido que ça... Je dois encore me retenir pour vous parler de nombreux autres films tels que Carnival of souls, Zabriskie Point, et autres Kurosawa... argggnnn...) par le film de monstre de Mars. Après le monstrueux Cloverfield (au positif hein. Si j'avais eu plus de temps, je me le serais revu encore et encore. N'est-ce pas edou ? ), voici The mist (cliquez aussi sur l'image, l'affiche est assez belle) par un rescapé du genre, amateur de Stephen King, Frank Darabont. On est content de le voir, on avait un peu perdu de ces nouvelles après La ligne verte et The shawshank Redemption. Et le monsieur est en pleine forme et toujours aussi amateur de Stephen King pour notre plus grand plaisir. Et on frôle quasiment une certaine jouissance quand on sait que le monsieur adapte ici la fameuse nouvelle "Brume". Quasiment l'une des meilleures nouvelles de King, la plus Lovecraftienne en diable (pour résumer très rapidement : des monstres se cachent dans une étrange brume venue d'on ne sait où et isolent les habitant d'une petite ville dans un supermarché. Plus le huis-clos se resserre, plus la peur et la paranoïa monte : Comment faut-il faire pour survivre ? Comment sortir (on ne voit rien à l'extérieur, c'est la mort assurée) ? Cette brume s'est-elle étendue au reste du monde ?...). Et de plus, le film se permet des clins d'oeils respectueux à l'autre grand film de monstres du type "on sait pas trop à quoi ça ressemble, ça a pas de forme concrète", je veux parler de The Thing de John Carpenter, déjà cité dès le début du film (l'affiche du film de Carpenter dans la chambre du "héros", c'est imparable !). Vous ajoutez à celà des personnages bien construits dans l'ensemble (bon on a envie de foutre des baffes à la rédemptrice chrétienne qui nous remonte les bretelles avec la fin du monde et tente de convertir les brebis égarées. Et quand elle y passe à la fin du film, tout le monde dans la salle à applaudi, moi de même !)) et une ambiance inquiétante qui monte progressivement pour aboutir à une fin très osée, très amère, qui n'est pas vraiment un happy-end. Bravo, il fallait oser.
C'est d'autant plus courageux que le film à été boudé en Amérique (beh oui, ça ne se finit pas bien, il n'y a pas de montage hystérique comme dans certains films d'action du moment, là au contraire ça prend son temps et le Djeunz de base, il s'endort --le gland !), donc seulement distribué dans une quarantaine de salle ici-même. Et encore ! Et encore, face à l'invasion de gros machin qui sentent une étrange odeur tel Astérix ou le caricatural (encore que...) Bienvenue chez les Chtis, il commence à perdre des salles. Alors amis du fantastique, s'il vous plaît, allez le voir, c'est une petite perle qui vaut le coup.
(*) Je me le revois prochainement le Wenders normalement.










