Chroniques visuelles

Chroniques de dvd, films et autres...

lundi 21 avril 2008

KareKano

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Entre Elle et Lui.

(Kareshi Kanojo no jijyo) -- KareKano en abrégé.

Gros coup de coeur pour cette série d'animation de la Gainax. Evidemment, je ne pouvais que succomber, surtout si j'apprends que Hideaki Anno a participé au projet de près. Vous me mettez son nom sous mon fier nez de geek chaperonné à l'animation et à l'horreur très jeune (haut comme trois pommes) avant que je ne vire métaphysico-Kubrickien-Oshiien (ce qui n'est pas une tare en soi, d'ailleurs moi j'en vis très bien) tendance contemplativo-Antonionienne (là c'est plus dur, je me sens seul des fois...) et vous obtenez un Nio alléché, la babine soyeuse et le groin pourfendant le vent (mais la technique marche aussi avec d'autres bloggueurs : mettez du Argento et du Bava dans la gamelle de Patchworkman et il ronronnera comme pas deux) et prêt à se jeter sur l'oeuvre susdite.

Après cet interlude qui fleurait bon le Cyaranoïsme de Bergerac (qui se situe sur les rives du Bergerac, rappelons-le) et à votre air fébrile et étonné, vous vous dites que quelque chose cloche. Surtout si vous ne connaissez pas Hideaki Anno, subjectivement personnage hautement essentiel à la culture animé, au même titre que Walt Disney ou Miyazaki (c'est dire comme je le porte très haut), ou bien un Kevin Clerks chez nos amis Geek ou un Cronenberg dans le monde horrifique. Un personnage indispensable en quelque sorte, qui crée à la fin des années 80, avec une bande de potes, le studio Gainax. Studio "responsable" de Neon Genesis Evangelion, Gunbuster, Nadia et le secret de l'eau bleue et FLCL (Fuli Culi...Furi Kuri... enfin truc...FLCL quoi...), ce qui est déjà pas mal, voire beaucoup. Et puis la faute m'en incombe, je suis fan de ce studio d'animation depuis de nombreuses années et je ne m'aperçois que maintenant que je n'en avais jamais encore parlé sur ce blog. Bigre. Il était temps de réparer ça.

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Images du générique : entremêlement d'images réelles et animées.

Dans l'animation japonaise, il y a deux cas de figures principaux. Soit l'animé (la série) est issue d'une oeuvre papier préexistente (ce qu'on appelle "manga" comme on dit "comics" pour les States et BDs anglo-saxonnes mais au délà de ces termes abscons et un peu discriminant -- A tel point qu'on confond encore le manga avec l'animation japonaise en les englobant au nom d'un obscurantisme amplifié par des années de TF1-Dorothéïste datant des années 90 mais hélas encore largement répandu de nos jours), soit c'est une création totalement nouvelle. Dans le cas de Karekano, il y a donc à la base le manga sentimental (un "Shojo" donc. Qui s'adresse souvent plus aux jeunes filles qu'aux mecs mais les mecs aussi peuvent les lire, y'a pas de raisons. Surtout si vous vous sentez très fleur bleue) de Masami Tsuda mais que Gainax (tout comme pour FLCL) va se réapproprier personnellement avec sa propre touche mi-psychologisante, mi-absurde jusqu'a la folie (on se poile beaucoup pour une série qui aborde les problèmes existenciels et amoureux des jeunes d'aujourd'hui, c'est un fait).

A la base, il y a Elle, Yukino Miyazawa, première de la classe, sans égal, parfaite en tout et admirée de tous. Puis arrive Soichiro Arima, Lui, jeune garçon intelligent qui du jour au lendemain la supplante. Stupeur chez Miyazawa qui décide de tout faire pour se débarasser de ce rival plus qu'encombrant. Sans se douter que doucement naîtrait une relation d'amitié puis la naissance d'une relation amoureuse, ce qui, au fil du temps et de la série ne sera pas sans mal, face à bien d'autres personnes et des évenements imprévus qui leur colleront des bâtons dans les roues...

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Episode 9 : ça c'est du résumé, ça !!! J'ose à peine imaginer le résumé à l'épisode 20...

Oui bon, dit comme ça, ça vous semble très banal. Moi aussi, j'y ai cru, c'est pour ça que j'ai mis un certain temps avant de me jeter sur cette série, pourtant motivé à la base par les seuls noms d'Hideaki Anno et la Gainax mais que voulez-vous, on doute, on est un étudiant sans le sou, tout ça. Et je m'étais un peu trompé. D'une part, parce que justement c'est la Gainax, l'oeuvre est loin d'être banale (hum, regardez l'espère de résumé des épisodes précedents, lequel change constamment de forme d'un épisode à l'autre), et d'autre part avec Anno, on a droit à un traitement psychologique des plus importants. D'une simple amourette, la clique à Anno se charge de nous montrer avec simplicité, subtilité et émotion, étapes par étapes, le jeu de séduction, le jeu des apparences entre êtres et soulève une fois de plus des questions interessantes : Pourquoi plaire ? Pour qui ? Pourquoi revêt-on un masque en société et quelle est notre véritable apparence en dessous ? Qu'est-ce que la perfection ? Pourquoi lui et pas moi ?...

Des questions qu'on se pose tous plus ou moins, surtout à l'adolescence. Un problème déjà soulevé par Neon Genesis Evangelion et son final métaphysique qui en débouta plus d'un (moi, j'ai adoré par contre. C'est vous dire comme je suis tordu) et pouvait être interprêté de différentes manière (comme le Kubrick's cube donc) même si l'on en arrivait à peu près tous à une conclusion du style : La vie ne se limite pas qu'a soi-même. Leçon lancée par un Anno furieux envers tout un public d'Otakus nippon. Leçon non comprise, ce qui laissera le monsieur remettre le couvert avec bourrinage et violence insensée dans le film d'Evangelion (la musique est superbe par contre). KareKano partage le sérieux sombre et adulte qui entourait Evangelion mais pas que.

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Des décors qui peuvent à la fois être réalistes comme esquissés à l'aquarelle, évanescent, selon l'état d'esprit tant de la série que d'un personnage...

Pas que. Parce qu'en plus de moments sombre, de sa lucidité inquiétante (les oeuvres de Gainax sont souvent plus adultes que d'autres oeuvres de studio animés tout en étant aussi très regressives. Bigger than life donc.), de son analyse brillante des rapports entre différentes personnes du même sexe ou non, l'oeuvre est aussi extrêmement drôle. Jouissive même. Et ça, c'est ce que j'apprécie parfois plus que tout chez la Gainax (même si l'aspect psychologique et le traitement sont des plus importants chez eux), surtout quand ils --au sens propre-- pètent littéralement un cable et s'amusent dans l'absurde même. D'un point de vue esthétique, ils experimentent constamment et ça rejoint l'aspect presque de folie du studio : Textes en plein déroulement dans l'action --cf, la photo "bruits" plus bas-- façon Animé-BD live, incursion de photographies au sein de l'histoire, plans retouchés, cases et split-screens même quand il n'y a pas d'action, déformations à l'extrême des personnages, clins d'oeils de déconne --dont un, énorme à Miyazaki avec son personnage de Totoro !!--, résumé en 8 cases (photo plus haut), textes calligraphiques dans l'image, cases façon manga, caricature même des personnages de mangas féminins (il faut le voir pour le croire), tout est permis, tout y passe. Enorme.

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Tour de force de chaque instant, à la fois pur délire et l'une des plus belles analyses des sentiments amoureux et du comportement de la jeunesse actuelle, l'oeuvre s'inscrit pleinement dans le sillon que la Gainax a laissé derrière elle : L'introspection et la psychanalyse comme dans Evangelion et FLCL. Et pour enfoncer le clou, on reprend aussi des séquences filmées live en générique de fin comme dans FLCL. Comme pour souffler et effectuer une légère mise à distance (ils savent très bien que c'est un animé et mettent en garde d'une manière des plus subtiles justement. Bien malin qui pourra les accuser de pervertir la jeunesse actuelle comme certains imbéciles ont accusés les films d'horreurs ou les jeux vidéos d'avoir rendu des lycéens tueurs alors que le problème venait déjà à la base de ces jeunes en questions --lire aussi pour les curieux, l'analyse des rapports média/jeunesse par le psychanalyste Serge Tisseron dans "Enfants sous influence", je ne m'étendrais pas là-dessus par manque de temps...) vis à vis de l'animé et du réel : Ainsi on verra non seulement des couloirs d'un vrai lycée avec de vrais classes en générique de fin mais aussi les deux doubleuses (mignonnes en plus) des personnages des deux soeurs de Yukino (photo après).

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Bref, KareKano est une vraie perle, sensible, humaine et délirante comme pas deux que je conseille non seulement aux fanas d'animation comme aux néophytes (Patch ? agnaaa). Ce genre de perles devient rare de nos jours dans un milieu de plus en plus aseptisé (tant l'animation que le cinéma), alors profitez-en sans préjugés...

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"C'est pas toi qui est fan de Totoro ?

_ Totoro ?

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_ Lui-même.

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_ Parce que figure toi que je viens d'en voir un vrai là-bas, un grand.

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_ TOTOROOOOOOOOOOOOOOOOOOO !!!!

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Mais c'est vraiment n'importe quoi... gouuutte


Annexe...

(générique d'ouverture)

Posté par Nio Lynes à 18:52 - Animation - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

samedi 15 mars 2008

Code 46

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William est envoyé à Shanghaï pour enquêter sur une affaire de fraude dans la succursale locale de la compagnie d'assurance pour laquelle il travaille. Maria, l'une des employées, est suspectée de falsifier les "papelles" (sorte de condensé de pièce d'identité, d'assurance et de carte visa) et d'ainsi permettre aux habitants des sub-cultures de pénétrer illégalement dans les villes industrialisées. Pour faciliter son enquête, on injecte un virus empathique à William qui lui donne la possibilité de lire les sentiments de ses interlocuteurs. Contre toute attente, William tombe amoureux de celle qu'il est chargé de démasquer....

Un film de science-fiction mi histoire d'amour, mi-enquête policière, mi-drame se positionnant dans la lignée d'Antonioni et Wong-Kar Waï mais dont le design racé et élegant le nommerait lointain cousin de Blade Runner(*) et Minority Report, ça existe ? Oui, et ce film, même si il n'atteint pas l'excellence de ses 2 grands-frères en est une belle preuve (et un bon film qui plus est).

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Que celui qui ne pense pas à 2046 sorte de cette salle.

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Que celui qui ne pense pas au sublime design d'un Minority report sorte de cette salle aussi. Laughing

Se basant dès le départ sur une loi (le code 46) sur les problèmes génétiques dans un futur proche, sans doute planifiée pour éviter les problèmes de surpopulation, le film interroge grandement les rapports amoureux mais aussi pose en évidence les races, le tiers-monde (on fait clairement une distinction entre le "monde libre" où tout est possible mais pas d'assurance et la possibilité de chopper une saleté à la moindre erreur et la société hyper-sécurisée par exemple d'un Shanghaï dans quelques années où le confort, les plaisirs faciles (drogue entre autres) sont accessibles pour tous. Qu'ont ils à perdre vu qu'ils ont tous une couverture sociale et du moment qu'ils n'enfreignent pas le code 46 ?...) face aux pays industrialisés où l'eugénisme, la natalité, la jouissance sont plus ou moins contrôlées. Que faut-il opter au final : La sécurité et le confort dans une jolie prison dorée ou le risque et l'inconnu mais la liberté totale ?

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"Le code 46" est donné dès le début du film. Si vous êtes fatigués ce soir, passez votre chemin.

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Dès le générique, le titre change de langue à plusieurs reprises à l'image de ce futur où l'anglais, langue officielle, à intégrée en elle-même de nombreux bouts de dialectes issus d'autres pays, dont le français, l'espagnol, le chinois, le japonais, l'italien ou l'Allemand. Toujours à l'image du film qui donne à voir un futur constitué de différentes composantes, les comédiens viennent de nombreux pays à la fois (c'est assez étonnant) : Samantha Morton (qui jouait un an avant dans "Minority Report" et à là aussi les cheveux vraiment coupés courts. Je ne pense pas que ce soit un hasard que Winterbottom ait pris cette chère Agatha et entre-nous, ça me fait même plaisir Smile ) est anglaise, Tim Robbins est américain, Jeanne Balibar (un des nombreux seconds rôles du film) est française, Om Puri vient d'Inde...

Celà me fait penser à Babel (la tour, pas le film, encore que ceux qui l'ont vu me comprendront sûrement). On sait que Dieu pour punir les hommes d'avoir voulu trop se rapprocher de lui (il est jamais content Dieu au fond. Il dit qu'il faut s'aimer les uns les autres et penser à lui et après, il s'énerve pour un rien, tss, tss...) à crée différents langages pour qu'ils ne puissent plus se comprendre et arrêter leur construction. Ici, les grattes ciels de cette Shanghaï futuriste montrent bien le travail fini. Les différentes langues réunifiées sous la bannière de l'Anglais ne gênent nullement le quidam moyen. Alors la punition divine est tout autre et sans doute que là (je ne suis pas croyant au passage), Dieu punit les Hommes d'avoir trop joués avec la génétique. Ce fameux code 46 interdit en fait toute relation entre un humain et l'un de ces clones ou parents éloignés mais proche du point de vue du code génétique et si deux clones viennent à s'aimer, alors là...

Si violation du code 46 il y a, le gouvernement s'autorise légalement d'intervenir sur vous sans que vous ayez votre mot à dire. Effacement (on ne dit pas "avortion", tout comme on dirait "retrait" pour parler de l'élimination des réplicants de Blade Runner. Joli euphémisme...) du bébé, effacement de l'homme ou de la femme que vous aimés de votre mémoire. Et au cas où vous le retrouveriez par hasard, on vous a conditionné bien profondément pour commettre l'irréaparrable... Sait-on jamais, hein. Shocked

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Les restrictions budgétaires (tout le film est fait en indépendant) n'empêchent pas les bonnes idées pour dépeindre un futur accessible et séduisant. Papelles-cartes qui regroupent plusieurs papiers d'identités, Fenêtres qui font office d'écran de télé (cf photo. Je sais pas vous, mais ça me fait penser aux écrans/fenêtres de Total Recall...) mais aussi de stores invisibles, écrans plats proches de Minority report (les comparaisons s'arrêtent là, vous aurez remarqués que ce n'est pas exactement les mêmes films malgré les points communs)... La photo est magnifique de plus et les différentes inspirations s'avèrent bien digérées (j'évoquais Wong-Kar Waï parce qu'en plus d'une certaine esthétique par moments, on a aussi des ralentis et accélérations que j'ai retrouvé aussi chez le réalisateur d'In the mood for love et 2046). Après, si vous recherchez de l'action pure, préférez Minority report hein. Laughing

Code 46 se veut un agréable film, à mi chemin d'une romance, de questionnements et d'enquête sous couvert de Science-fiction et sans être un chef d'oeuvre, se révèle une perle des plus agréables.


(*) - Je viens de remarquer qu'il emprunte, clin d'oeil référentiel de plus, la voix-off de Samantha Morton à Blade Runner (la première version de 1982, disponible dans le coffret 5 dvd). Sauf qu'ici c'est inversé : Ce serait plutôt la réplicante poursuivie qui se livre continuellement en voix-off. Troublant mais séduisant au fond. Je suis contre les voix-off souvent mais ici, ça marche bien.



Posté par Nio Lynes à 01:41 - Dé(s) corps... - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 10 mars 2008

L' Oiseau au plumage de cristal.

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L'oiseau au Plumage de cristal de Dario Argento (1969).

Un jeune écrivain américain se voit entraîné dans le sillage d'un tueur en série s'attaquant à toutes les jeunes femmes de la ville....

Pour un premier essai, c'est un coup de maître. Le réalisateur propose ici un Giallo (films italiens mi-horrifiques/mi-policiers) fait main doté d'une histoire ingénieuse à tous points de vue tant dans ses cadrages (cf, les plans symétriques en champ/contrechamp dans l'escalier en capture d'écran plus bas), ses scènes déjà anthologiques (on sent que Dario a le sens du spectacle) qui se ramassent à la pelle (j'aime assez le "rasage façon ascensceur" personnellement. agnaaa ...D'ailleurs la scène en question est vue à travers les yeux de la victime et je ne sais si c'est moi mais j'ai l'impression que la vitesse de défilement des images et à ce stade ralentie comme si --sans trop faire de spoilers-- le champ de vision de la victime mourait lentement, affectant ses sensations) et le scénario qui se permet déjà de bien bonnes idées que le réalisateur réutilisera pour notre bonheur dans ces films à venir. Par exemple, la psychanalyse sur laquelle Argento construit judicieusement ses personnages d'assassin, héros ou victimes et la question du traumatisme (ou Trauma pour faire écho à un autre de ses films...) qui remonte à la surface, déclenchant souvent (mais pas toujous) une certaine pulsion de meurtre, de malaise et de mort dans tous les cas et dont le réalisateur se sert à la fois d'indice dans l'enquête tant pour le héros que le spectateur.

Spoiler (in white). Une certaine chansonnette dans Profondo rosso, voire un dessin par exemple. Ici un certain tableau (cf photos plus loin).

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Champ/contrechamp. Symétrie. Gouzi, gouzi, où qu'il est le tueur farceur ?

Et c'est sur ce jeu de l'indice caché ou découvert qu' Argento joue intelligemment sur le suspens (et le pauvre spectateur, hem). Par exemple, notre écrivain se rappelle avoir vu quelque chose d'étrange qui le hantera pendant quasiment tout le film, jusqu'a ce qu'il comprenne et que le film démarre dans une nouvelle direction, emportant notre surprise. Ici un souvenir fugace comme un étrange rêve de deux personnes luttant dans une galerie d'Art contemporain, dans un autre film, un tableau entraperçu brièvement, clé centrale au final du meurtre d'une jeune medium ("Profondo Rosso"). Ce sera encore un indice apparement maigre et presque indécelable à l'écoute (un bruit étrange sur une bande magnétique provenant d'une conversation enregistrée par le commissaire entre le héros et l'assassin) qui donnera une nouvelle direction.

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Enfin, il y a le fait que nous verrons à de nombreuses reprises le point de vue subjectif de l'assassin (tout comme dans ses films suivants) et tout est fait clairement pour qu'on le sache et qu'on s'identifie en plus du héros à l'assassin lui-même que l'on "verra" pratiquement dès le début du film (et ce pour mieux nous désorienter mais aussi pour garder le rythme et relancer continuellement le suspens). D'abord un code de reconnaissance de celui-ci : c'est quelqu'un qui aime le cuir (c'est d'ailleurs le seul à porter des gants noirs en cuir de tout le film. agnaaa ). On aime beaucoup le cuir chez Argento d'ailleurs mais là tout est posé pour qu'on sache ce qu'est l'assassin sans savoir à quoi il ressemble exactement. Juste une silhouette noire comme les ténèbres. Ensuite, le réalisateur établit un lien entre les futures victimes et la vision de l'assassin. Une jeune fille photographiée dès le début se retrouve ensuite en cliché noir et blanc sur le bureau du meurtrier. A partir de là on comprend que l'on aura affaire à la vue subjective de l'assassin à plusieurs reprises, comme si dans le film, comme dans d'autres films du réalisateur, le regard pouvait tuer. Et inversement, on peut tuer le regard (cf "Opéra" --toujours d'Argento-- et sa méthode de supplice près des yeux....brrr...). Plus loin, une paire de jumelle fournira au montage un lien entre le champ de vision du tueur, la victime et l'appareil photo...

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L'appareil photo, les jumelles, yeux secondaires du tueur.

Et si l'assassin photographie ses victimes à loisir (en prenant leurs photos on pourrait même penser qu'elles sont déjà mortes à l'avance, comme si il emprisonnait leurs âmes mais peut-être que je m'avance trop...), on peut en penser qu'il a déjà tout prévu ou presque : chaque meurtre est l'occasion d'un rituel qui se poursuivra dans d'autres films d'Argento, comme si tout restait dans une certaine continuité chronologique. Par exemple, ici on ne verra jamais l'assassin mettre ses gants (dans "Profondo Rosso" si), il est déjà habillé, prêt à commettre ses meurtres. Hésite sur l'arme à utiliser (il a l'embarras du choix parmi tous ses couteaux mais bon je chipote...) dans une logique qui relève tant du sadisme que de la maniaquerie. L'assassin fait durer le plaisir. Jouissance de l'instant avant le passage à l'acte.

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La violence est plus suggérée (spoiler ici avec l'image et la légende in white : Pas de trace des coups sur le corps, pas de blessure sanguignolante montrée mais l'effet de gerbes de sang reste non seulement des plus efficaces et beau aussi d'une certaine manière ) que réellement montrée dans ce premier film (on a pas le "palpitant" transpercé à la sauce Suspiria, si vous voyez ce que je veux dire, hem....) mais le peu vu rappelle que chaque coup donné fait mal et que la victime souffre atrocement. Quand à la musique, cette première collaboration avec Morricone se révèle des plus intéressantes notamment par le motif fredonné par des voix (enfantines ?), accentuant volontairement le malaise ou l'ambiance du film.

Au final, un premier film attachant, complexe, palpitant, une enquête policière horrifique excellament bien menée.



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dimanche 9 mars 2008

Requiem pour un massacre ("Come and see")

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Pendant la Seconde Guerre mondiale, Fliora, jeune garcon d’un village de Biélorussie occupé par les troupes nazies, s’engage, bien que trop jeune, chez les partisans. Il va découvrir l’amour, la fraternité, la souffrance, la guerre.


Revu récemment avec ma mère ce qui s'impose comme l'un des films de guerre les plus traumatisants. LE plus traumatisant ? (*)

Klimov, avec intelligence et sans forcer le ton, livre un jeune innocent dans la tourmente monstrueuse de la guerre et par le biais des plans-séquence et de la steadycam (maniée de main de maître) nous fait voir par son regard les horreurs commises par les Allemands, mais pas que. Bien souvent, la caméra quand elle n'est pas neutre embraye un court instant sur le champ de vision d'un autre. Caméra donc neutre tout en étant subjective. Comment ne pas penser par exemple à ce moment où l'acolyte de notre "héros" décide d' "emprunter" une vache à l'habitant ? Le début du plan nous montre un paysan chez lui par la fenêtre (je tiens à dire que chaque plan est construit comme un tableau bien souvent, c'est magnifique et celà participe d'autant plus de la beauté traumatisante de l'esthétique mêlée à la guerre car ici, jamais la mort n'aura été aussi belle et glaciale), on se croirait la nuit avec des bruits de camions ou chars qui passent à côté, il n'en est rien. La caméra se recule alors que le paysan sort assouvir un besoin naturel : c'est en fait le petit matin et dehors c'est quasiment vide, seulement un chien qui aboit dans le levant (mais on sera à chaque fois désorienté tant par l'image que le son, c'est assez magistral et des plus interessant vu que Klimov nous met presque quasiment dans la même situation que le jeune Floria), pas plus. On suit (merci la steadycam) alors l'homme derrière et la voix-off qui surgit nous rappelle alors de la subjectivité de la caméra. Mais ce n'était pas le regard de Florian, seulement, l'échange nous a été quasiment imperceptible tant tout coule de source au montage.

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(Des images souvent composées comme des tableaux)

Mais "Va et regarde" n'est pas que composé de plan-séquences. La grande force du film, ce sont ses formidables gros-plans de visages, véritable palette de toutes les émotions humaines, qui renvoient aux formidables visages chargés de force qu'on peut voir tant chez Eisenstein que Dreyer (le Jeanne d'Arc...), voire Tarkovski, quitte à citer un autre maître russe même si, je l'accorde, la citation est facile. Encore qu'ici, celà semble légitime de citer le maître tant l'esthétique hyper-réaliste semble renvoyer aux tableaux icôniques que nous offrait le réalisateur d'Andréï Roublev et Stalker. On pourrait penser à L'enfance d'Ivan pour le même sujet d'un enfant plongé dans l'enfer de la Guerre mais la comparaison s'arrêterait là : Floria n'a pas ses rêves pour tenir le coup et sa chute est proggressive. D'un jeune garçon jouant dans les décombres sablonneux du début, il deviendra pur forme quasi-inerte qui met le restant de sa force et de sa colère dans l'exutoire que procure l'acte de tirer sur une image, en l'occurence une photo du Führer, jaquette choisie pour le film par l'éditeur Potemkin.

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Et puis comment ne pas oublier le formidable travail sonore effectué ici ? On touche à un hyper-réalisme au délà du son, tellement le son, la musique nous semblent vivantes. Quand Glacha et Floria sont dans la forêt, pour une relative paix, l'accent est mis avec justesse sur le bruit de la pluie tombant, le cri des oiseaux. La nature reprend ses droits. Ici règne encore la paix. Pour combien de temps ? Plus loin, quand Floria arrive dans son village avec Glacha, on aperçoit des images de maisons vides, qui fument encore, des jouets éparpillés au sol. L'inquiétude monte progressivement chez le spectateur : Où sont-ils tous ? Seul indice qui lance un douloureux malaise, un bourdonnement de mouche quasi-naturel, quasi électronique, qu'on ne peut identifier précisément. La réponse, cruelle et douloureuse, nous en sera donné quelques secondes après. Quand à la musique, imperceptible, elle se fond dans un mélange ambiant et experimental avec les bruits de fond, créant un maëlstrom de perceptions hallucinantes. Tout comme Malick, Klimov choisit des extraits de Mozart mais la démarche n'est pas exactement la même : ici on fractionne, malaxe, coupe les extraits pour les mélanger au bruit de la pluie, du vent, les faire participer pleinement à la vie-même qui irrigue du film malgré l'enfer qui déferle et en faire une partie des sensations reçues. C'est clairement remarquable.

Un chef d'oeuvre traumatisant et douloureux qui marque à chaque vision.


Annexe...

(*) Outrages de De Palma était clairement une foutue baffe aussi. D'où le fait que j'ai sacrément envie de voir Redacted.


* Affiche de la VHS qui annonce bien la couleur :

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* "A sublimer les principes de mise en scène qui le régissent. Vous n'en reviendrez pas. Vivant, assurément, mais traumatisé. C'est l'apocalypse telle que vous n'auriez jamais voulue la voir et c'est terrifiant d'un bout à l'autre. C'est un voyage au bout de la nuit qui va vous faire bouffer la terre. Lorsque vous l'aurez fini, la réalité sera un soulagement. "
(Chronique de DVDrama, évidemment bien plus remplie que la mienne. Les conditions de tournages sont assez dingues d'ailleurs...)

* Et une chronique toute aussi importante sur DVDClassik, à l'origine de ma motivation pour voir ce film, moi qui ne suis pratiquement pas films de guerre du tout.

* Enfin, la vidéo du trailer, en mauvaise qualité mais on y voit suffisamment (ATTENTION, ÂMES SENSIBLES, CECI N'EST PAS POUR VOUS...) :




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jeudi 6 mars 2008

Les chroniques de fond de tiroir (5)

iwojim Second volet du diptyque sur la guerre du pacifique par Eastwood, celui qui m'intéressait bien plus que la version américaine (bien que je l'ai aussi en dvd, pas encore vu), vu qu'Eastwood est un grand cinéaste humaniste et qu'il se frottait à l'histoire d'un peuple dont il n'est pas issu, j'en salivais d'avance. Et au final, un certain respect se dégage du film. Eastwood laisse les choses venir dans une première partie qui montre l'installation de la base, des galeries, les différents protagonistes qui se mettent en place avant les ravages brutaux (pas mal brute, en effet...) de la guerre dans la seconde partie. 2 personnages en imposent clairement, le colonel Nishi (ancien athlète aux J.O) et le général Kuribayashi (formidable Ken Watanabe qui jouait auparavant dans "Le dernier samouraï". Je me disais bien que sa tête me disait quelque chose, cet homme dégage un charisme incroyable. A surveiller de très près donc). Mais le reste des personnages sont très bien construits et développés aussi, notamment Shimizu que Saïgo prenait pour un espion (alors que c'est tout autre). La photographie dans des tons vert/bleu/gris délavés est assez belle et m'évoquait "le soleil" de Sokourov (au passage, les seuls tons lumineux ressortant à la fin du film seront un coucher de soleil magnifiquement neutre face à tout ce qui s'est passé). Il y a d'ailleurs là aussi la volonté de traiter le sujet par un humanisme et une rigueur peu vu auparavant même si Sokourov c'est quand même encore plus abstrait et à part. La comparaison n'allait d'ailleurs que dans le sens d'un même sujet traité par des cinéastes occidentaux : l'empire du soleil au plus fort de la guerre, sauf que bon l'un traite d'un point de vue vaste là où un autre choisit de développer l'intime d'un être considéré comme un dieu vivant.
Un bien beau film.


cloverfieldaffiche  L'affiche, magnifique et terrifiante (cliquez pour la voir en plus grand) annonce bien la couleur : Cloverfield sera sans aucune pitié. Cauchemar terrifiant de 11 septembre transposé dans des contours de SF apocalyptique à la Godzilla filmé intégralement par un camescope dans la tourmente, le film se propose de suivre l'itinéraire chaotique de jeunes New-Yorkais fêtards qui n' auront pas spécialement la chance d'être là au bon moment. Véritable trip de producteur, rêve de gosse ultime (on voulait un vrai film de monstre, on l'a eu !) qui se propose de filmer l'horreur au plus près : comme les civils on ne saura quasiment pas d'où sort la créature, ni à quoi elle ressemble, le réalisateur et toute son équipe ayant le bon goût de la cacher jusqu'a la fin dans un état d'esprit Lovecraftien à savoir : Moins tu en voit, plus tu auras peur. Et tous les grands films d'horreur jouent de la suggestion à merveille, on le sait. Et pour accentuer la terrible impression de réalité, aucune musique (sauf pour le générique final où l'on redescend sur Terre : ce n'était qu'un film. Mais quel film !), les bruitages et effets sonores (Skywalker sound) mais aussi effets spéciaux sont poussés à fond. L'aspect même un peu granuleux du camescope (bien sûr on sait que ce n'est pas filmé comme un dogme danois avec un simple camescope, façon Festen ou Les idiots mais on marche bien dedans) joue beaucoup car les créatures (oui, y'en a une grosse, terrifiante mais aussi des petites qui tiennent de l'arachnide. Ami arachnophobes, passez votre chemin, voulez-vous ?) peuvent même apparaître floues dans l'image, redoublant la sensation d'inconnu. Et en plus y'a pas vraiment de happy-end, j'applaudis.

Clairement l'un des meilleurs films fantastiques de ce début 2008 qui s'annonce hallucinant et bourré de bonnes choses.


lanotte  Second volet de sa fameuse trilogie du début des 60's, La Notte est le 7e film d'Antonioni et comme le précedent et le suivant, poursuit ses experimentations innovatrices sur des histoires de couples qui finiront plus ou moins mal. Malheuresement, le visionnage fut entaché par de très mauvaises conditions (dont la fatigue et une VHS usée à mort. Shocked ) et le ressenti perso de quelques longueurs, ce qui n'entache en rien la technique magistrale d'Antonioni qui filme d'une main de maître les errances symétriques de son héroïne (c'est magnifique, je n'ai retrouvé un équivalent que dans la bande dessinée notamment les cadrages parfois très cinématographiques d'Andreas ou chez Moebius mais aussi leur façon de construire leurs cases. A ce titre, Antonioni est bien un peintre des images dans son cinéma comme il l'était aussi par occasion pour son plaisir dans la réalité. Mais son cinéma avait gagné de cette formidable experience visuelle). D'ailleurs Jeanne Moreau, Mastroianni et Monica Vitti sont parfaits et la fin est sublime à pleurer. Je me demande si cette lecture de lettre n'aurait pas influencé Wim Wenders dans la fin de "Der Himmel über Berlin" (et Wenders co-réalisa "Par délà les nuages" en 1995 avec Antonioni, d'où le fait que je me pose la question) où les amoureux posent un "contrat" entre eux deux, bourré de sincérité, d'idéal et d'affection(*).

Malgré tout, le film n'atteint pas pour moi les deux piliers qui l'encadrent que sont L'Avventura (encore que ce dernier a de ses longueurs par moments. C'est en plus le film le plus long du réalisateur italien...) et L'éclipse (je considère ce dernier après un revisionnage récent comme un incroyable chef d'oeuvre). Peut-être qu'un revisionnage dans de meilleures conditions, allez savoir...


junoficheuh  ... Je ne vais pas réïtérer ce que j'en ai dit chez Dasola, car j'ai bien aimé Juno. Certes, ça se regarde gentiment, ça ne vole pas spécialement haut mais l'important était avant tout de se faire plaisir et j'en avais grand besoin quand je l'ai vu à ce propos. Ellen Page est mignonne, tout le monde est gentil, elle choppe un marmot dès le premier rapport (mais c'est quoi cette jeunesse qui ne met pas de capote et ne choppe pas la chtouille ? Tss, tss...) mais réussit à trouver un couple à qui le passer. Et puis elle fait de la guitare et use de répliques bien sympathiques qu'on peut sortir en cour de récré comme au boulot (c'est plus risqué néanmoins). Bon après, comme on dit, la critique est aisée, non pardon, la réplique est facile. Juno ne se hisse pas au sommet des meilleurs Woody Allen mais se laisse agréablement voir et fait plaisir. On est content mais on n'achetera pas forcément le dvd (ou Blu-ray)... agnaaa


themistfiche  On termine cette "chro rapido" (pas si rapido que ça... Je dois encore me retenir pour vous parler de nombreux autres films tels que Carnival of souls, Zabriskie Point, et autres Kurosawa... argggnnn...) par le film de monstre de Mars. Après le monstrueux Cloverfield (au positif hein. Si j'avais eu plus de temps, je me le serais revu encore et encore. N'est-ce pas edou ? ), voici The mist (cliquez aussi sur l'image, l'affiche est assez belle) par un rescapé du genre, amateur de Stephen King, Frank Darabont. On est content de le voir, on avait un peu perdu de ces nouvelles après La ligne verte et The shawshank Redemption. Et le monsieur est en pleine forme et toujours aussi amateur de Stephen King pour notre plus grand plaisir. Et on frôle quasiment une certaine jouissance quand on sait que le monsieur adapte ici la fameuse nouvelle "Brume". Quasiment l'une des meilleures nouvelles de King, la plus Lovecraftienne en diable (pour résumer très rapidement : des monstres se cachent dans une étrange brume venue d'on ne sait où et isolent les habitant d'une petite ville dans un supermarché. Plus le huis-clos se resserre, plus la peur et la paranoïa monte : Comment faut-il faire pour survivre ? Comment sortir (on ne voit rien à l'extérieur, c'est la mort assurée) ? Cette brume s'est-elle étendue au reste du monde ?...). Et de plus, le film se permet des clins d'oeils respectueux à l'autre grand film de monstres du type "on sait pas trop à quoi ça ressemble, ça a pas de forme concrète", je veux parler de The Thing de John Carpenter, déjà cité dès le début du film (l'affiche du film de Carpenter dans la chambre du "héros", c'est imparable !). Vous ajoutez à celà des personnages bien construits dans l'ensemble (bon on a envie de foutre des baffes à la rédemptrice chrétienne qui nous remonte les bretelles avec la fin du monde et tente de convertir les brebis égarées. Et quand elle y passe à la fin du film, tout le monde dans la salle à applaudi, moi de même !)) et une ambiance inquiétante qui monte progressivement pour aboutir à une fin très osée, très amère, qui n'est pas vraiment un happy-end. Bravo, il fallait oser.

C'est d'autant plus courageux que le film à été boudé en Amérique (beh oui, ça ne se finit pas bien, il n'y a pas de montage hystérique comme dans certains films d'action du moment, là au contraire ça prend son temps et le Djeunz de base, il s'endort --le gland !), donc seulement distribué dans une quarantaine de salle ici-même. Et encore ! Et encore, face à l'invasion de gros machin qui sentent une étrange odeur tel Astérix ou le caricatural (encore que...) Bienvenue chez les Chtis, il commence à perdre des salles. Alors amis du fantastique, s'il vous plaît, allez le voir, c'est une petite perle qui vaut le coup.

(*) Je me le revois prochainement le Wenders normalement.



Posté par Nio Lynes à 18:02 - Chros rapidos - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Votre BD de mars/avril 2008

maelvgren476dy  Après tous ces mois de fêtes, acharnements passés à survivre avec des huîtres et autres dindes, je n'allais pas vous laisser penser que je vous avait oublié, non plus. Voici votre petite dose de graphisme et cette fois, on fait dans le grand, beau, bête et méchant avec des planches tirées de Baston tome 5 : la ballade des baffes, sympathique pastiche à plusieurs mains (y'a même Tome et Janry qui font quelque chose --cf. première planche) de notre cher Gaston Lagaffe (ici c'est Baston Labaffe !) sous la supervisation des deux compères responsables des Innommables, Yann et Conrad...Bonne lecture.

baston2

baston5

baston3

baston4

(Cliquez pour voir en plus grand. Sinon, je trouve celui de Solé assez hallucinant...^^' )

Posté par Nio Lynes à 16:43 - Strips, cases et pin-ups... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 3 mars 2008

Wake up and smell that coffee.

Un retour en force à écouter avec "Miss Terre" de Paul Personne (allez zoup, cadow' de la maison, choppez moi ça).


Un titre emprunté à l'insipide dernier album des Cranberries, j'ai honte. Bonjour l'inspiration. agnaaa

D'abord, comment allez-vous, tous ? Bien, pas bien ? Bon sang, j'en oublie les politesses : nous sommes déjà en 2008 alors permettez-moi de vous souhaiter à tous une bonne année !

C'est que je n'étais guère là pendant ces deux mois. Certes, j'étais encore vivant, mon activité graphique ici en témoigne. Mais pour ce qui est de rédiger de longues chroniques passionnées sur un peu tout, refaire le monde à ma guise, je ne pouvais pas trop. Manque de temps, manque d'envie, ragnagnas, vous savez, ces choses là... Bon bref, j'abrège (je n'ai jamais été doué pour les longs discours) et je suis de retour, tout comme les Pokemons, pour vous jouer un tour (encore une autre référence débile. Il est grand temps que je revienne à des choses plus élevées spirituellement). Pour ce come-back hors des enfers du temps, une nouvelle bannière, les couleurs du blog qui changent d'un coup (anticipons sur l'automne !), ma jolie frimousse à droite (c'est fou ce que je suis photogénique. Et en plus c'est même pas moi. erf) et plein de chroniques en tout genre à venir. Wé, wé.

Jean Gabin à Michelle Signoret : "Alors heureuse ?"

Michelle Signoret en retour : "retire tes doigts de mon slip, sale bouseux !"

On se retrouve très bientôt pour la suite du programme...


 

Posté par Nio Lynes à 17:46 - Gnurf - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

mardi 25 décembre 2007

Petit top cinéma 2007...


Un peu en retard, voici un petit top 10 cinéma (très subjectif) en ce jour de Noël. Enjoy !


1. L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford



A défaut d'avoir eu un film de Malick, on aura eu quelque chose d'assez différent et pourtant proche pour nous faire patienter. Porté par son sens contemplatif, ses paysages, sa photographie magnifique, ses deux acteurs principaux et la superbe musique de Nick Cave, le film distillait une hypnotisation bienvenue (certain diront de l'ennui, les goûts et les couleurs...huhu) lui conférant une certaine magie. Un film à revoir encore et encore pour mieux l'apprécier.

2. Ratatouille



Sous un titre de nourriture des plus alléchants, Pixar signe une fois de plus un sans-faute (mais où diable s'arrêteront-ils ?) qui ravira petits et grands sur une histoire pas spécialement des plus originales mais soignée avec la grande classe du studio. Couleurs châtoyantes, respect du spectateur, personnages habilement construits, situations cocasses, Camille qui signe "le festin" en chanson principale...N'en jetez plus, c'est du très bon cru Pixar.

3. Zodiac



Tout le monde se sera forcément posé la question : Film de la mâturité ou habile film de transition ? C'est que Zodiac déroute, n'était pas prévu, ne ressemble pas spécialement à ce que faisait Fincher auparavant (sauf peut-être --et c'est là que pour moi il rejoint "the game" d'un point de vue classique : une musique subtile et pas grandiloquente, pas de mouvements pointus de caméra comme dans Fight Club et Panic Room, une histoire qui zig-zag, échappe au spectateur --comme aux personnages de zodiac ou du pauvre Michael Douglas largué et fatigué du jeu --au passage, Douglas n'apprendra vraiment ce qu'est le jeu à la fin. Nous, nous ne saurons jamais vraiment qui est le "zodiac". Ne nous reste que le doute, à l'image des personnages du film--...) car Zodiac est l'histoire d'une enquête (sous couvert d'une superbe reconstitution d'une décennie des 70's qui semble bien loin) qui piétine de plus en plus, rongée de l'intérieur par les désillusions et le temps... comme la réalité où bien souvent les procès traînent, les gens semblent oubliés, la justice piétine.


4. Control



Voilà un film que j'aurais facilement et méchamment pu démolir étant donné que je suis un fan de Joy Division d'une part, que j'adore l'esthétique noir et blanc des clips d'Anton Corbijn (même ses clips en sépia pour U2 et Dêpeche mode sont vraiment beau) d'autre part et qu'en général les adaptations biographiques ne sont pas ma tasse de thé (j'ai dû en voir...4 ? 5 ? ...Ray, 8 mile, ALI, Un homme d'exception, Control. Ouaip, 5.), bref...
Mais j'étais curieux du résultat bien sûr sans trop spécialement en attendre. Et je ne fut pas déçu par ce qui, pour moi est une des meilleures bios sincères et véridiques (qui mieux que Corbijn qui connaissait le groupe pouvait faire ce film ?). Encore que j'ai pas vu "i'm not there" qui me fait bien baver.


5. 28 weeks later



Bon lui au contraire je l'attendait méchamment. La moindre info me faisait saliver au possible. Et je ne fut pas du tout déçu, même ! Je fut agréablement surpris et j'ai sans doute plus aimé que de raison le film donc vous comprenez que sa place ici est bien sûr dictée par le coeur. Parce que j'aime sa musique, sa scène d'ouverture est tétanisante, Londres isolée avec les arrivées m'a rappelé mes voyages en angleterre (avec les sas et duty-free où je voyais derrière les vitres un monde qui m'était aussi inconnu que celui que redécouvrent les survivants qui veulent repeupler la ville), les marines qui s'emmerdent (ça m'a bien fait marrer), le plan gore (très exagéré je sais mais bon, j'ai toujours voulu voir un plan comme ça, crédible ou non) avec l'hélicoptère qui charcute par ses pâles les pauvres zombies (on va pas les plaindre non plus)...
Bref le coeur à parlé. C'est pas un chef d'oeuvre, y'a bien sûr des défauts mais après, on s'en fout, c'est fun, corrosif, parkinsonnien (heu ouais mais pas grave hein :) ) ), violent (le premier est battu largement), pas con etc etc....

6. Beowulf 3D
7. Sunshine (même si les 15 dernières minutes m'embêtent un peu, au fond. Le reste, c'est beau, magique, sublime, réaliste, prenant)
8. Les promesses de l'ombre (même si j'avoue lui préférer "A history of violence")
9. Le monde, la chair et le diable (ressortie)
10. Suspiria (ressortie remastérisée de toute beauté)

Pas si loin que ça derrière : Amer béton, pirates des caraïbes 3, Tarantino et Rodriguez...




Ma déception de l'année.


Les contes de Terremer

Il y a bien sûr des qualités mais le fils Miyazaki n'est pas son père, c'est bien et en même temps un peu dommage et à force de vouloir jouer sur trop de registres, le film se dégonfle vers la fin dans ce qui me semble une pirouette abracadabrante formidable de naïveté (oui, oui, l'amour transforme ma coupine en dragon qui nous sauve de la méchante sorcière. Euh... Oui, c'est ptêt métaphorique mais y'a un nombre considérables de cinéastes --pas qu'intellectuels-- qui à ce jeu s'en sortent bien mieux Shocked ) dans un film pourtant des plus sombres et cruels au début (on y parle quand même de parricide, d'esclavage, de marque, de dragons qui se zigouillent à grandes giclées de sang, de double obscur, de magie noire...). Déception personnelle donc. Neutral


Pas vu, pas spécialement intéressé.

  • La Môme. Je subodorais une reconstitution spécialement lacrymale TF1nisée, donc...
  • 4 mois, 3 semaines, 2 jours. On pourrait rajouter 1 heure. Mais bon... :)
  • Die Hard 4. Mais ptêt que j'aurais pu le voir. Sur le coup, je manquais de temps en fait.
  • Les 4 fantastiques 2. En fait je voulais le voir mais juste pour le surfer d'argent. Comme tout le monde, donc.
  • Supergrave. Je craignais un film supergrave justement, au sens superlourd. Après, on me dit que c'est bien, mouais...


Les ressorties cinéma et dvd qui font plaisir...

  • Suspiria (1976). Les couleurs, bon sang, les couleurs !!! Bon, la fin rouge par contre, euh...oui...
  • The Killers (1946). Parce que Ava Gardner et Burt Lancaster.
  • A bout portant (1964). Parce que c'est le remake de The killers et que Lee Marvin et Angie Dickinson y sont superbes.
  • Blade Runner (1982).


Sur ce, je vous souhaite un joyeux Noël !


 

Posté par Nio Lynes à 22:03 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 3 décembre 2007

2001, l'odyssée de l'espace

Thème du monolite à chopper et écouter avec la chronique.

(Requiem for Mezosopprano par Ligeti. Vous mettre le "also sprach Zarathusta" de Strauss, archi connu au demeurant aurait été trop simple, non ?)


2001woatitile

C'était une gageure insensée de réaliser une oeuvre évoquant l'Humanité de la préhistoire au XXe siècle, voire au délà et pourtant, Stanley Kubrick avec l'aide du romancier (ici scénariste) Arthur C.Clarke s'y était risqué en 1968, changeant du même coup toute l'approche de la Science Fiction pour les décennies à venir. Il y a bien un "avant 2001" dans la SF, comme un "après 2001" et même les oeuvres les plus intéressantes de l'avant (je pense notamment à "Planète interdite") n'atteignaient pas ce niveau de modernité, de précision, de pure beauté tout comme les oeuvres de SF sorties après s'en sont rarement approchées ou sur d'autres plans (comme Alien qui subjectivement, d'un certain point de vue esthétique écrase encore aujourd'hui de nombreux films doppés à l'image de synthèse), à part de rares films de certains réalisateurs (dont Mamoru Oshii).

"2001" comme on le surnomme plus simplement (vu que la date fatidique est passée) a fait rentrer la SF dans l'âge adulte depuis près de 30 ans qu'il est encore désolant par moments de constater que le genre en lui-même reste encore à part, coincé entre la frilosité des lecteurs/spectateurs comme des critiques/producteurs/éditeurs/auteurs. 2001 lui-même reste encore un part dont le degré de perfection ne l'a guère fait vieillir. Depuis 68, l'oeuvre reste énigmatique, fascinante, contemplative et belle et l'on aura de cesse de visionner le Kubrick's cube, rien n'y fait (tenez, moi ça doit bien être la 15 ème fois que je vois le film. De plus en plus beau au fur et à mesure que la technologie évolue, tiens. En VHS c'était déjà beau, en dvd c'est supra-beau.)...

2001singe

Y'a t'il une clé pour décoder 2001 ? Non.

Ou plutôt si.

Vous.

Le film se construit sur l'interprétation très personnelle que chacun à en lui (alors que le livre fournit une réponse claire ce qui n'est pas forcément la meilleure chose) : Je me rappelle en avoir discuté il y a quelques années avec mon père, il en avait compris qu'a la fin, l'astronaute Dave Bowman avait subi une distortion du temps et remonté jusqu'au XVIe siècle, quand à moi j'avais plutôt cru qu'en allant aussi loin, il avait atteint un espace infini dans un monde parallèle qui l'effaçait successivement face aux autres lui-même afin de renaître... Et je pense que bien d'autres ont pensé à un moment leur propre interprétation du film face à la fin terriblement ouverte que le maître donnait.

Déjà, à sa sortie, ça avait dû être un choc. Je me souviens avoir lu des avis (notamment celui, passionné de Serge Kaganski des inrocks) très partagés entre les différentes générations. En gros, les plus âgés n'y comprenaient rien quand les plus jeunes se sentaient transportés de bout en bout sans ressentir la nécessité de comprendre l'histoire. Il suffisait d'accepter de se lancer dans le grand voyage interstellaire proposé par le cinéaste pour l'apprécier pleinement. L'histoire semblait alors secondaire face à la toute puissance des images.

2001station

On dit qu'au début était le verbe. Et avant ?

Avant il y eut la sauvagerie de ce qui n'était pas humain. Le début, sorte de documentaire presque véridique nous montre la tribu de Guetteur de Lune, hommes encore singes, pas spécialement sapiens (et encore moins homo sans vouloir faire de mauvais jeu de mot) en proie à un quotidien peu agréable : comme si celà ne suffisait pas de n'avoir presque rien à manger et de se faire constamment dévorer par de gros félins, nos pauvres hommes-singes se font humilier par une tribu adverse, plus aggressive pour avoir un peu d'eau.

Et voilà qu'un matin, surgit de nul part ce grand bloc opaque et étrange qui ne réfléchit aucunement la lumière du soleil tandis que s'élèvent des choeurs inhumains qui font frissoner le pauvre spectateur. Panique chez les primates qui s'écartent craintivement du bloc noir avant d'y revenir lentement, la peur se muant en fascination puis attirance. Ils caresseront tous la pierre et l'un d'eux plus tard aura une sorte de déclic en voyant des os : il s'en servira comme outil.

Là est la première trace de progrès semble dire Kubrick avant pourtant de nous montrer que ce progrès ne se départit pas d'un certain pessimisme : lors de la prise de conscience du singe que l'os peut lui servir d'arme pour avoir de la nourriture, le réalisateur inserre rapidement un plan du monolithe : cette évolution, notre évolution est guidée, aidée. Ce n'est pas le singe qui arrive tout seul à modifier ses neurones pour accepter tout seul le fait que l'os qu'il tient peut servir de matraque, c'est le monolite qui lui donne cette idée. Ensuite second point, toute évolution semble ne se faire qu'au dépens du plus faible et il y a toujours une perdition, un manque irremplaçable chez certains : Ayant récupéré de la nourriture, la tribu commetra alors un premier meurtre (tous les singes, galvanisés se mettent à achever la pauvre victime à tour de rôle). Là s'arrête l'état sauvage, là commence les sociétés humaines : sur le meurtre.

2001hotesses

Puis, à la suite de la plus célèbre ellipse du cinéma, plongée dans le futur, des millénaires après, dans notre bon vieux XXeme siècle. Suite à l'excavation d'un étrange monolite noir sur la face cachée de la lune (le spectateur pas dupe, comprend qu'à tous les coups c'est le même monolite qu'au début, bien sûr), enterré délibérément pour qu'il soit retrouvé par l'Homme et lance son étrange signal vers les étoiles, se met en place une expédition vers Jupiter, endroit où l'étrange signal fut stoppé net. A ce stade, nous avons pu remarquer le ballet des vaisseaux spatiaux dans le vide interstellaire sur une valse bien mélancolique de Strauss, cet aspect contemplatif offert par ces vaisseaux qui lentement glissent dans l'éther du vide spatial.

C'est dans l'espace donc que se jouera le deuxième acte, face à un ordinateur retors et paranoïaque étant le seul au courant de la vraie mission du vaisseau Discovery. Ironiquement, l'Homme de ce futur est poli, racé, courtois, ses instincts primaires de barbarie semblent avoir étés complètement disparu, ils ne sont presque plus que coquille vides et froides à l'instar des étranges momies des scientifiques en hibernation dans le vaisseau. En parallèle, HAL l'ordinateur qui guide la mission et contrôle tout le vaisseau nous est présenté comme une machine à l'intelligence artificielle qui reproduit et imite les sentiments humains mais l'attitude de HAL ne montre aucune sorte d'imitation : le pauvre (bon on va pas le plaindre non plus) se replit lui-même dans l'inquiétude, se trompe, questionne, et au final, en arrive au meurtre uniquement pour sa propre survie, ce qui est le propre de toute créature vivante ça, la survie. Alors comment ne pas ressentir de la pitié pour HAL quand Bowman viendra le "débrancher" puisque HAL à prouvé lui-même qu'il était un humain, seul son corps et sa manière de raisonner différaient.

2001dullea

C'est là encore sur cet acte de meurtre que Bowman, unique survivant aura accès (et nous de même) à toute la clé du mystère du monolite, abstraction personnifiée d'une étrange trace de forme de vie spatiale non-humaine qui pourrait presque s'apparenter à la présence sur pellicule de Dieu. D'ailleurs une hypothèse assez interessante avait été donnée par quelqu'un je ne sais plus où (Michel Ciment ?) qui disait que tant qu'on avait pas prouvé l'existence de Dieu, le monolite en resterait le seul avatar sans non plus l'être, gardant presque infiniment ses secrets. Quand à Kubrick, il a emporté ses secrets dans la tombe, suivi après par son ami Arthur C.Clarke. Mais comme je l'ai dit, la richesse du film permet à tous de se faire son interprétation quasi-plurielle (à ce stade, on accepte toutes les hypothèses) sur le film et sa fin.

Bref, par le meurtre, l'astronaute accède à la vérité et à une nouvelle évolution qui viendra après, vers Jupiter par délà la porte des étoiles, "l'effet trip" qui ravivait le plaisir des hippies qui y voyaient là en salle l'ultime hallucination causée par la drogue (alors que le réalisateur et son scénariste avaient avoués ne rien prendre sur le plateau), merveilleux effet spécial de Douglas Trumbull qui ira plus loin peut-être dans ses réalisations personnelles quand il ne travaillera pas chez d'autres (ahhh, Blade Runner...)....

2001room

Au risque de me répéter, rien n'a vieilli sur le film, ni son propos comme son esthétique stupéfiante d'ultra-réalisme. Peut-être les scaphandres mais là, je fais dans le pur chipotage. Le film est chez nous en zone 2 warner mais on peut aussi le trouver depuis quelques temps en version 2 dvd (enfin !) en zone 1 (ou 2 aussi mais je ne pense pas)... De toutes façons, tout cinéphile a vu au moins une fois (voire plus) dans sa vie ce chef d'oeuvre froid et exigeant.


Annexes...

2001newcouv

L'edition 2 dvd qui poutre du tonnerre de Zeus.

2001letrip

L'affiche de la ressortie en salles en....2001.

+ La chro magistrale de Chris ! (bonne lecture)

Posté par Nio Lynes à 16:53 - Espaces lointains - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 2 décembre 2007

Scanners (v.2)

Votre serviteur s'est récemment précipité pour voir le nouveau Cronenberg peu de temps après sa sortie sans oublier toutefois de se faire un petit revisionnage de quelques films. Pour l'occasion et comme je suis d'un naturel chiant et enclin a embêter mon pauvre lecteur (courage lecteur, je t'aime !), je vous fait une chronique pas spécialement nouvelle mais annexe à une autre chronique du film. Un nouveau visionnage avec de nouvelles données, une chronique donc assez différente de l'engouement presque enfantin ressenti sur l'ancienne et pourtant, la passion reste, elle se replace juste dans le contexte de la filmographie du cinéaste canadien. Donc, si vous n'avez vu qu'un seul film de Cronenberg, cette chronique ne vous aidera guère hélas...


Thème du duel final/générique de fin du film à télécharger et écouter pendant la lecture.(cadow' bonux)

C'est quoi un télépathe ? En quoi consiste la télépathie ?

Un télépathe, semble nous dire Cronenberg, c’est, un être qui non seulement peut entendre les pensées des autres mais aussi en retour donner ses pensées, les imposer. Entendre les « volontés » des autres mais aussi pouvoir donner les siennes, les faire sienne à l’autre. Chez le cinéaste canadien, la pensée devient ainsi, plus qu’un pouvoir, un outil supplémentaire à l’homme. Il avait ses bras, sa logique, ses sens, désormais chez les Scanners, c’est la pensée qui fait Loi et devient ainsi une arme non seulement chez les Scanners mais aussi le restant de l’humanité.

attentiooon

Allo chérie ? Je t'appelle du boulot là, je vais pas pouvoir rentrer ce soir...

ayayaiiiiie

Bon chérie je doit te laisser, ça va couper là...

bibouuuum

Allo chérie, ça a cou...*SPLORCH*.

Car le cinéaste évite tout manichéïsme. Foin de méchant télépathe et gentil humain : il y a des dissentions et désaccords même chez les Scanners : entre ceux qui se mettent sous couvert de la « protection » de Darryl Revok sous peine de mort (une protection presque maffieuse. Revok en récupérant Vale ne fait que ça : « agrandir la famille ». On est loin d’A History of Violence et pourtant…), les autres qui résistent (Kim Obriest et ses amis) et ceux qui se réfugient dans une certaine neutralité (Benjamin Pierce, solitaire avouant : « j’ai des amis…Mais je n’en veux pas. »), le cinéaste décrit au mieux des points de vue largement plus intéressants que dans un simple film Hollywoodien.

Le héros lui-même est un Scanners indécis qui ne provoque pas forcément l’empathie du spectateur : bien sûr on peut gagner fait et cause pour sa quête mais on sent que le cinéaste ne nous livre pas tout dès le départ (bien sûr le tournage chaotique et les deux morts ont forcés le cinéaste a écrire et tourner au jour le jour mais le film y gagne une cohérence et en sort finalement grandi). Vale nous reste froid et mystérieux mais finalement n’a rien à envier des autres personnages de l’univers du cinéaste, comme eux c’est un marginal, un solitaire.

artoptica

La création comme ultime refuge face aux semblables. On la retrouvera dans Faux-semblants ("les instruments pour mutantes" du docteur sont une partie de lui-même. Il n'hésitera pas a tenter de les récupérer après les avoir vus dans une vitrine.)...

Car tous les personnages chez Cronenberg sont seuls bien souvent malgré eux, qu’ils soient artistes (eXistenZ avec Allegra Geller qui tout comme le Benjamin Pierce de Scanners s’isole complètement dans la création ou bien William Lee qui « s’exile » en Interzone puis en Annexie), scientifiques ou médecins (Faux-semblants, La mouche), voire simples personnages dont la vie bascule d’un moment à l’autre (Dead Zone, A history of violence, Vidéodrome…). Le personnage Cronenbergien ne peut qu’être face à lui-même, sa plus grande peur au fond, car en lui-même il porte le vide et la mort, inévitable quand celle-ci n’est pas finalement le signe d’un renouveau (Vidéodrome) ou d’un dépassement de soi (Scanners et son final hallucinant qui évoque presque d’une certaine manière la téléportation bien avant La mouche, sauf qu’ici ce n’est pas dans un lieu… ou bien les frères Mantle de Faux semblants qui trouvent dans la mort pourtant une certaine immortalité chez le spectateur : leur « pietà » formée est aussi émouvante que celles de notre passé historique et il n’y a finalement que dans la mort qu’il retrouvent ce lien coupé entre eux).

Pourtant malgré sa solitude, le personnage Cronenbergien ne veut qu’une chose : entrer dans le groupe, la famille, vivre auprès de ses congénères. Un bonheur qui lui est souvent refusé ou imposé, forcé, quand il n’est pas brutalement interrompu. La petite Christie de The Brood n’avait pas demandée a entrer dans « la ruche » de sa mère pour être assimilée aux côtés de congénères peu humains pas plus que le dernier personnage pas encore contaminé de Frissons à la fin du film (scène de la piscine), quand a Tom Stall, il n’avait pas prévu que sa chère « famille » de la côte ouest remonterait jusqu’à lui pour le faire réintégrer de force le giron familial et meurtrier. Scanners n’échappe pas à cette donnée pendant une des scènes les plus significatives du film : Ayant rejoint le groupe de Kim Obrist, il sera convié a une certaine réunion de fusion des esprits en une seule pensée unique, comme pour créer déjà une autre chair par la fusion de la pensée, ne restera plus qu’alors a lui trouver un corps autre, au delà du physique (ce sera Vidéodrome si l’on veut…). Hélas ce bonheur sera brutalement stoppé…

Une seconde tentative de fusion forcée aura lieu vers la fin dans l’affrontement de Cameron contre Revok son frère (l’affrontement avec le frère…On retrouve ça dans A history of violence, tiens…). Là aussi la même idée de réintégrer la famille à défaut d’un groupe donné et là aussi une sorte de refus, comme si la famille signifiait la mort en elle-même (comme pour A history…Faux-semblants…).

catalepsiedegroupe

Le refuge dans le groupe et la punition qui va s'ensuivre...

Finalement le film s’inscrit très bien dans la filmographie du maître et amorce remarquablement bien le virage de Vidéodrome, 2 ans plus tard. La toute puissance de la pensée préparera à la nouvelle chair, pas forcément visible, qui évolue en dehors de l’image. Avant ça, The Brood et Rage évoquaient des transformations, des chairs nouvelles provoquées par l’homme et sa médecine (les greffes expérimentales de peau dans Rage, la « nouvelle médecine » dans The Brood) et Scanners n’y échappe pas. C’est un médicament donné aux femmes enceintes, l’éphémérol qui est à la base la cause de la naissance des Scanners. Cronenberg s’inspire là directement des ravages de la Thalidomide, ce médicament donné aux femmes enceintes entre les années 50 et 60 qui provoqua de graves malformations sur les fœtus et nouveaux nés (pas la peine que je mette de photos, on peut en trouver sur le net, c’est assez éloquent et impressionnant pas moments)…

On retrouve aussi le thème de la conspiration chère a l’auteur, que ce soit la mainmise et la concurrence de ces groupes pharmaceutiques industriels cités dans le film que plus tard une certaine Spectacular Optical ou une secte de Réalistes.



Et puis si on ajoute que le film est doté d’une certaine énergie folle, qu’il regorge d’idées a pratiquement chaque plan (la scène de la tête qui…, quand le cinéaste filme au ras du métro, la scène de scannage de l’ordinateur –brillante idée d’introduire au système informatique une certaine analogie avec le système humain-- , la poursuite de voitures et la fusillade incroyable qui s’y déroule, le sens caché du nom de Revok qui déroulé à l'envers donne "cover" comme la couverture que prend le personnage pour vendre de l'éphémérol ou bien l'idée de couvrir une autre âme --référence a la fin là aussi--…) , qu’Howard Shore y délivre une formidable partition où l’organique se mélange au mécanique et vous obtenez une petite perle formidable et un Cronenberg très sous-estimé qui gagne largement à être revu.

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Cette scène étrange où Revok maîtrise des soldat semble sûrement une scène coupée ultra rare. Quid d'une édition dvd digne de ce nom un jour ?

Quid des suites (car il y a eu des suites) ? Pendant longtemps j’ai voulu les voir par curiosité mais après être tombé sur certaines reviews dont le lien que je donne, j’aurais tendance à penser qu’on peut franchement les oublier…


Annexe : Affiches du film.

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Posté par Nio Lynes à 18:07 - Enragé - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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