Chroniques visuelles

Chroniques de dvd, films et autres...

samedi 3 mai 2008

The Wicker man

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The Wicker man de Robin Hardy (1973)

Le sergent Howie de la police de Western Highland arrive à Summerisle, une petite île privée de la côte ouest de l’Ecosse, pour enquêter sur la disparition présumée de la petite Rowan Atkinson. Ce qui commence comme une enquête de routine devient une confrontation entre le policier dévot et les étranges coutumes et rituels ayant cours à Summerisle....

Etrange histoire que celle de ce film là, tant dans l'univers du film même que ce qui lui arriva. Un film dont l'on perdit le négatif original et dont les copies furent perdues car sur le passage d'une autoroute en construction. La légende veut aussi que du fait que sa jeune épouse Britt Ekland jouait nue dedans (oui, oui, ne vous affolez pas, je vais mettre une photo, du calme, y'en aura pour tout le monde !), le rockeur Rod Stewart essaya de récupérer toutes les copies, laissant la version censurée pour les rares pays qui purent le voir : parce qu'entre temps, le nouveau producteur de la British Lion remplaça le pauvre Peter Snell au pied levé, jeta un coup d'oeil au film, n'y comprit rien (c'est pas nouveau chez les producteurs, aurais-je envie de dire) et inquiet, décida de le sortir à rebours dans très peu de salles et à une heure tardive tout comme l'autre production de l'année du studio, "Ne vous retournez pas" de Nicholas Roeg qui connut à peu près le même sort. Résultat, aucune trace en France et d'autres pays et il fallut de peu qu'il ne passa à la trappe si Christopher Lee et Robin Hardy en personne ne tentent de le sauver en faisant une promo constante, Lee poussant même la chansonnette en plateau de télévision et déclarant personnellement qu'il s'agit du meilleur film dans lequel il joua.

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Britt Ekland, future James Bond girl l'année d'après n'a pas froid aux yeux ! C'est plutôt le contraire...

Adapté d'un scénario du grand dramaturge du suspense qu'est Anthony Schaffer ("le limier" c'est lui, "Frenzy" de Hitchcock c'est encore lui), le film se propose d'être de l'aveu de Robin Hardy, un "anti-film d'horreur" dans le sens où, la Hammer finissant, ce sera un film des plus inquiétant mais non axé sur les décapitages et autres joyeuseries sanglantes en tous genre. De fait, grâce à sa formation de documentariste (d'ailleurs il est dans la même situation qu'Harvey (cf chronique de Carnival of souls) puisqu'il fit beaucoup de documentaire mais à la différence de Harvey tourna 2 autres films par la suite, à pratiquement 10 ans d'écarts. Films passés eux-aussi inaperçus au passage), Hardy se propose de restituer une ambiance plutôt bon enfant qui n'est en fait qu'une étrange façade, ce que le spectateur, aux côtés du policier bigote, comprend très vite, partagé entre l'envie de détester ce policier très coincé (on a même envie de lui donner des baffes), puis de le prendre par la suite en pitié, balotté qu'il est par tous les habitants de cette étrange île...

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Pour vos vacances celtiques, adoptez la glamour attitude à "ouale-pé" près des monolithes, c'est tellement mieux.

Pour le policier arrivé ici (Edward Woodward très bon), choqué et outré par les pratiques bien libérées des habitants, il s'agit plus d'enquêter sur la disparition d'une fillette. Puis, avec le temps et le peu d'indices dont il dispose, il en vient à imaginer un assassinat collectif, comme une sorte de complot où la gamine aurait disparu au profit de cette étrange communauté qui ne se souvient étrangement même plus d'elle, comme si finalement elle n'avait jamais existé. Mais si assassinat il y a, où est le corps ? Et pour quel motif ? Plus Howie enquête, moins il ne comprend à quoi il a affaire et plus il s'enerve, plus il ne fait qu'aggraver son sort aux yeux des habitants de l'île plus ou moins dirigés par Lord Summerisle (Christopher Lee, ironique à souhait, en ayant marre de toujours porter les longues canines du Dracula de la Hammer accepta d'emblée le rôle) et plus le spectateur comprend qu'il a affaire à une véritable joute théologique entre une religion chrétienne intolérante (Howie qui représente l'autorité Chrétienne mais aussi Anglaise) et une religion païenne ultra-permissive (L'île elle-même qu'on peut voir comme des dignes représentants ecossais qui posent leur foi étrange en résistance face à l'envahisseur briton).

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"Non, je ne veux pas chanter avec vous l'intégrale d'ABBA, laissez moi partir, siouplaîîîît, pitiééééé..."

On pourrait même se permettre une relecture psychanalytique (Howie représente l'autorité face à la jouissance incarnée qu'est l'île, il est donc l'image du père qui sera sacrifié et détesté par un fils oedipien en diable qui ne serait autre que le Wicker-man) au risque de dénaturer l'oeuvre, ce qu'on ne fera pas au vu de la fragilité du film. Une fragilité liée d'une part à son équilibre interne (l'oeuvre est parcourue de chansons folks magnifiques aux paroles souvent fort paillardes, enrichissant la fascination que l'on éprouve pour le film mais qui, je le reconnais, pourra laisser plus d'un spectateur sur le carreau) mais aussi à son époque (les 70's n'étaient pas toujours aussi libérées qu'aujourd'hui et le film s'inscrit pleinement dans la libération des moeurs notamment sexuelles engagées à la fin des 60's) et il était donc évident qu'on ne pouvait faire un remake à moins de tout reprendre à zéro avec un vrai respect de l'oeuvre originelle, ce qui est rare de nos jours.

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"Bonjour, je suis à la recherche de ma moumoutte kidnappée dans cette île, auriez vous des indices ?"

Pourtant Hollywood, jamais en mal de se ridiculiser osa un remake avec un acteur qui déjà se coltinait une période de navets, j'ai nommé Nicolas Cage. Cage sortait alors de Next (pas vu après ce que j'ai pu lire. Dénâturer à ce point la merveilleuse nouvelle de Ph.K.Dick, faut le faire) et allait ensuite replonger avec Ghost rider dont le seul souvenir que je peut avoir de ce film (pas vu non plus mais je suis sûr qu'en toute mauvaise foi, il doit être bien fendard... Si on ne cherche pas un vrai film de super-héros hein) est un autocollant récupéré à Rock en Seine avec l'ami Edou par un jeune homme à qui l'on pardonnera d'avance, les temps sont durs pour les étudiants sans le sou. Apparemment le remake fit des scores assez pitoyables qu'il sortit directement chez nous en dvd par studio canal qui en profita pour réediter l'orginal de Hardy dans une très belle pochette qui nous change de la symétrie Mondriannenne de l'ancienne version "cinéma de quartier". Rassurez-vous, l'inoxydable Jean Pierre Dionnet (c'est un peu comme Philippe Manoeuvre ou Zégut, il faut lui couper la tête pour le voir arrêter de rescussiter) est toujours de la partie. Je termine la chronique de ce film culte (oui, oui, assurément, le terme n'est pas usurpé là) par la jaquette de la nouvelle édition.

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"Come, come, it's time for your appointment with the Wicker man."

Au fait, si je ne vous ai pas parlé du fameux "homme d'osier" donnant son titre au film, c'est pour éviter, m'éviter surtout de trop spoiler, of course. Il faut voir le film vierge d'idées préconçues pour mieux en apprécier la substantifique moëlle...

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samedi 11 août 2007

THX - 1138

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L'Humanité vit sous terre dépendant d'une autorité qui a proscrit l'amour et exerce un contrôle total sur la vie des hommes. La reproduction s'opère en laboratoire et les individus sont nommés par des numéros de série. Mais un mâle, THX 1138 et une femelle LUH 3417 n'absorbent pas la drogue prescrite et font l'amour. Découverts, ils tenteront de s'échapper...


En 1970, George Lucas, étudiant fraîchement émoulu de l'université de Californie se voit approché par Coppola pour réaliser son premier long-métrage. Ce dernier a bien sûr remarqué le court métrage précédent du jeune Lucas, THX-1138 4EB, justement nominé meilleur court-métrage universitaire, et lui propose de le financer via American Zoetrope sa propre société de  production là où la puissante major de la Warner assurera la distribution. Bien sûr, pas fou, Lucas saute sur l'occasion et Coppola lui donne un budget de 777 000 dollars et 77 cents (le 7 est le chiffre fétîche de Coppola il faut dire), le laissant tout à fait libre du moment qu'il ne dépasse pas son budget. De cette totale liberté, Lucas reprend son court-métrage en enlevant le "4EB", rallongeant et approfondissant le scénario déjà bien inspiré des société totalitaires et dangereuse que l'on retrouve dans la Science Fiction, 1984 et Le meilleur des mondes en étant les parfaits exemples.

Mais Lucas va aller tout aussi loin que ces deux classiques de la littérature SF, voire plus loin en portant le film a un haut degré d'abstraction, en faisant un pur objet plastique tant filmique que sonore, point de départ expérimental et anti commercial qui lui servira pourtant amplement ensuite sur Star Wars. D'abord il commence avec Walter Munch son co-scénariste et preneur de son de constituer une banque sonore : les sons doivent être la transposition de cet univers futuriste, la transposition d'un monde qui n'existe pas...Pas encore du moins puisque Lucas le place dans un futur proche, ce qui ne doit pas les empêcher d'être à la fois reconnaissables et inconnus a la fois, accentuant l'impression de malaise froid de la partition bien ambiante de Lalo Schifrin. Procédé qui resservira grandement sur Star wars (ah les fameux tirs ou le bruit du sabre laser)...

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Bienvenue dans un monde où les rapports émotionnels et les sentiments sont bannis...

Ensuite bien sûr la partition de Schifrin. A cette époque, Lucas n'a pas encore rencontré Williams pour sa fameuse saga, il ne le rencontrera pas encore non plus sur son film suivant, American Graffiti, savoureuse peinture nostalgique des 50-60's et il faudra attendre 1977 et la sortie d'Un nouvel espoir, épisode IV de la saga Star Wars (qui n'avait pas vraiment de numéro il faut dire, ce n'est qu'après le succès de ce dernier que la trilogie se mettra en place...) pour que la collaboration commence alors. En 1970 pour son premier long métrage, Lucas a donc Lalo Schifrin qui suit les intentions du cinéaste a la lettre : construire une musique en accord avec un monde froid et glacé. Le compositeur crée donc des compositions ambiantes fascinantes où de courtes nappes de synthés sont portées par des choeurs féminins désenchantés avant de lentement maintenir une tension jusqu'a la fin du film où brusquement jaillit comme point d'orgue une relecture d'un morceau de Jean Sebastien Bach dans les 3 dernières minutes finales. Un effet impressionant soutenant émotionnellement la fin du film avec une majesté encore peu vue auparavant.

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THX et les androïdes policiers de cette cité-état...

Plastiquement Lucas plonge le tout dans une architecture déjà existante (Orange County en Californie, où vivait encore justement un certain Philip.K.Dick. Je me demande si c'est un hasard...) mais en prenant bien soin de modifier au possible ce que la caméra filme : les cadrages changent toutes données (cadrages très Kubrickiens de toutes beauté souvent), les couleurs n'ont pas vraiment le droit d'être : ainsi le blanc domine tant géographiquement (l'étonnante pièce blanche qui sert de prison a THX ou autres "déviants" et ainsi supprime toute notion de relief : la pièce semble sans fin !) qu'humainement (l'absence de sentiments et de ressenti, les vêtements blancs). Mais surtout Lucas pousse l'abstraction le plus loin qu'il peut se le permettre. Les images de synthèses n'existent pas ? Qu'importe, on peut toujours modifier le reste ! Pour accentuer le malaise, tous les comédiens et figurants ont le crâne rasés, produits vivants d'une société qui standardise à outrance : les aliments et cadeaux sont dans des losanges de couleurs sans marque, les divertissements sont les mêmes pour tous (blagues stupides ou l'envie malsaine de voir un flic-robot corriger un pauvre être), les drogues-médicaments absorbées le sont aussi, la religion se résume a raconter a un enregistrement pré-établi et une icône de visage ayant perdu toute signification sa vie et le travail doit sûrement être le même pour les 3/4 de cette société : bosser dans une usine qui construit leur androïdes flics et anges gardiens. Une société qui se fournit elle-même le moyen de se fouetter donc.

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Chaîne de construction d'androïdes-flics...

Et surtout Lucas prend bien soin de pousser l'abstraction jusqu'au scénario même : rien ne sera laissé au spectateur pour comprendre comment on/cette société a pu en arriver là (malgré de rares indices que si l'on creuse, fouttent encore plus les boules en y réfléchissant) et surtout, il n'y aura pas de "méchant". Cette société est sans émotions, sans espoir, un méchant indiquerait au possible une tentative d'humanisation et personnification du mal ce qui n'a pas lieu d'être ici. Ainsi si l'on arrêtera les poursuites envers THX peu de temps avant la fin, ce n'est pas a cause d'un quelconque ordre venant d'un possible grand manitou mais simplement parce que le budget alloué a sa poursuite a été dépassé ! De même, quand THX est jugé, ce n'est pas par une personne mais bien une communauté : "les masses pour les masses" comme le scande l'un des nombreux slogans publicitaires issus de cette monstrueuse cité blanche.

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La grande scène de poursuite finale, la vitesse étant l'une des marottes préférées de msieur Lucas. Un goût que l'on retrouvera aussi plus tard sur Star Wars...

Evidemment avec un tel film poussant a bout toutes les notions narratives et filmiques tout en se réclamant une expérience tant sensorielle que filmique, on peut se douter que l'écho auprès du grand public fut catastrophique. Il le fut effectivement, la Warner subissant un taux d'audience tellement bas qu'elle confisqua les bobines pour faire des coupes dans le film, laissant Lucas profondément choqué et énervé. Il se dit par la suite que tout moyen pour échapper aux diktats des majors serait de se bâtir un empire pour avoir le contrôle total de ses films et produits dérivés. Dans la tête du jeune réalisateur allait lentement naître "Lucasfilm" (ainsi que ILM pour les effets spéciaux et "Lucasarts" pour les jeux vidéos). American Graffiti serait le moyen de montrer malicieusement patte blanche aux studios avant de pouvoir frapper un grand coup avec star wars...

Mais jusqu'en 2004, Lucas n'avait pas oublié THX, bâtissant une réelle nostalgie et affection pour son premier né trop tôt arraché de ses mains, dans sa filmographie et les produits dérivés, les initiales et chiffres ressortiraient un peu partout (pour le bonheur des fans) : Ainsi dans la guerre des étoiles, Han et Luke vont chercher Chewie dans la cellule 1138. Dans l'empire contre attaque, on envoit les patrouilles Rogue 10 et 11 au secteur 38 (hem !) alors que dans American Graffiti l'une des plaques d'immatriculation a pour numéro THX - 1138 ! Enfin n'oublions pas que THX est ensuite devenu la norme de son et d'image crée au Skywalker ranch de Lucas pour de nombreux films a haut budgets...

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Les robots androïdes sans leurs tenues noires (opposées au blanc des citoyens, tiens je viens de remarquer ça, marrant...), une inspiration directe de l'androïde du Metropolis de Lang qui sera ensuite réutilisée sur C3PO...

En 2004, la Warner propose a Lucas de ressortir son premier film en version director's cut remastérisée spécial dvd et accessoirement ressortie en salles américaines (la ressortie en France en salles ne se fera qu'en 2006 et 2007). Il faut dire que depuis 70, la Warner a bien changée : de statut, de président, de buts. Ayant fusionné avec AOL et Time et s'étant bien fait du fric sur la trilogie cul-cul technolytique des frangins Wachowski, ils peuvent bien se le permettre. Lucas exulte et y'a de quoi : il peut enfin ressortir THX tel qu'il le voulait en 1970, les SFX numériques en plus.

J'en vois certain craindre le pire après les nouvelles versions de Star Wars et ils auraient tort. Star wars appelait à une surcharge tant graphique qu'émotionnelle là où THX appelle une certaine épure et le réalisateur est finalement resté bien sobre : Images restaurées, son poussé en 5.1, quelques couleurs et effets de transparence ici et là, deux trois ajouts de personnages ou créatures et baste. Comparé a la nouvelle Tatooïne grouillante de la version numérique de l'épisode IV, il n'y a vraiment pas de quoi en faire tout un cinéma.

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Près de 30 ans après sa sortie, le premier film du père de la guerre des étoiles demeure encore une incroyable expérience (addictive pour certains) fascinante au possible, un vrai film d'anticipation visionnaire maintes fois repris ailleurs ("the island" de michaël Bay et ses clones tous vêtus de blanc, ça vient d'où à votre avis ?) mais finalement jamais vraiment égalé et c'est tant mieux parce qu'il est très bien comme ça et se suffit à lui-même. Je ne vois que Brazil comme lointain vrai cousin et encore...




Annexes !


* Trailer 1971 de THX :

* Trailer de 2004 :

Et sur les trois liens suivants, vous avez l'intégralité sur You Tube de son court métrage (avec "4EB") :

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dimanche 29 juillet 2007

Lemming

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Alain Getty, jeune et brillant ingénieur en domotique, et sa femme Bénédicte récemment installés dans une nouvelle ville, reçoivent à dîner le patron d'Alain, Richard Pollock, et son épouse Alice. Cette rencontre ne sera pas sans conséquences sur l'harmonie du jeune couple. La découverte du cadavre d'un mystérieux rongeur dans l'évacuation bouchée de leur évier n'arrange pas les choses et annonce l'irruption de l'irrationnel dans ce qui était jusqu'alors une vie bien rangée...


Pas facile de parler de ce film des plus étranges sans dévoiler forcément ce qui en fait son charme et lui confère une puissance d'éblouissement. Sur un rythme calme et hypnotique, épuré au possible (peu de musique, sauf des moments au piano, surréels), Dominik Moll filme la déchéance d'un couple dit "modèle" dans une petite mécanique huilée de précision qui se détraque impitoyablement.

Pourtant tout avait si bien commencé : cette brillante démonstration d'une mini caméra a hélice par Alain (très bon Laurent Lucas et son beau regard bleuté qui jouait déjà dans "Harry, un ami qui vous veut du bien" du même Moll) sous le regard bienveillant de son employeur (André Dussolier, pas mal dans ce rôle), et puis ce dîner, prétexte a faire plus ample connaissance. Mais la soirée dérape avec ce petit rongeur dans le conduit de l'évier mais aussi suite aux accusations énervées d'Alice (Charlotte Rampling dans une scène glaçante digne des meilleurs Bergman ou "festen"). A partir de là, les frontières entre réel et irréel se troublent imperceptiblement. Le lemming par exemple, semble revenir a la vie a rebours. Etait il vraiment mort ou pas ? Et pourquoi Bénedicte commence subrepticement a se comporter comme Alice ? Qui était vraiment cette dernière ?

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Le réalisateur ne donne aucune réponse, le film reste ouvert et libre à toutes les interprétations (ce qui en fait sa richesse) et ce, jusqu'a sa fin (un peu comme le "caché" de Haneke) en oubliant pas non plus de jouer sur un humour des plus sarcastiques (la fin justement !) malgré des situations franchement inquiétantes. Et pour immerger le spectateur dans ces dernières, Moll n'hésite pas a soigner ses plans et cadrages (on dirait du Antonioni), ses effets sonores (le côté Lynch), sa musique (peu de musique mais ça se rapproche étonnemment des "études" pianistiques de Gyorgy Ligeti) et se permet même de faire des clins d'oeil a l'Art (Getty et Pollock sont des peintres modernes) et surtout au cinéma, avec notamment 2 gros clins d'oeils au regretté maître Kubrick, d'une part avec le Pollock qui semble un étrange parallèle a Pollack (qui jouait dans eyes wide shut un personnage aux motivations cachées, aussi étrange que celui que joue Dussolier ici) mais aussi en nous bombardant allégrement de la fameuse valse du Danube bleu de Strauss issue de 2001. Enfin pour parachever le clou et rappeler Shining, gros plan sur une émission que regarde Alain, où l'on voit un homme avec une hache et l'espace sonore envahis brutalement par ce bruit du bois qui se fait déchiqueter et vole en éclats...

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Enfin !
Enfin, dans le cinéma français, on peut le dire sans faille, on a du vrai cinéma. Du cinéma qui ose, qui en veut, qui n'a pas peur de côtoyer David Lynch et où, inquiétante étrangeté rime avec peur et beauté.

Loin d'un cinéma franchouillard et d'une énième comédie peu drôle (le clou ayant été atteint dernièrement avec les bronzés 3, film à vomir définitivement --et si vous me trouvez dur, vous n'avez qu'a vous plaindre par un commentaire--), Moll comme ses rares congénères Haneke (Caché, petite bombe abstraite a retardement), Aja (son haute-tension, ovni dans le paysage cinématographique français) ou Olivier Marchal (pour ne citer qu'eux en exemple), ose et réussit.

Un cinéaste a suivre de très près et un film a applaudir définitivement pour l'un des meilleurs scénarios de ces dernières années. Bravo et je suis sincère, ça faisait longtemps que je n'avais pas été autant scotché par un film français.

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dimanche 25 mars 2007

CCC bis.

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(© Nio - 2007)

300iPOD ? Le iPOD antique pour les vrais hommes et femmes viriles de la Grèce.

Posté par Nio Lynes à 23:18 - Strange... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 2 février 2007

Manhunter

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Un tueur en série psychopathe massacre des familles lors de chaque pleine lune. Le profiler du FBI Will Graham est chargé de l'enquête. Mais, face aux perversions de son adversaire, il est obligé à demander de l'aide à un criminel qu'il avait arrêté des années auparavant : le diabolique Dr. Hannibal Lecter.



La saga de Hannibal Lecter existe depuis un petit bout de temps et elle continuera d'exister.
Voyez vous, à l'heure où je vous écris, on trouve dans le tout Paris des affiches du énième volet des aventures de notre serial killer préféré, avec Gaspard Ulliel dans le rôle de Lecter plus jeune. Il est vrai qu'Anthony Hopkins se fait trop vieux et que l'on commence à réaliser que Brett Ratner aime tourner avec ses pieds après le formidablement mou Dragon Rouge qui n'était somme toute qu'une nouvelle version du Manhunter de Michael Mann (1986). Non pardon, un remake moderne et incroyablement pète-dedans.
Une nouvelle cargaison de flatulences de notre ami Ratner donc.

Et Manhunter comment le placer dans la saga de Mr Lecter (qui n'en est pas vraiment une puisqu'il reste un personnage secondaire et un peu en retrait dans "le silence des agneaux" et ce film) ?

Je dirais avec le recul, en retrait : Ici ce n'est pas le docteur Cannibal, Hannibal Lecter (incarné avec Brio par Brian Cox et qui, personnellement me change du cabotinage sympathique mais un peu lassant d'Anthony Hopkins) qui nous intéresse même si il est fascinant (et glacial) au possible mais plus le tueur prénommé Dollarhyde...Le dragon rouge. Lecter ne joue que le rôle de passeur entre Will Graham (Petersen déjà hallucinant dans "To live and Die in L.A" de Friedkin est encore une fois de plus formidable), profiler responsable de la capture du même Lecter et Francis Dollarhyde, tueur mystérieux (Tom Noonan, génial) au dragon rouge tatoué sur la poitrine, photographie mythique qu'on ne verra jamais (c'est LA grande énigme) dans le film.
Ah si, chez Ratner. Pas de pot.

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Parlons donc de Dollarhyde donc, ou plutôt du triangle de relations tissées entre Will, Lecter et Dollarhyde.

Mann évite tout manichéïsme et se débarasse des descriptions gores du livre de Thomas Harris (même si il garde quelques scènes courtes, cf photo d'après) pour se concentrer sur la psychée du chasseur et de sa proie, statuts qui s'intervertissent toujours constamment dans le film de serial Killer. Si Dollarhyde est un chasseur, il devient rapidement la proie de Graham, tout aussi dangereux par sa capacité de profiler à penser comme le tueur. Graham qui devient nettement inquiétant dans certains moments et la frontière entre lui et Lecter devient sensiblement floue, surtout quand on sait que Graham est un limier méthodique qui comme le tueur, va jusqu'au bout de ses actes (ce qui peut lui amener des problèmes, en témoigne la scène finale où il fonce tête baissée vers Dollarhyde....). Il est à noter dans le film que cet aspect inquiétant de Graham nourrit continuellement dans le film une certaine tension qui culmine dans une scène où au supermarché, le fils demande soudain à son profiler de papa si il n'a pas envie de tuer des gens parfois tellement il s'immerge dans les pensées de ceux qu'il traque.
Une des meilleures scènes du film.

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Toujours dans les relations qu'entretiennent les personnages, revenons à Lecter. J'ai dit plus haut qu'il jouait le rôle de passeur , car il fournit des indices a Graham mais n'oublie pas non plus par un code spécial de prévenir Dollarhyde et de lui indiquer l'adresse de la petite famille de Will ! Lecter est ici l'orchestrateur, le maître du jeu qui se plaît a donner toutes les pistes du moment car il sait pertinnement qu'on a besoin de lui. On pourra néanmoins se demander si Dollarhyde n'est pas le prétexte qu'attendait Lecter pour se venger de Graham a travers les barreaux, d'où le fait de livrer la famille de ce dernier au Dragon rouge...

Enfin soulignons que si Graham se transforme de plus en plus dans son comportement en ce qu'il traque (une scène fugitive nous montre ce que Graham voit : les corps d'une famille peu avant le massacre avec les yeux et la bouche, nimbés de lumière. Par le scénario on sait que le tueur a décollé la rétine de ces personnes même si elles ne l'avaient pas vues dans le noir, quand à la bouche, mieux vaut ne pas y penser...), Dollarhyde suit lui un chemin inverse et Mann nous montre que même si il est un monstre, il demeure en lui des parcelles touchantes d'humanité. Ainsi sa rencontre avec Reba une jeune aveugle, avec qui il choisit de coucher et surtout d'aimer, une jeune femme qui, parce qu'elle ne le voit pas, le fascine par ce qu'elle ressent du monde par ses sens restants, tout comme lui perçoit le monde et ses victimes que par une vision si différente du quidam moyen...

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Avec ce 3e film (Le solitaire en 1981 passé inaperçu, The keep en 1983 qui fit un four complet), Mann commençait à rôder son style par ce que l'on commençait juste a entrevoir dans The Keep, à travers des plans enfumés de bleus froids. Style qui se traduit visuellement par une esthétique des tons bleus (ici largement moins présents que dans les films à venir) ainsi qu' une omniprésence de l'obscurité et de la nuit (l'attaque de Dollarhyde de nuit au début du film et celle de Graham en fin de soirée) que l'on peut aussi mettre sur le compte de films ultérieurs (La scène finale de Heat...Se déroule de nuit, Collateral se déroule presque entièrement la nuit et l'attaque finale du film Miami Vice ? De nuit aussi, bingo !). Quand à l'aspect sonore, on est effectivement chez Mann : musique plus ou moins ambiant pour souligner les scènes et pop-song pas si souvent appropriées sur l'instant (on est dans les années 80, ça peut froisser, Mann se perfectionnera plus dans les années à venir...cf, les B.Os magnifiques de Heat et Ali...). Si on apprécie le fabuleux "In a gadda vidda" du groupe Iron Butterfly (morceau culte psychédélique des 70's), on sera moins tolérants sur le morceau de générique de fin, sorte de proto Phil Collins qui manquerait presque de tout gâcher...

Et puis un truc qui m'a grandement étonné, ce sont les couchers de soleils. Pour ce que j'en sais ils étaient pratiquement inexistants ou rapidement vus chez Mann. Ici on a droit à de longs plans de paysages illuminés d'un soleil crépusculaire comme rarement. Peut-être pour marquer la dualité entre la nuit, monde de ténèbres et violence et le jour ? Le soleil se couchant montrerait bien l'esprit de notre profiler, à la lisière de la transgression si on suit cette piste...

Des couchers de soleils aussi beaux, je n'en avais plus vus depuis Pat Garrett et Billy le kid de Bloody sam (Peckinpah), c'est vous dire...

Je concluerais en disant que ce film sans être le meilleur Mann ni être l'un des meilleurs se révèle très bon et résiste encore bien au poids des ans. Bref un bon film.

couchersdesoleeeeil

Annexe...

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jeudi 7 septembre 2006

Following

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Bill est apparemment un jeune homme ordinaire, un Londonien comme tant d'autres. Mais Bill se rêve romancier et c'est sans doute pour celà qu'il suit de manière quasi-obsessionnelle des inconnus repérés au hasard de ses errances.
Où vont-ils ? Que font-ils ? Quelle est leur vie ?
Un jour, Bill suit Cobb, un fascinant dandy cambrioleur. Cobb deviendra pour lui un ami, un mentor, un complice, un confesseur et une source d'inspiration. Mais les apparences peuvent parfois être trompeuses et Bill ne ressortira pas indemme de cette rencontre.


1er film de Christopher Nolan avant Memento et déjà, le sens des cadrages ainsi qu'une histoire alambiquée mais compréhensible et celà par le procédé que Nolan utilise. Dans "Memento", tout se déroule à l'envers. Dans "Following", le film ne cesse de creuser d'incessants aller-retour entre présent, passé et futur. D'une situation racontée par le héros au présent, celà devient le passé et le film alterne constamment les flashbacks si bien que le spectateur concentré remarque les accumulations de détails placés ça et là (le bonhomme de bois qui se brise, les boucles d'oreilles) qui font avancer l'histoire. D'ailleurs chaque détail compte dans cette histoire d'arroseur-arrosé et l'on se prend rapidement au jeu de ce polar au nombre limité des acteurs.

Nolan exploite le peu de lieux et de moyens avec une économie assez rusée, refaisant jouer la caméra dans des endroits déjà vus (mais sur une strate temporelle différente de quelques jours, semaines, mois) et l'emploi du noir et blanc du petit budget inscrit d'un coup le film dans le registre du film noir.

Pour son premier film, le britannique faisait déjà fort puisqu'il reçu le 1er prix au festival international de Roterdam en 1999.
Premier film qui laissait entrevoir le coup de maître de "Memento" peu de temps après...

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lundi 12 juin 2006

La part des ténèbres

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Voici une petite association sympathique entre 2 maîtres de l' horrifique, j' ai nommé Stephen King pour l'un, George A. Romero pour l' autre.

La part des ténèbres s' inscrit dans une thématique chère à King, la perte du contrôle, sur sa vie, sur les évènements et l' horreur crescendo. Le livre à la base semble lui-même une extension d'une nouvelle pourtant parue après("Vue imprenable sur jardin secret") où King à déjà mis concentré tous les élèments en place comme il le dit dans "minuit 2" :

"Il y a quelques années, j' ai publié un roman, "Misery", dans lequel j' ai essayé de décrire au moins en partie, le haut degrès d' emprise que peut atteindre la fiction sur l' esprit du lecteur. L' an dernier, j' ai publié "la part des ténèbres", effort pour illustrer l'inverse : le degré d' emprise que peut atteindre la fiction sur l' auteur. Alors que ce dernier livre était encore à l' état de brouillon, j' ai commencé à penser qu'il existait peut-être un moyen de raconter les deux histoires en même temps, en abordant certains des élèments de l' intrigue de "la part des ténèbres" d'un point de vue totalement différent. Ecrire, me semble t'il, est un acte secret --autant que rêver-- et c'était là l'un des aspects de cet art étrange et dangereux sur lequel je ne m' étais jamais beaucoup attardé"

Le film de Romero illustre bien l' étrangeté pourtant commune à la nouvelle "Vue imprenable sur jardin secret" et "La part des ténèbres" puisque dans les deux (3 en comptant le film) cas, un être fictif revient d'on ne sait où pour accuser réparation donc se venger.

L' histoire : L'écrivain Thad Baumont désire prendre quelques distances avec les romans d'horreur et plus particulièrement avec George Stark, le pseudonyme sous lequel il écrit. Baumont décide alors de mettre en scène l'enterrement de George Stark et, par la même occasion de s'offrir un peu de publicité. Mais lorsque les gens de son entourage meurent dans des circonstances horribles, et que ses propres empreintes figurent sur les lieux des crimes, Baumont comprend que Stark a une vie propre... et qu'il est bien décidé à se venger...

Dès les premiers plans on comprends qu'on est chez Romero. L' horreur même gore (ohhh pas tant que ça, on est pas chez "Zombies" msieur dames non plus. En fait seuls le début et la fin choquent et marquent de par les plans parfois extrêmes) y est intellectualisée presqu'a outrance. Et qu'importe si Romero ne peut pas ici faire dans la critique sociale, on ne comprend que trop bien ce qui l'a attiré sur le projet : le thème de l' identité, du double, de la folie.

Sans trop dévoiler le film, Thad a bien en effet sa part de ténèbres, qu'il admire au début avant de lentement déchanter. Le pseudonyme qu'il avait pris pour écrire ses histoires mi-gores, mi-cochonnes (hmm, qui a dit Stephen King ?) représente une certaine image sans concession de l' homme viril presque cow-boy qui sans non plus faire dans le Eastwood reste très monolithique. Et cet être au départ, qui n' est seulement qu'un nom s' avère aussi commencer à avoir une vie propre dès que Thad essaye de le "tuer" , un peu comme l' écrivain de Misery décidait de se débarasser de son héroïne pour enfin faire autre chose. Sauf que c'est contraint et forcé qu' au départ il décide d' éliminer george Starck avant de lentement s' apercevoir de son erreur.

Bien sûr il hésite lentement mais poussé par les gens et même enterrant en grande pompe son pseudonyme, il le regrettera en lui même tant Starck semblait proche de lui, et pour cause, c'est sa part sombre, tellement sombre qu' elle ne peut que venir des ténèbres, un peu comme ces oiseaux qui sont toujours là quand il écrit dans une sorte de transe. Mais est ce vraiment lui qui écrit ? Ne serait ce pas George qui lui dicterait par la pensée ?

Pas une grande adaptation de King ni un grand Romero mais un film sympathique avec 2,3 grands moments et de bonnes idées.

Il n'y a pas de bonus si ce n' est dvd mgm oblige, la bande annonce, même pas sous titrée. Les langues anglais, français, allemand et espagnol proposent toutes une bonne piste stéréo 2.0 (ouf on échappe au mono propre hélas aux Woody Allen snif).
Sous titres anglais, allemand, suédois, norvégien et danois. Pas de sous titres français ce qui semble étrange... Amis fans des V.O, vous devrez vous contenter de sous titres de la langue de Shakespear...

Posté par Nio Lynes à 18:59 - Strange... - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 5 juin 2006

Donnie Darko

donnidarkou

Donnie (de son vrai nom Donnie Darko) n' est pas un adolescent comme les autres. En échappant à un accident --un réacteur d' avion écrasant sa chambre au moment où, victime d'une crise de somnanbulisme il entend une étrange voix qui l' appelle-- il se fait un nouvel ami imaginaire nommé Frank. Mais Frank n' est pas le genre de personne que l' on pourrait/aimerait croiser dans les rues...
Sous les traits d'un énorme lapin au masque métallique effrayant, il force Donnie à faire toutes sortes d' actions tout en lui révélant que la fin du monde est prévue d' ici 28 jours 6 heures 42 minutes et 12 secondes....


Récompensé au festival de Gerardmer (premier film mr Kelly et déjà un prix, bravo. Vous êtes attendu au tournant pour le second film, Southland Tales...), voilà un film qu' on pourrait qualifier de Lynchien. D' ailleurs on peut y faire un rapprochement certain avec Muholland Drive. Le réalisateur (qui a aussi écrit le scénario) manipule si bien le spectateur que le film fusionne en une seule matrice entre réalité, illusion et rêve...

La grande force de ce film c'est qu' il constitue un puzzle (une toile qui piège aussi bien Donnie que le spectateur) permettant plusieurs visionnages et niveaux de réalité. Chacun à l' opportunité de pouvoir donner sa propre interprétation, tout comme un film à la Lynch ou "2001" de Kubrick. Le réalisateur lui même le dit dans l' interview du DVD : le film est à revoir plusieurs fois pour assembler toutes les pièces, tous les détails importants et presque tout indice si minime soit-il l' est par ailleurs.

Le spectateur part ainsi de son propre questionnement sur une des pistes (la principale étant celle qui arrive tout de suite en tête dès qu' on voit le film : "Ils ont le réacteur, d' accord, mais... Où est l' avion ?") pour dérouler un petit fil rouge qui l' amènera à sa propre explication.

L' autre richesse du film --outre sa mise en scène, son montage (un peu serré mais comme le dit Richard Kelly, il fallait que tout rentre en 2h d' où une vingtaine de scènes coupées à découvrir sur le dvd...Certaines apportant des réponses, d' autres un peu accessoires) et sa réalisation--, ce sont ses thèmes abordés : la fin d' une époque (la fin des 80's et de l' époque Reagan avec les élections naissantes de Bush senior et Dukakis), les programmes d' éducation (assez débiles et lobotomisants) des écoles, la famille, la société et son implosion (un peu comme dans American Beauty : si on gratte le vernis de la société américaine, il y a des trucs pas très puritains dessous...), la vie d' un adolescent sensible et trop décalé pour s' insérer en société enfin du moins dans une culture de masse, L' amour, les voyages spatio-temporels, la solitude et la mort....

Et puis bon côté musique, on a Tears for Fears relooké ("mad world") ainsi que Joy Division ("Love will tear us apart" qui ironiquement préfigure les 6 dernières heures tragiques, mais j' en dis pas plus, il suffit d' écouter Joy Division et les paroles pour comprendre. Tiens tenez, je vous donne une petite piste-indice en plus...) dans la musique du film sans oublier Duran Duran et plein d' autres chouettes choses (Echo and the Bunnymen par exemple. Tiens Bunny, ça vous évoque pas un lapin...? ^_^) alors ça ne peut qu' être bien !

Comme je le dis dans mon petit dessin en clin d'oeil/mini hommage ci dessous, Donnie Darko est le "Twin Peaks" des années 2000...

donnie

Posté par Nio Lynes à 01:29 - Strange... - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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