samedi 6 octobre 2007
Annie Hall

Annie Hall a un charme éblouissant mais manque de confiance
en elle. Tantôt heureuse, tantôt déprimée elle pose les
questions sans détour et rêve de devenir chanteuse... Alvy
Singer est un humouriste au talent reconnu, qui cache ses
sentiments et se rend malade pour rien. Entre eux deux, c'est
le coup de foudre. Commence alors une histoire pimentés de
rires et de doutes, de séparations et de retrouvailles...
Film d'amour au septième art mais aussi a sa compagne et muse d'alors, la jeune Diane Keaton, qui partageait réellement sa vie à ce moment (et cette complicité amoureuse crève l'écran d'ailleurs), Annie Hall se présente comme un immense flashback où Alvy (Woody) explique dès le départ, face caméra qu'il ne se sent pas bien car il vient de rompre avec Annie et le film ensuite d'embrayer sur l'enfance d'Alvy (avec un gamin à la tignasse rousse et grosse lunette qui lui ressemble étrangement et qu'on rapprochera du gamin sensiblement pareil physiquement de Radio Days symbolisant aussi une sorte de Woody jeune ! D'ailleurs je me demande si ce n'est pas la même personne...) mais avec un décalage constant dans l'humour qui nous fait presque revenir dans sa première période de films comiques (donc bien avant le virage pris justement avec Annie hall, Interiors et Manhattan), le sérieux et la profondeur en plus. Et même si Woody analyse finement avec une rare acuité les rapports amoureux qui créent un couple (l'humour, le rapprochement, les gestes, les regards...) ou le font chanceler (les envies, la paranoïa, la jalousie, le besoin d'évoluer, de changer, au détriment de l'autre qui n'est plus sur la même longueur d'onde) au même titre qu'un Bergman (qu'il admire), il peut néanmoins tout se permettre tant stylistiquement que humoristiquement.
D'ailleurs il n'est pas rare que la technique mette en relief soit le drame, soit l'humour. Ainsi Woody n'hésite pas a insérer une partie dessin animée (et ce bien avant Tarantino) où il se met en rapport avec la méchante reine de Blanche Neige, manière de mettre en parallèle ses relations avec les femmes comme un moyen de réponse pour trouver ce qui ne va pas. Et quand le réalisateur fait usage du split-screen a plusieurs reprises, c'est pour souligner des points de vues qui divergent mais avec du rire au fond (la désopilante séquence chez leurs psy mise en parallèle ou bien quand on compare les deux familles : américaine contre juive new-yorkaise !). A celà rajoutez une mise en scène sublime (photographie, lumière), des scènes d'anthologie qui se suivent à la queue-leu-leu (la scène de queue pour aller au cinéma et le fait de faire intervenir en personne Marshall mc Luhan pour clouer le bec d'un enseignant trop prétentieux, énorme), des acteurs qu'on voit défiler d'un coup pour le fun (on se croirait dans un film catastrophe, c'est dingue !) tels que Christopher Walken, Jeff Goldblum, Shelley Duvall... et vous obtenez un des meilleurs films du petit New-Yorkais a lunette. Son meilleur ?
Comme quoi, les 4 oscars obtenus sur ce film étaient amplement mérités et comme on dit chez nous : "c'est fin, c'est très fin, ça se mange sans fin."
vendredi 28 septembre 2007
Votre BD du mois : septembre 2007
Aujourd'hui c'est cette chère Marie qui va vous présenter la BD du mois, un sympathique petit récit en 4 planches par le génial Moebius (alias Jean Giraud, aussi dessinateur de Blueberry sous un autre style, plus réaliste et moins libre et épuré que Moebius), dessinateur qu'on ne présente plus, doué tant dans le domaine de la SF que de la simple illustration...
samedi 22 septembre 2007
Monika
Il faut étrangement toujours attendre qu'un cinéaste passe l'arme à gauche pour qu'on puisse parler de lui dans les grands médias et accessoirement pouvoir découvrir son oeuvre. En juillet nous ont quittés respectivement Antonioni et Bergman et connaissant plus le premier au second, j'ai voulu découvrir les films du réalisateur Suédois qu'on dit "austère" (c'est la légende, mais la légende a bon dos on le sait) pour découvrir des films passionnant pas si difficile d'accès que ça (bien au contraire...)...
Par contre les photos sont de qualité moyenne, je m'en excuse, ce sont mes propres captures d'écran, hein...

Harry, garçon livreur, et Monika, vendeuse dans un centre
d'alimentation, font connaissance dans un bar. Monika
souhaiterait fuir le domicile familial et se réfugier chez
Harry. Les deux amants s'enfuiront finalement vers l'île d'Orno...
Pratiquement tous les films d'Ingmar Bergman sont des drames où une certaine autobiographie personnelle menée de nombreux questionnements est de mise (le septième sceau dont je parlerais ici prochainement) quand ce n'est pas la religion, la morale, le couple, les relations hommes-femmes qu'il traite, souvent frontalement. Monika n'échappe pas a la dernière catégorie, autopsie sincère d'amours adolescentes qui ne dureront que le temps de maigres vacances.
Dès le début, Bergman filme conjointement la ville, laquelle ne s'éveille véritablement qu'au niveau du générique peu avant que le film ne débute. Le réalisateur adopte un parti-pris original où le paysage figureront les sentiments en plus de donner un cadre, un espace (relationnel et abstrait) où les personnages vivent et respirent dans un décor qui ne mérite là que son propre surnom.

Le début du film fait tant office d'ouverture que sa fin : même lieux, même miroir dans lequel se mirent les personnages mais leur place et leur situations ont changées. Si le début du film nous présente une Monika qui se pomponne allégrement (Harriet Andersson est un joli brin de fille, je comprends maintenant pourquoi le jeune Antoine Doinel vole la photo du film dans Les 400 coups...) en quête peut-être de sa prochaine proie (et rien n'interdit de le penser avec le recul même si Monika --et c'est ça le plus terrible-- est sincère dans ces sentiments), la fin nous présentera son contraire, son opposé, diamétralement inversé en la personne de Harry son (ancien) petit ami.

Harry n'a que peu a voir avec Monika. Si c'est un garçon parfois dans la lune, timide et écrasé au début du film, il prendra sur lui à la fin pour recommencer une nouvelle vie avec le bébé à la fin. Au contraire de Monika, qui prenait l'avantage des situations au début du film (c'est clairement elle qui drague Harry et lui propose d'aller au cinéma ! Moi aucune fille ne m'emmène au cinoche mais passons...), mais s'enferme dans une certaine rêverie et se révèle finalement incapable d'assumer ce qu'elle a lancé, n'ayant visiblement guère pensé aux conséquences et préférant retourner à sa vie d'antan quitte a n'avoir rien à foutre du pauvre Harry ni de l'amour passionné auquel il croyait (d'où le fameux "regard-caméra" envers le spectateur qui déclencha toute une polémique et que Godard et Truffaut les premiers remarquèrent plus ou moins).

C'est une histoire somme toute banale à priori que Bergman filme, une histoire de la vie, bien humaine mais l'ensemble n'est jamais dépressif ni moralisateur et sonne encore aujourd'hui d'une belle justesse. Ces jeunes gens se sont connus et aimés mais l'amour n'a qu'un temps. Dès le début, ils avaient trop de disparités pour que ça ne puisse si bien fonctionner que ça et la scène du cinéma est révélatrice de ça : Un film romantique. Nos tourtereaux regardent le même film et si Monika pleure comme une madeleine (c'est bien la seule !), Harry baille au corneille, visiblement en train de se faire chier d'avoir accepté pour lui faire plaisir.
Juste après, ils s'embrassent mais Monika calque son attitude sur le film : son baiser aussi romantique soit-il est chargé d'un cliché de film d'amour, celui vu précedemment. Et comme dans le film qu'elle a vu, entre deux baiser, elles se remaquille, n'étant pourtant nullement une star de film noir.

Ce n'est que plus tard, dans la partie centrale que tout devient alors plus juste. Plus tendre, entre les deux amoureux. Cette fois, ce n'est plus du cinéma mais la vraie vie. Et Bergman tout en montrant des scènes gentiment tendres, érotiques et touchantes, alterne avec des visions de paysages buccoliques, images du bonheur naturel, loin de la corruption des villes, images que l'on reverra en couleur et différemment chez un autre grand, Terrence Malick où là aussi la nature fait office d'écrin, de réceptacle aux sentiments humains (c'est particulièrement flagrant dans "le nouveau monde"), tout en étant aussi indépendante, personnage à part entière.


Un corps de femme à découvrir. Une nature comme corps a silloner.

La nature est source spirituelle (pour reprendre un autre film de Bergman) qui accrue métaphoriquement les sentiments et situations éprouvées par le couple. Et quand par exemple, la situation se gâte, que fait notre Ingmar adoré ? Au lieu de montrer une dispute entre les tourtereaux (ce sera pour le final, comme un gunfight psychologique cher au réalisateur), il montre le plan d'une toile d'araignée et de sa bestiole : le message est clair, ça se gâte, les sentiments sont englués dans une toile, ça va être dur de s'en sortir.
Et finalement, leur histoire d'amour n'a qu'un temps et Harry au moment de la fin, repassera devant ce fameux miroir et en un plan déchirant, tout en regardant le spectateur et le questionnant lui-même sur son histoire personnelle consciente ou inconsciente, revivra fugacement, les meilleurs moments de son histoire avec Monika avant de reprendre confiance en lui et d'avancer dans l'avenir avec une maigre mais néanmoins réelle preuve d'espoir.

Un grand film mais tous les Bergman ou presque, sont grands.
En même temps je dis ça, je n'en suis qu'au début de ma quête mais je pressens que le meilleur est encore à venir...
mercredi 5 septembre 2007
Ingmar ?
L'espace d'un instant, j'ai cru a une quelconque reconnaissance suédoise envers Bergman.

Manque de pot, c'était IKEA ©.
Et Ingvar Kamprad n'est pas un réalisateur mais un canapé.
IKEA m'a tué. ![]()
Oui bon d'accord c'était une blague assez nulle qui ne fait rire que moi.
vendredi 31 août 2007
Votre BD du mois : Août 2007.
Ce mois-ci c'est la charmante Sylvie qui vous présente le strip du mois. Il s'agit en fait d'une des enquêtes du détective privé Raffington Event (album aux ed. Le Lombard), personnage qu'on aperçoit aussi dans la série Rork (aussi editions. Le Lombard), toutes deux du même auteur Andreas. Auteur qui, s'il fallait encore le présenter, à la particularité (assez jouissive) de constamment jouer sur les cadrages, angles, constructions et déconstructions de tous ses récits, pour constamment surprendre le lecteur. Ici... Ah mais vous allez le comprendre vous même. Bonne lecture !
Agrandissez les cases en cliquant dessus ;) )
jeudi 30 août 2007
Vol 93

Il fallait oser faire un film sur le 11 septembre alors que la plaie Américaine ne s'est guère cicatrisée. Et surtout, il fallait oser faire un film réussi, réaliste, dégagé de tout relent hollywoodien ou patriotique, abordant la vérité de front pour recevoir sa douloureuse gifle. Parce que la vérité fait mal mais elle est nécessaire. Ainsi, Vol 93 par le soin apporté à l'histoire, la reconstitution et le parti-pris de se coller au plus près de la réalité, évite de se planter à l'atterrisage (désolé pour le mauvais jeu de mot foireux, je reconnais qu'avec un tel film il n'y a pas là de quoi rire), ce qui n'est pas le cas du World trade center d'Oliver Stone, bourré de bêtise et inutile bravoure pour la gloire du drapeau aux 50 étoiles.

Faut il raconter l'histoire ? A vrai dire j'en doute, tout le monde doit la connaître a peu près mais peut-être peut on encore la repréciser. Sur les 4 avions "lancés" contre les Etats-Unis le 11 septembre 2001, trois atteignirent leur cible. Le 4e, le vol 93 de la United Airlines, qui devait normalement atteindre la maison blanche pour s'y écraser, n'y arrivera jamais, les passagers s'étant sacrifiés en tentant de déjouer les plans des terroristes, l'avion s'écrasant fatalement en pleine campagne.
Comme tous maintenant, vous connaissez l'histoire mais Vol 93, n'est pas que ça, ne se résume pas qu'a ça. Ce serait comme penser "oh ben c'est comme Titanic", on connait déjà la fin, ça vaut pas le coup. Grosse erreur (et Titanic de Cameron a quand même eu 11 oscars, pas mal pour un prétendu film dont on connait plus ou moins déjà la fin, non ?), ce serait sous-estimer largement le film.

Comme évoqué plus haut, le film refuse les écueils narratif en vigueur dans le cinéma actuellement. Paul Greengrass adopte un style documentaire pour le coup, caméra a l'épaule et scinde son film en 2 grandes parties, retranscrivant à la fois la panique en vol à bord de l'avion détourné, mais aussi la panique au sol (on voit que la situation file entre les mains des contrôleurs aériens mais aussi des militaires) pour ne plus se concentrer dans sa 2e partie sur les derniers instants de peur mais aussi de courage des pauvres passagers du vol 93. Pour permettre au maximum l'identification mais aussi coller a la réalité, les acteurs jouant les passagers sont non seulement pas ou peu connus mais possèdent presque pratiquement le même visage que les passagers disparus (cf dans les bonus, les photos des véritables passagers de l'avion, c'est dingue comme ils se ressemblent !).

Et bien sûr plus la vérité sur le moment monte, plus l'intensité décolle horriblement, accentuant le malaise que le film provoque. Les 20 dernières minutes se déroulant exclusivement dans le cockpit, Greengrass cerne tout au possible, la peur des passagers comme des terroristes, la violence extrême pour la survie lors de la tentative desespérée de récupérer l'appareil par les passagers, et la fin, noire, fatale, du crash filmé de l'intérieur même de l'avion, clouant le spectateur dans son vertige étouffant. Le tout sur une musique formidable de John Powell sachant rester discrète ou mouvementée (sans trop en faire) quand il faut au bon endroit.
Vol 93 est une gifle magistrale car terriblement bien plus humaine et réaliste que tous les films catastrophes qu'on a pu voir depuis près de 10 ans.
jeudi 16 août 2007
Les chroniques de fond de tiroir...(3)
Voir un Pixar au cinéma, ça fait toujours du bien. Car Pixar est en passe tout bonnement de devenir le Miyazaki américain en image de synthèse. Ce qu'il manque aux autres productions d'animation américaine souvent assez cyniques, c'est de l'humanité, de la sincérité et une joie proche d'un certain retour à l'enfance, et ça, tout ça, oui, Pixar l'a amplement. Et, fait rare qui mérite d'être souligné, années après années, la qualité ne faiblit pas chez Pixar. De ce fait, on est rarement déçu par la haute qualité et les sujets variés (du poisson-pélerinage de Nemo au quotidien presque Moorien d'une famille de Super-héros dans les Indestructibles, sans oublier une course anodine de voiture dans Cars, des aventures de jouets dans Toy Story 1 et 2, des monstres au coeur d'artichaut dans Monstres et cie...) et c'est d'ailleurs dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleures soupes. Pixar ne déroge pas à la règle et livre avec Ratatouille un film simpliste en apparence mais doté d'une richesse, d'humour, de couleurs et scènes qui feraient pâlir de honte n'importe quel animateur de chez Dreamworks. Et parvenu au sommet du monde, Pixar peut tout se permettre, même les raccourcis éculés ("Remy le petit rat communique en tirant des cheveux du pauvre Linguinni), qu'importe, y'a du coeur, y'a une histoire donc ça passe avec grâce et majesté.
Et Pixar de nous livrer l'un des meilleurs films de 2007.
Je m'incline, ça faisait quelques mois que j'avais pas été aussi touché au cinéma. Un rare bonheur.
Passons maintenant à un autre cas, radicalement extrême...Transformers de mr Bay. Ceci...N'est pas un film, pourrait nous dire un célèbre peintre. Non, ceci est l'image d'un film, donc pas vraiment un film. Par contre comme nanar-popcornesque, ne cherchez pas, vous êtes en plein dedans. Et du bon gros nanar en plus, vu que tout y est : Des djeunz (aux services secrets en plus, on pouffe) dont un héros timide et un peu beauf (Bay s'amuse aussi beaucoup a filmer ses rapports face a ses parents, à la limite de la caricature..."Non mais mon fils tu peut nous en parler si tu veut, de la...masturbation... On est ouverts tu sais."
) ainsi qu'une pure bombasse servant a exciter la libido du djeunz décérébré (Megan Fox est jolie certes mais je ne mange pas de ce pain là), des militaires à la limite du virile (ou du ridicule) avec tout plein de bons sentiments, d'héroïsme, tout ça quoi, à bailler ou pisser de rire, des SFX en veut-tu en voilà, des répliques d'anthologies ("JE SUIS.... MEGATROOOON"
). Et surtout des robots, parfaites répliques des jouets de notre enfance, superbements foutus en image de synthèse. Et puis y'a aussi de l'éducatif comme toujours chez Bay. Rien que de voir un robot pisser sur un humain, c'est d'une rare....finesse....
Bref Transformers, c'est ZE Supra Nanard trop con, trop bon. A déguster avec une mauvaise foi, un esprit mal tourné, des potes et du pop-corn (bon on avait pris des m & m's nous mais c'est parce que ça croque moins donc moins fait chier les autres) dans un parfait esprit de chieur (dès le générique, on se marrait comme deux salopards a tel point qu'un spectateur est venu vers nous pour nous demander de baisser d'un ton
) ou de gros connard qui a envie de perdre quelques neurones. Jouissif bref.
Oui je sais j'ai l'esprit mal tourné mais on me l'a déjà dit...Pas forcément de la meilleure manière non plus (coucou Alyeth, coucou renata).
La déchirure vaut largement ses 3 oscars. Et si il n'en tenait qu'a moi je lui en aurait mis plus. Pour l'histoire, Roland Joffé s'attaque au drame du génocide Cambodgien avec un traitement froid et des scènes choc qui foutent le malaise au possible. Portrait d'un pays qui se débarasse des élites pour finir vidé comme une outre percée par un régime qui ne pense qu'a s'en mettre dans les poches au profit d'une quelconque grande cause.Et en génocidant les élites, le Cambodge s'est creusé sa propre tombe... Joffé sans trop en faire livre un film 10000 fois plus subversif et noir qu'un quelconque Apocalypto à la Gibson, porté par la musique électronique d'un Oldfield qu'on a connu étrangement plus calme.
Bon, très bon film même si la réalité est encore pire que la fiction : en témoigne la véritable histoire de
Dith Pran le journaliste cambodgien qui bien après ce film (tiré de sa vie) revient au Cambodge dans les 90's et
cette fois, se fera vraiment assassiner....
mercredi 15 août 2007
... (2)
"Rain main c'est vieux comme film ?
_ Ben non, c'est dans les années 80 et non les années 50 donc...
_ Ok c'est vieux."
J'apprécie ce genre de paroles qui me donnent toujours un certain sourire sarcastique quand je les entends... ![]()
samedi 11 août 2007
THX - 1138

L'Humanité vit sous terre dépendant d'une autorité qui a
proscrit l'amour et exerce un contrôle total sur la vie des
hommes. La reproduction s'opère en laboratoire et les
individus sont nommés par des numéros de série. Mais un mâle,
THX 1138 et une femelle LUH 3417 n'absorbent pas la drogue
prescrite et font l'amour. Découverts, ils tenteront de
s'échapper...
En 1970, George Lucas, étudiant fraîchement émoulu de l'université de Californie se voit approché par Coppola pour réaliser son premier long-métrage. Ce dernier a bien sûr remarqué le court métrage précédent du jeune Lucas, THX-1138 4EB, justement nominé meilleur court-métrage universitaire, et lui propose de le financer via American Zoetrope sa propre société de production là où la puissante major de la Warner assurera la distribution. Bien sûr, pas fou, Lucas saute sur l'occasion et Coppola lui donne un budget de 777 000 dollars et 77 cents (le 7 est le chiffre fétîche de Coppola il faut dire), le laissant tout à fait libre du moment qu'il ne dépasse pas son budget. De cette totale liberté, Lucas reprend son court-métrage en enlevant le "4EB", rallongeant et approfondissant le scénario déjà bien inspiré des société totalitaires et dangereuse que l'on retrouve dans la Science Fiction, 1984 et Le meilleur des mondes en étant les parfaits exemples.
Mais Lucas va aller tout aussi loin que ces deux classiques de la littérature SF, voire plus loin en portant le film a un haut degré d'abstraction, en faisant un pur objet plastique tant filmique que sonore, point de départ expérimental et anti commercial qui lui servira pourtant amplement ensuite sur Star Wars. D'abord il commence avec Walter Munch son co-scénariste et preneur de son de constituer une banque sonore : les sons doivent être la transposition de cet univers futuriste, la transposition d'un monde qui n'existe pas...Pas encore du moins puisque Lucas le place dans un futur proche, ce qui ne doit pas les empêcher d'être à la fois reconnaissables et inconnus a la fois, accentuant l'impression de malaise froid de la partition bien ambiante de Lalo Schifrin. Procédé qui resservira grandement sur Star wars (ah les fameux tirs ou le bruit du sabre laser)...

Bienvenue dans un monde où les rapports émotionnels et les sentiments sont bannis...
Ensuite bien sûr la partition de Schifrin. A cette époque, Lucas n'a pas encore rencontré Williams pour sa fameuse saga, il ne le rencontrera pas encore non plus sur son film suivant, American Graffiti, savoureuse peinture nostalgique des 50-60's et il faudra attendre 1977 et la sortie d'Un nouvel espoir, épisode IV de la saga Star Wars (qui n'avait pas vraiment de numéro il faut dire, ce n'est qu'après le succès de ce dernier que la trilogie se mettra en place...) pour que la collaboration commence alors. En 1970 pour son premier long métrage, Lucas a donc Lalo Schifrin qui suit les intentions du cinéaste a la lettre : construire une musique en accord avec un monde froid et glacé. Le compositeur crée donc des compositions ambiantes fascinantes où de courtes nappes de synthés sont portées par des choeurs féminins désenchantés avant de lentement maintenir une tension jusqu'a la fin du film où brusquement jaillit comme point d'orgue une relecture d'un morceau de Jean Sebastien Bach dans les 3 dernières minutes finales. Un effet impressionant soutenant émotionnellement la fin du film avec une majesté encore peu vue auparavant.

THX et les androïdes policiers de cette cité-état...
Plastiquement Lucas plonge le tout dans une architecture déjà existante (Orange County en Californie, où vivait encore justement un certain Philip.K.Dick. Je me demande si c'est un hasard...) mais en prenant bien soin de modifier au possible ce que la caméra filme : les cadrages changent toutes données (cadrages très Kubrickiens de toutes beauté souvent), les couleurs n'ont pas vraiment le droit d'être : ainsi le blanc domine tant géographiquement (l'étonnante pièce blanche qui sert de prison a THX ou autres "déviants" et ainsi supprime toute notion de relief : la pièce semble sans fin !) qu'humainement (l'absence de sentiments et de ressenti, les vêtements blancs). Mais surtout Lucas pousse l'abstraction le plus loin qu'il peut se le permettre. Les images de synthèses n'existent pas ? Qu'importe, on peut toujours modifier le reste ! Pour accentuer le malaise, tous les comédiens et figurants ont le crâne rasés, produits vivants d'une société qui standardise à outrance : les aliments et cadeaux sont dans des losanges de couleurs sans marque, les divertissements sont les mêmes pour tous (blagues stupides ou l'envie malsaine de voir un flic-robot corriger un pauvre être), les drogues-médicaments absorbées le sont aussi, la religion se résume a raconter a un enregistrement pré-établi et une icône de visage ayant perdu toute signification sa vie et le travail doit sûrement être le même pour les 3/4 de cette société : bosser dans une usine qui construit leur androïdes flics et anges gardiens. Une société qui se fournit elle-même le moyen de se fouetter donc.

Chaîne de construction d'androïdes-flics...
Et surtout Lucas prend bien soin de pousser l'abstraction jusqu'au scénario même : rien ne sera laissé au spectateur pour comprendre comment on/cette société a pu en arriver là (malgré de rares indices que si l'on creuse, fouttent encore plus les boules en y réfléchissant) et surtout, il n'y aura pas de "méchant". Cette société est sans émotions, sans espoir, un méchant indiquerait au possible une tentative d'humanisation et personnification du mal ce qui n'a pas lieu d'être ici. Ainsi si l'on arrêtera les poursuites envers THX peu de temps avant la fin, ce n'est pas a cause d'un quelconque ordre venant d'un possible grand manitou mais simplement parce que le budget alloué a sa poursuite a été dépassé ! De même, quand THX est jugé, ce n'est pas par une personne mais bien une communauté : "les masses pour les masses" comme le scande l'un des nombreux slogans publicitaires issus de cette monstrueuse cité blanche.

La grande scène de poursuite finale, la vitesse étant l'une des marottes préférées de msieur Lucas. Un goût que l'on retrouvera aussi plus tard sur Star Wars...
Evidemment avec un tel film poussant a bout toutes les notions narratives et filmiques tout en se réclamant une expérience tant sensorielle que filmique, on peut se douter que l'écho auprès du grand public fut catastrophique. Il le fut effectivement, la Warner subissant un taux d'audience tellement bas qu'elle confisqua les bobines pour faire des coupes dans le film, laissant Lucas profondément choqué et énervé. Il se dit par la suite que tout moyen pour échapper aux diktats des majors serait de se bâtir un empire pour avoir le contrôle total de ses films et produits dérivés. Dans la tête du jeune réalisateur allait lentement naître "Lucasfilm" (ainsi que ILM pour les effets spéciaux et "Lucasarts" pour les jeux vidéos). American Graffiti serait le moyen de montrer malicieusement patte blanche aux studios avant de pouvoir frapper un grand coup avec star wars...
Mais jusqu'en 2004, Lucas n'avait pas oublié THX, bâtissant une réelle nostalgie et affection pour son premier né trop tôt arraché de ses mains, dans sa filmographie et les produits dérivés, les initiales et chiffres ressortiraient un peu partout (pour le bonheur des fans) : Ainsi dans la guerre des étoiles, Han et Luke vont chercher Chewie dans la cellule 1138. Dans l'empire contre attaque, on envoit les patrouilles Rogue 10 et 11 au secteur 38 (hem !) alors que dans American Graffiti l'une des plaques d'immatriculation a pour numéro THX - 1138 ! Enfin n'oublions pas que THX est ensuite devenu la norme de son et d'image crée au Skywalker ranch de Lucas pour de nombreux films a haut budgets...

Les robots androïdes sans leurs tenues noires (opposées au blanc des citoyens, tiens je viens de remarquer ça, marrant...), une inspiration directe de l'androïde du Metropolis de Lang qui sera ensuite réutilisée sur C3PO...
En 2004, la Warner propose a Lucas de ressortir son premier film en version director's cut remastérisée spécial dvd et accessoirement ressortie en salles américaines (la ressortie en France en salles ne se fera qu'en 2006 et 2007). Il faut dire que depuis 70, la Warner a bien changée : de statut, de président, de buts. Ayant fusionné avec AOL et Time et s'étant bien fait du fric sur la trilogie cul-cul technolytique des frangins Wachowski, ils peuvent bien se le permettre. Lucas exulte et y'a de quoi : il peut enfin ressortir THX tel qu'il le voulait en 1970, les SFX numériques en plus.
J'en vois certain craindre le pire après les nouvelles versions de Star Wars et ils auraient tort. Star wars appelait à une surcharge tant graphique qu'émotionnelle là où THX appelle une certaine épure et le réalisateur est finalement resté bien sobre : Images restaurées, son poussé en 5.1, quelques couleurs et effets de transparence ici et là, deux trois ajouts de personnages ou créatures et baste. Comparé a la nouvelle Tatooïne grouillante de la version numérique de l'épisode IV, il n'y a vraiment pas de quoi en faire tout un cinéma.

Près de 30 ans après sa sortie, le premier film du père de la guerre des étoiles demeure encore une incroyable expérience (addictive pour certains) fascinante au possible, un vrai film d'anticipation visionnaire maintes fois repris ailleurs ("the island" de michaël Bay et ses clones tous vêtus de blanc, ça vient d'où à votre avis ?) mais finalement jamais vraiment égalé et c'est tant mieux parce qu'il est très bien comme ça et se suffit à lui-même. Je ne vois que Brazil comme lointain vrai cousin et encore...
Annexes !
* Trailer 1971 de THX :
* Trailer de 2004 :
Et sur les trois liens suivants, vous avez l'intégralité sur You Tube de son court métrage (avec "4EB") :
mercredi 8 août 2007
Ring 2

L'autopsie de Sadako révèle qu'elle est restée près de trente ans
vivante, murée dans son puits. Ni la découverte de son cadavre, ni
la destruction de la cassette vidéo maudite sur laquelle son image
apparaissait ne semblent en mesure de stopper sa soif de vengeance...
Et pis c'est tout ce qu'on peut dire de l'histoire, et toc !
Car pendant le film, accrochez vous les enfants mais Nakata approfondit certes de nombreux élèments du premier volet mais oublie de préciser certaines situations, ce qui donne l'étrange impression de voir parfois des suites de raccords scotchés les uns derrière les autres : "Il nous faut de l'eau plus pure pour vider ce pauvre Yoïchi de l'influence de Sadako". Aussitôt dit, aussitôt fait, on prend une piscine, on met de l'eau et en moins de temps, tout le monde est bien installé. On voit rien des préparatifs, on a un minimum d'explications (données bien avant mais au compte goutte), on se demande même comment ils ont pu trouver de l'eau pure en un rien de temps mais bon, les producteurs voulaient un film de 1h30. Et cette durée ne déssert pas le film là où le premier installait lentement un malaise pernicieux, tandis qu'ici, tout se précipite d'où cette impression de flottement pendant le visionnage. Bien sûr, Nakata réussit a nous faire frissonner dans certaines scènes fascinantes (la vision des cheveux de Sadako poussant hors de la civière où git son corps au début, la scène des doigts accrochés sur le rebord de la fenêtre...) mais le tout file a la vitesse de l'éclair qu'on a a peine le temps de pousser un petit hurlement que le film est déjà fini.
Ce qui est néanmoins bienvenu (et fort sympathique), c'est le fait de tourner autour du personnage de Sadako en expliquant un peu plus sur elle (la géniale scène des miroirs qui renvoie a celle du premier film) en plus de revenir sur les personnages du premier volet, le tout mené tambour battant par une jolie héroïne étudiante (on la croquerait volontiers si on était Sadako) qui travaillait comme assistante du professeur de mathématique médium du premier film. Un film en parallèle bref, qui revient sur les motivations et enjeux du premier film au risque hélas d'allourdir et affaiblir ce volet : Quid des personnages si vous n'avez pas vu Ring 1 du même Nakata ? Eh bien vous êtes un peu largués mes amis parce que vous ne reconnaîtrez pas forcément certaines scènes (la scène des miroirs justement) et que vous ne reconnaisseriez aucun personnages. En plus de trop se concentrer là dessus, Nakata semble faire fi de la fin du premier volet, laissant en suspens les questions sur la K7 maudite et la fameux moyen de s'en sortir si on l'a vu (tss tss je ne vais pas tout vous raconter non plus hein !) et n'explique ni même ne montre ou justifie certaines scènes. On comprend par exemple que le grand père s'est sacrifié mais quand même, c'est gênant : c'est trop court et presque inutile.
C'est le genre de scène d'autant plus inutile que Sadako est maintenant assimilée a un mode de contamination large un peu comme le virus du sida : ça sert a rien de lutter, si vous n'avez pas mis la capote, vous avez 100% de chances (enfin, façon de parler...) d'attraper la chiourme. Fatal et impossible de s'en sortir. Et puis le film nous apprend que Sadako est partout : a la télé, dans l'eau, dans des puits, dans des rues issues de mondes parallèles en noir et blanc, dans des piscines... Bientôt y'aura même des sauces Sadako © : Sadako-épinards (vos pâtes obtiennent la verdeur cadavérique et le bon goût amer et mortel qui leur manquait), Sadako-Poivre (vos pâtes deviennent bien noires comme les cheveux de Sadako), Sadako-Roquefort et bleu d'Auvergne (importés de France et direct-to-japan !). C'est dire si Sadako, c'est comme les Pokémon, Sarkozy ou l'assemblée nationale sur la 5 : en zappant y'a une chance sur deux pour que vous tombiez dessus. Bref l'horreur est partout et contaminante, sans toutefois ce hisser au chevet d'un film que je vous recommande largement plus, Kaïro.
Et Kaïro de Kiyoshi Kurosawa, c'est du contemplatif poétique mais qui vous fout le trouillomètre a zéro total avec une fin loin d'être rassurante.
En attendant, Ring 2, c'est bien mais inférieur au 1 et même a Dark water.
Et moi je vais me reprendre un Yaourt aux fraises-Sadako en lisant la chronique de ce cher Patchworkman.
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