Hanezu, l'esprit des montagnes (Kawase - 2011)

Dans la région d’Asuka, berceau du Japon, Kayoko mène une double vie : tranquille avec Tetsuya son mari, passionnée avec son amant Takumi, sculpteur qui lui fait découvrir les plaisirs simples de la nature. Kayoko apprend qu’elle est enceinte. L’arrivée de cet enfant est l’occasion pour chacun de prolonger son histoire familiale et ses rêves inassouvis. Mais bientôt, Kayoko devra choisir avec qui elle veut faire sa vie.
Comme au temps des Dieux qui habitaient les trois montagnes environnantes, la confrontation est inévitable.
Je me souviens que Shara avait été un choc. J'avais l'impression d'assister à l'émergence d'une grande cinéaste humble et contemplative, dans la lignée d'un Terrence Malick. Une Malick nippone, plutôt. En comparaison, Hanezu est bien plus mineur dans la filmographie de la belle et s'il ne va pas jusqu'au bout de ses promesses et idées, il en demeure plutôt intéressant toutefois. Attention, face au rythme lent et au peu d'actions du film, prière de ne pas être fatigué.
Shara était un film entièrement centré sur l'humain et si posture contemplative il pouvait y avoir, ce n'était non pas pour cerner la nature mais des êtres humains et les liens qu'ils tissaient par rapport aux autres. Hanezu tente une autre approche en racontant l'histoire d'un triangle amoureux mais prise à distance entre plans de nature bien à part (et de jolis plans comme les captures en témoigne), et thématiques du couples prises sous plusieurs faisceaux. Il y a d'abord l'approche mythologique contée par un poème en ouverture et fermeture du film où 2 montagnes mâles se disputent pour une troisième, femelle. Approche ancestrale où la femme n'a pas encore son mot à dire, où l'on ne sait guère ce qu'il advint du gagnant ou du perdant, où reste juste l'idée d'une confrontation inévitable. Puis l'approche biologique à travers ce couple d'hirondelles que Takumi héberge. Des hirondelles dont Tetsuya à un moment dira lors d'une promenade en vélo, qu'elle restent soudées généralement, jusqu'à la mort d'un des deux partenaires. Plus secrètement, l'approche traditionnelle à travers les parents de Takumi, petit couple charmant du 3è âge, un brin préoccupés par le célibat d'un de leur rejeton, allant même lui proposer un mariage arrangé en début de film (une pratique qui semble perdurer encore par moments au Japon). On comprend que le jeune fiston sculpteur soit un brin gêné.
A cet aspect traditionnaliste arrive un fantôme surgit du passé, un homme que la mère de Kayoko avait aimé autrefois mais qui partit à la guerre et ne revint jamais. Sans doute peut-on y voir la matérialisation des regrets de ce qui n'a jamais eu lieu car comme la mère de Kayoko le dira, si celle-ci est née, c'est parce que cette même maman, faisant le deuil de ce garçon perdu, rencontrera ensuite le père de l'héroïne. On ne sait si la rencontre fut amoureuse ou là aussi arrangée. Toutefois ce fantôme qui apparaît à plusieurs moment permet quelques fulgurences bienvenues dans un film qui semble un peu trop bien ronronner pour que le spectateur ne s'endorme pas un peu. C'est ce même fantôme qui marchera aux côtés du jeune sculpteur à la fin, comme pour apporter de la résignation, de la compassion et montrer que la vie continue, qu'il faut aller de l'avant.
Enfin il y a Kayoko, personnage bien trop impénétrable hélas, qui remet en cause la légende par une décision inattendue et balaie le final du film de sa propre programmation, laissant le personnage sur une trajectoire solitaire incertaine et ambigüe. Elle est curieusement l'énorme point faible du film car peu creusée psychologiquement, elle ne nous dévoile rien, ni de ses pensées, ni de sa manière d'agir, ni de son rapport à son corps alors qu'elle attend quand même un enfant justement (et pour ceux qui aiment l'érotisme frippon et nippon, passez votre chemin, l'une des rares scènes qui aurait pu éveiller un brin de désir chez le spectateur masculin, s'avère plus que glaciale).
Donc un Kawase mineur et bancal où les personnages et le rythme semblent sacrifiés en partie en échange d'heureusement beaux plans un brin rêveur et de thèmes intéressants qui auraient toutefois mérités d'être bien plus approfondis. On reste un peu sur sa fin même si le film se regarde assez honorablement. Remercions donc chaleureusement Zylo qui a le courage de le distribuer pour tous les curieux (dont je fais partie) depuis le 3 juillet en DVD.
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Le DVD est serti d'un joli fourreau cartonné. Un seul bonus pour le coup par contre malheureusement, un sympathique court-métrage présentant cette région séculaire du vieux Japon. Au fond, un adéquat complément au film même si une petite filmographie et autres bricoles auraient étés la bienvenue. Rien de plus à dire côté image et son, aucun problème.
A noter que Dreamy en a fait une bien chouette chronique sous forme de BD que je vous invite à lire. En voici un extrait :

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