Manhunter

Un tueur en série psychopathe massacre des familles lors de chaque pleine lune. Le profiler du FBI Will Graham est chargé de l'enquête. Mais, face aux perversions de son adversaire, il est obligé à demander de l'aide à un criminel qu'il avait arrêté des années auparavant : le diabolique Dr. Hannibal Lecter.
La saga de Hannibal Lecter existe depuis un petit bout de temps et elle continuera d'exister.
Voyez vous, à l'heure où je vous écris, on trouve dans le tout Paris des affiches du énième volet des aventures de notre serial killer préféré, avec Gaspard Ulliel dans le rôle de Lecter plus jeune. Il est vrai qu'Anthony Hopkins se fait trop vieux et que l'on commence à réaliser que Brett Ratner aime tourner avec ses pieds après le formidablement mou Dragon Rouge qui n'était somme toute qu'une nouvelle version du Manhunter de Michael Mann (1986). Non pardon, un remake moderne et incroyablement pète-dedans.
Une nouvelle cargaison de flatulences de notre ami Ratner donc.
Et Manhunter comment le placer dans la saga de Mr Lecter (qui n'en est pas vraiment une puisqu'il reste un personnage secondaire et un peu en retrait dans "le silence des agneaux" et ce film) ?
Je dirais avec le recul, en retrait : Ici ce n'est pas le docteur Cannibal, Hannibal Lecter (incarné avec Brio par Brian Cox et qui, personnellement me change du cabotinage sympathique mais un peu lassant d'Anthony Hopkins) qui nous intéresse même si il est fascinant (et glacial) au possible mais plus le tueur prénommé Dollarhyde...Le dragon rouge. Lecter ne joue que le rôle de passeur entre Will Graham (Petersen déjà hallucinant dans "To live and Die in L.A" de Friedkin est encore une fois de plus formidable), profiler responsable de la capture du même Lecter et Francis Dollarhyde, tueur mystérieux (Tom Noonan, génial) au dragon rouge tatoué sur la poitrine, photographie mythique qu'on ne verra jamais (c'est LA grande énigme) dans le film.
Ah si, chez Ratner. Pas de pot.

Parlons donc de Dollarhyde donc, ou plutôt du triangle de relations tissées entre Will, Lecter et Dollarhyde.
Mann évite tout manichéïsme et se débarasse des descriptions gores du livre de Thomas Harris (même si il garde quelques scènes courtes, cf photo d'après) pour se concentrer sur la psychée du chasseur et de sa proie, statuts qui s'intervertissent toujours constamment dans le film de serial Killer. Si Dollarhyde est un chasseur, il devient rapidement la proie de Graham, tout aussi dangereux par sa capacité de profiler à penser comme le tueur. Graham qui devient nettement inquiétant dans certains moments et la frontière entre lui et Lecter devient sensiblement floue, surtout quand on sait que Graham est un limier méthodique qui comme le tueur, va jusqu'au bout de ses actes (ce qui peut lui amener des problèmes, en témoigne la scène finale où il fonce tête baissée vers Dollarhyde....). Il est à noter dans le film que cet aspect inquiétant de Graham nourrit continuellement dans le film une certaine tension qui culmine dans une scène où au supermarché, le fils demande soudain à son profiler de papa si il n'a pas envie de tuer des gens parfois tellement il s'immerge dans les pensées de ceux qu'il traque.
Une des meilleures scènes du film.

Toujours dans les relations qu'entretiennent les personnages, revenons à Lecter. J'ai dit plus haut qu'il jouait le rôle de passeur , car il fournit des indices a Graham mais n'oublie pas non plus par un code spécial de prévenir Dollarhyde et de lui indiquer l'adresse de la petite famille de Will ! Lecter est ici l'orchestrateur, le maître du jeu qui se plaît a donner toutes les pistes du moment car il sait pertinnement qu'on a besoin de lui. On pourra néanmoins se demander si Dollarhyde n'est pas le prétexte qu'attendait Lecter pour se venger de Graham a travers les barreaux, d'où le fait de livrer la famille de ce dernier au Dragon rouge...
Enfin soulignons que si Graham se transforme de plus en plus dans son comportement en ce qu'il traque (une scène fugitive nous montre ce que Graham voit : les corps d'une famille peu avant le massacre avec les yeux et la bouche, nimbés de lumière. Par le scénario on sait que le tueur a décollé la rétine de ces personnes même si elles ne l'avaient pas vues dans le noir, quand à la bouche, mieux vaut ne pas y penser...), Dollarhyde suit lui un chemin inverse et Mann nous montre que même si il est un monstre, il demeure en lui des parcelles touchantes d'humanité. Ainsi sa rencontre avec Reba une jeune aveugle, avec qui il choisit de coucher et surtout d'aimer, une jeune femme qui, parce qu'elle ne le voit pas, le fascine par ce qu'elle ressent du monde par ses sens restants, tout comme lui perçoit le monde et ses victimes que par une vision si différente du quidam moyen...

Avec ce 3e film (Le solitaire en 1981 passé inaperçu, The keep en 1983 qui fit un four complet), Mann commençait à rôder son style par ce que l'on commençait juste a entrevoir dans The Keep, à travers des plans enfumés de bleus froids. Style qui se traduit visuellement par une esthétique des tons bleus (ici largement moins présents que dans les films à venir) ainsi qu' une omniprésence de l'obscurité et de la nuit (l'attaque de Dollarhyde de nuit au début du film et celle de Graham en fin de soirée) que l'on peut aussi mettre sur le compte de films ultérieurs (La scène finale de Heat...Se déroule de nuit, Collateral se déroule presque entièrement la nuit et l'attaque finale du film Miami Vice ? De nuit aussi, bingo !). Quand à l'aspect sonore, on est effectivement chez Mann : musique plus ou moins ambiant pour souligner les scènes et pop-song pas si souvent appropriées sur l'instant (on est dans les années 80, ça peut froisser, Mann se perfectionnera plus dans les années à venir...cf, les B.Os magnifiques de Heat et Ali...). Si on apprécie le fabuleux "In a gadda vidda" du groupe Iron Butterfly (morceau culte psychédélique des 70's), on sera moins tolérants sur le morceau de générique de fin, sorte de proto Phil Collins qui manquerait presque de tout gâcher...
Et puis un truc qui m'a grandement étonné, ce sont les couchers de soleils. Pour ce que j'en sais ils étaient pratiquement inexistants ou rapidement vus chez Mann. Ici on a droit à de longs plans de paysages illuminés d'un soleil crépusculaire comme rarement. Peut-être pour marquer la dualité entre la nuit, monde de ténèbres et violence et le jour ? Le soleil se couchant montrerait bien l'esprit de notre profiler, à la lisière de la transgression si on suit cette piste...
Des couchers de soleils aussi beaux, je n'en avais plus vus depuis Pat Garrett et Billy le kid de Bloody sam (Peckinpah), c'est vous dire...
Je concluerais en disant que ce film sans être le meilleur Mann ni être l'un des meilleurs se révèle très bon et résiste encore bien au poids des ans. Bref un bon film.

Annexe...
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