Wicked city (Kawajiri - 1987)
Alias La cité interdite (Yôjû Toshi).

Depuis deux siècles, un traité de paix fut signé entre le monde des humains et ceux d'un autre espace dimensionnel appelé le monde noir. Mais lorsqu'un éminent vieillard chargé de renouveler le traité s'avère pris dans une série d'attentat par des radicaux du monde noir, rien ne va plus. Taki, officiellement réparateur en électronique, officieusement agent de protection de la sécurité entre les deux mondes doit alors faire équipe avec une étrange partenaire, Makie, venue de cet autre monde afin d'assurer la protection du papy un brin libidineux...


Quand un changement entre le premier et le dernier plan permet de poser une étrange menace.
Je ne vois pas souvent d'oeuvres de Kawajiri mais quand ça arrive, c'est la fête. ![]()
Avec ce trop rare cinéaste et géant de l'animation (chroniqué en ces lieux ici et là), on est généralement assuré d'en avoir pour son argent (et je remercie Johell de Cinephiliquement vôtre (attention blog pas pour les nenfants) qui m'a furieusement donné envie d'en revoir via un fil de discussion --qui se continue encore à l'heure actuelle-- sur facebook). Car Kawajiri c'est l'assurance d'avoir un sujet pour adulte suffisamment original et déviant avec un style aisément reconnaissable et une mise en scène élégante et d'une rare fluidité.



Donc le plaisir de retrouver à nouveau ces situations quasi-impossibles dans lesquelles se retrouvent les personnages (dès l'ouverture du film, on est pris d'emblée avec cette femme de l'autre monde qui se transforme en araignée humaine dont le but est de croquer ses amants après l'acte sexuel), avec ce grain de folie et d'imagination qui fait que, comme souvent, on se retrouve à nouveau avec une oeuvre quasiment "autre" dans tous les sens du termes. Et bien sûr ces personnages féminins au visage ambigü mais d'une classe terrible quoi qu'il advienne, avec parfois un profond romantisme au delà de situations plus que terrible.


Sans compter des scènes aux références plus ou moins avouées (une tête qui se met à avoir de petites pattes et deux globes occulaires et se dirige vers sa victime... Comment ne pas penser à The Thing, version John Carpenter ? Ou ces jeux de lumières, parfois entre deux couleurs à la Dario Argento période Suspiria/Inferno ?) et une animation toujours fluide dans ces mouvements. Enfin bien sûr, le tandem et la relation que nouent Taki et Makie, qui s'enrichit d'une profonde complicité entre les deux, toujours très juste.


C'est donc un spectacle suffisamment fun et adulte, tout en étant profondément réfléchi et assumé que nous offre Yoshiaki Kawajiri une nouvelle fois. Celui-ci limite même les rares scènes de sexe du film pour mieux étoffer un récit fantastique et des plus prenants, non dénué d'humour et de moments forts, sortant par là des carcans hentaïs ou purement horrifique. Bref, du tout bon venant de ce grand maître qu'on a tendance à oublier un peu de nos jours.